Flagey Piano Days 2026 : des jeunes talentueux et un grand maître
Chaque année au mois de février, les Flagey Piano Days réunissent au sein du paquebot ixellois une brochette toujours passionnante de pianistes, effectuant un très subtil dosage entre pianistes de diverses générations et provenance, et mélangeant les valeurs sûres qu’on ne présente plus, les musiciens de la génération moyenne à la réputation déjà établie comme les jeunes encore peu connus parmi lesquels on espère faire de belles découvertes. Hélas, il est impossible d’être présent à tous les concerts, et c’est à regret qu’on renonce à entendre les grands et familiers interprètes que sont Elisabeth Leonskaja et Jean-Claude Vanden Eynden ou les favoris du public bruxellois tels Plamena Mangova ou Julien Libeer.
C’est Beatrice Rana qui devait ouvrir cette édition 2026, mais la pianiste transalpine dut être remplacée en dernière minute pour cause de maternité par le jeune russe Roman Borisov, 22 ans à peine, mais qui s’était déjà produit dans la salle bruxelloise à l’occasion des Piano Days de 2022.
C’est par la Suite de Valses de Schubert telle qu’arrangées (et sérieusement assaisonnées de virtuosité pianistique) par Prokofiev en 1920 que Borisov ouvre la soirée. S’il aborde l'œuvre avec franchise, il y manque de subtilité alors que sa main gauche se fait souvent lourde dans les forte. Le pianiste se montre nettement plus à son avantage dans les Trois pièces pour piano, Op. 57 de Liadov qu’il investit d’une belle note poétique, même si le tout est assez lourdement pédalé.
Arrive alors le premier morceau de résistance de la soirée, la Sonate « Appassionata » de Beethoven. Dans cet indéboulonnable classique du répertoire, Borisov montre que s’il est un pianiste très doué sur le plan de la technique, il lui reste du chemin à faire sur le plan de l’interprétation et de la compréhension de l’oeuvre. Après une introduction bien maîtrisée, l’Allegro assai est interprété sans distinction particulière, avec une propension pour des forte très bruyants et durs (probablement dûs à une crispation musculaire) et une coda à nouveau surpédalée. L’Andante con moto est assez lourd et très loin d’évoquer le « cortège de philosophes » qu’y voyait Alfred Cortot. Le Finale nous révèlera deux visages de l’interprète. Après une introduction laborieuse et assez lourdement tapée, le jeu de Borisov gagne peu à peu en densité et il nous offre une fin bien maîtrisée avec des passages en accords très convaincants.

