Telemann : fin de l’intégrale des concertos pour violon par L’Orfeo Barockorchester

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Complete Violin Concertos Vol. 9. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concertos pour deux violons, cordes et basse continue en ré majeur TWV 52:D3, en la majeur TWV 52:A2, en ut majeur TWV 52:C2, en sol mineur TWV 52:g1. Concerto pour violon, cordes et b.c. en sol majeur TWV 51:G6. Concerto pour alto, cordes et b.c. TWV 51:G9. Concerto pour cordes et b.c. TWV 43:e5. Julia Huber, Martin Jopp, violon soliste. Lucas Schurig-Breuss, alto soliste. Carin van Heerden, L’Orfeo Barockorchester. Sabine Reiter, Martin Kalista, Linda Pilz, Veronika Traxler, Simone Trefflinger, violon. Nina Pohn, violon, alto. Daniela Henzinger, alto. Katie Stephens, violoncelle. Maria Vahervuo, contrebasse. Reinhard Führer, clavecin. Août 2024. Livret en anglais, allemand. 61’15’’. CPO 555 699-2

Il aura fallu une vingtaine d’années pour mener à bien ce projet ! Cette neuvième étape referme l’intégrale des concertos pour violon de Telemann, initiée le 11 septembre 2002 dans les studios de la SWR à Karlsruhe. De l’archet, Elizabeth Wallfisch conduisait L’Orfeo Barockorchester, dans les rangs desquels on comptait ceux qui sont maintenant les solistes du présent album. La notice a la bonne idée de dresser l’inventaire des opus enregistrés, par genre et tonalité, en renvoyant au volume concerné. Un index bien utile. Au menu : un concerto et quatre double-concertos pour violon qui datent de la période d’Eisenach (1708-1712), un des inclassables concertos pour cordes. En vedette : le célèbre concerto pour alto qui est à la fois un des premiers du genre consacré à cet instrument, et une des œuvres les plus enregistrées de Telemann.

Au temps du vinyle, ce pilier du répertoire des altistes fut gravé par Simon Streatfeild, peu avant son départ de l’Academy of St Martin-in-the-Fields (L’Oiseau-Lyre, 1965). Puis par Paul Doktor (Telefunken, décembre 1967) et de notoires virtuoses : Wolfram Christ (Schwann), Ernst Wallfisch (FSM), Pinkas Zukerman (CBS)… Parmi les options classiques, on recommandera Stephen Shingles accompagné par Neville Marriner (Argo, février 1975). Et dans le giron « historiquement informé », on n’a guère fait mieux que Florian Deuter avec Musica Antiqua Köln, enrôlant clavecin et théorbe dans le continuo (Archiv, octobre 1999). Sans déclasser cette référence, Lucas Schurig-Breuss comptera désormais parmi les fiables interprétations, d’un équilibre très classique, finement élancé dans le Presto final… même si l’accompagnement semble un peu routinier, sans le grain et la caractérisation des troupes de Cologne attisées par Reinhard Goebel.

Plus inventif, ardent et texturé apparaît L’Orfeo Barockorchester dans les quatre double-concertos, fruits de l’émulation avec Pantaléon Hebenstreit (1668-1750), quand Telemann émargeait comme Konzertmeister à la cour du duc Jean-Guillaume. On y glanera quelques raretés au catalogue discographique (TWV 52:D3, TWV 52:g1, TWV 52:A2). Subtilité du trait, ornementation agile : Julia Huber et Martin Jopp traduisent avec précision et expressivité ces opus où le compositeur s’essaye à la manière italienne (le ritornello du TWV 52:A2) et livre ses premiers essais d’airs en da capo (TWV 52:C2). Sur son violon mantouan d’époque (c1680), c’est Julia Huber qui brille dans le concerto en sol majeur, datant de la même période d’Eisenach et se prêtant à l’ingénieux commerce d’archets que Telemann y expérimenta.

En codicille, le programme invite un exemplaire parmi la vingtaine de concertos à cordes que l’on peut annexer au genre du concerto en ripieno : au sein du discours polyphonique s’instillent quelques échappées dans la dynamique orchestrale. Le bref Cantabile central s’apparente à une sonate en trio, avant une conclusion ébrouée sur un mouvement de gigue.

L’interprétation des concertos précoces ne cède pas univoquement aux sirènes de l’italianità que le jeune Georg Philipp avait découvert lors de ses études, lui qui dans la décennie 1710 était déjà capable de maîtriser le gusto vivaldien sans s’y inféoder. Judicieusement, l’équipe autour de Carin van Heerden sait adroitement gainer quelques rudes accents que Telemann entendit certainement lors de ses voyages en Prusse, à Cracovie et à Pszczyna : des ingrédients folkloriques qui influencèrent aussi l’auteur du Concerto Polonois.

Christophe Steyne

Son : 8,5 – Livret : 8,5 – Répertoire : 8-9 – Interprétation : 8,5

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