Liège : Les Nuits de septembre ou le voyage perpétuel
Du 4.9 au 11.10, les « Nuits de septembre » dérouleront leur faste dans la cité ardente. Traditionnellement, avec Namur, l’entité la plus aventureuse des Festivals de Wallonie, elle voit son goût pour les voyages à travers le temps et l’espace qui font le sel de sa programmation devenir la thématique propre des Festivals de Wallonie.
Appelé à témoigner sur cette correspondance, son directeur Frédéric Degroote répond : pour moi, c’est une constance que de considérer la musique comme un genre en perpétuel mouvement. J’aime donc suivre les artistes, compositeurs et interprètes, dans leurs voyages au fil du temps mais aussi observer les mélanges de la création à travers les époques et les lieux. Certes j’adapte parfois ma programmation pour accueillir des projets spécifiques des Festivals de Wallonie comme le 7.10 au salon littéraire l’ensemble Satellite pour un programme de musique de chambre qui nous fait voyager de Bach à la musique d’aujourd’hui.
Le voyage, lui, est inhérent à la musique ancienne mais on peut aussi de moins en moins la dissocier des musiques traditionnelles et de l’oralité. Le voyage existe aussi entre les genres et les pratiques et c’est une des tendances les plus vivaces de la musique ancienne aujourd’hui.
Face à une telle thématique, je pouvais en fait m’en donner à cœur joie, sans jamais revenir à des choses que j’avais déjà faites. Toute l’Europe est présente cette année, à l’exception du monde slave. Mais ma programmation cultive aussi une de mes passions, l’intimité qui me pousse à investir des lieux plus discrets comme l’écrin merveilleux du salon littéraire.
Et cet appétit de la découverte, on va le décliner avec une infinie variété de styles et de genres en fonction des endroits visités.
Nous allons les parcourir
« Northern Light », écho de la Scandinavie (4.9, église St Jacques) Nous avions déjà invité Sébastien Daucé et son ensemble Correspondances il y a cinq ans mais je voulais avant tout faire connaître Lucile Richardot au public belge. Voilà une somptueuse voix grave qui parcourt un ambitus étendu en investissant son chant en profondeur avec une versatilité qui rappelle un peu Marie-Nicole Lemieux. Et il se fait que le programme d'un de ses derniers disques recoupait idéalement notre thématique du voyage.
« Tutta sola », l'art du violon seul. (5.9, salle académique de l'ULiège). Il s'est développé, à côté des incontournables « sonates et partitas » de Bach, en Allemagne mais aussi en Angleterre, une pratique aventureuse des œuvres pour violon seul où se sont illustrés des compositeurs qui étaient aussi de fabuleux violonistes tels que Vilsmayr, Westoff ou Matteis. Et comme la grande maîtresse anglaise du violon baroque, Rachel Podger, que je rêvais d'inviter, s'est récemment intéressée à ce répertoire, l'occasion était trop belle.
Viaggio a Napoli (11.9, salle académique). Naples est une place phare dans l'histoire de la musique ancienne mais c'est une période moins connue, le Moyen Âge, que nous allons évoquer en compagnie de nos vieux complices de Micrologus. La Naples aragonaise du 15e siècle qui, de fêtes populaires en soirées princières, frémit d'une joie abondante qui réunit les mondes espagnol, italien et français.
1626-2026 : Semper Dowland. (12.9, église St Servais). Enfant des îles de naissance (anglais ou irlandais ?), Dowland est un grand compositeur européen à commémorer en cette année de son 400e anniversaire. Et pourtant, hormis le festival de Saint-Hubert, il est resté peu fêté. On se devait donc programmer ce maître de la lute song et son incomparable sens de la mélancolie. Mais on ne s'arrête pas là et savourera des pages plus plaisantes, des mouvements de danse. On retrouve ici un tandem révélé en 2022, le ténor Maxime Melnik et le luthiste Adriaan Lauwers qui s'est fait construire un orpharion, une sorte de luth construit sur base de cordes métalliques.
« Songs of Travel » (19.9, salle académique). Nul pays n'a mieux cultivé les carnets de voyage que l'Angleterre. Les compositeurs s'y sont naturellement mis (le titre de « Songs of Travel » nous vient de Vaughan Williams), suivis par leurs confrères américains. Cette création des Festivals de Wallonie réunit Pierre Derhet et Maxime Melnik autour de ce génial accompagnateur qu'est Julius Drake.
« Sulla Piazza, les violons de San Marco » (23.9, salle académique). Les violons s'imposent à Venise mais ils seront évoqués au cœur de leur vie réelle, ces bandes d'instrumentistes qui pratiquaient tous les genres au profit de ceux qui voulaient les engager : fêtes de rues, tavernes, demeures princières et lieux religieux. Le concert se double d'un travail organologique avec une bande d'instruments spécialement conçue pour le Consort La Capriola.
« Quatre saisons » pour vielles et musettes. (27.9, église St Denis). Un bel exemple des arrangements et manipulations d'une époque qui connaissait mal les droits d'auteur. Nicolas Chedeville transcrit trois concertos des « Quatre saisons » pour ensemble de vielles et musettes et, sans vergogne, y ajoute trois autres concertos de sa composition dans le style de Vivaldi qu'il attribue au Prêtre roux ! Un réel esprit de fête que recherchera l'ensemble Danguy et Tobie Miller.
Musique ancienne turque et ottomane (30.9, Chiroux). Le Makam Trio tire son nom du « Makam », le nom que prend chaque mode dans son développement particulier. Cette musique, qui célèbre le ney et l'oud, ouvre la porte à des combinaisons variées qui peuvent mener jusqu'à la musique soufie. Le Makam Trio regroupe des musiciens qui vivent en Belgique. Et je suis heureux de revenir avec ce type de musique aux Chiroux.
« Nexus Winchester » : un putsch dans la cathédrale (2.10, église St Denis). Incroyable écho de la pagaille chorale provoquée en 964 dans la cathédrale de Winchester par le remplacement d'un ordre monastique par un autre. Dans cette querelle des anciens et des modernes, les chantres des deux groupes envahissent le chœur et rivalisent d'intensité. Un événement reproduit par Katarina Livjanic et son ensemble Dialogos.
La Torre del oro. (11.10, Salle Philharmonique). Nous sommes bien sûr à Séville, lieu idéal pour évoquer la rencontre des musiques espagnoles et du nouveau monde. Mais aussi celle des musiques savantes et populaires comme aime le faire Christina Pluhar et son Arpeggiata. C'est le voyage absolu car il est réciproque et part naturellement de la ville de départ des galions espagnols.
Festivals de Wallonie, Liège, Nuits de septembre, du 4.9 au 11.10. Site web : www.lesnuitsdeseptembre.com
Crédits photographiques : Kyra Thonnard



