Haendel : flagrante Résurrection pour les trente ans du Festspielorchester de sa ville natale

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : La Resurrezione, oratorio HWV 47. Carine Tinney (L’Ange), Francesca Lombardi Mazzulli (Marie Madeleine), soprano. Rafał Tomkiewicz (Marie de Clopas), contreténor. Youn-Seong Shim (Saint Jean L’Évangéliste), ténor. David Oštrek (Lucifer), basse. Händelfestspielorchester Halle, Attilio Cremonesi. Livret en anglais avec synopsis mais sans les paroles. Mars 2023. Deux CD 61’20’’ + 45’31’’. Naxos 8.574624-25

Cet oratorio remonte à la période romaine d’un Haendel de vingt-trois ans et reste une de ses œuvres les plus appréciées, aussi mélodieuse que délicieusement instrumentée, avec flûtes à bec, traversière, hautbois, basson, trompettes… Conscient de la valeur de sa partition, précisément consignée, le jeune compositeur y puisera souvent au cours de sa carrière, recyclant des airs où l’on reconnait déjà son génie. Il Nume vincitor rappellera au mélomane un tube de la Water Music ! La notice détaille les options interprétatives, comme la disposition spatiale du ripieno et du concertino, et le recours au trombone (attesté sans qu’on sache précisément où il doit jouer).

Créée le 8 avril 1708 lors du dimanche de Pâques, cette Resurrezione abordait un sujet qui n’allait pas de soi dans une pieuse Rome où pareil contexte liturgique menait plutôt à l’église qu’au concert. Au sein d’une discographie qui compte une dizaine d’alternatives, certaines versions (comme celle de Marco Vitale chez Brilliant, 2009, ou plus récemment d’Harry Bicket chez Linn, 2021) s’enlisaient dans un excès de pruderie. A contrario, cette nouvelle parution captée dans le fief natal du Caro Sassone, à l’occasion du trentième anniversaire du Händelfestspielorchester, exacerbe la flamme dramatique. On ne doute pas qu’elle réveillerait un mort, mais elle pêche par un certain prosaïsme.

Certes la parenté opératique de l’œuvre pourrait suggérer une ambition scénique, mais n’est-ce travestir, voire subvertir son esthétique que de l’assimiler à une enfilade de creux numéros de virtuosité ? Parfois stimulante : Naufragando va per l’onde par Rafał Tomkiewicz, qui galbe fièrement son Augelletti, ruscelletti. Mais sans grâce aucune pour les interventions de Saint Jean : Cosi la Tortorella ou Ecco il sol, débités par la prestation trop littérale d’Youn-Seong Shim, un peu racheté par son Caro figlio, droitement érigé. Il faut évidemment du coffre, du verbe, de la noirceur pour incarner Lucifer, et là David Oštrek ne déçoit jamais.

Concernant les tessitures aiguës, Attilio Cremonesi confie le rôle de Marie Madeleine à une soprano, conformément à la circonstance historique : même si les chanteuses étaient persona non grata sur les scènes publiques, le marquis Ruspoli n’hésita pas à choisir Margherita Durastanti pour la représentation dans son palais, attirant la réprimande papale, en faveur d’un castrat. Ces sessions de Halle confient également l’Ange à une soprano, non un contreténor. L’occasion d’apprécier l’éclat, le registre charnu de Carine Tinney, charpenté dans ses airs, ardent dans le récitatif Di Rabbia indarno freme, même si le timbre n’échappe pas au terne (Se per colpa). À l’avenant de ce dynamisme : la verve de Francesca Lombardi Mazzulli dans son superbe Ho un non se che nel cor.

La performance un peu brouillonne de la Sonata introductive aura averti qu’on ne doit pas espérer la subtilité orchestrale d’un Christopher Hogwood, –premier enregistrement dans la veine « historically informed practice » (L’Oiseau-Lyre, mars 1981). Une flagrante perspective sonore accuse ici la vitalité un rien exubérante de cette tout autre approche où Attilio Cremonesi pense sans inhibition au théâtre, et privilégie la spontanéité de l’éloquence vocale. Comme si les personnages réagissaient dans l’instant, animés d’un réalisme proche du reportage. Les tableaux d’ensemble concluant chaque partie par la réjouissance et la louange divine ne manquent pas d’allure. Mais les pages méditatives du mystère sacré de la Résurrection se trouvent sacrifiées par cette propension au spectaculaire. À l’instar du live de Marc Minkowski (Archiv, 1996) dont on pourra certes préférer l’Ange d’Annick Massis et surtout l’Évangéliste de John Mark Ainsley.

Christophe Steyne

Son : 7,5 – Livret : 8,5 – Répertoire : 9,5 – Interprétation : 7,5

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