A La Roque d’Anthéron, dans la magie réfléchie des Etudes, Vanessa Wagner fait rentrer Philip Glass dans le monde des grands compositeurs pour piano

par

Les 20 Etudes occupent une place à part dans l’œuvre de Philip Glass. Quand il les aborde en 1994, c’est pour son propre usage de pianiste, prenant en compte le côté limité de ses moyens techniques. Peu à peu, toutefois, le discours se creuse et le compositeur new yorkais crée d’incroyables voyages aux ressources inépuisables qui deviennent presque des poèmes symphoniques pour piano seul. Dès leur publication officielle en 2014, les Etudes seront visitées par nombre de pianistes, pas toujours intégralement. La référence restera toutefois Maki Namekawa que l’on a attendue deux fois à Bruxelles et qui en prépare un deuxième enregistrement. De son côté, le Festival de la Roque d’Anthéron en programmait une exécution intégrale confiée à parts égales à Celia Oneto-Bensaïd et Vanessa Wagner et cette année, cette dernière était de retour le 31 juillet dernier au Parc de Florans pour une interprétation complète qui pousse ces pages fascinantes aux limites mêmes de leur potentialité. Une démarche qu’elle a gravé sur un disque paru en 2025 chez Infiné Music.

Une fascination de la longueur autour d’un travail thématique minutieux

Les Etudes de Glass n’ont pas de sous-titres et ne sont pas basées sur la démonstration virtuose. Elles nous racontent plutôt des histoires, timides souvent, parfois secrètes au début mais qui vont se corser au fil des répétitions où les quelques notes du thème de base vont circuler au travers de la structure sonore et que le soliste doit pourchasser avec malice. Et c’est ici que Vanessa Wagner conduit un remarquable travail d’architecte conduisant chaque pièce jusqu’à ses développements ultimes. Mais dans une genèse discrète où la fascination thématique, omniprésente bien que parfois en sous-main, installe des climats d’une magie envoutante qui emmène l’auditeur vers d’impressionnants sommets expressifs ou d’affolantes plongées en abime. C’est une sorte de radioscopie de l’âme humaine que nous décrit Vanessa Wagner sans jamais se départir d’un flegme souverain. Il faut la voir droite et nette devant son clavier comme une vestale habitée de son art mais qui, visuellement,  reste imperturbable et fait monter l’atmosphère du seul rendu de son piano. Il faut dire que le plein air maîtrisé du Parc de Florans permet une richesse des plans sonores qu’on n’atteindrait sans doute pas en salle.

Un incroyable parcours d’atmosphères variées

Dès la 1re étude se met en place un jeu de questions-réponses qui soutiendra deux heures et demie d’audition attentive. Un sens narratif s’impose dès la 2e étude et sa suffocante montée en puissance. Un calme absolu crée un climat d’immanence autour de la 5e, la 6e est propulsée par une motorique obstinée. Mais chacune de ses pièces ne suffit pas à son seul exposé : celui-ci est prétexte à un approfondissement quasi philosophique qui dit tout mais n’explique rien : une dialectique du non-dit puissamment exprimé qui reflète idéalement la démarche du compositeur.

Le procédé peut alors se développer avec un formidable puissance évocatrice dans les grandes études qui vont suivre : appels obstinés et effervescence de la 10e, rêve éveillé de la 12e, murmures ruisselants de la 13e, déclamation opératique de la 15e, impatience inquiète de la 17e, introspection de la 19e, discours déclamatoire du 20e  qui conduit à la longue extinction finale. Un silence prolongé qui fait comprendre au public l’Odyssée sonore qu’il vient de traverser : un moment d’une densité inoubliable. 

Le Festival de La Roque d’Anthéron continue jusqu’au 16 août (piano-festival.com).

Vanessa Wagner interprètera le 3e concerto pour piano de Philip Glass avec l’ORW et Vahan Mardirossian à Mons le 26.11 (orcw.be)

Crédits photographiques : Franck Denis

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.