La violoniste Anna Urpina place douze compositrices sous le signe des Muses

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Le Chant des Muses. Œuvres d’Isabella Leonarda (1620-1704), Francesca Caccini (1587-c.1641), Mademoiselle Duval (c.1718-c. 1775), Gracia Baptista (16e siècle), Zulema de la Cruz Castillejo (°1958), Elisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729), Maddalena Casulana (c.1554-c.1590), Helena Cánovas Parés (°1994), Anne Madeleine Guédon de Presles (c.1700-c.1754), Mademoiselle Buttier (18e siècle), Marietta Morosina Priuli (17e siècle) et Lady Mary Dering (1629-1704). Anna Urpina, violon baroque et moderne ; María Hinojosa, soprano ; Daniel Oyarzabal, clavecin et piano ; Nicola Brovelli, violoncelle baroque et moderne ; Nacho Laguna, théorbe et guitare baroque. 2024. Notice en anglais et en espagnol. 66’ 20’’. Eudora EUD-SACD-2502.

Un chantre inattendu : le trombone dans le répertoire baroque italien

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Scorrete Lagrime Mie. Œuvres de Barbara Strozzi (1619-1677), Francesca Caccini (1587-p1641), Lodovico Grossi da Viadana (c1560-1627), Giovanni Battista Bovicelli (c1550-1627), Bartolomeo Barbarino (fl1584-1624), Sigismondo d’India (c1582-1629), Heinrich Scheideman attr. (c1595-1663), Giovanni Bassano (c1560-1617), Girolamo Frescobaldi (1583-1643), Maximilien Brisson. Maximilien Brisson, trombone. Christophe Gauthier, clavecin, orgue. Luc Beauséjour, orgue. Janvier 2023. Livret en français, anglais. 59’07’’. Passacaille PAS 1153

Anniversaire Ravel à Bruxelles avec Alain Altinoglu 

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La Monnaie célèbre Ravel, ses 150 ans et la création centenaire de L’Enfant et les sortilèges, avec un concert sous la baguette de son directeur musical Alain Altinoglu, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, le jeudi 20 octobre. 

Le public bruxellois pourra entendre la première mondiale de l’air de ténor  “Scène I – Air de Manassès” de la cantate Sémiramis (Pierre Derhet, ténor). “L'Air de Manassès" sera précédé du “Prélude et danse” de Sémiramis donné pour la première fois en Belgique. 

Le manuscrit de cette œuvre de jeunesse est conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui en avait fait l’acquisition en 2000. L’identification de cette partition a été possible par la mention dans le journal du pianiste Ricardo Viñes dont on célèbre aussi, en 2025, les 150 ans de la naissance.

La première édition, par la RAVEL EDITION, du "Prélude et danse" de Sémiramis est le fruit d'une commande d’une New York Philharmonic et “Scène I – Air de Manassès” est une co-commande de La Monnaie de Bruxelles et de la Philharmonie de Paris.  

En seconde partie, célébrant le centenaire du second opéra de Ravel, Alain Altinoglu dirigera l’édition révisée 2025 RAVEL EDITION de L’Enfant et les sortilèges dont il a donné la première mondiale à Francfort, en septembre dernier avec le Hr-Sinfonieorchester. Ce concert marque par ailleurs, le dixième anniversaire de la MM Academy et les MM Soloists et MM Laureates seront à l'affiche des nombreux rôles de l’opéra de Maurice Ravel sur un livret de l'auteure Colette.  

La virtuosité de Sophie Hallynck pour le « Paganini de la harpe », Félix Godefroid

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Félix Godefroid (1818-1897) : Trois études caractéristiques pour la harpe ou pour le piano op. 23 à 25 ; Vingt études mélodiques pour la harpe faisant suite aux Exercices ; Étude en mi bémol mineur pour harpe opus 193. Sophie Hallynck, harpe. 2024. Notice en français, en anglais, en néerlandais et en allemand. 58’ 02’’. Musique en Wallonie MEW 2512. 

Deux premiers prix au 79e Concours de Genève - alto

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Le 79e Concours de Genève, consacré à l’alto, s’est achevé dans la soirée du 12 novembre, au terme de sept mois de sélection et de compétition. Le jury, présidé par Tabea Zimmermann, a décerné deux premiers prix ex æquo à la Suissesse Sarah Strohm, 20 ans, et à l’Américain Brian Isaacs, 25 ans, ainsi que le deuxième prix à la Japonaise Ayaka Taniguchi, 23 ans.

