Coffrets d'anniversaires et de fêtes chez Warner

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A l’approche des fêtes de fin d’année, Warner décuple ses énergies avec des coffrets thématiques qui célèbrent des anniversaires tant d'interprètes que de compositeurs, mais aussi qui font tourner habillement le catalogue.

Paavo Järvi. The Complete Erato Recordings. 1996-2023. 31 CD Warner. 5 054197 955037

Paavo Järvi se voit honoré d’un coffret qui reprend ses enregistrements depuis 1996. On se souvient à la fin des années 1990 de l’arrivée de ce jeune chef qui avait d’emblée cassé la baraque avec des enregistrements de musiques scandinaves et nordiques à commencer par deux albums Sibelius avec en tête d’affiche la suite Lemminkainen et Kullervo et un enregistrement Stenhammar avec sa Symphonie n°2. Le charisme de la baguette et la lisibilité des détails avaient placé la barre très haut. Ensuite, Warner a régulièrement enregistré le chef jusqu’à son mandat d’avec l’Orchestre de Paris lui faisant explorer différents pans du répertoire avec les orchestres auprès desquels il était associé selon des affinités géographiques et stylistiques. Pärt, Grieg, Sibelius (rares cantates), Tubin, Tüür avec la vaillant orchestre national d’Estonie puis Mahler, Brahms avec l’Orchestre de la radio de Francfort et Fauré, Bizet, Dutilleux, et même Rachmaninov avec l’Orchestre de Paris. Un temps associé comme chef invité au Philharmonique de Radio France et au City of Birmingham Symphony Orchestra, Paavo Järvi est documenté soit dans des partitions symphoniques, soit dans du répertoire concertant. 

Dès lors, on place aux sommets de cet album les 2 concertos de Brahms pour piano avec Nicholas Angelich, des gravures à l’impact magistral portées par le brio du pianiste alliant puissante digitale, solidité de la vision et plastique du toucher. Autre immense réussite, un album Dutilleux magistral (Symphonie n°1, Métaboles et Sur un même accord) avec l’Orchestre de Paris. Ici, l’impact de la direction porte le matériaux au magma orchestral tant aux Métaboles que dans la Symphonie n°1 emportée dans un bouillonnement organique magistral. D’autres disques sont de belles réussites comme ce Bizet altier et conquérant (Symphonie en Ut, Roma, Petite Suite d’orchestre Jeux d’enfants) ou un pétaradant Bernstein (Suite de West Side Story, Divertimento, Facsimile, Prélude, Fugue and Riffs) avec le CBSO. D’autres sont un peu moins percutants ou comme un work in progress comme ce Requiem allemand de Brahms ou cette Symphonie n°2 de Mahler. Parfois la vision du chef butant sur des limites techniques des phalanges à l’image d’un set de musiques de ballets russes avec un Philharmonique de Radio-France plutôt vulgaire de fini et avec un son décevant ou un orchestre de Paris vaillant mais trop précautionneux dans des Rachmaninov. Paavo Jarvi n’avait pas peur aussi de graver du Chostakovitch peu fréquent comme ses cantates avec le très controversé Chant des forêts calaminé par la propagande stalinienne.

Dès lors, un coffret solide, qui vaut surtout pour le répertoire scandinave, balte et nordique souvent assez rare et superbement bien enregistré. 

Note globale : 9 

Gabriel Fauré. The complete works. 26 CD 5 05614 947490 

Du côté de l’anniversaire Fauré, Warner peut proposer un beau coffret avec des bandes dans les fonds EMI et Erato et avec quelques licences (Bis, Ina, et Harmonia Lundi) pour proposer une “intégrale”. Comme toujours dans le cas des coffrets “compositeurs” de Warner, le concept éditorial se regroupe par pôles de la musique pour piano, à la musique sacrée en passant par l’opéra et la musique de chambre, sans oublier cinq disques de grandes interprétations historiques enregistrées entre 1913 et 1957. Beaucoup de ces gravures sont des références : la musique pour piano avec Jean-Philippe Collard, la musique de chambre avec toute l'élite du catalogue de Christian Ferras à Renaud Capuçon, la musique symphonique avec Michel Plasson ou le Requiem avec Michel Corboz sont des piliers des rééditions. Cependant, on est heureux de retrouver Jean Hubeau dans les Impromptus, les Valses-Caprices et les Préludes. Du côté lyrique, la Penélope sous la direction minutieuse et experte de Charles Dutoit avec une distribution menée par Jessye Norman n’a jamais été égalée alors que le rare Prométhée est issu des collections de l’INA avec les forces de la RTF sous la baguette de Louis de Froment.   

Comme souvent dans ces coffrets Warner, le discophage va se précipiter sur les albums historiques qui permettent de retrouver des grands noms : Marguerite Long, Maurice Marchal, Piero Coppola et le Quatuor Krettly et même Gabriel Fauré en personne immortalisé en 1913 dans le Prélude n°3 et la Barcarolle n°1. Du côté des pièces vocales, religieuses et des mélodies, le style vocal a certes vieilli mais reste un élément intéressant pour notre connaissance de la pratique interprétative. 

