Diabolico. Giuseppe Tartini (1692-1770) : Sonate pour violon « Il Trillo del diavolo » [Larghetto affetuoso, arrgmt Roberto Zadra ]. George Rochberg (1918-2005) : Caprice Variations for unaccompanied violin [extraits, arrgmt Eliot Fisk]. Niccolò Paganini (1782-1840) : Grand Sonata per chitarra e violin Op. 39 [arrgmt Laura Lootens]. Mario Castelnuovo-Tedesco (1895-1968) : Capriccio diabolico Op. 85a. Nuccio d’Angelo (1955*) : Due Canzoni lidie. Joaquín Rodrigo (1901-1999) : Invocaciо́n y Danza, homenaje a Manuel de Falla. Laura Lootens, guitare. Livret en anglais, français, allemand. Décembre 2023. 69’50’’. Naïve V8672
Le programme International Visitors Programme (IVP), organisé par le ministère de la Culture et de la Science de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, favorise depuis 2009 les échanges entre professionnels de la culture — journalistes, programmateurs, artistes — en les invitant à découvrir la richesse du territoire. Pendant quatre jours, nous avons navigué entre deux festivals : ORBIT, consacré au théâtre musical contemporain à Cologne, et les Wittener Tage für neue Kammermusik, festival de musique de chambre contemporaine à Witten. Cette première partie du compte rendu est dédiée à ORBIT.
ORBIT, une plateforme expérimentale et engagée
À Cologne, le festival ORBIT se consacre au théâtre musical contemporain issu de la scène indépendante. Fondé en 2017, il s’affirme comme une plateforme expérimentale favorisant la création collective, l’hybridation des disciplines et la remise en question des hiérarchies artistiques. Organisé tous les deux ans en avril, dans différents quartiers de la ville, il propose performances multisensorielles, ateliers et rencontres, invitant à repenser les modes de perception et à interroger des enjeux contemporains (crises écologiques, inégalités sociales, défis démocratiques).
Paul Dukas (1865-1935) : L'Apprenti sorcier. Georges Bizet (1838-1875) : extraits de Carmen. Emmanuel Chabrier (1841-1894), Claude Debussy (1862-1918) et autres pages du répertoire français. Sinfonia of London ; John Wilson, direction. Chandos 0095115537923.
John Wilson poursuit, avec le Sinfonia of London, son exploration méthodique des grands répertoires symphoniques au disque. Après les escales américaine et anglaise, le chef et son orchestre se tournent vers l'âge d'or de l'orchestre français, de Dukas à Chabrier en passant par Bizet et Debussy. Fidèle à la signature désormais bien identifiée du tandem — précision des plans sonores, finesse des pupitres de bois, élan rythmique — cette anthologie réunit quelques-unes des pages les plus jouées du répertoire dans des lectures qui en renouvellent l'écoute. La prise de son est phénoménale !
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2. Benoît Mernier : Ustica
Benoît Mernier (né en 1964) : Ustica, et œuvres orchestrales et de chambre. Solistes ; ensembles ; orchestres. Cypres CYP4673.
Le label belge Cypres consacre une nouvelle parution à Benoît Mernier. Le programme réunit pages orchestrales et formations de chambre dans un parcours qui rend justice à la diversité d'une écriture où l'exigence formelle n'exclut jamais la dimension expressive. La voix, le violon et l'ensemble instrumental dialoguent au fil d'un programme construit comme une véritable traversée. Une parution majeure pour notre grand compositeur national.
Bertrand Rossi, directeur de l’Opéra Nice Côte d’Azur, a eu l’excellente initiative de programmer Le Villi, le tout premier opéra de Giacomo Puccini.
Puccini n’a alors que vingt-six ans lorsqu’il compose cet opéra pour un concours qu’il ne remporte pas. L’ouvrage attire cependant l’attention d’Arrigo Boito, grâce à qui il sera finalement créé à Milan. La production de l’Opéra de Nice, réalisée conjointement avec les opéras de Toulon, Marseille et Avignon — où elle sera ensuite présentée — constitue une magnifique découverte qui ne procure que du plaisir.
