Orazio Sciortino, compositeur

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L'Italien Orazio Sciortino (*Syracuse, 1984) a été choisi par le jury des International Classical Music Awards (ICMA) pour leur prix annuel décerné à un compositeur. Il s'agit d'un musicien dont le catalogue est très vaste et qui se consacre intensément à l'interprétation du répertoire classique en tant que pianiste. Ismael G. Cabral, membre de la rédaction du magazine espagnol Scherzo, a réalisé cet entretien.

 À quel moment de votre carrière ce prix de l'ICMA vous est-il décerné ?

Il n'est pas facile d'avoir une perception de soi-même, du chemin parcouru. Je pense que je pourrai répondre à cette question dans 20 ans, ou peut-être plus. J'aurai 40 ans, et c'est un chiffre rond et pertinent à partir duquel il peut être judicieux de faire le point. J'ai composé beaucoup de musique de chambre, symphonique et vocale. Et lorsque je regarde mes œuvres plus anciennes, je constate que mon langage a évolué. Cependant, certaines caractéristiques ont été conservées et même développées. Je pourrais dire que je suis en recherche constante, à la fois en tant que pianiste et en tant que compositeur, et que je relève toujours de nouveaux projets et de nouveaux défis.

Le jury a dit de vous que vous " représentez la figure idéale d'un compositeur du 21e siècle, dont le talent transcende les limites idéologiques du passé ". Comment interprétez-vous cette affirmation ?

Lorsque j'ai lu les mots que vous avez cités, j'ai été un peu ému et cela m'a donné à réfléchir. Il y a eu des périodes dans l'histoire où la musique contemporaine suivait des lignes directrices précises et où de très nombreux compositeurs ressentaient le besoin de dire quelque chose de nouveau. Cela s'est souvent traduit par des formules abstraites, des recherches presque scientifiques, des approches dogmatiques qui n'avaient rien à voir avec l'expérience physique et corporelle de l'écoute. Certains pensent encore ainsi. Au contraire, je pense qu'il est important d'écouter le monde. Je ne m'intéresse pas aux étiquettes de style : tonal, minimaliste, sériel, etc. Il y a beaucoup de grands créateurs qui utilisent toutes sortes de ressources. Je pense, par exemple, à l'un des compositeurs les plus importants de notre époque, Peter Eötvös, décédé récemment. Sa musique a toujours été très communicative. Et il utilisait tous les ingrédients dont il disposait, toutes les techniques de composition dont il disposait, pour créer une œuvre toujours puissante et originale. Il a ainsi pu toucher directement l'auditeur, sans se contenter de satisfaire l'intellect du musicien. Cette œuvre ne nécessite aucune étude musicologique préalable pour être appréciée.

Orgia, de Héctor Parra / Pasolini ou comment exorciser une violence insoutenable

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Pasolini avait conçu son « Orgia » comme un opéra théâtral, une tragédie en six épisodes écrite en vers et créée à Turin en1968 avec des interludes musicaux signés par Ennio Morricone. En ce temps-là, il s’était approché de plusieurs tragédies grecques et avait filmé la Callas dans son inoubliable « Medée » où la grande tragédienne impactera le public et les consciences sans chanter une seule note de musique. C’est aussi la période des films « Porcile » ou « Edipo re », tous deux de grande envergure dramatique.

J’imagine mal une petite confrérie de respectables « ladys » britanniques à l’heure du thé dévidant et filant, tout en causant sur les thèmes de « Orgia ». Il faut, sans doute, avoir été victime d’une violence sociale extrêmement accablante à propos de sa « différence » (lisons homosexualité) pour arriver à ce déferlement de désespoir qui inspire un texte de grande beauté, certes, mais dont la teneur prend littéralement le spectateur aux tripes car il va rechercher son inspiration dans le tréfond des passions humaines, qu’il dissèque au scalpel de manière clinique et sans la moindre concession ou pitié. Il fait mal, il nous gifle car il nous dit ce qu’on ne voudrait jamais entendre y compris le désir d’anéantir ses propres enfants, comme un rappel moderne de la Médée d’Euripide.

Le compositeur barcelonais Héctor Parra a fait pas mal d’efforts pour obtenir les droits sur ce texte et en faire le premier opéra chanté. Formé à Barcelone auprès de David Padrós et Carles Guinovart, en Grande Bretagne chez Brian Ferneyhough et Jonathan Harvey et en Suisse chez Michael Jarrel, sa trajectoire de compositeur est remarquable : de l’IRCAM à San Francisco, à Graz ou dans divers théâtres, il en est à son huitième opéra. En 2019, Les Bienveillantes sur un livret de Händl Klaus basé sur le roman éponyme de Jonathan Littell avait été créé à l’Opera des Flandres déjà en collaboration avec Bieito.

