Les fantômes à travers les pièces symphoniques françaises, sous la baguette hautement inspirée de Pierre Dumoussaud

par

Phantoms. French Symphonic Poems. Ernest Guiraud (1837-1892) : Chasse fantastique. Augusta Holmès (1847-1903) : Héro et Léandre, prélude (La Naissance de Cypris). Florent Schmitt (1870-1958) : Le Palais hanté, op. 49. Marie Jaëll (1846-1925) : Ossiane, prélude. Charles Gounod (1818-1893) : La Nonne sanglante, ouverture. Gaston Carraud (1864-1920) : La Chevauchée de la chimère. Guy Ropartz (1864-1955) : La Chasse du prince Arthur. Charles Silver (1868-1949) : La Belle au bois dormant, suite symphonique n° 3 (Urgèle et les gnomes). Orchestre National Bordeaux Aquitaine, direction Pierre Dumoussaud. 2025. Notice en français, anglais et allemand. 77'. Alpha Classics ALPHA1284.

On se réjouit de cette parution en cette veille d'Halloween. On se réjouit surtout de voir un orchestre français mené par un chef français — un brillant chef français qui ne cesse de s'affirmer — affronter au disque des pages méconnues de son propre répertoire, avec la complicité du Palazzetto Bru Zane.

Conçu par le Palazzetto et introduit par Alexandre Dratwicki, le programme circonscrit un territoire précis : le « fantastique » dans la musique symphonique française entre 1850 et 1914, cette cohorte de fantômes, de démons et de sorcières qui prend, au fil du XIXᵉ siècle, le relais du merveilleux de l'opéra baroque. Ouvertures, ballets et préludes descriptifs y partagent une même économie — l'instrumentation et l'orchestration mobilisées pour produire l'inquiétante étrangeté, davantage que l'argument littéraire.

On se réjouit d'y retrouver du méconnu, à commencer par l'incroyable Chasse fantastique d'Ernest Guiraud, pièce presque mythique, la Chevauchée de la chimère de Gaston Carraud, les sortilèges orchestraux du Palais hanté de Florent Schmitt ou encore la Chasse du prince Arthur de Guy Ropartz. On est un peu moins convaincu par l'ouverture de La Nonne sanglante de Gounod. Mais on découvre avec bonheur les deux premiers enregistrements mondiaux de l'album : le prélude de Héro et Léandre d'Augusta Holmès et celui d'Ossiane de Marie Jaëll, deux compositrices que le Palazzetto s'emploie à faire resurgir.

Globalement, on salue la direction de Pierre Dumoussaud, particulièrement engagée — épique, fantomatique, ensorcelante sous sa baguette. L'Orchestre National Bordeaux Aquitaine offre de belles prestations, mais sans plus — en termes d'impact dynamique et, surtout, de personnalité sonore : on imagine ce que donnerait, dans un tel répertoire, une phalange comme le BBC Philharmonic ou le BBC Symphony Orchestra, et l'on devine que ce serait phénoménal.

Son 8 Livret 9 Répertoire 9 Interprétation 9

Pierre-Jean Tribot

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