Festival Musiq'3 à Flagey : des vapeurs enivrantes de l'Asie au Jazz américain

par https://thedivasguides.com/

Raving Ravel, l’Orient rêvé
Maurice RAVEL
(1875-1937)
Shéhérazade (trois poèmes pour voix et orchestre), Concerto en Sol pour piano et orchestre, Oiseaux tristes (arr. Colin Matthews), La Valse
Brussels Philharmonic, dir.: Nicholas Collon, Anne-Catherine Gillet, soprano, David Kadouch, piano

On entre dans ce Festival 2016 comme dans un songe : l’air s’épaissit et semble se parfumer sitôt que l’orchestre entame Asie, premier des trois poèmes de Shéhérazade, œuvre composée en 1903 sur des textes de Tristan Klingsor. Anne-Catherine Gillet nous entraîne dans un monde exotique, sa voix est suave et souple comme une liane, toute au service des vers de Klingsor qui résonnent, limpides, au cœur de l’orchestration géniale de Ravel. Sous la direction de Nicholas Collon, le Brussels Philharmonic se régale. Le chef devient peintre et les musiciens élaborent une toile pour les oreilles, un tapis orné où plane la soliste qui se fond parfaitement dans le décor. Quand s’éteint le dernier accord, l’assistance est transportée, le pont entre l’Occident et l’Orient a été jeté, les barrières sont définitivement tombées.
Entre alors en scène David Kadouch pour le Concerto en Sol Majeur, composé entre 1929 et 1931. Dès les premières notes, le son est choisi : pas d’effets percussifs à outrance, tout est au service de la mélodie et de la couleur. Le pianiste français survole tous les pièges de la partition sans difficulté, avec élégance et chaque geste est dosé avec perfection.
L’orchestre n’est pas en reste, il déploie et mélange à nouveau la variété de ses timbres et c’est alors une illustration vivante du thème du festival qui surgit : des vapeurs enivrantes de l’Asie, on passe sans transition aux truculences du jazz américain, sans le moindre cahot. L’aventure se poursuit et tous les solistes de l’harmonie s’illustrent les uns après les autres dans cette œuvre si riche.
Arrive alors la curiosité du programme, l’arrangement par Colin Matthews des Oiseaux tristes, seconde pièce des Miroirs, composés entre 1904 et 1906. Cet arrangement audacieux, commandé par Nicholas Collon, vient s’ajouter à ceux d’Une barque sur l’océan et de l’Alborada del gracioso, de la main même du compositeur. Le défi est réussi haut la main et constitue même un magnifique exemple d’impressionnisme en musique.
Enrichi de ces expériences sonores, on revient en Europe avec La Valse, poème chorégraphique composé entre 1919 et 1920 et destiné aux ballets russes de Serge de Diaghilev. Expression douloureuse de la grandeur et de la décadence de l’Europe au lendemain de la première guerre mondiale, cette pièce sonne comme un avertissement à nos oreilles actuelles, concluant le concert et ouvrant le Festival de plus belle des manières en diffusant une fois encore son message : rapprocher les peuples et les époques, suggérer que diversité et unité ne sont pas des concepts opposés.
Marin Morest, Reporter de l’Imep
Festival Musiq’3, Flagey, le 1er juillet 2016

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