A Genève, un Saint François d’Assise saisissant

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Depuis sa création au Palais Garnier le 28 novembre 1983 avec José van Dam, Christiane Eda-Pierre et Kenneth Riegel sous la direction de Seiji Ozawa, le Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen n’a connu que de sporadiques reprises de l’ouvrage intégral  à l’Opéra Bastille en décembre 1992 dans une mise en scène de Peter Sellars qui a été présentée ensuite au Festival de Salzbourg de 1998. A la suite de la création américaine à San Francisco en septembre 2002, il a été proposé à la Ruhrtriennale de Bochum, à Paris, Amsterdam, Munich, Madrid, Darmstadt et Bâle.

A Genève, ce monumental ouvrage aurait dû être donné au Grand-Théâtre il y a cinq ans ; mais il avait été annulé à cause de la pandémie du Covid-19. Et c’est donc en ce 11 avril 2024 qu’il y est affiché avec les deux principaux artisans de ce gigantesque projet, le chef d’orchestre Jonathan Nott et l’artiste franco-algérien  Adel Abdessemed, dessinateur, sculpteur et vidéaste qui assume mise en scène, scénographie, costumes et vidéo en collaborant avec Jean Kalman pour les lumières. Pour lui, Saint François d’Assise, c’est une œuvre métaphysique qui exprime un déchirement existentiel et qui voudrait changer le monde par le pouvoir de l’art et le chant des oiseaux, « un combat intérieur entre la grâce et l’homme », comme le disait Messiaen lui-même. 

Krzysztof Urbanski au pupitre de l'ONL

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Le concert donné le samedi 6 avril par l'Orchestre National de Lille eut un immense succès. La salle comble, les applaudissements ostentatoires, l'ovation finale, les regards admiratifs et béats et les commentaires emballés du public entendus ici ou là, ne permettent pas le doute quant au triomphe des musiciens de l’Orchestre National de Lille et du chef Krzysztof Urbanski. 

L'œuvre célèbre du répertoire tchèque, la Symphonie du Nouveau Monde, a été précédée de deux compositions absolument différentes. Dans ce programme musicalement hétéroclite, deux compositeurs polonais ouvrent le concert.  Le Nouveau Siècle et les spectateurs vibrent avec Orawa de Wojciech Kilar. Ces courtes 10 minutes, composées par un habitué des bandes originales de films très célèbres, étaient garanties de succès. Constituée de boucles sécurisantes, de nuances plaisantes et ce qu'il faut de surprises prévisibles, Orawa est parmi les pièces les plus jouées du compositeur. L’empressement progressif, les jeux de timbres, la pulsation bien marquée, les reliefs, ne mettent pas à l'épreuve la patience de l'auditeur. L'enivrement musical est au rendez-vous. La composition n'illustre pas une œuvre cinématographique mais elle s'acquitterait toutefois bien de cette mission. 

Lors de ce concert, l'aspect visuel a pris une place importante. Le chef d'orchestre et sa direction expressive et très démonstrative y ont contribué. Au-delà de la musique, observer le soliste Nicolas Altstaedt dans le Concerto pour violoncelle de Lutoslawski est assez saisissant.  Le violoncelle a semblé être un prolongement de son corps et, la virtuosité de cet artiste est remarquable. Cette œuvre donne l'impression d'entendre un dialogue dans une langue tout à fait étrangère. Lutoslawski bouleverse les codes. L'écriture de ce compositeur est novatrice. Il était sensible à l'œuvre de Nadia Boulanger, comme Wojciech Kilar, compositeur d'Orawa, qui a étudié auprès d'elle. Le contraste entre les deux œuvres est énorme. Le langage est atonal, la sensation de pulsation disparaît régulièrement. Le son onirique du célesta, les jeux en harmoniques, les mélanges audacieux de timbres,  amènent à une expérience auditive hors du commun et déstabilisante. Les repères sont perdus à l'extrême à l'inverse de la première œuvre donnée qui flattera l’oreille de nombreux auditeurs. Le Concerto pour Violoncelle de Lutoslawski, qui pourrait être considéré comme réservé à des mélomanes avertis, a probablement apprivoisé le public ce jour-là grâce à la virtuosité mais aussi grâce au charisme et à la prestance de l'interprète.

