Intégrale pianistique de Louise Farrenc, volume 4 : l’inspiration du bel canto

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Louise Farrenc (1804-1875) : Œuvres complètes pour piano, vol. 4 - Thème et Variations, II : Variations sur une galopade favorite, op. 12 ; Les Italiennes. Trois Cavatines favorites de Bellini et Carafa, variées pour le piano op. 14. ; Variations brillantes sur la cavatine d’Anna Bolena de Donizetti ‘Nel veder la tua costanza’, op. 15 ; Les Allemandes. Deux mélodies favorites variées, op. 16. Maria Stratigou, piano. 2024. Notice en anglais et en français. 60’ 35’’. Grand Piano GP965.

Après les Études (volume I) et les Rondeaux (volume III) de Louise Farrenc, la pianiste Maria Stratigou, qui a étudié à Athènes, à Glasgow et à Manchester, propose un second volet de « Thème et variations », qui vient compléter le volume II de son intégrale en cours, prévue en six numéros. Nous avions souligné en 2022 l’intérêt du volume I, qui comprenait deux CD. Les cahiers pédagogiques de Louise Farrenc y étaient mis en évidence, la compositrice ayant enseigné pendant trois décennies, à partir de 1842, au Conservatoire de Paris. Cette fois, Maria Stratigou propose une série d’opus publiés entre 1833 et 1836, marqués par l’attrait du bel canto. Dans le volume II de la présente série, on trouvait déjà des Variations brillantes sur un thème de La Cenerentola de Rossini, op. 5, et des Variations brillantes sur un thème du Colporteur d’Onslow op. 10. Ces divertissements, et ceux qui vont ici nous occuper, précèdent, dans le catalogue de Farrenc, la série de pages destinées à l’enseignement. Ils font la démonstration d’un éclectisme nourri de légèreté, d’humour et de fantaisie, de drame, de contemplation ou de danse.

Le programme s’ouvre par les Variations sur une galopade favorite (hongroise) op. 12, dédiées à la pianiste Sophie-Pierson Bodin (1819-1874), qui se destina d’abord au chant, avant de se produire au piano dans des matinées musicales qu’elle animait. Maria Stratigou, qui signe la notice de chaque album de cette intégrale, pense que la jeune pianiste fut sans doute une élève privée de Louise Farrenc, avant de devenir une virtuose appréciée. Les présentes variations sont bâties sur un plaisant air populaire, plein de fraîcheur, que le mélomane reconnaîtra aisément, la compositrice démontrant en un peu moins de onze minutes sa capacité à nuancer le thème initial de façon rythmée et chantante. 

La vogue de l’opéra italien inspira Louise Farrenc au cours de la décennie 1830. Aux variations déjà signalées, qui figurent dans le volume II, on ajoutera un Rondo sur un chœur du Pirate de Bellini op. 9, et un autre Rondo brillant sur la Cavatine de Zelmire de Rossini, op. 13. Dans son ouvrage intitulé Les compositrices en France au XIXe siècle (Fayard, 2006), Florence Launay estime que, dans la mesure où le mari de Louise, Aristide Farrenc (1794-1865) était flûtiste, mais aussi un éditeur de musique qui publiait les pages de son épouse, l’argument commercial a pu peser, étant donné l’engouement extrême des Français pour cette musique, mais on peut penser que l’opéra italien devait à cette époque véritablement intéresser Louise Farrenc. Nous partageons volontiers cet avis, car les œuvres inspirées par le bel canto sont non seulement une partie importante de la production de la compositrice, mais elles font preuve aussi d’une belle expressivité et d’une réelle élégance. 

En témoignent les Trois Cavatines op. 14 : la première se réfère au chœur ‘Dell’aura tua profetica’, introduction de l’acte I de Norma de Bellini (création à la Scala de Milan en 1831), la deuxième au trio de l’Acte I de La Straniera (1829) du même Bellini. Quant à la troisième, elle s’inspire d’un thème de l’opéra Berenice in Siria (1818) de Michel Carafa de Colobrano (1787-1872), un élève de Cherubini. Bellini est à nouveau sollicité dans les Variations brillantes sur la cavatine d’Anna Bolena, opéra que Paris avait applaudi en 1831. Cette fois, la dédicace est pour une autre virtuose, Léopoldine Blahetka (1809-1885), qui joua à deux pianos avec Chopin en 1828 lors d’un concert à Varsovie. Dans ces diverses pages, Maria Stratigou est très à l’aise et joue avec une virtuosité maîtrisée, sans excès, en soulignant l’inventivité en éveil de Louise Farrenc. Celle-ci compose encore en 1835, pour sa fille Victorine, qui a neuf ans, deux mélodies légères et vivaces intitulées Les Allemandes, l’une d’après une chanson autrichienne, l’autre sur un air de Joseph Weigl (1766-1846), un élève de Salieri. 

Avec ce quatrième volet de l’intégrale pianistique de Louise Farrenc, Maria Stratigou participe à l’intérêt actuel, justifié, pour la musique de la compositrice parisienne, dont des gravures des symphonies (Naxos, Érato) et de la musique de chambre (CPO, Brilliant) ont montré les qualités intrinsèques. On notera que le présent album propose les opus 12 et 16 en premières gravures mondiales, l’opus 14 ayant déjà été enregistré en partie par Jeanne Polk (Steinway & Sons, 2020) et l’opus 15 par Biliana Tzinlikova (Paladino, 2018), 

Son : 8    Notice : 8    Répertoire : 9    Interprétation : 9

Jean Lacroix

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