Brahms par Goerner

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Johannes BRAHMS (1833-1897) : Sonate pour piano n° 3 opus 5 ; Variations sur un thème de Paganini opus 35. Nelson Goerner. 2019. Livret en français, en anglais et en allemand. 57.20. Alpha 557.

L’Argentin Nelson Goerner est l’un des pianistes les plus brillants de sa génération. Né en 1969 à San Pedro, il suit les cours du Conservatoire de Buenos Aires ; il remporte le Concours Liszt à l’âge de 17 ans et fait ses débuts avec orchestre. Après une rencontre avec Martha Argerich, il va poursuivre sa formation auprès de Maria Tipo au Conservatoire de Genève. Il gagne en 1990 le premier Concours d’exécution musicale dans la même cité. Sa carrière est lancée. Il va désormais se produire partout en soliste ou avec des formations orchestrales prestigieuses. Depuis 1997, sa discographie, toujours bien accueillie par la critique, s’attache à Chopin, Schumann, Liszt, Debussy, Beethoven, Rachmaninov ou Janacek mais il pratique aussi avec bonheur la musique de chambre. Pour le label Alpha, il a enregistré en 2018 un superbe Concerto pour piano n° 2 de Brahms, avec le NHK Symphony Orchestra confié à Tadaaki Okada. Maintenant, il nous livre son premier récital consacré au compositeur du Requiem allemand avec deux chefs-d’œuvre significatifs.

Le programme s’ouvre avec la Sonate n° 3 opus 5, la plus grandiose, la plus ambitieuse, la plus achevée. Composée en 1853, « l’ample symphonie pianistique des vingt ans de Brahms allie magistralement rigueur et fantaisie », écrit Brigitte François-Sappey dans son ouvrage Johannes Brahms. Chemins vers l’absolu (Paris, Fayard, 2018, p. 43) ; elle ajoute que « la beauté confondante des thèmes le dispute à la maîtrise de l’unité organique. » Brahms n’a pas dédicacé cette sonate à Schumann, bien qu’il ait fait sa connaissance en septembre de cette année-là et qu’il ait joué devant le couple admiré une version provisoire de la partition entière. C’est la comtesse Ida von Hohenthal, dans la propriété de laquelle il avait été invité en 1852, qu’il en gratifia. Ce n’est qu’en 1863 que le compositeur la donna en intégralité à Vienne, concert auquel Richard Wagner était présent.

Cette vaste fresque en cinq mouvements de plus de trente minutes est construite selon un schéma symétrique, les deuxième et quatrième, lents et bâtis autour d’un Scherzo, se font sur la base d’un même thème. Le premier Allegro, d’une extrême vigueur, dans un climat tendu qui fait place à un lyrisme retenu, se nourrit de presque toute la tessiture du clavier. Des réminiscences beethoveniennes apparaissent à la main gauche. Quant à l’Allegro final, un rondo libre, il allie les élans et le chant pour se conclure dans un climat éclatant et par une coda enthousiasmante. 

Les Variations sur un thème de Paganini opus 35 écrites une dizaine d’années plus tard, que Clara Schumann qualifiait de « variations de sorcières », font appel à une virtuosité pleine d’imagination, qui n’en néglige pas pour autant la profondeur de l’inventivité et la fascination qu’entraînent ces vingt-huit pièces en deux « livres », écrits pour Carl Tausig, ce prodigieux pianiste, élève préféré de Liszt et adepte de Wagner, qui devait disparaître en 1871, à 29 ans, victime de la fièvre typhoïde. Le thème est celui du 24e Caprice pour violon de Paganini, dont plusieurs compositeurs se sont inspirés, notamment Liszt, Rachmaninov, Lutoslawski et Blacher. On peut attribuer au premier livre une atmosphère supérieure au second, en termes de bravoure, de mystère ou d’ingéniosité, mais on se laisse sans cesse emballer par les études de rythme et les flamboyantes pyrotechnies.

Dans ces deux univers pianistiques de premier plan, Nelson Goerner accomplit un parcours exemplaire, impressionnant et architectural tout autant que subtil dans la Sonate n° 3, précis et rigoureux dans les Variations dont il se joue des difficultés avec une aisance contrôlée confondante. Il fait mentir la conception qu’ont certains commentateurs de considérer qu’il n’est pas opportun de livrer à la suite les deux cahiers de cet opus 35, Brahms ayant lui-même préféré qu’on accorde à chacun d’eux sa propre existence, comme s’il s’agissait de deux séries séparées, même si elles sont bâties sur un procédé similaire de quatorze variations se terminant en apothéose. L’existence d’un enregistrement permet de faire son propre choix d’écoute, mais il est certain que Goerner ne laisse faiblir à aucun moment l’attention de l’auditeur. Il l’interpelle à chaque instant pour l’entraîner avec lui dans un monde sonore magique. Effectuée en mars 2019 au studio Teldex de Berlin, la prise de son participe de cette fête du piano ; elle est, elle aussi, d’une grande lisibilité et d’un grand équilibre.NeSon : 10  Livret : 8  Répertoire : 10  Interprétation : 10

Jean Lacroix    

 

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