Fanny et Félix Mendelssohn par le quatuor Ebène

par

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(1809-1847)
Quatuors à cordes n° 2 opus 13 et n° 6 op. 80
Fanny MENDELSSOHN-HENSEL
(1805-1847)
Quatuor à cordes en mi bémol majeur

Quatuor EBENE
2012-DDD-76'50-Textes de présentation en français, anglais et allemand-Virgin 464546 2
L'attaque du premier mouvement du quatuor opus 13 surprend d'emblée: voici un Mendelssohn inquiet, au son charnu mais torturé, d'une tension rare. Avec le quatuor Ebène, le compositeur du Songe d'une nuit d'été n'est plus le plus limpide des romantiques mais une âme tourmentée, schumanienne, héritière du mouvement Sturm und Drang. Ce merveilleux opus qui nécessita cinq ans de travail pour obtenir la beauté profonde qui le parcourt de part et d'autre est servi ici avec la fougue, l'intelligence, la simplicité aussi, qui président à toute interprétation majeure. Quelle tendresse dans le second mouvement, d'une tristesse sans fond! Le troisième, qui préfigure déjà l'émouvant sens mélodique de Dvorak, tout en délicatesse et en lyrisme, est peut-être le plus beau de la discographie. Et le dernier termine l'oeuvre dans une rare harmonie. Le niveau ne baisse pas une seconde avec le moins connu mais magnifique quatuor de Fanny, la soeur de Félix. Grave et tout en intériorité, le premier mouvement se distingue aussi par un sens mélodique qui n'a rien à envier à celui du frère. Est-il utile de dire que les Ebène excellent à en rendre toutes les beautés? Le contraste est total avec l'allegretto échevelé qui lui fait suite, plus extraverti mais pourtant traversé de zones d'inquiétude latente. La rêveuse romance qui fait suite semble suspendue dans le temps, tandis le finale virevolte dans une juvénile exubérance. Une merveille! Enfin, l'opus 80 de Félix, sorte de Jeune fille et la mort mendelssohnien, témoigne du désarroi du frère face à la mort prématurée de sa soeur. La tristesse presque insoutenable, mêlée de désespoir et de rage, du premier mouvement, est rendue à la perfection par les quatre solistes, d'un engagement peu commun. Cette agitation se prolonge dans un allegro assai torturé comme jamais. Le calme trompeur de l'adagio n'est qu'une trêve illusoire et le caractère extrême du finale révèle l'impossibilité d'exorciser une telle peine. L'interprétation des Ebène, dans sa chaleur mais aussi sa beauté sonore et son extrême raffinement, fait de ce disque un témoignage d'exception, même au sein d'un répertoire bien représenté au catalogue. S'il ne fallait qu'un disque de quatuors de Mendelssohn, ce pourrait bien être celui-ci.
Bernard Postiau
Son 10 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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