Des ténèbres aux lumières : Don Giovanni à Paris

par creative writing strategies

Au Palais Garnier à Paris, Ivo van Hove propose une lecture en quelque sorte inversée du « Don Giovanni » de Mozart : au lieu d’être, comme d’habitude, une course folle aux ténèbres pour son héros malfaisant, son cheminement s’extirpe des ténèbres pour ramener les autres protagonistes à de belles lumières radieuses.  

Dès l’entrée dans la salle, les spectateurs sont surpris du décor imposant qui s’offre à leur vue – il a fallu renforcer les soubassements du Palais Garnier. Comme si une petite ville ancienne d’Espagne avait été reconstruire à l’identique, dans le dédale de ses ruelles, mais avec un béton omniprésent au gris étouffant. Il n’y a que peu de lumière, il n’y a guère de couleurs. De plus, quand on considère les nombreux escaliers qui unissent les différents niveaux, on pense immédiatement à l’artiste néerlandais M. C. Escher et à ses improbables constructions dont l’entrelacs des escaliers, défiant toute perspective et toute réalité, interpelle les regards. En fait, ici, ce labyrinthe est tel que les personnages ne peuvent s’échapper, qu’ils sont toujours condamnés à se voir, à s’observer, à se retrouver. Et on le sait, la tragédie naît de la confrontation inexorable.

Tel est le monde de Don Giovanni, le monde qu’a fait naître la turpitude de Don Giovanni. Un « grand seigneur méchant homme » ? Non, pour Ivo van Hove, un très « méchant homme », à l’impitoyable violence de gangster. Il ne séduit pas, il viole ; en danger, il renie tout sans état d’âme et use de tous les moyens pour s’en tirer. Jamais « grand seigneur », sinon dans les apparences. Les maffieux, les « parrains », portent des costumes bien taillés, n’est-ce pas.

Le décor de Jan Versweyveld est donc absolument significatif, d’autant qu’il bouge imperceptiblement, devenant inexorablement le caveau infernal de la damnation du dépravé (avec un embrouillamini d’images vidéo à la Jérôme Bosch), mais se rouvrant immédiatement après sur une petite ville méridionale ensoleillée, aux lessives séchant sur des balcons fleuris. Issu des ténèbres, ce « Don Giovanni »-là est bien un retour aux lumières radieuses.

Ce qui fait aussi, à part égale, la réussite de cette production, c’est sa distribution : de jeunes solistes aussi bons comédiens (il est vrai, très bien mis en place, très bien dirigés) qu’excellents chanteurs. Beauté des timbres, interprétations colorées, engagement, vérité  et plénitude du chant : Etienne Dupuis-Don Giovanni, Philippe Sly-Leporello, Jacquelyn Wagner-Donna Anna, Nicole Car-Donna Elvira, Stanislas de Barbeyrac-qui confère une belle réalité à ce pauvre Don Ottavio, Ain Anger-Il Commendatore, Elsa Dreisig-Zerlina et en Masetto Mikhail Timoshenko, qui a confirmé tout le bien que nous en pensions après l’avoir découvert chez nous dans « En Silence » d’Alexandre Desplat. Tous sous la baguette toujours précise et nuancée de Philippe Jordan, dont le continuo au piano forte s’est fait très discret, transformant ainsi les récitatifs en vrais dialogues tendus.

Représentations jusqu’au 13 juillet – www.operadeparis.fr

Photo Charles Duprat/ Opéra National de Paris

 

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