Cet opéra passe souvent inaperçu, sans doute en raison de sa brièveté. Pourtant, le talent et l’attention déployés dans cette représentation sont tout simplement exceptionnels. Dès les premières notes, il est évident que la soirée sera grandiose, tant tout semble ici porté à son plus haut niveau : les voix, la mise en scène, les décors. La distribution est idéale, réunissant des chanteurs exceptionnels. Vanessa Goikoetxea et Thomas Bettinger sont familiers de l’univers puccinien. À travers Le Villi, Puccini s’annonce déjà pleinement. On devine, dans leurs interprétations, les futurs Manon et Des Grieux, Tosca et Mario. L’ouvrage contient plusieurs airs inscrits au répertoire des plus grands chanteurs. À l’acte I, l’aria d’Anna, « Se come voi piccina », rappelle les enregistrements célèbres de Renata Scotto, Sonya Yoncheva ou Kiri Te Kanawa. Vanessa Goikoetxea impressionne par une technique irréprochable et une immense musicalité. Sa voix, pleine, claire, pure et lumineuse, captive dès son entrée en scène. À l’acte II, l’aria de Roberto, « Ecco la casa… Torna ai felici dì », compte parmi les plus beaux airs du répertoire. Il est ici divinement chanté par Thomas Bettinger, qui ferait presque oublier l’enregistrement de Plácido Domingo. Son timbre, son phrasé, tout semble parfait. Sa voix, magnifiquement entretenue, éclate avec une intensité éblouissante et vibrante. Le baryton argentin Armando Noguera campe un Guglielmo d’une grande autorité, avec probité et un réel engagement dramatique. L’histoire est difficile à mettre en scène, mais cette fois, elle prend véritablement vie.
Dans un écrin scénique d’une inventivité saisissante, l’œuvre de jeunesse de Giacomo Puccini s’épanouit sous le regard inspiré de Stefano Poda, qui signe à la fois la mise en scène, les décors, les costumes, les lumières et la chorégraphie. Son imaginaire fécond façonne ici un univers d’une rare intensité. Chaque tableau semble respirer dans un décor d’une beauté saisissante, porté par une chorégraphie ciselée où les corps prolongent la musique comme un écho vivant. À la tête de l’orchestre, Valerio Galli insuffle une tension vibrante, révélant avec finesse les élans brûlants de cette partition brève mais incandescente. Une réussite totale, portée par une équipe exceptionnelle, qui restera sans aucun doute comme l’un des grands moments de cette saison lyrique.
Elsa Barraine (1910-1999) : Musique rituelle pour orgue et percussions ; Premier Prélude et Fugue en sol mineur sur un chant de prière israélite ; Deuxième Prélude et Fugue sur un chant juif ; Reflets magyars ; Élévation. Lucile Dollat, orgue ; Florent Jodelet et François Vallet, percussions. 2024. Notice en français et en anglais. 70’ 38’’. Radio France Tempéraments TEM 316076.
Joseph Nicolas Pancrace Royer (1705-1755) : La Majestueuse, La Zaïde, Les Matelots, Tambourins, L’Incertaine, L’Aimable, La Bagatelle, Suitte de La Bagatelle, La Rémouleuse, Les Tendres Sentiments, Le Vertigo, Allemande, La Sensible, La Marche des Scythes. Fernando De Luca, clavecin. Livret en anglais. Octobre 2023. 65’49’’. Da Vinci Classics C01033
Un voyageur asiatique aux tempes grisonnantes, imperméable à col relevé, valise à la main, traverse la scène, alors qu’il est suivi par une caméra qui projette sa silhouette sur les parois de la maison autrefois achetée par un officier de marine américain… L’on comprend rapidement que cet homme est l’enfant de Butterfly et de Pinkerton, revenant, quelques décennies plus tard, dans cette villa qui l’a vu naître. Sur ce concept aussi ingénieux que surprenant, s’élabore la mise en scène de Barbora Horakova qui insiste sur le fait que cet homme a grandi avec le sentiment d’être différent et d’être un étranger en revenant au Japon. Mais quelle curieuse idée de réduire le bambin de trois ans apparaissant au dernier tableau à un fantoche au visage de cire ou à une statue de marbre blanc quand un enfant en chair et en os aurait produit un tout autre effet… Présent tout au long des trois actes, c’est à travers son regard qu’est relaté le drame dans une scénographie de Wolfgang Meinardi qui ne consiste qu’en une maison aux parois coulissantes, juchée sur un plateau tournant continuellement comme pour suggérer l’évanescence des souvenirs (même si, à la longue, le procédé paraît lassant). Ici, il n’y a aucune imagerie d’un Japon de pacotille, ce dont attestent les costumes d’Eva-Maria van Acker modernisant les tenues d’une Cio-Cio-San américanisée par idéalisme ou d’un Goro européanisé marchandant ses talents d’entremetteur, tandis qu’est relégué au second plan le formalisme ancestral de la servante Suzuki, d’un Yamadori dégingandé ou d’un Zio Bonzo proférant ses anathèmes. Confinant le choeur en coulisse, le récit tragique est un huis clos à cinq personnages gravitant autour de la protagoniste.