Révélation dans le répertoire Renaissance : Antoine Gosswin, un Liégeois à la Cour de Bavière

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Antoine Gosswin (c1546-c1598) : extraits de messes, motets, chorals, chansons, madrigaux. Le Miroir de Musique. Miriam Trevisan, soprano. Sabine Lutzenberger, Tessa Roos, mezzo-soprano. Ivon Haun De Oliveira, Jacob Lawrence, ténor. Tim Scott Whiteley, basse. Claire Piganiol, harpes. Marc Lewon, cistre, viola d’arco. Aliénor Woltèche, violon. Elizabeth Rumsey, Brian Franklin, viole de gambe. Katharina Andres, bombarde, dulciane. Silke Schulze, dulciane. Etienne Asselin, cornet. Henry Van Engen, sacqueboute. Baptiste Romain, violon, direction. Octobre 2022. Livret en anglais, français, allemand (paroles en langue originale et traduction trilingue). TT 64’29. Ricercar RIC450 

Clôture du Printemps des arts 2024

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Le Festival du Printemps des Arts s'achève par deux concerts de grande qualité. On a le plaisir de retrouver le Quatuor Parisii, à 18h dans le cadre magique de la Salle de Conférences du Musée Océanographique pour un Concert aux bougies (électriques) dans une semi-pénombre renforçant le caractère intimiste des œuvres de Haydn, Alvarado et Mozart. L'acoustique de la salle convient parfaitement aux instruments à cordes.

Le Quatuor Parisii propose en ouverture le Quatuor en si bémol majeur  “Lever du soleil” op.76 n°4 de Joseph Haydn L'interprétation des Parisii est caractérisée par la perfection, une complicité étonnante, pleine d'assurance et d'inventivité. Ils ont une sonorité ample avec des alternances entre chant et élans dramatiques. Le fabuleux adagio est particulièrement poignant.

Pour leur quarantième anniversaire, les Parisii ont commandé un quatuor au jeune compositeur Francisco Alvarado. Le Konsonanzenquartett, un clin d'œil au Quatuor "Les dissonances" de Mozart. Les Parisii alternent les mouvements des deux quatuors et c'est une sublime conversation à travers les siècles. L'oreille est constamment surprise, une expérience très enrichissante.

Hommage au hautbois dans le répertoire moderne français, par un grand maître

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Éventail. Maurice Ravel (1875-1937) : Pièce en forme de Habanera ; Kaddisch. Claude Debussy (1862-1918) : Syrinx ; Petite pièce. Olivier Messiaen (1908-1992) : Vocalise-Étude ; Morceau de lecture. Charles Koechlin (1867-1950) : Le repos de Tityre Op. 216/10. André Jolivet (1905-1974) : Controversia ; Chant pour les piroguiers de l’Orénoque. Darius Milhaud (1892-1974) : Vocalise-Étude « Air » Op. 105. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Sonate Op. 166 ; Le rossignol. Robert Casadesus (1899-1972) : Sonate Op. 23. Heinz Holliger, hautbois, hautbois d’amour. Anton Kernjak, piano. Alice Belugou, harpe. Octobre 2021. Livret en anglais, français, allemand. TT 68’59. ECM new series 2694 485 9185

Chants russes par un chœur de l’Oural : un touchant chapelet de perles

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Great Music of small forms. Œuvres de, et arrangements d‘après Mikhaïl Glinka (1804-1857), Alexandre Dargomyjski (1813-1869), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Alexandre Varlamov (1801-1848), Anton Rubinstein (1829-1894), Alexandre Borodine (1833-1887), Mili Balakirev (1836-1910), César Cui (1835-1918), Vissarion Chebaline (1902-1963), Anatoli Novikov (1896-1984), Erast Abaza (1819-1855), Piotr I. Tchaïkovski (1840-1893), Viktor Kallinikov (1870-1927), Modeste Moussorgski (1839-1881), Anton Arenski (1861-1906), traditionnels. Chœur philharmonique d’Ekaterinbourg, Andreï Petrenko. Albina Shaikieva, Svetlana Peretalova, Maria Romina, soprano. Diliza Nadyrova, contralto. Dimitri Khrapov, ténor. Vladimir Ryzhkov, Andreï Bilenko, baryton. Septembre 2021. Livret en anglais, français, russe (pas de livret pour les paroles). TT 57’44. Fuga Libera FUG 800