Mahler de luxe avec Simon Rattle

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 2 en ut mineur « Résurrection ». Louise Alder (soprano) ; Beth Taylor (mezzo-soprano) ; Chor des Bayerischen Rundfunks ; Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, direction Simon Rattle. 2026. Notice en allemand et anglais. 82'39''. BR-KLASSIK 900240.

Simon Rattle poursuit avec constance son parcours malérien : cette Résurrection constitue son troisième enregistrement de l'œuvre, et chacun jalonne un moment fort de sa carrière. Le premier, gravé en studio à Watford Town Hall en 1986, scellait son compagnonnage avec le City of Birmingham Symphony Orchestra — un disque auréolé de nombreux prix internationaux Le deuxième, capté en concert à la Philharmonie de Berlin en 2010 et paru chez EMI, puis Warner, portait la marque de ses années berlinoises. Ce troisième, enfin, porte les couleurs de son mandat munichois à la tête du Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks. Une partition, donc, qui accompagne les grandes étapes d'une trajectoire.

On sait Rattle malérien non pas sanguin mais cérébral, intellectuel — un tempérament qui, dans cette Deuxième, ne lui a pas toujours réussi. L'enregistrement berlinois s'en ressentait : décevant, conçu comme une succession de micro-épisodes juxtaposés plus que comme une architecture. La démarche n'a pas changé — la lecture demeure cérébrale — mais la réussite est ici d'une tout autre ampleur.

Dès les premières mesures, le ton est lent et décanté. Point de puissance démoniaque, point de lave en fusion façon Mehta ; on apprécie en revanche la solidité de la construction. Jamais d'excès, jamais de surcharge, et tout se bâtit dans la durée du mouvement, porté par une véritable gradation.

Les mouvements centraux sont parfaitement cernés, à commencer par le troisième, ce Scherzo -  In ruhig fließender Bewegung  acide et sardonique dans ses césures instrumentales. C'est là, surtout, que la lecture prend tout son prix : avec des musiciens dotés d'une telle palette de nuances et d'une telle assise technique, Rattle, en maître des sons à son pupitre, souligne le détail, l'inflexion, la micro-nuance. Sa vision cérébrale, servie par cette virtuosité, est précisément ce qui en autorise l'acidité et la cursivité.

Et c'est dans les mouvements finaux, choraux et vocaux, que tout culmine : la plénitude et l'amplitude de la construction y atteignent le fabuleux. Mention très bien pour les deux solistes ; et mention d'excellence, bien évidemment, pour le fabuleux Chor des Bayerischen Rundfunks, d'une homogénéité et d'une projection absolument formidables.

Superbement enregistré, porté par des forces instrumentales et chorales phénoménales, ce disque s'impose au final comme le plus marquant des trois Rattle dans cette Deuxième.

Son 9 Livret 8 Répertoire 10 Interprétation 9

Pierre-Jean Tribot

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