Le catalogue de Pierre Boulez

par https://hundclub.de/radiation-of-radiocarbon-dating/

Pierre Boulez
(° 1925)

Oeuvres complètes
Solistes divers, BBC Singers, BBC Symphony Orchestra, Ensemble Intercontemporain, Ensemble Modern, Musique Vivante, Wiener Phlharmoniker
2013-13h37' (13 CD)-Textes de présentaion en français et en anglais-Textes de poèmes en français-DG 4806828
33 oeuvres, 13h17' de musique, 12 CD et un 13e consacré à une interview du Maître par Claude Samuel,... et cela ne constitue pas réellement une intégrale -même si elle l'est presque!- mais le tri a été réalisé par le compositeur, et il reflète bien le caractère "work in progress" de sa philosophie de créateur. Car il est, à ma connaissance, le seul compositeur pour qui une oeuvre n'est jamais achevée, même s'il la considère telle un temps. Prenons, par exemple, le "Visage Nuptial", sur un poème de René Char, réalisé une première fois en 1946/47, agrandie une seconde fois en 1951/52, et une troisième fois en 1985/86. La première version est pour ondes martenot, piano, percussion et une soprano soliste. A l'époque, Boulez avait peu le sens de l'orchestration;  l'oeuvre le turlupine, le poème de René Char a davantage d'envergure. Il agrandit donc l'oeuvre en l'orchestrant maintenant qu'il connaît un peu mieux l'orchestre. Création. Il n'est pas satisfait; il perçoit les défauts. Trente-quatre années plus tard, il réalise la troisième version qu'il affirme être la dernière. Il a alors une grande expérience de l'orchestre et de la direction, il enlève par exemple les quarts de tons de la deuxième version car ils engendrent trop d'inexactitudes dans l'exécution. Cette autocritique incessante guide Pierre Boulez tout au long de son parcours et c'est un trait de caractère qui nous le rend attachant: pas d'autosatisfaction mais un perpétuel questionnement l'amenant à travailler le matériau dans ses plus intimes ressorts. "Cela m'insupporte de laisser quelque chose dans laquelle je ne peux pas avoir confiance" dira-t-il.
Le 12e CD nous propose en "bonus" des versions historiques permettant la comparaison avec des versions plus récentes du "Marteau sans maître" (1964), du "Soleil des eaux" (2e version 1950) et de la "Sonatine pour flûte et piano" (1956). Très intéressant : la technique des percussions s'est développée, les rythmes s' assouplissent, les nuances se précisent. Comme auditeur, on passe des premiers temps de l'interprétation du langage contemporain - lorsqu'une certaine rigidité était la condition sine qua non de l'intelligibilité de ce langage- à aujourd'hui, plus d'un demi-siècle plus tard, où il fait partie du répertoire. Passionnant !
Alors, que ne trouve-t-on pas dans cette "intégrale" revue par Pierre Boulez? Les oeuvres de jeunesse précédant les "12 Notations pour piano" (1945) à l'époque où le compositeur n'avait pas encore fait la rencontre décisive d'Olivier Messiaen au Conservatoire,  un "intérêt documentaire mais non artistique",  les "Variations pour la main gauche pour piano", "un challenge sans plus", le "Quatuor pour ondes Martenot", plutôt un terrain d'expérimentation, "Poème pour pouvoir" dans lequel la partie électronique est insuffisante, la "Polyphonie X pour 18 instruments", "insauvable" dit-il, les ajouts récents au "Livre pour quatuor", l'extension d'"Explosante fixe"; et on ne retrouvera que les versions dites définitives des oeuvres remaniées.
Ecoutons maintenant la démarche conseillée par Pierre Boulez pour écouter ce coffret passionnant : "se débarasser de ses préjugés si l'on en a et écouter avec ouverture d'esprit; commencer par les oeuvres plus simples, plus directes, vers les oeuvres plus complexes (ceci est aussi vrai pour les quatuors de Beethoven par exemple); acquérir la culture de la modernité par la patience et réécouter en se disant, non pas 'j'ai tort' mais en se disant 'je peux avoir tort'... pour moi, c'est la véritable attitude" dira-t-il dans la très intéressante interview réalisée par Claude Samuel.
Bernadette Beyne

 

 

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