Exaltation verdienne : Nabucco de Giuseppe Verdi au Grand Théâtre de Luxembourg

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Des réactions exaltées pour une proposition d’intense exaltation verdienne ! C’est en effet avec enthousiasme que le public luxembourgeois a salué, au Grand Théâtre, la représentation du Nabucco de Verdi. Une production déjà passée par Séville, Genève et Anvers.

Avant tout, il y a, bien sûr, la partition de Verdi, la façon dont elle exalte les péripéties et retournements de situations du livret de Temistocle Solera. Une œuvre conçue pourtant dans un contexte si difficile pour le maestro. Familialement avec les morts successives de sa fille en 1838, de son fils en 1839 et de sa femme en 1840. Lyriquement avec l’échec retentissant de son deuxième opéra, Un Giorno di regno, en septembre 1840.

Verdi a raconté comment la découverte du livret l’avait littéralement happé et comment il n’avait eu de cesse de le concrétiser musicalement. La création en mars 1842 à La Scala de Milan est un triomphe.

Un triomphe pour cette histoire d’Hébreux captifs de Nabuchodonosor, roi de Babylone, un roi qui défie leur dieu, qui en sera puni, mais qui connaîtra la rédemption ; pour cette histoire d’ambitions terribles, celles d’Abigaille qui découvre qu’enfant d’esclaves, elle n’est pas la fille de Nabucco, et veut s’emparer du pouvoir ; pour cette histoire de rivalité amoureuse pour un ennemi, qui oppose Abigaille à sa « sœur » Fenena. Une histoire de sentiments exacerbés pour laquelle Verdi a composé une partition qui en multiplie l’intensité. Quels airs ! Des airs que la distribution réunie à Luxembourg a exaltés à son tour. La prétention, les provocations, la punition, la déréliction, le repentir, la conversion du Nabucco de Juan Jesus Rodriguez. La présence vocale et scénique si imposante du Zaccaria de Vittorio de Campo ; la fragilité bousculée de la Fenena de Lotte Verstaen ; les élans amoureux de l’Ismaele de Matteo Roma, et tout particulièrement les déferlements de l’Abigaille d’Ewa Vesin, aussi convaincante dans ses fureurs que dans son dernier chant d’adieu. Carmen Buendia-Anna, Hugo Kampschreur-Abdallo et Nika Guliashvili- Il Gran Sacerdote sont leurs justes comparses.

Mais une mention plus que particulière doit être faite du remarquable Choeur de l’Opera Ballet Vlaanderen, si bien préparé par Jan Schweiger, si déterminant dans cette œuvre qui lui fait la part si belle. Une puissance qui s’impose tout en restant nuancée.

Gaetano Lo Coco, avec le Luxembourg Philharmonic en belle forme, réussit la synthèse de toutes ces forces souvent forcenées. C’est du beau travail !

Mais l’exaltation vient aussi de la façon dont Christiane Jatahy, la metteure en scène, donne à voir cette partition, donne à vivre ce livret.

Son dispositif est plutôt monumental avec un immense miroir mobile qui domine le plateau ; avec un plan d’eau dont les éclaboussures se conjuguent avec les lumières de Thomas Walgrave ; avec des vêtements inattendus d’An D’Huys, qui suscitent de si belles images ; avec une mise en espace significative (ainsi, le retour d’un Nabucco converti venant de là-bas, du fond du plateau) ; avec un art de la mise en mouvements du chœur.

Il a aussi ce qui est son image de marque, la présence sur le plateau de cadreurs qui filment les protagonistes, et dont les images, projetées sur un grand écran, nous font découvrir leurs réactions.

Il y a encore bien sûr, son engagement plus politique, qui vise à actualiser le propos, à l’ancrer dans nos réalités. Les migrants, évidemment, ce qui ne manque pas de pertinence par rapport à la réalité de ce peuple en exil, par rapport aux mots du fameux « Va pensiero ». Mais cette référence n’accapare pas l’œuvre, ne l’efface pas.  

Il y a toujours encore sa volonté de briser le quatrième mur, d’impliquer le public dans ce qui se joue : des choristes sont éparpillés dans le public ; le grand miroir renvoie l’image des spectateurs ; à la fin de la représentation, lumières allumées, le chœur, dans la salle, reprend le « Va pensiero ».

Oui, ce Verdi ainsi représenté a suscité beaucoup d’exaltation

Luxembourg, Grand Théâtre de Luxembourg, 6 mai 2026.

Stéphane Gilbart

Crédits photographoques : Carole Parodi

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