Et quelle protagoniste est Corinne Winters, entendue précédemment sur cette scène comme Katya Kabanova et Jenufa. Certes, le timbre n’a rien de cette italianità du grand lirico spinto à la Tebaldi, à la Scotto, à la Kabaivanska. Mais la froideur glaciale de l’émission s’estompe, une fois passé le premier acte, tant l’expression dramatique innerve son chant dès l’entretien avec Sharpless, signe prémonitoire d’une fin inéluctable. Et l’impact de son incarnation est tel qu’il vous saisit jusqu’au fatal dénouement. Face à elle, le Pinkerton du ténor américain Stephen Costello joue la carte de l’aigu éclatant lui permettant de dominer un Orchestre de la Suisse Romande voulant mettre en exergue la richesse de sa palette sous la direction du maestro sicilien Antonino Fogliani. Et ce n’est qu’au dernier tableau qu’il se laissera submerger par l’émotion dans son bref « Addio, fiorito asil ». Plus égal à cet égard est le baryton moldave Andrey Zhilikhovsky qui campe un Sharpless d’une rare humanité devant la tournure des événements sur lesquels il n’a aucune prise. Et le coloris cuivré de sa voix laisse transparaître sa profonde amertume. L’on fait peu cas de la Suzuki impavide de la mezzo estonienne Kai Rüütel-Pajula et de la Kate Pinkerton de Charlotte Bozzi, tentant d’exister. Le Goro retors de Denzil Delaere semble peu efficient dans ses vilenies et boniments face au Prince Yamadori de Vladimir Kazakov, engoncé dans sa cérémonieuse componction et au Zio Bonzo si peu impressionnant de Mark Kurmanbayev. Et finalement l’on se concentre sur le figurant omniprésent (Bertrand Pfaff ?) qui personnifie le fils de Cio-Cio-San en quête de son passé.
Lili Boulanger (1893-1918) : Prélude en ré, Prélude en si, Trois morceaux pour piano, Thème et variations. Nadia Boulanger (1887-1979) : Deux Morceaux de concours, Trois petites pièces pour piano, Fantaisie variée pour piano et orchestre*. Duco Burgers, piano. Faelix Collective, direction : Anthony Scheffer. 2025. Textes de présentation en anglais. 55’48’’. Piano Classics PCL 10325.
Out of Vienna. Alban Berg (1885-1945) : Suite lyrique. Erwin Schulhoff (1894-1942) : Cinq Pièces pour quatuor à cordes, WV 68. Anton Webern (1883-1945) : Cinq mouvements pour quatuor à cordes op. 5 ; Langsamer Satz. Quatuor Leonkoro. 2025. Notice en anglais, en français et en allemand. 62’ 54’’. Alpha 1196.
Con Afecto. Francesc Valls (1671-1747) : Crucem Tuam. Lauda Sion. Peccantem me quotidie. Dulce lignum. Laudate Dominum. Victimae paschali laudes. Extraits du Mapa Armónico Práctico. Ensemble BachWerkVokal. Gordon Safari. Livret en anglais, français, allemand ; paroles traduites en allemand, et leur traduction en anglais et français accessible par code QR. Juin 2024. 69’54’’. SACD MDG 923 2368-6