Pascal Godart se mesure aux Ballades de Chopin

par

Frédéric Chopin (1810-1849) Quatre Ballades, Berceuse op. 57, Nocturnes op. 9 n° 2, op. 27 n° 2, op. 72 n° 1 Pascal Godart (piano) 2026. Textes de présentation en français et anglais. 54'51''. Indesens Calliope Records IC106

Il ne faut pas avoir froid aux yeux pour s'attaquer aux Ballades de Chopin, véritable pierre de touche du grand répertoire pianistique dont nous disposons de tant de versions exceptionnelles, historiques comme contemporaines. Qu'on pense ici à Cortot, Rubinstein, Perahia, Zimerman ou Stephen Hough — et la liste est loin d'être exhaustive.

Pascal Godart les aborde avec une fidélité au texte absolue et un refus total du maniérisme ou de la recherche de l'effet, ce qui mérite d'être salué. Dans ces partitions si exigeantes, il faut également relever la qualité de sa technique, de celles qui ne sentent jamais l'effort. L'approche du pianiste français — qui enseigne à la réputée Haute École de Musique de Lausanne — respecte à la lettre toutes les indications de la partition. De même, son rubato et ses variations de tempo découlent naturellement de la nature de la musique, sans vaine recherche d'effets, et il ne cherche jamais à se mettre indûment en valeur.

Le problème est que cette approche tout en objectivité et modération, pour honnête et probe qu'elle soit, n'est sans doute pas ce que l'on attend dans une musique dont les élans doivent emporter l'auditeur en faisant taire toutes ses réserves.

Cela n'empêche pas d'apprécier les mérites d'un pianiste qui ne manque pas de talent. Il faut reconnaître en plus que Pascal Godart a la malchance d'être desservi par une prise de son qui entoure l'instrument d'une espèce de halo, lequel enlève beaucoup de netteté aux attaques. Reste que sa sonorité est peu colorée et que, en dépit de ses qualités réelles, l'interprétation du pianiste n'arrive que trop rarement à captiver dans ces pages qui demandent, outre des moments de magnifique délicatesse, de l'héroïsme voire de la démesure. L'impression dominante est quand même de se trouver face à quelque chose de trop propre, trop mesuré et manquant de ce grain de folie qu'exigent ces œuvres.

Reste que certains passages sont vraiment réussis. On pense à l'épisode Presto con fuoco de la Deuxième Ballade, enlevé avec panache, ainsi qu'à la Troisième Ballade, où Pascal Godart trouve enfin une liberté de ton qu'on aurait aimé lui entendre plus souvent.

Quant aux pièces qui complètent le cycle, la Berceuse qui ouvre le disque est finement rendue. Tout y coule de source, avec délicatesse et retenue. Le Nocturne op. 9 n° 2 se distingue par des ornements très bien insérés dans le discours, mais manque de charme et n'accroche pas vraiment. Les deux autres Nocturnes sont interprétés sans lourdeur, dans un beau souci de mettre en valeur le chant, mais on n'y retrouve pas la magie que d'autres ont su y mettre.

Son 6 — Livret 8 — Répertoire 10 — Interprétation 7

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