Le Concours de Genève, qui a la particularité de changer chaque année de discipline, n’avait pas proposé l’alto depuis 2005. C’était donc une occasion précieuse pour de jeunes altistes qui disposent moins fréquemment que leurs collègues violonistes ou violoncellistes d’une telle tribune pour faire valoir leur instrument. Au total, 91 musiciens âgés de 14 à 28 ans et issus du monde entier ont présenté une candidature vidéo début mai, à l’issue de laquelle 36 d’entre eux ont été retenus. Après l’épreuve du récital en ligne en septembre, la demi-finale sur place s’est ouverte le 8 novembre. Elle comprenait trois volets — un récital solo d’un programme libre de 50 à 60 minutes, une session de musique de chambre avec deux œuvres imposées de Mozart et de Berio, et la présentation d’un projet artistique. Enfin, lors de la dernière étape avec l’Orchestre de la Suisse Romande sous la direction de Cornelius Meister, le 12 novembre, les trois finalistes devaient interpréter en création Nouvel élan, œuvre composée par Léo Albisetti, Premier Prix du Concours de composition 2024, ainsi qu’un des quatre concertos proposés (Bartók, Beamish, Hindemith ou Penderecki).

Aller au musée pour sortir du musée

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« Orlando » de Haendel, créé à Londres en 1733, est une œuvre magnifique… dans sa partition et ses airs. Son livret, lui, nous confronte aux états d’âme de différents personnages qui aiment et ne sont pas aimés, ont aimé et n’aiment plus, ont cru aimer ou être aimés. Des sentiments exacerbés qui sont justement le meilleur des tremplins pour de grands épanchements vocaux de tendresse, de désillusion, d’amertume, de colère, de folie. Mais, le genre oblige, des airs qu’on ne peut pas rater dans la mesure où ils sont « da capo », ce qui, pour faire bref, signifie qu’on les entend, certes autrement ornementés, trois fois. De plus, il ne se passe pas vraiment grand-chose sur le plateau.

C’est donc musicalement et vocalement très beau, magnifique, sublime, envoûtant.

Au Grand Théâtre de Luxembourg, les spectateurs n’ont pu que se réjouir de l’accomplissement et de l’exaltation de cette splendeur musicale et vocale grâce à la prestation de Christophe Rousset et de ses Talens Lyriques. Bonheur d’écoute. Grâce aussi à la belle distribution réunie, si convaincante déjà alors que nous l’avons découverte lors d’une générale programmée la veille de la première : Katarina Bradic-Orlando, Mélissa Petit-Angelica, Rose Naggar-Tremblay-Medoro, Michèle Bréant-Dorinda et Olivier Gourdy-Zoroastro.

Mais...

Ivo Pogorelich et Beethoven, rencontre entre deux éternels enfants terribles ? Pas sûr...

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Se faire connaître par un échec à un concours n’est pas banal. Ivo Pogorelich, pianiste croate éliminé dès le deuxième tour du Concours Chopin en 1980, n’est pas banal. Et la démission du jury de Martha Argerich, scandalisée de cette sortie précoce alors qu’elle criait au génie, a mis le concurrent déchu dans la lumière médiatique.

Aussitôt, il signe un contrat d’exclusivité avec Deutsche Grammophon. Après un premier enregistrement tout naturellement consacré à Chopin, il s’attaquait, l’année suivant le concours, au Graal de la Sonate, avec l’ultime de Beethoven, l’Opus 111 (couplée avec d’étourdissantes Études Symphoniques de Schumann). Il en exhalait magistralement la stupéfiante modernité. Se lancer dans Beethoven, au disque, en commençant par la fin (Thomas Mann alla jusqu'à parler d’« Adieu à la Sonate » pour cette 32e), et le faire avec autant d’autorité, il fallait oser.

Quatorze albums pour le prestigieux label allemand. En 1996, il perd son épouse (qui était sa professeure depuis 1976, alors qu’il avait dix-sept ans). Pendant vingt ans il se fera plus rare à la scène, et ne mettra plus les pieds dans un studio. Quand il y retourne, en 2016, c’est pour Sony, avec deux Sonates de Beethoven, parmi les moins jouées : les Nos 22 et 24 (couplées avec une abyssale Deuxième Sonate de Rachmaninov, mais enregistrée plus tard). Avouons une certaine circonspection à l’écoute de cette lecture aussi exacerbée, soulignant les moindres inflexions de la musique, dans des tempos particulièrement lents.

