Makoto Ozone, alchimiste spontané

par http://www.parrocchiadicastello.it/dating-a-runs-girl/

Ça démarre sans crier gare. Makoto Ozone essaye un intervalle sur le piano du Studio 4 et, après un grognement satisfait, le colore et le malaxe partout sur le clavier, testant des dissonances délicieuses et des gammes volubiles.
Comme un fleuve, la musique coule de sa tête et de ses doigts et on hausse un sourcil amusé quand, au détour d’un swing endiablé, c’est une Mazurka de Chopin qu’on reconnaît, sans se tromper.
Car c’est comme ça qu’il aime procéder, ce pianiste japonais ; s’emparant de morceaux classiques, il les mélange à des standards bien connus pour obtenir une solution détonante, pour le plus grand plaisir du public venu en nombre l’applaudir pour sa première à Flagey. Entre ses improvisations, il raconte toutes sortes de choses. Ses précédentes visites à Bruxelles, son parcours musical, ses références, ses amis, le tout empreint d’une grande humilité et saupoudré d’un humour décapant. Alors on se régale, l’émerveillement est total. Le processus de création est continu, chaque note en appelle une autre, aux bonnes idées succèdent les bonnes idées, comme dans ce moment où toute la salle retient son souffle tandis que Makoto Ozone énonce les premières mesures du Quatrième Prélude en mi mineur de Frédéric Chopin, qu’il mélange ensuite - bonheur suprême- aux accents latins de How Insensitive d’Antonio Carlos Jobim.
La concentration est totale et la communion intense entre le pianiste et ses auditeurs, suspendus à son discours musical, dégustant chaque sursaut, chaque changement de rythme et de couleurs. Magicien, il subjugue la salle entière comme lui-même est subjugué par la musique qui jaillit perpétuellement de son esprit, lui dictant ses gestes et façonnant autour de lui le temps et l’espace. Mais arrive malheureusement la fin de la soirée. Le public est debout, applaudissant chaleureusement le jazzman et lui rendant au centuple l’enthousiasme et la joie qu’il a su si bien lui communiquer au piano pour sa première à Flagey. À quand la prochaine ?
Marin Morest, Reporter de l’Imep
Festival Musiq’3, Flagey, le 02 juillet 2016

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