Chostakovitch, le feu toujours vif
Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 7 en ut majeur, op. 60, « Léningrad ». San Diego Symphony Orchestra, direction Rafael Payare. Enregistrement live 2025. Notice en anglais. 75'25''. Delos DE3634.
Rafael Payare entretient une affinité particulière avec Chostakovitch, dont il nous confiait les ressorts dans l'entretien qu'il a accordé à Crescendo. On le retrouve ici dans la Septième à la tête du San Diego Symphony Orchestra, l'autre phalange dont il assure la direction musicale aux côtés de l'Orchestre symphonique de Montréal. Sa lecture de la « Léningrad » est ample, construite sur la durée : Payare prend le temps d'étaler les plans sonores et de ménager la progression, sans précipiter la montée en tension. L'orchestre répond avec une qualité remarquable, servi par une très belle prise de son — la première gravée dans l'acoustique du Jacobs Music Center rénové. Payare y cherche l'expressivité, jamais le clinquant : on saluera son refus du faussement spectaculaire et de la facilité narrative, au profit d'une logique et d'une construction. Le parti pris va parfois à contre-courant de ce qu'on pourrait attendre, mais il est personnel, remarquablement conçu et intelligent.
Son 9 — Livret 8 — Répertoire 9 — Interprétation 9

Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 8 en ut mineur, op. 65. Frankfurt Radio Symphony, direction Alain Altinoglu. Enregistrement live, 2025. Notice en français, anglais et allemand. 63'28''. Alpha Classics ALPHA1287.
Suite et deuxième volume de l'intégrale des symphonies de Chostakovitch qu'Alain Altinoglu consacre avec le HR de Francfort. Après un premier volume que nous avions beaucoup aimé, ce deuxième confirme pleinement. Ce qui frappe d'abord, c'est la beauté de l'orchestre, superbement capté : la prise de son autorise un véritable étagement des plans, où même les tutti les plus massifs restent fabuleusement lisibles. Elle met en lumière la dynamique et la précision des pupitres, et leur qualité — celle des cuivres au premier chef. Le HR de Francfort est ici en pleine parade. Altinoglu y signe une lecture de nouveau parfaitement construite, dans un Chostakovitch de tension et d'arrêt — une très belle interprétation contemporaine de l'œuvre, portée par un chef inspiré.
Son 10 — Livret 9 — Répertoire 9 — Interprétation 9

Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonies n° 1, 4, 5, 6, 7, 8, 9 & 10 ; Suites de ballet ; Concertos pour violon n° 1 & n° 2. Lydia Mordkovitch (violon) ; Royal Scottish National Orchestra, direction Neeme Järvi. Enregistrements 1984-1989. Notice en anglais, français et allemand. 8 CD. Chandos CHAN 20439(8).
Retour chez Chandos d'un incunable : les symphonies de Chostakovitch gravées par Neeme Järvi du temps de son passage à la tête du Royal Scottish National Orchestra — les n° 1, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10 s'y trouvent réunies, le reste du cycle étant disponible chez Deutsche Grammophon, cette fois avec l'Orchestre symphonique de Göteborg. Ces albums avaient été très bien reçus à leur parution, et pour cause : la vision épique du chef estonien, la virtuosité des pupitres et la qualité de la prise de son Chandos avaient alors fait date.
Avec Järvi, à rebours de Payare et d'Altinoglu, on n'est pas dans un Chostakovitch de tension et d'arrêt mais dans du vécu. La Septième est portée par un véritable élan épique : on sent la résistance derrière les notes, et c'est la puissance de la vision qui l'impose. Le premier mouvement de la Dixième frappe par son impact, de même que la Huitième. La Quatrième, elle, tient du métal en fusion : une lave industrielle sort de cette mécanique orchestrale. Et dans la Première comme dans la Neuvième, ça piaffe — un véritable feu d'artifice pyrotechnique instrumental. En complément, on trouve les sympathiques suites de ballet, très bien défendues, et les magnifiques concertos pour violon portés par Lydia Mordkovitch, violoniste aussi oubliée qu'essentielle. Réédités en coffret, ces Chostakovitch ont tout pour plaire — et tout pour faire briller les chaînes audio.
Son 10 — Livret 9 — Répertoire de 7 à 10 — Interprétation 10
Pierre-Jean Tribot



