Ravel, merveilles jazzy et autres sortilèges orientaux…
Le « Sébasto » (Théâtre Sébastopol) qui fit les beaux jours et dimanches après-midi des amoureux d’opérette à Lille, bruissait, ce mardi 14 octobre 2026, d’une toute singulière fièvre légèrement impressionniste, poétique et jazzy tout à la fois avec quelques touches nostalgiques d’orientalisme façon 1900. C’est que l'Orchestre national de Lille dirigé par son chef titulaire Joshua Weilerstein y célébrait, à sa manière, les 150 ans de Maurice Ravel.
En ouverture de soirée, histoire de se replonger dans l’ambiance musicale de l’époque, la Petite suite pour orchestre de Germaine Tailleferre (amie proche de Ravel et seule femme du fameux groupe des Six) œuvre élégante et pleine de charme teintée d’impressionnisme.
Cette petite « mise en oreille » est immédiatement suivie de la Pavane pour une infante défunte dont on ne se lasse pas, portés que nous sommes par les couleurs sonores impressionnistes et bercés par les accents nostalgiques du cor solo de cette mélancolique évocation du célèbre tableau de Vélasquez « Les Ménines ».
Le temps d’installer le piano sur scène et nous voila embarqués pour la turbulente traversée outre- atlantique du Concerto pour piano et orchestre en sol majeur.
On ne présente plus Nikolaï Lugansky , pianiste majeur de l’école russe, interprète de prédilection de Rachmaninov ; sa présence sur scène toute d’élégance et de simplicité impressionne et, dans cette œuvre majeure de Ravel imprégnée de références au jazz, la virtuosité sensible du pianiste n’a d’égale que le raffinement orchestral. La parfaite connivence entre Nikolaï Lugansky et la direction d’orchestre de Joshua Weilerstein nous embarque dans une aventure musicale à couper le souffle. Dans la foulée de ce moment passionné et comme pour apaiser les esprits, nous aurons droit en bis aux jardins sous la pluie de Debussy.
Après l’entracte, Ravel toujours, mais pour une pièce beaucoup moins connue, une musique de scène, un arrangement qu’il fit d’une partition de Rimski-Korsakov pour lequel il nourrissait une grande admiration. La symphonie n°2 « Antar » de Rimski-Korsakov, inspirée d’un texte de l’écrivain Ossip Senkoski fait référence aux aventures légendaires vécues par le poète et guerrier arabe Antara ibn Shaddad ; une histoire d’esclavage, de puissance et de gloire ; une histoire d’amour et de mort propre à enflammer les esprits et la verve des compositeurs, russe et Français.
Cette œuvre, évocation épique teintée d’orientalisme, prend avec Ravel une dimension onirique avec un raffinement tout particulier des timbres (pizzicati des cordes, apports de la harpe et du célesta...) et se singularise également par un nouveau texte écrit par Amin Maalouf en 2014 , dit ici, d’une voix ferme et ample, par le comédien Charles Berling.
En clôture de ce copieux et passionnant concert L’envoutant Boleo vient ensuite, en un envoûtant crescendo, déployer la palette de ses variations orchestrales.
Ce programme avec la même distribution sera présenté vendredi 17 au Phénix de Valenciennes et samedi 18 à la Maison de la culture d’Amiens avec cette fois un autre pianiste Russe, Denis Kozhukhin (1er prix du concours reine Elisabeth en 2010) et le comédien Jacques Bonnaffé comme récitant.
Ajoutons que l’enregistrement réalisé Lille sera retransmis sur Radio Classique le 1er novembre à 20h.
Lille, Théâtre Sebastopol, 14 octobre 2025
Paul K’ros
Crédits photographiques : Ugo Ponte-ONL