Le Youth Symphony Orchestre of Russia : l’avenir des orchestres

par https://seamagic.org/

Modeste Moussorgsky (1831-1881) : Dawn on the Moskva River (ouverture de l’opéra Khovanshchina
Alexander Tchaïkovsky (1946) : Studies in Simple Tones (Concerto pour alto no2 avec piano solo op. 53)
Pyotr Ilyich Tchaïkovsky (1840-1893) : Symphonie no 5 en mi mineur, opus 64 (1888)
Youth Symphony Orchestre of Russia, Yuri Bashmet et Claudio Vandelli, direction

Yuri Bashmet (alto), Alexander Tchaikovsky (piano)
Il n’existe guère de mot pour qualifier ce dont nous avons été témoin ce vendredi soir au Studio 4 de Flagey : 90 musiciens de 10 à 22 ans sélectionnés lors d’auditions en Russie accomplissent actuellement une tournée en Europe sous la direction de Yuri Bashmet et Claudio Vandelli. Le résultat est tout simplement stupéfiant. Certes la démarche est encore maladroite mais la passion et l’envie de ces jeunes artistes sont ahurissantes. Comment de si jeunes enfants arrivent-t-ils à enchaîner un tel programme dans les conditions d’un orchestre professionnel (cinq concerts en une semaine dans cinq villes différentes) et avec un tel professionnalisme ? Nous avions quelques appréhensions en voyant arriver de si jeunes musiciens. Et dès les premières notes, on est sous le charme. L’ouverture de La Khovanshchina place la barre très haut. Les yeux rivés sur leur chef, les musiciens développent une qualité d’écoute et un raffinement rares. Si l’œuvre ne comporte pas de réelle difficulté, l’atmosphère et les changements dynamiques sont conséquents. Chaque pupitre est dosé tandis que les phrases sont conduites dans une belle qualité d’archets. Pour la pièce d’Alexander Tchaïkovsky, où se succèdent différents styles et dynamiques, ce sont davantage l’enchaînement des sections et leur compréhension qui doivent être travaillés. Comme pour Moussorgski, les musiciens sont attentifs et respectueux des solistes. Sous la direction claire et musicale de Claudio Vandelli, l’orchestre offre de très belles sonorités, un jeu proche de la perfection et un sens inné de la conduite des phrases. Il faut dire que Claudio Vandelli maîtrise l’œuvre avec naturel et panache et est habitué de ce genre de structure pour avoir déjà dirigé le All-Russian Youth Symphony Orchestra. C’était aussi l’occasion de retrouver Yuri Bashmet à l’alto, toujours aussi serein. Après un enchaînement d’arpèges et de gammes, son alto vibre comme jamais, le timbre riche et expressif offre quelques sonorités exceptionnelles. Le piano d’Alexander Tchaïkovsky se situe dans la même pensée sans aucune prétention. Dans un climat toujours aussi chaleureux, Bashmet nous revient avec la redoutable Cinquième symphonie de Tchaïkovsky. Le premier mouvement, dense, est conduit avec une belle pâte sonore. Quelques transitions maladroites, mais le résultat général est convaincant. Et quelle technique d’archet ! Voilà des jeunes qui osent jouer, qui ont envie de jouer, qui ne font pas de la figuration. Dans le second mouvement, Bashmet s’aventure dans un tempo relativement lent qui nous inquiète un instant pour le solo de cor. Après un magnifique moment d’introspection de la part des cordes, la corniste solo rentre avec douceur et justesse. Elle affirme son talent durant toute la première partie, ce que l’orchestre lui rend bien. Des quatre mouvements, il s’agit du plus abouti. Chaque section est passionnante et expressive. La dernière apogée est d’une grande habileté et nous émeut toujours autant. La valse du troisième mouvement est charmante mais manque de rigueur, obligeant le chef à subdiviser la mesure. Un peu précipité, le mouvement ne manque pourtant pas de souplesse et de légèreté. Le dernier mouvement, dense à nouveau, est quant à lui dans la même énergie que le premier. Quelques petites fatigues se ressentent mais chaque musicien maintient son cap jusqu’au bout. Lorsque les cuivres sont surpuissants, les cordes renchérissent et homogénéisent le son. Quelques touches personnelles du chef viennent ponctuer le discours pour notre plus grand plaisir. Mais, finalement, est-il réellement permis de critiquer un tel travail ? Il y a longtemps que nous n’avions plus rencontré de tels passionnés de la musique qui apprennent seulement le métier. La sincérité de ces jeunes transcende de beaucoup les quelques imperfections techniques et la passion musicale exacerbée, nécessaire à toute perfection, nous donne envie de le revoir dans dix ans.
Ayrton Desimpelaere
Bruxelles, Flagey, le 20 juin 2014

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