Les Cantates de Chostakovitch par Paavo Järvi

par Click Here

0126_JOKERDmitry Chostakovitch (1906-1975)
L’exécution de Stepan Razine – Le soleil brille sur notre patrie – Le Chant des forêts
Estonian National Symphony orchestra – Narva Boys Choir – Estonian Concert Choir – Alexei Tanovitski, basse – Konstantin Andreyev, ténor – Paavo Järvi, direction
2015-DDD-64’40-Textes de présentation en français, anglais et allemand-Erato 0825646166664

Paavo Järvi continue de surprendre avec un enregistrement consacré aux Cantates de Chostakovitch. En 1936, les premières difficultés liées au régime surgissent pour le compositeur avec son opéra Lady Macbeth, copieusement critiqué, et un peu plus tard, sa Symphonie n°4, retirée du répertoire. La Grande Terreur impose aux acteurs culturels des exigences qui les privent de leur liberté artistique. Après la guerre, les tensions demeurent, le parti rappelle à l’ordre de très nombreux artistes, dont Chostakovich, désapprouvé lors du Congrès de l’Union des compositeurs de 1948. Renvoyé de son poste de professeur au Conservatoire de Leningrad, Chostakovitch se lance dans la composition de nombreuses œuvres, dont des musiques de films, concertantes et Cantates à destination du peuple. Quinze jours lui suffisent pour esquisser Le Chant de la forêt sur un texte de Dolmatovski. Mravinski assure la création d’une partition sans éléments polémiques, ou du moins habilement dissimulés : « ce qui est étonnant, voire même amusant, c’est l’habileté, l’esprit, les allusions masquées et les proportions absurdes qui illuminent la banalité des textes dans ces deux œuvres. Entre les mains d’un grand maître, elles deviennent de petits joyaux » (P. Järvi). Grâce à cette œuvre, Chostakovitch devient un modèle d’artiste et citoyen soviétique et est entièrement réhabilité l’année suivante avec un Prix Staline de Première classe. Le Soleil brille sur notre patrie sur un texte de Dolmatovski est dédiée au 19ème congrès du parti communiste. Plus courte, elle adopte des effets révolutionnaires bien que l’auteur ait décidé d’adapter son texte pour ne faire aucune allusion à Staline. L’exécution de Stepan Razine se dessine dans une période politique plus apaisée. Evgueni Evtouchenko s’inspire de la barbarie de la guerre pour s’attaquer à l’antisémitisme russe à travers plusieurs textes. Chostakovich décide en 1971 de mettre un de ses poèmes en musique, autour de l’exécution du cosaque rebelle en 1671, Razine.
Trois œuvres peu souvent interprétées – notamment par leurs origines - et pourtant d’une richesse inouïe. Le style acide, parfois brutal ou au contraire sarcastique se décèle dès les premières notes. Toutes les connaissances du compositeur sur les techniques instrumentales sont exploitées sous toutes les coutures et donnent de très beaux effets. Ces œuvres, vantant le régime stalinien, sont enregistrées par Paavo Järvi en Estonie, ce même pays qui fut opprimé le diktat du communisme. Le chef tire de l’excellent Estonian National Symphony Orchestra toutes les dynamiques et couleurs requises, et déploie une très belle énergie au sein des pupitres. Il en est de même pour la maîtrise évidente des différentes masses, la construction aboutie de la forme et le dialogue idéal entre l’orchestre, les solistes et les deux chœurs. D’un point de vue lyrique, la basse Alexei Tanovitski possède un ambitus très large et excelle dans son rôle. Le ténor Konstantin Andreyev est tout aussi impressionnant : précis, dynamique et audacieux. Notons enfin la participation exceptionnelle des deux chœurs, l’un d’enfants, l’autre d’adultes : texte clair, homogénéité dans les voix, souffle ininterrompu… En revanche, il est regrettable qu’aucun des textes ne figurent dans le livret.
Un très bel enregistrement donc, mais surtout l’occasion de découvrir en musique la vie d’un artiste au 20ème siècle en ex URSS.
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 9 – Répertoire 10 – Interprétation 10

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