Le retour de Ton Koopman à Monte-Carlo

par

Le retour de Ton Koopman à Monte-Carlo confirme une constante : son approche historiquement informée ne se limite nullement au répertoire baroque. Avec l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, il recherche avant tout la clarté du discours et la respiration naturelle des phrases, quitte à bousculer certaines habitudes orchestrales bien ancrées. À 81 ans, son énergie étonne autant que sa curiosité intacte.

Dès la Suite n°3 de Johann Sebastian Bach, l’impression est frappante : la musique respire. Koopman refuse toute pesanteur, toute solennité artificielle. Les cordes privilégient la souplesse de l’archet, les lignes s’allègent, l’espace sonore s’ouvre. On a la sensation que la musique flotte, presque immatérielle, comme si chaque phrase trouvait naturellement sa place dans l’air de la salle. Rien n’est démonstratif, tout semble aller de soi. C’est précisément dans cette évidence que naît l’émotion.

Le Concerto pour violoncelle n°1 de Joseph Haydn prend ensuite une tournure inattendue. Le remplacement de dernière minute de Marie-Elisabeth Hecker par Thierry Amadi, violoncelle solo de l’O.P.M.C. depuis vingt-cinq ans, apporte une couleur très personnelle à l’œuvre. Amadi joue Haydn avec un son ample, presque romantique, assumant une expressivité généreuse. Son instrument, fabriqué en 1717 à Brescia par le luthier Giacomo Rogeri, chante avec noblesse, et l’on perçoit un plaisir évident dans le dialogue avec l’orchestre.

La cadence, audacieuse et pleine d’humour, provoque un sourire complice dans le public. Amadi y glisse références et détournements, comme autant de clins d’œil à l’histoire et à ses collègues. Cette liberté, loin de trahir l’esprit de Haydn, rappelle combien le compositeur aimait surprendre et jouer avec les attentes de l’auditeur. Même si la vision du soliste ne correspond pas entièrement à celle de Koopman, le chef, doté d’un humour certain, accepte le jeu avec panache. Après un Adagio d’une poésie suspendue, profondément émouvant, le finale éclate de vitalité. Le public ne s’y trompe pas : l’enthousiasme est immédiat. En bis, la Sarabande de la Suite n°3 de Bach, dédiée à la mémoire de Robert Coutet, offre un moment de recueillement simple et sincère.

La seconde partie est consacrée à la Symphonie n°2 de Ludwig van Beethoven. Koopman dirige sans baguette, avec des gestes économes, presque intérieurs. Rien de théâtral ici : la musique progresse avec clarté, laissant apparaître ses tensions, ses ironies, ses zones d’ombre. Une lecture profondément humaine et musicale, qui conclut la soirée avec élégance et intelligence.

Monte-Carlo, le 8 février 2025,  Auditorium Rainier III

Carlo Schreiber

Crédits photographiques : Stéphane Danna / Direction de la communication

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.