Nicola Alaimo clôture, pour Opera Rara, une belle intégrale des mélodies de Donizetti
Gaetano Donizetti 1798-1849) : Mélodies, volume 8. Nicola Alaimo, baryton-basse ; Nicholas Korth, cor ; Carlo Rizzi, piano. 2025. Notice en anglais. Textes chantés reproduits avec traduction en anglais. 60’ 13’’. Opera Rara ORR261.
Initié en 2023 à l’occasion des 50 ans du label Opera Rara, sur la base de l’édition critique récente du musicologue anglais Roger Parker (°1951), le projet « Donizetti Songs » est arrivé à son terme. Confiés dans l’ordre à Lawrence Brownlee, Nicola Alaimo (deux disques), Michael Spyres, Marie-Nicole Lemieux, Ermonela Jaho (deux disques) et à Rosa Feola, les huit volumes, dont Crescendo s’est fait l’écho pour plusieurs d’entre eux, ont mis en lumière le catalogue mélodique du compositeur originaire de Bergame, catalogue qui s’étale sur plus de deux décennies de création et révèle la richesse et la fraîcheur d’inspiration de Donizetti.
Le baryton-basse sicilien Nicola Alaimo (°1978), qui a bâti une carrière internationale essentiellement dans le répertoire du bel canto italien, s’était déjà vu confier en 2025 le deuxième volume de la série, salué dans nos colonnes par Bénédicte Palaux-Simonnet, qui soulignait la maîtrise de l’ampleur des moyens du baryton, tout autant que sa texture vocale et sa sensibilité. Ces qualités intrinsèques sont confirmées dans le volume 8, qui se présente comme un éventail de la carrière de Donizetti, depuis l’influence exercée par Rossini jusqu’à la période parisienne, longue de près de dix années.
On trouve notamment ici des poèmes d’Achille Ricciardi, qui fut un jeune ténor italien actif à Paris, où il chanta lors de la première en français de Lucie de Lammermoor en 1839, de Paolo Relli (Troppo è vezzosa la ninfa bella, extrait d’une cantate, chanté deux fois avec des différences musicales), de Leopoldo Tarantini, avocat et librettiste. Mais aussi, toujours sur le plan Italien, la scène dramatique de Dante Il conte Ugolino, Elle date de 1826 et occupe à elle seule près du tiers de l’album, sa durée dépassant les dix-huit minutes. Moment fort de ce récital, cette page a été dédiée à une star du chant de l’époque, le baryton franco-italien Luigi Lablache (1794-1858), voix puissante et physique à l’avenant, qui s’illustra en cette même année 1826 dans Elvida de Donizetti. Ici, Nicola Alaimo est obligé de puiser dans les profondeurs de sa voix. Ces pages italiennes s’inscrivent dans un contexte de drame (le texte de Dante), mais aussi de douceur, voire de délicatesse (Addio Brunetta, auteur inconnu ; Il pescatore, de Ricciardi ; O doloroso addio, auteur inconnu), ou de circonstances follement festives (Viva il matrimonio de Leopoldo Tarantini). Nicola Alaimo saisit les nuances, les investit et en livre une lecture souple et chaleureuse.
Il y a aussi plusieurs textes en français, à commencer par deux emprunts à Paul Lacroix, connu aussi sous le nom de Bibliophile Jacob (1806-1882). Cette personnalité, à la fois écrivain, dramaturge et historien, est une figure culturelle significative du XIXe siècle. Son Départ pour la chasse, au sein duquel intervient le cor de Nicholas Korth (°1971), est une scène colorée, qu’Alaimo assume avec panache. Quant au sombre poème Non loin de Montfaucon, il fait appel au gibet, à des larrons et à une sorcière. Donizetti destina cette dernière mélodie à une autre grande voix de son temps, Nicolas-Prosper Levasseur (1791-1881), qui connut de grands succès à la Scala de Milan, puis à Paris. Nicola Alaimo est confronté à ses légendaires prédécesseurs historiques, dont on ne possède bien sûr aucun enregistrement, mais l’écriture de Donizetti permet d’imaginer le potentiel de ces interprètes du passé. Si les qualités vocales d’Alaimo sont convaincantes, on décèle dans Non loin de Montfaucon quelques difficultés de pureté de langage, qui dérangeront peut-être, car ce poème français appelle de la clarté dans l’engagement. Le baryton fait par contre preuve de réussite dans la souffrance du Renégat, sur un texte d’Émilien Pacini (1811-1898), auteur de maints livrets, dont celui de la version française du Trouvère de Verdi.
Ce récital, dont nous avons évoqué les défauts mineurs, clôture donc les huit albums de cette série de près de 200 mélodies de Donizetti. On considérera que la somme réalisée sert très bien le compositeur, que plusieurs albums sont de haut niveau et que, pour cet univers vocal particulier, ils font maintenant référence. D’autant plus que tout cela est enrichi, de bout en bout, par la présence permanente de Carlo Rizzi au piano. Ce Milanais, né en 1960, est aussi un chef d’orchestre rompu à la pratique de Donizetti, dont il a dirigé maintes partitions. On applaudit sans réserve sa fine contribution : elle offre à chaque interprète un écrin de toute beauté.
Son : 8, 5 Notice : 10 Répertoire : 9 Interprétation : 8,5
Jean Lacroix



