Les 30 ans de « L’orchestre à la portée des enfants » : un modèle de pédagogie ludique
Le cycle bruxellois La musique racontée aux enfants avait duré 16 saisons et s'était arrêté à la mort d'André Vandernoot en 1991, laissant un vide dans la pédagogie musicale pour les jeunes enfants. Cinq ans plus tard, les Jeunesses musicales de Liège et de Bruxelles reprennent le flambeau avec le soutien de l'Orchestre de Liège, qui n'est pas encore royal. L'accent est cette fois délibérément mis sur l'orchestre symphonique, repris dans le titre. L'objectif est bel et bien d'apprivoiser cet acteur imposant et d'en révéler les joies et les secrets aux jeunes générations. En novembre 1996, Patrick Baton monte La Boîte à joujoux de Claude Debussy avec Marie Gillain. Le modèle s'est considérablement étoffé au fil du temps : à ce jour, pour son trentième anniversaire, il aligne désormais 76 productions représentant 500 séances !
Le principe est resté le même : initier les auditeurs-spectateurs à l'orchestre symphonique. Mais les modes de présentation vont connaître de nombreuses adaptations : très rapidement, les musiciens deviennent des acteurs de l'événement. On se met à raconter des histoires où s'intègrent les instrumentistes de l'orchestre.
Au début, rappelle Nicolas Keutgen, directeur des Jeunesses musicales de la province de Liège et responsable du cycle, on travaillait sur un canevas assez statique. Marie Gillain était installée derrière son pupitre et jouait le rôle de la narratrice entre les interventions de l'orchestre, qui finissait sa prestation par une exécution intégrale de l'œuvre analysée. Peu à peu, les animateurs ont pris possession de l'espace total : on se souvient de Benoît Poelvoorde, se promenant en équilibre sur le bord du premier balcon de la salle Henry Le Bœuf à Bruxelles pour animer le Till Eulenspiegel de Richard Strauss. D'autres ont renforcé le rôle du texte : Bruno Coppens y a apporté son extraordinaire virtuosité du mot. Les gens de théâtre s'en sont mêlés, avec de jeunes comédiens venus de l'INSAS ou de l'IAD, voire avec des danseurs ou des circassiens. On en est ainsi arrivé à de réelles mises en scène, notamment avec le comédien transdisciplinaire français Lionel Rougerie, ou plus récemment avec le travail d'Emmanuel Guillaume et de Bernard Cogniaux.
Chaque spectacle représente un projet bien spécifique. Le rapport de l'histoire et de la musique peut être très varié. Pour des tubes du classique, nous partons de la partition et cherchons la manière de l'illustrer. D'autres fois, on part d'une histoire et on cherche à l'illustrer par les partitions que l'on sélectionne. Pour Merlin, que nous reprenons en avril 2027, on a voulu s'inspirer du monde d'Harry Potter et on a sélectionné, sur proposition de Robert Coheur, de la musique anglaise d'Elgar, Holst et Vaughan Williams. Mais on est même allé plus loin, en confiant à un compositeur la tâche d'écrire une partition inédite sur le thème choisi. Ce fut le cas avec Stéphane Orlando pour Frankenstein. Quant à Gwenaël Mario Grisi, il a composé, durant sa résidence à l'OPRL, la musique du Livre de la jungle et d'Ali Baba et les quarante voleurs, que nous reprenons prochainement. Dirk Brossé, lui, a fouillé son répertoire de partitions pour trouver les musiques propres à illustrer Le Petit Prince, et il a ensuite édité l'œuvre complète.
Mais attention : dans la diversité de l'offre de concerts et de spectacles pour enfants, L'orchestre à la portée des enfants entend bien servir son créneau spécifique. Faire connaître et aimer l'orchestre symphonique et la musique demeure le premier élément du spectacle. En moyenne, explique Nicolas Keutgen, sur une heure de spectacle, 35 minutes sont consacrées à la musique et 25 au théâtre.
Propos recueillis par Serge Martin
Ali Baba et les 40 voleurs ; Liège, Salle philharmonique, les 20 (à 18 et 20h) et 22.11 (à 14h30), Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le 21 (à 11 et 14h), Ath, Le Palace, le 25 à 14h, Namur, Le Delta, le 29.11 à 16h.
Merlin l'Enchanteur ; Liège, Salle philharmonique, le 9.4 à 18 et 20h, le 11.4 à 14h30, Bruxelles, Flagey, le 10.4 à 11 et 14h.



