Magda Tagliaferro, ou l’élégance passionnée

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Magda Tagliaferro : Intégrale des 78 tours solos et concertants & sélection d’œuvres de chambre. Œuvres de Isaac Albéniz (1860-1909), Frédéric Chopin (1810-1849), Claude Debussy (1862-1918), Gabriel Fauré (1845-1924), Enrique Granados (1867-1916), Reynaldo Hahn (1875-1947), Felix Mendelssohn (1809-1847), Federico Mompou (1893-1987), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Robert Schumann (1810-1856), Carl Maria von Weber (1786-1826). Denise Soriano, violon. Magda Tagliaferro, piano. Orchestre du Gramophone, direction : Piero Coppola ; Orchestre des Concerts Pasdeloup, direction : Reynaldo Hahn ; Orchestre des Concerts Lamoureux, direction : Jean Fournet. Enregistré entre le 13 novembre 1928 et le 24 avril 1954. Édition 2020. Livret substantiel en anglais. 3 h 52 min. 1 coffret 3 CD APR (Appian Publications & Recordings). APR7312.

Cette superbe réalisation du label britannique Appian Publications & Recordings, qui bénéficie des transferts incomparables de Ward Marston, est dévolue aux premières gravures de Magda Tagliaferro et fait partie de la série consacrée à l’École Française du Piano, dont les autres publications honorent Aline van Barentzen, Emma Boynet, Robert Casadesus, Jean Doyen, Marius-François Gaillard, Victor Staub et Lazare-Lévy. L’Âge d’Or de cette École s’épanouit lors de la première moitié du 20e siècle et cette série vise à en explorer systématiquement les enregistrements, souvent oubliés, réalisés à cette époque.

Magda Tagliaferro (1893-1986) est née à Petrópolis, près de Rio de Janeiro, de parents français d’origine italienne et alsacienne. À l’âge de cinq ans, elle étudie le piano avec son père, puis la famille s’installe à Paris, et en 1906 Magda est admise dans la classe d’Antonin Marmontel, l’ancien professeur de sommités telles que Marguerite Long et Olga Samaroff. Après seulement neuf mois d’études avec lui, elle obtient à l’unanimité un premier prix d’un jury composé de Isaac Albéniz, Harold Bauer, Alfred Cortot, Gabriel Fauré, Raoul Pugno et Édouard Risler. Magda Tagliaferro obtient son diplôme en 1907 et commence à étudier en privé avec Cortot, absorbant non seulement ses conseils pianistiques mais aussi sa vaste esthétique musicale. Elle est la première élève de Cortot et restera sa disciple « pour le restant de mes jours … Je lui dois beaucoup de ma connaissance de l’instrument et de ses possibilités, la recherche permanente de sons toujours plus beaux et le raffinement de ses conceptions ».

À l’écoute de ces premiers enregistrements de Magda Tagliaferro, on ne peut que constater cet idéal d’artiste parfaitement accompli, et cela dès cette première gravure mondiale de la Ballade op. 19 de Fauré sous la direction inspirée de Piero Coppola, le 13 novembre 1928, où les subtilités rythmiques, de nuances et de rubato font merveille. Ce n’est qu’en avril 1930 que sera gravée la version rivale de Long-Gaubert, mais contrairement à Marguerite Long qui avait adopté la technique de Francis Planté (1839-1934), une technique de doigts, Magda Tagliaferro disait : « Je suis née avec le goût de jouer au fond du clavier, pour que la résonance sonore se fasse. Et d’ailleurs Cortot ne m’a pas fait travailler la technique … Alors que le « style Conservatoire » c’était d’avoir de jolis doigts, je me suis créé ma propre technique, très spéciale, en raison de ma petite main. J’ai beaucoup cherché : attaques sonores, profondeur, sonorité, poids, abandon musculaire. »

Non seulement en bénéficient toutes les pages de Fauré (dont les deux Impromptus et, Grand Prix du Disque 1934 de la Fondation Candide, la Sonate pour violon et piano n° 1 en la majeur op. 13 avec l’aérienne Denise Soriano), de Saint-Saëns (remarquable Concerto pour piano et orchestre n° 5 en fa majeur op. 103 avec l’excellent Jean Fournet, rivalisant aisément avec la version Jeanne-Marie Darré - Louis Fourestier) et Debussy (Pour le piano), mais également les pièces solo des grands classiques et romantiques « non français » comme Mozart, Chopin, Mendelssohn, Schumann (magnifique Carnaval de Vienne op. 26 !), Weber, ainsi que les « modernes » espagnols Albéniz, Granados, et particulièrement Federico Mompou (1893-1987) qui reçoit le 26 mars 1930, de la part de Magda Tagliaferro, l’honneur des tout premiers enregistrements de ses œuvres, en l’occurrence La rue, le guitariste et le vieux cheval, n° 1 de la Suite Suburbis pour piano solo, ainsi que Jeunes filles au jardin, n° 5 des Scènes d’enfants, récompensés également par un Grand Prix du Disque « Candide ».

Et précisément, les amateurs de raretés trouveront ici trois œuvres du trop peu joué Reynaldo Hahn (1875-1947). L’amitié de Magda Tagliaferro avec le compositeur, chef d’orchestre et chanteur français d’origine vénézuélienne, date du début des années 1920, et les œuvres gravées ici en sont les fruits : d’abord le Concerto pour piano n° 26 en ré majeur « Couronnement » K. 537 de Mozart, où Hahn tient la baguette avec une affection attentive, et surtout les trois précieux enregistrements d’œuvres de Reynaldo Hahn même, le Concerto pour piano en mi majeur, également dirigé par l’auteur qui s’est souvenu de son maître Massenet, page en demi-teinte et lyrique dont l’interprétation étincelante de sa dédicataire Magda Tagliaferro réussit à en rendre attachant et même fascinant le caractère quelque peu suranné ; la Sonatine pour piano en do majeur, hommage direct à Domenico Scarlatti, au clavier, du clavecin au piano, dont Magda Tagliaferro offre une exécution éblouissante et spirituelle ; enfin nous retrouvons l’exquise violoniste Denise Soriano -superbe élève du légendaire Jules Boucherit qui a formé des artistes telles que Ginette Neveu ou Michèle Auclair- dans la délicieuse Romance pour violon et piano en la majeur.

Signalons pour terminer que tant le Concerto pour piano n° 26 en ré majeur « Couronnement » K. 537 de Mozart, que le Concerto pour piano en mi majeur de Reynaldo Hahn ont subi quelques légères coupures pour s’adapter aux exigences de durée du 78 tours ; le seul enregistrement moderne du Concerto de Hahn, disponible chez Hyperion (CDA66897), est remarquable, grâce aux soins du pianiste britannique Stephen Coombs dirigé par l’excellent Jean-Yves Ossonce : il a en outre l’avantage d’être complet !

Son : 8 (historique) - Livret : 10 - Répertoire : 10 - Interprétation : 10

Michel Tibbaut

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