Un coffret intéressant, plastiquement très réussi avec son esthétique 1900, qui occupera une belle place dans les travées des discothèques. On aurait juste aimé plus de partitions sous la baguette d’Armin Jordan mais bon, on peut retrouver ces gravures en digital, le mélomane peut être comblé par ailleurs !   

Note globale : 9 

Roberto Alagna All’Opera. Complete Opera Recordings on Warner Classics. 33 CD Warner 5 021732 260611

Roberto Alagna célèbre ses 60 ans et Warner propose un coffret reprenant ses enregistrements d'opéras. On prend cette parution avec nostalgie tant elle représente un âge d’or révolu de l’enregistrement avec une firme de disques documentant son ténor star dans ses grands rôles, le plus souvent dans le cadre d’équipe formée de son épouse d’alors Angela Gheorghiu et de chefs d’orchestre fidèles comme Michel Plasson et Antonio Pappano.       

L’aventure commence en 1992 avec l’enregistrement de l’Elisir d’Amore de Donizetti à Londres sous la baguette du styliste raffiné Marcello Viotti pour Erato. Roberto Alagna est alors un jeune ténor prometteur auréolé de son succès au Concours Pavarotti de 1988. Cette gravure Erato que l”on avait oubliée casse la baraque d’emblée : le timbre du ténor est d’une beauté plastique totale et la musicalité s’avère racée. Le jeune homme évolue comme un poisson dans l’eau dans une distribution aux côtés de l’excellente Mariella Devia et du formidable Pietro Spagnoli. La carrière de Roberto Alagna prend vite son envol : Hoffmann dans l’opéra de Jacques Offenbach pour la réouverture de l”opéra de Lyon en 1993 (avec Nathalie Dessay) et Don Carlos de Verdi au Châtelet à Paris, en 1996, et déjà sous la direction d’Antonio Pappano et en compagnie d’une distribution magistrale (José Van Dam, Thomas Hampson, Waltraud Meier, Karita Mattila). Documentées au disque et dans ce coffret, ces deux intégrales sont des jalons des discographies. Ensuite la fusée est lancée et propulsée vers des sommets. Comme nous l'avons écrit plus haut, c’est avec son épouse Angela Gheorghiu  pour les grandes oeuvres : Carmen de Bizet, Roméo et Juliette de Gounod, Werther  et Manon de Massenet, et du Puccini de galactique (Tosca ou la Bohème) et moins connu connu comme le Trittico ou La Rondine et un gros verdi avec Il Trovatore. Toutes ces intégrales sont du chant de haut niveau avec des compagnons réguliers du chanteur et non des moindres : José Van Dam, Thomas Hampson, Ruggero Raimondi, Carlo Guelfi, Inva Mula sous les directions compétentes de Michel Plasson et surtout d’Antonio Pappano.

Parfois le ténor remettra ces oeuvres sur le métier à l’image de cette Bohème qu’il enregistrera chez Decca après ce premier essai chez feu EMI avec une fabuleuse Leontina Vaduva si touchante Mimi et des seconds rôles de bohémiens tenus par rien moins que Simon Keenlyside (Chaunard) et Samuel Ramey  (Colline). 

Même si, parfois, on peut faire la moue (et ses adorateurs ne nous le pardonneront pas) devant le chant assez sophistiqué et même un peu distant d’Angela Gheorghiu. Dans tous les cas, les admirateurs du chef ne rateront pas l’occasion de compléter leur collection de ce coffret en édition limitée.

Note globale : 9 

William Christie : The complete Erato recordings. 1996-2011.  62 CD  Warner Classics. 9 021732 276995

William Christie qui va célébrer ses 80 ans en décembre prochain est honoré par un autre coffret qui reprend l’intégralité de ses albums Erato enregistrés en 1994 et 2012. Au final, des piliers des discographies dans le répertoire baroque français (Campra, Charpentier, Lully, Mondonville, Rameau), anglais (Purcell dont un magistral King Arthur), Italien (Monteverdi, Landi) et Haendel mais aussi des explorations vers Haydn (Die Schöpfung) et Mozart (Die Entführung aus dem Serail, Die Zauberflöte) et même parfois des pérégrinations étonnantes avec ce très dispensable Stratonice de Méhul. Sauf cette dernière gravure captée à Cologne et sauf les albums chambristes comme les sonates pour violon de Haendel en compagnie d’Hiro Kurosaki, le chef américain est documenté avec ses Arts florissants. 

Ce que l’on retient de cet imposant parcours c’est la capacité du musicien a collaborer avec les meilleurs chanteurs et chanteuses et à développer cette collaboration à l’image de Natalie Dessay, Patricia Petibon, Sandrine Piau, Philippe Jaroussky, Véronique Gens, et même notre compatriote Sophie Karthauser jusqu’à Paul Agnew compagnon de route et relais de cette aventure. C’est l’élite du chant qui défile au fil des 62 disques du coffret. Chacune de ces parutions, dans la seconde moitié des années 1990 et dans les années 2000 s’imposèrent d’emblée comme des références majeures qui composent la légende des Arts flos. Au final, le coffret ne propose que du connu et du déjà disponible, mais c’est de qualité ! Un coffret de rattrapage pour celles et ceux qui n'ont pas encore leurs trésors dans leur discographie.  

Note globale : 9 

La Rédaction

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