Alberto Ferro, Aljosa Jurinic et Chi Ho Han en concert

par

Concerto n°4 en sol majeur op. 58 de Beethoven 
Alberto Ferro, 6e prix et prix du public Musiq’3 – piano
Concerto n°1 en mi mineur op.11 de Chopin
Aljosa Jurinic, 5e prix – piano
Concerto n°2 en ut mineur op. 18 de Rachmaninov 
Chi Ho Han, 4e prix – piano
deFilharmonie (la Philharmonie Royale de Flandre)
Thierry Fischer – direction, Wouter Vossen – Konzertmeisterhttps://judithosbornoriginals.com/cherche-femme-pays-de-lest/
On pourrait penser que les concerts de lauréats sont une reproduction des Finales sans la tension du concours. Qu’on ne s’y méprenne pas, il s’agissait bien d’un concert préparé, certes en peu de temps, par de véritables solistes avec l’orchestre deFilharmonie et le chef Thierry Fischer. Deux des trois candidats proposèrent d’ailleurs un concerto différent de celui offert en Finale. Alberto Ferro (6e Prix) substitua au Premier Concerto de Rachmaninov, choix qui étonna certains, le Concerto n.4 de Beethoven et Chi Ho Han (4e Prix) interpréta le 2e Concerto de Rachmaninov et non plus le 3e. Aljosa Jurinic (5e Prix) quant à lui, resta fidèle au 1er Concerto de Chopin.
Souriant, Alberto Ferro arrive sur scène conforté par le Prix du Public Musiq’3. D’un style nouveau, le 4e Concerto de Beethoven débute par quatre accords au piano seul, ce qui permet au jeune Italien de donner le ton, d’imposer son style à un orchestre très attentif, les quatre accords étant aussitôt repris par celui-ci. Malgré ses 20 ans, Alberto Ferro montre d’entrée de jeu sa maturité musicale. Dialogue continu entre le pianiste et l’orchestre, l’œuvre exige une grande collaboration entre les musiciens.
En mi mineur, le 2e mouvement est sombre et lyrique avec, au piano, une écriture ornementale qui peut être comparée à une ligne vocale colorature. Alberto Ferro nous montre sa dextérité dans les trilles à répétitions telles que les feraient une soprano. Le chef enchaîne le dernier mouvement étincelant, puissant, rythmique, dissipant l’atmosphère mélancolique de la fin de l’Andante con moto. Soutenu par l’orchestre, Ferro propose une sonorité profonde, rythmée par de grandes montées et descentes d’arpèges d’une nette précision et termine ce concerto avec beaucoup d’intensité.
Le Croate Aljosa Jurinic propose le Premier Concerto de Chopin qu’il jouait lors des finales. On comprend ce choix du pianiste qui s’est déjà produit au Festival Chopin de Nohant et qui, en 2015, était finaliste du Concours International Frédéric Chopin de Varsovie. Cette fois, c’est l’orchestre qui introduit les thèmes de l’œuvre pendant près de quatre minutes. Jurinic invite à partager son univers de Chopin par un très beau phrasé romantique tout entier imprégné de son être. Tout au long de l’œuvre, il montre l’étendue de sa technique incroyable avec de nombreuses figurations virtuoses, des trilles, des montées chromatiques, mais aussi de très nombreux arpèges. Il se déplace avec une facilité sur l’entièreté du clavier, parfois même les yeux fermés, avec rapidité et légèreté. Après la fin majestueuse du premier mouvement, l’orchestre nous berce dès l’entrée de la Romance. Dans les pianissimi, Jurinic articule chaque note avec précision. Par moment on le sent un peu déconnecté de l’orchestre tant il joue en symbiose avec son piano. L’orchestre deFilharmonie le soutient néanmoins sans relâche tout en restant discret, comme le demande l’œuvre, et en respectant l’interprétation intime proposée par le jeune Croate. Après cette rêverie, le troisième mouvement est plus dansant avec son rythme syncopé basé sur la Krakowiak, une danse paysanne polonaise. On ressent le pianiste plus à l’écoute de l’orchestre dans ce mouvement à la virtuosité impressionnante. Aljosa Jurinic offre ici un tout autre instrument, à la sonorité plus délicate et chaleureuse. Il connaît son clavier comme le revers de sa poche et sa technique sans faille lui permet d’être entièrement au service de la musique.
Après la pause, nous entendions Chi Ho Han dans le 2e Concerto de Rachmaninov, celui qui marqua son retour à la composition après trois ans de dépression. Chi Ho Han commence seul et fait monter la puissance en quelques accords. L’orchestre, très à l’écoute, lui emboîte le pas. La connivence est puissante entre le jeune Coréen et l’orchestre qui nous transportent vers des contrées lointaines. Ce premier mouvement laisse le public sans mot et la salle Henry Le Bœuf connaît un silence « radio » avant le deuxième mouvement. Dans l’Adagio sostenuto, Chi Ho Han laisse sonner le piano, confiant en son incroyable sonorité. Ce pianiste fait vivre les silences tout autant que chaque note : la marque d’un vrai artiste. L’intensité du deuxième mouvement se poursuit dans l’Allegro scherzando débutant par une marche en douceur de l’orchestre très vite suivi d’un grand crescendo. Le piano est parfois teinté d’un son larmoyant et déchirant. L’intensité finale est superbe et marque parfaitement la fin de ce concert. Avec cette œuvre, Chi Ho Han fait à nouveau preuve de son endurance et de la maîtrise technique de son art. « Standing ovation » et le pianiste est très vite rejoint par les Alberto Ferro et Aljosa Jurinic tout aussi applaudis.
Une soirée remarquable grâce aussi à la passion infinie du Konzertmeister, Wouter Vossen et de l’orchestre deFilharmonie habilement dirigé par Thierry Fischer.
Caroline de Mahieu, reporter de l’IMEP

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