Rowan Pierce et Florilegium, dans deux cantates autour des passions humaines

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Tra le fiamme. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Concerto grosso en sol majeur Op. 3 no 3 HWV 314. Tra le fiamme, cantate HWV 170. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto en sol majeur RV 84. Alleluia d’In Furore Iustissimae Irae RV 626. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Ich bin in mir vergnügt BWV 204. Rowan Pierce, soprano. Ashley Solomon, flûtes. Florilegium. Livret en anglais, français, allemand. Mars 2024. 63’58’’. Channel Classics CCS 47625

Le livret ne contient aucune note d’intention qui nous permettrait de saisir le sens éventuel de ce programme instrumental et vocal proposé par l’ensemble Florilegium. On mesure toutefois la dialectique entre les deux cantates : allégorie de l’hybris pour Tra le fiamme issue de la période romaine de Haendel, avertissant des dangers de la témérité que symbolise le mythe d’Icare. À laquelle répond la stoïque Ich bin in mir vergnügt de Bach, invitant à se méfier des passions terrestres, des richesses matérielles, et à trouver en soi la quiétude.

L’aria initiale du HWV 170 expose autant le timbre gracieux de Rowan Pierce que quelques défauts de justesse et une émission instable, à relativiser certes par la virtuosité exigée par cet opus. La viole de Reiko Ichise s’y fait envahissante, alors que les deux hautboïstes pastellisent trop discrètement le Ruhig du BWV 204, qui s‘enlise dans la fadeur. Dans Die Schätzbarkeit, les arabesques du violon solo soutiennent mieux l’intérêt que le timide traverso qui humecte Meine Seele sei vergnügt. Certes moins à l’aise avec la prosodie allemande qu’avec l’italien, la jeune soprano séduit par son timbre frais, adéquat véhicule de l’humilité tissée par les paroles.

On regrette toutefois que la conduite de voix semble parfois mal posée (diapason un peu bas, notamment pour Ein Edler Mensch), que les récitatifs s’engoncent dans une diction laborieuse (ironiquement dans Schwer ist es zwar…). En une demi-heure, cette longue cantate du contentement requiert des ressources, tant expressives que narratives, qui font défaut à cette prestation. De l’abnégation, il en faudra à l’auditeur pour s’immerger dans cette interprétation qui ne s’impose pas dans une discographie comptant une dizaine d’alternatives. Lisa Larsson avec Ton Koopman (Erato, janvier 1996), Dorothee Mields avec Michi Gaigg (Carus, décembre 2014) ou Carolyn Sampson avec Masato Suzuki (Bis, juillet 2017) maintiendront la préférence.

En guise de prélude et d’intermède, Ashley Solomon et son équipe cisèlent de fiables mais graciles lectures du troisième concerto grosso de l’opus 3 du Caro Sassone, et un concerto de chambre du Prete rosso. Lequel vient conclure ce récital par un bref et vibrant alléluia tiré de son motet In Furore Iustissimae Irae. Rowan Pierce y darde l’élan et l’éclat nécessaires, le temps d’un furtif brio qui parvient un peu tard à susciter l’attrait pour cet album.

Christophe Steyne

Son : 9 – Livret : 8,5 – Répertoire : 8,5 – Interprétation : 7

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