Le centenaire de Turandot à Torre del Lago

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Le 25 avril 1926, le dernier chef-d'œuvre inachevé du maître lucquois est créé à la Scala de Milan. L'événement fait parler de lui : Toscanini pose sa baguette après la mort de Liù, se retourne vers le public et déclare : « Ici s'achève l'opéra du Maestro. C'est à cet endroit qu'il est mort. »

Écartant de fait la fin imaginée par Alfano, Toscanini lança l'éternel débat autour de ce dénouement, jugé trop bref et ne développant finalement que très peu le personnage de Turandot. Aujourd'hui, d'autres versions existent, tandis que de nombreuses productions choisissent de s'arrêter là où Puccini a fermé les yeux, en même temps que Liù. À Torre del Lago, pour le centenaire de la création de l'œuvre, le choix s'est porté sur l'issue heureuse de l'opéra, dans la version d'Alfano. Une production très attendue, tant Turandot demeure une œuvre universelle et exceptionnelle.

Le Festival Puccini a confié la mise en scène à Pier Francesco Maestrini, dont la vision traditionnelle rend pleinement justice à la musique de Puccini en la plaçant constamment au premier plan. Les décors d'Ezio Frigerio sont colossaux, dans la plus pure tradition, sans jamais forcer le trait de l'exotisme. L'espace scénique du premier acte est de fait largement réduit, tandis qu'il s'élargit dès le deuxième acte, avec le déplacement des portes du palais. Un habile tour de passe-passe, d'abord derrière le gong, puis entre les colonnes, permet aux trois danseurs incarnant Ping, Pong et Pang de céder progressivement la place aux trois chanteurs, tout en préservant l'illusion scénique. Les costumes de Franca Squarciapino sont eux aussi réussis : fidèles à une esthétique traditionnelle, ils séduisent par leurs couleurs feutrées. La direction d'acteurs reste sobre, permettant à chacun de se concentrer sur l'aspect musical, d'autant plus essentiel dans une œuvre aussi exigeante pour l'ensemble des protagonistes. Les grandes scènes de foule sont particulièrement soignées, traduisant avec efficacité et simplicité l'attente d'un peuple, spectateur d'événements tragiques ou heureux. Enfin, les interventions chorégraphiques de Michele Cosentino apportent une touche de dynamisme, y compris dans les moments les plus statiques.

Du point de vue musical, le plateau vocal propose un bel équilibre entre la pureté et l'innocence d'une Liù incandescente de Pretty Yende, elle-même bouleversée par ce dont elle est témoin, dans une attitude et une démarche toujours empreintes de fragilité, et la puissance presque animale de la Turandot d'Olga Maslova, qui irradie par une vocalité expressive et évolue, au fil des actes, de la méfiance au don de soi. L'attitude corporelle est aussi une expression supplémentaire intéressante : fluide et sinueuse, non sans rappeler un serpent qui enlace progressivement sa proie. Une gestuelle qui, peu à peu, s'apaise et s'humanise, en particulier après la mort de Liù. Très belle prestation également du ténor Jorge de León, captivant à chaque instant, doté d'une voix solide, claire et porteuse de messages limpides : amour, dévotion, optimisme et courage. La scène finale du premier acte le propulse dans un élan héroïque où sa voix se fait majestueuse et souveraine. Mention spéciale au trio Ping (Simone Del Savio), Pong (Enrico Casari) et Pang (Tiziano Barontini), absolument remarquable, tant par sa précision rythmique, particulièrement délicate dans cet ouvrage, que par son jeu d'acteur, la richesse des couleurs vocales et la qualité de l'articulation de chacun. Un trio qui insuffle beaucoup de fraîcheur, ou au contraire une profonde mélancolie, au début du deuxième acte. Le Timur de Michele Pertusi est un véritable cadeau pour les spectateurs. La voix est ample, vibrante et d'une remarquable projection, toujours au service des sentiments, ceux d'un père inquiet des actes de son fils, constamment soutenu par sa fidèle Liù. Il accompagne celle-ci dans la mort avec une intensité dramatique absolument bouleversante. Pretty Yende, à ce propos, est magistrale dans ce troisième acte. Elle hypnotise l'assistance par une technique vocale épurée et fluide, ne cherchant jamais la démonstration, mais privilégiant au contraire la profondeur des sentiments qui animent son personnage, avec une infinie douceur, même dans les moments les plus dramatiques. Filippo Pina Castiglioni campe un Empereur marqué par la souffrance, mais toujours empreint d'espoir pour sa fille, tandis que le Mandarin d'Andrea Tabili se montre solide et d'une grande rigueur rythmique.

Giacomo Sagripanti propose une lecture de Turandot très concentrée, évitant tout excès de sentimentalisme au profit de tempi posés et stables. La distribution des rôles principaux changeant à chaque représentation, l'exercice n'en est que plus délicat, mais les décalages avec le plateau ne sont pas nombreux. La première scène de Turandot, suivie de celle des énigmes, est habilement menée, tandis que la première partie du troisième acte révèle une direction portée par le poids de l'harmonie, des silences et des couleurs orchestrales. Le spectacle bénéficie d'une amplification discrète et globalement réussie dans le cadre d'une représentation en plein air. En revanche, et c'est normal, l'exercice s'avère plus délicat pour l'orchestre. L'équilibre sonore met davantage en valeur certaines sections, tandis que d'autres sont plus en retrait, en particulier les cordes, qui paraissent parfois sonner presque en solistes, ainsi que certains pupitres de bois que l'on aimerait entendre davantage. Le résultat demeure néanmoins tout à fait satisfaisant. Le chœur, préparé par Marco Faelli, est également de très belle facture, homogène et expressif, tandis que le chœur d'enfants, préparé par Sonia Franzese, apporte beaucoup de fraîcheur à l'ensemble, tout en étant capable de rattraper admirablement une situation de décalage.

Une soirée à guichets fermés et longuement acclamée par le public.

Ayrton Desimpelaere,
Torre del Lago, Festival Puccini, le 1er août 2026

Crédits photographiques :  Giorgio Andreuccetti

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