Concours Reine Elisabeth : Yo Kitamura, l’art d’être correct sans aller au bout de ses intentions
A 22 ans, Yo Kitamura (Japon) est titulaire du Soloist Diploma de la Toho Gakuen School of Music et étudie avec Jens Peter Maintz à l’Université des Arts de Berlin. Premier Prix de plusieurs concours dont l’Enescu et le Pau Casals en 2024, il affiche tout au long de ses prestations une décontraction souriante qui séduit.
Très concentré dans « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man, il perd un peu de cette aisance au profit d’un contrôle très précis de la sonorité. Il n’hésite pas à choisir un autre ordre de passage entre les quatre odes. Et la surprise est que cela ne change rien à nos impressions. Trop respectée, l’œuvre de Fang Man demeure une accumulation d’épisodes variés qui ont chacun leur pertinence mais sans générer vraiment d’unité. Cette lecture propre, précise paraît presque docile et ne génère pas un intérêt majeur.
La symphonie concertante op.125 de Prokofiev reste en deçà de nos attentes. L’engagement du soliste dans l’andante initial est réel mais il demeure très factuel, avec une linéarité chantante qui va droit de l’avant et une retenue évidente qui repousse tout effet même si l’accompagnement souvent forcé de l’orchestre pourrait l’y inviter. Le violoncelliste japonais garde une juste mesure dont l’intérêt pour l’auditeur ne tient peut-être pas la distance. L’allegro giusto commence comme un véritable scherzo emporté par un soliste vindicatif au milieu des sarcasmes amusés de l’orchestre : on est impressionné sur l’instant mais cette rectitude peine ensuite à animer les émouvants passages nostalgiques qui vont parsemer ce mouvement fort complexe. L’andante con moto final gambade ensuite aimablement mais sans l’humour primesautier, ni la nostalgie discrète que suggère l’écriture de Prokofiev.
Au terme de cette prestation très correcte, une constatation s’impose : Yo Kitamura a les moyens de nous dire des tas de choses intéressantes mais il ne nous les dit pas vraiment.