Dans les concertos d’Arne : flatteur portrait d’un récent orgue de Gdańsk

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Gdańsk Organ Landscape vol. 2. Thomas Augustine Arne (1710-1778) : Concertos pour orgue no 1 en ut majeur, no 2 en sol majeur, no 4 en si bémol majeur, no 5 en sol mineur, no 6 en si bémol majeur. Andrzej Mikołaj Szadejko, orgue de chœur du Centre culturel Saint-Jean de Gdańsk. Goldberg Baroque Ensemble. Livret en anglais, français, allemand. Septembre 2023. TT 68’10. SACD MDG 902 2317-6

Le premier volume de cette collection dédiée au patrimoine organistique de la ville de Gdańsk posait ses micros en l'église de la Sainte Trinité. C’est désormais l’orgue de chœur du Centre culturel Saint-Jean qui est au cœur de ce nouvel album : un rescapé que nous avait déjà révélé Andrzej Szadejko dans un récital capté en mars 2020 par le label Ars Sonora. Nous vous renvoyons à cet article pour une présentation de cet instrument d’esthétique post-baroque, tout récemment reconstruit en 2019. Notre revue du 3 septembre 2020 s’achevait par une confidence (« Mozart serait au menu ») qui ne s’est manifestement pas concrétisée, au profit d’un assemblage de cinq concertos pour claviers de Thomas Augustine Arne.

On regrette que la notice, contrairement au livret fort instruit de Peter Holman pour le CD de Paul Nicholson & The Parley of Instruments Baroque Orchestra (Hyperion, juin 1991), présente très succinctement ces concertos écrits au milieu du XVIIIe siècle, et qui ne furent publiés qu’en 1793. On regrettera aussi une coquille qui postdate de dix ans la disparition du compositeur anglais (1778 et non 1788). On observera que certains de ces opus pour clavier s’accommodent mieux du clavecin que de l’orgue, ainsi le cinquième et ses croisements de main alla Scarlatti, ou semblent mieux destinés au naissant pianoforte, ainsi le troisième (non enregistré ici) et ses basses d’Alberti.

En tout cas, l’orgue du Centre Saint-Jean courtise l’oreille par ses sonorités opulentes et enivrantes, dont Andrzej Szadejko distille tous les charmes. On citera, à découvert, la grisante alliance Principal & Gedackt 4’ passementée du Cymbelstern pour l’Allegro du Sixième, les satins veloutés des jeux de Flachflöte 8’ Hohlflöte 8’, Viola di Gamba 8’ pour le Slow du Deuxième, ou encore le petit plein-jeu qui reluit dans la Giga Moderato du Quatrième. Le soliste trouve un convaincant compromis entre la précision et la séduction qui singularise un style galant pas toujours émancipé du langage baroque. Le dernier concerto de la série reste un des plus modernes, avec quelques tournures un peu alambiquées dont le dialogue tissé avec l’ensemble Goldberg cerne les ambigüités.

Le programme garde judicieusement pour la fin le premier concerto, qui se conclut par une galerie de variations avec irruption de trompettes et timbales, anticipée par un Allegro registré avec anches, sermonné avec toute la verve requise. Globalement, le dialogue est très nourricier, et flatte l’esthétique en porte-à-faux de ces pages loquaces. De grasses perles dans le fin écrin de nacre moiré par l’orchestre polonais, dont les irisations strient un relief plus attrayant que l’ensemble Cantilena, assez platement dirigé par Adrian Sheperd (Chandos, avril 1987). La tribune grassouillette du Henry Wood Hall de Glasgow n’allégeait pas la digestion. Dans une veine certes roborative, l’interprétation de Gdańsk s’avère préférable, quand elle étoffe l’éloquence avec tant de charme que d’effets, –même si parfois plus flatteurs que nature.

Christophe Steyne

Son : 9 – Livret : 8 – Répertoire : 8 – Interprétation : 9

Andrzej Mikołaj Szadejko

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