Jean Rondeau érige un monument à la gloire de Louis Couperin et de son époque

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Louis Couperin (1626-1661), L’œuvre complet (The complete works). Egalement avec des ieuvres de Charles Couperin (1638 - 1679), François Couperin l'aîné, dit "le Grand" (1668 - 1733),  Jean-Henri d'Anglebert  (1629 - 1691), Jacques Champion de Chambonnières (vers 1601/1602 - 1672), François Dufaut (1604 - 1672), Johann Jakob Froberger  (1616 - 1667),   Ennemond Gaultier  (1575 - 1651), Denis Gaultier (1603 - 1672), Jacques Hardel (1643 - 1678).  Jean Rondeau, clavecin et orgue ; Anaïs Bertrand, mezzo-soprano ; Lucile Boulanger, viole de gambe ; Clotilde Cantau, soprano ; Cécile Dalmon, mezzo-soprano ; Mathias Ferré, viole de gambe ;  Elsa Frank : hautbois, Pierre Gallon : clavecin et orgue, Victor Julián Rincón Hurtado : flûte ;  Anna Lachegyi, viole de gambe ; Rémi Lecorché,  sacqueboute ; Adrien Mabire, cornet ;   Jérémie Papasergio, basson ; Robin Pharo, viole de gambe ; Philippe Pierlot,  viole de gambe ; Adrien Reboisson, hautbois ; Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Myriam Rignol,  viole de gambe ; Thibaut Roussel : théorbe. Textes de présentation en français et anglais. 13 heures. 10CD. Warner Classics

À Bastille, une Walküre globalement rassurante

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La vision du monde développée au fil des trois actes de cette première journée du Ring par Calixto Bieito a beau être singulièrement anxiogène, elle n’en demeure pas moins sécurisante, tant au regard de la qualité du plateau vocal que grâce à l’explicitation du propos du metteur en scène. Seule la direction musicale de Pablo Heras‑Casado continue de laisser circonspect.

La noirceur de Das Rheingold était bien absconse mais semble désormais plus logique. Dès la tempête inaugurale, on comprend ainsi que le choix des dieux de sacrifier la nature à la technologie — lors du prologue du Ring —, comme en témoigne le chêne devenu ficus dans la tanière de Hunding, a rendu le monde irrespirable. Même les animaux domestiques sont désormais factices : en témoignent le chien robot de Wotan ou encore Grane devenu une simple tête de cheval qu’une Brünnhilde infantilisée s’amuse à chevaucher. L’une des dernières images du Rheingold montrait d’ailleurs un nourrisson faisant l’objet d’expérimentation transhumaniste. Ce visuel trouve dans l’ouverture du troisième acte un écho direct, montrant le public de Bastille plongé dans une torpeur lobotomisée et parsemé de cyborgs. La projection des images suggère que ce choix de la technologie au détriment de la nature fut générateur de conflit dans lequel les machines finirent par prendre leur propre parti : en témoignent les walkyries aux allures de drones massacrant les civils en les défénestrant. Certaines interrogations subsistent toutefois. Ainsi, lorsque Fricka brise la lance de Wotan durant la première scène du deuxième acte, on se demande bien comment diable ce dernier réussit-il à l’utiliser pour briser Notung lors de la quatrième scène. Gageons toutefois que Siegfried apportera ici quelques réponses. Au milieu des décors de Rebecca Ringst, saluons les lumières particulièrement soignées de Michael Bauer ainsi que les vidéos de Sarah Derendinger pour leur remarquable travail cinésthésique.

Renverser la table : Mahler par Paavo Järvi et Brahms par Kirill Petrenko 

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 en Ré majeur “Titan”. Tonhalle-Orchester Zürich, Direction : Paavo Järvi. 2025. Livret en anglais, allemand et français. 56’26’’. Alpha 1166.  

Johannes Brahms (1833-1897) : Ouverture tragique,  op. 81 ;  Symphonie n°1 en Ut mineur,  op. 68. Berliner Philharmoniker, Direction :  Kirill Petrenko.  2024 et 2025. Livret en anglais et allemand. 56’33’’   Berliner Philharmoniker Recordings.  BPHR 250561