Un Beethoven dévitalisé !

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Ludwig van BEETHOVEN : Concerto pour violon et orchestre op. 61 ; Romances pour violon et orchestre n° 1 op. 40 et n° 2 op. 50. Lena Neudauer, violon ; Cappella Aquileia, direction Marcus Bosch. 2019. Livret en allemand et en anglais. 56.26. CPO 777 559-2.

Dire que l’avalanche Beethoven ne fait que commencer ! On en attend monts et merveilles, bien sûr, et l’on espère que les plus grandes partitions seront servies avec goût, élégance, lyrisme ou grandeur, selon ce qu’elles exigent de leurs interprètes. Le présent CD est une belle occasion de vérifier si l’attente est comblée. C’est l’Allemande Lena Neudauer qui officie dans ce programme destiné au violon avec orchestre. Née en 1984 à Munich, elle joue de l’instrument dès ses trois ans et se produit déjà avec orchestre à sept ans. Au Mozarteum de Salzbourg, elle est dans la classe des Zehetmair, d’abord le père, Helmut, puis le fils, Thomas, dès ses onze ans. Elle se perfectionne ensuite auprès de Christoph Poppen, remporte quelques récompenses, notamment à Aubsburg en 1999 où elle décroche plusieurs prix. Attirée aussi bien par la musique de chambre que par les partitions contemporaines, elle sert aussi les concertos classiques : un CD Schumann en 2010, avec son concerto pour violon, puis une intégrale des cinq concertos de Mozart en 2014 sont appréciés par la critique. En dehors de son activité sur scène, Lena Neudauer enseigne à la Hochschule für Musik und Theater de Munich. Elle joue sur un Guadagnini de 1743. 

Accompagnée par la Cappella Aquileia, fondée en 2011 et dirigée par le chef allemand Marcus Bosch, né en 1969, qui a enregistré notamment une belle intégrale des symphonies de Bruckner avec le Symphonique d’Aix-la-Chapelle, Lena Neudauer propose les deux Romances op. 40 et op. 50 dans une conception chambriste, « historiquement informée », de ces deux courtes partitions dont elle souligne la forme rondo et les phrases mélodiques. C’est bien fait, on apprécie, sans se pâmer. Par contre, l’écoute de l’opus 61, cet absolu chef-d’œuvre qu’est le Concerto pour violon et orchestre, dont des versions superlatives nous ont enchanté, nous laisse perplexe ! Dans la notice, Lena Neudauer explique qu’elle a eu l’occasion d’étudier ce concerto avec Thomas Zehetmair à l’âge de 18 ans, qu’elle a été enthousiasmée alors par la cadence que Beethoven a lui-même écrite pour son arrangement pour piano de sa partition. Cette cadence a été à son tour transposée au violon par Wolfgang Schneiderhan dans les années 1970 ; c’est celle que la soliste a choisie pour l’enregistrement, en y apportant des retouches personnelles. Ce n’est pas cela qui laisse perplexe, car cette cadence avec jeu de timbales est en soi dosée et rythmée et s’inscrit dans la logique du choix interprétatif. Mais c’est la conception globale du concerto que l’on a du mal à assimiler.

La notice fait en effet référence à des impressions sur la portée de l’œuvre qui émanent de Nathan Milstein, d’Anne-Sophie Mutter ou de Hilary Hahn. On y rappelle des propos de cette dernière qui signale qu’elle a toujours été ravie par le mélange d’expression lyrique et de profondeur dramatique qui se dégage de la partition. Avis d’une incontournable réalité, à laquelle on ajoutera une indispensable dimension de lumière, de transparence et de densité du propos, mais aussi de message intemporel qui touche à la grandeur. Il semble que ce soit ce contenu-là que Lena Neudauer ait l’intention de transmettre à travers cette version « historiquement informée ». Mais dès le prélude orchestral, on n’adhère pas à ces timbales guillerettes et à une atmosphère sautillante et superficielle qui débouche sur l’entrée du violon, dévitalisé par une sonorité maigrelette et famélique, pour ne pas dire squelettique, qu’il émet et qu’il va falloir supporter pendant près de quarante minutes. De plus, la prise de son privilégie souvent l’orchestre, avec des brusqueries instrumentales qui n’ont rien de poétique et des cordes acides ; le violon fait pâle figure. La cadence défendue et adoptée par Lena Neudauer ne convainc pas, la transparence jouant ici en sa défaveur, car elle apparaît évanescente et désincarnée, comme le sera le Larghetto, où l’on cherchera vainement le chant tel qu’il devrait se déployer. Le Rondo conclusif montre que la soliste est une violoniste de qualité, mais l’impression d’un instrument étriqué demeure. Le dialogue avec l’orchestre semble le plus souvent en porte-à-faux, tout au long de l’écoute, et il renouvelle, même après plusieurs auditions, la sensation d’une erreur de parcours qui ne tient pas compte de l’intensité, de la profondeur de l’œuvre ni de sa haute tenue. 

Ce disque décevant et à notre avis inutile a été enregistré du 11 au 13 mai 2018 au Congress Centrum de Heidenheim, cité située à la frontière du Bade-Wurtemberg et de la Bavière. 

Son : 7.  Livret : 8   Répertoire : 10   Interprétation : 5

Jean Lacroix

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