Deux grandioses oratorios et la tétralogie sacrée de Peter Benoit, dans l’enthousiasme de concerts anversois

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Heaven and Hell. Peter Benoit (1834-1901) : De Oorlog, oratorio. Lucifer, oratorio. Kerstmis. Messe solennelle. Te Deum. Requiem. Katrien Baerts, Renate Arends soprano. Cécile van de Sant, Maria Fiselier, alto. Frank van Aken, Marcel Reijans, Álvaro Zambrano, Yves Saelens, ténor. Lars Terray, Bastiaan Everink, André Morsch, baryton. Charles Dekeyser, Ivan Thirion, baryton-basse. Werner Van Mechelen, basse. Orchestre symphonique d’Anvers, direction Jac van Steen, Bart Van Reyn, Jan Willem de Vriend, Martyn Brabbins, Edo de Waart. Groot Omroepkoor. Laurens Collegium. Octopus Kamerkoor & Symfonisch Koor. Meisjeskoor Waelrant. Waelrant Kinderkoor. Chœur de chambre de Namur. Kinderkoor van Opera Ballet Vlaanderen. Juin 2015 – novembre 2022. Livret en anglais, français, flamand ; paroles accessibles sur internet par QR code. Coffret cinq CDs 60’17’’, 34’27’’, 80’06’’, 60’22’’, 61’49’’. Fuga Libera FUG 825

Pages chorales de l’Afro-américaine Florence Price : poésie et valeurs démocratiques

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Florence Beatrice Price (1887-1953) : Abraham Lincoln Walks at Midnight, cantate pour soprano, chœurs, orgue et orchestre ; Song of Hope, cantate, version pour chœur et orchestre ; dix pièces pour chœur et piano. Sara Swietlicki, soprano ; Lindsay Grace Johnson, mezzosoprano ; Jonas Samuelson, baryton ; Jan Karlsson Korp, piano ; Robert Bennesh, orgue ; Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Malmö, direction John Jeter. 2024. Notice en anglais. 55’ 02’’. Naxos 8.559951.

Beauvais célèbre le piano sous toutes ses formes

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Chaque année, Pianoscope de Beauvais invite un pianiste différent à en assurer la direction artistique. En 2025, Lucas Debargue propose une programmation où les chefs-d’œuvre du répertoire côtoient transcriptions et improvisations.

Notre week-end débute le samedi 18, au nouveau Théâtre du Beauvaisis fraichement inauguré au début de l’année, avec un concert « deux en un » réunissant Béatrice Berrut en première partie et Florian Noack en seconde. Tous deux excellent dans l’art de la transcription et de la composition, mais aussi dans celui, plus rare, de la présentation au public. Le programme de Béatrice Berrut s’attache à un répertoire de la fin du XIXᵉ siècle, tandis que celui de Florian Noack s’oriente vers le XXᵉ, avec une nette inclination pour le jazz. Parmi les pièces jouées par Berrut, le diptyque Polaris et Céphéides, de sa propre plume, évoque les constellations avec poésie et imaginaire.

Florian Noack, de son côté, impressionne notamment avec sa transcription des Danses polovtsiennes de Borodine, restituant au clavier toute la richesse orchestrale et la diversité des timbres. Au fil du récital, il affirme de plus en plus son goût pour le jazz à travers Five o’clock Foxtrot de Ravel, des Songs de Gershwin ou encore Dinah de Fats Waller, toujours dans ses propres transcriptions. Son interprétation respire la légèreté, la gaieté et le sourire, portée par une virtuosité jamais démonstrative, entièrement mise au service de la musique.

Songe d’une Nuit d’Été : Mendelssohn théâtralisé par une encombrante narration

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Felix Mendelssohn (1809-1847) : Ein Sommernachtstraum, Ouverture Op. 21 et musique de scène Op. 61. Max Urlacher, narrateur. Mi-Young Kim, soprano. Anna Erdmann, mezzo-soprano. RIAS Kammerchor de Berlin. Freiburger Barockorchester, Pablo Heras-Casado. 2023. Livret en français, anglais et allemand ; paroles en allemand et traduction bilingue. 62’25’’. Harmonia Mundi HMM 902724 

Insaisissable Jodie Devos : toujours plus haut, toujours plus beau

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Hommage à Jodie Devos. Jodie Devos, soprano ; Adèle Charvet et Caroline Meng, mezzo-sopranos ; , Quatuor Voce et Quatuor Giardini ; Jean-Philippe Collard-Neven et Nicolas Krüger, pianos ; Steve Houben, saxophone ; Jean-Louis Rassinfosse, contrebasse ; Juliette Hurel, flûte ; Emmanuel Ceysson, harpe ; Julien Chauvin, Laurent Campellone, Pierre Bleuse, chefs d'orchestre. 2015-2022. Livret an français, allemand et anglais. 7 CD Alpha. ALPHA1191

Chez Alpha, un treizième volume pour la génération des jeunes interprètes mozartiens

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Next Generation Mozart Soloists. Volume 13. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour cor et orchestre n° 3 en mi bémol majeur KV 447 ; Concertos pour piano et orchestre n° 2 en si bémol majeur KV 39 et n° 4 en sol majeur KV 441 ; Concertone en do majeur KV 190/186E. Pascal Deuber, cor ; Giorgi Gigashvili, piano ; Veriko et Sofiko Tchumburidze, violons ; Sasha Calin, hautbois ; Marcus Thomas Pouget, violoncelle ; ORF Radio-Symphonieorchester Wien ; Orchestre du Mozarteum de Salzbourg, direction Howard Griffiths. 2021 et 2023. Notice en allemand, en anglais et en français. 68’ 18’’. Alpha 1160.

L'Orchestre national de Lille fête Ravel

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Pour célébrer les 150 ans de la naissance de Ravel, l’Orchestre national de Lille a proposé une tournée de quatre concerts autour d’un programme original, mêlant raretés et hommages. À côté d’une adaptation de la suite orchestrale Antar de Rimski-Korsakov, on découvrait la Petite Suite de Germaine Tailleferre.

Sous la direction de Joshua Weilerstein, l’Orchestre national de Lille semble trouve un nouveau souffle. La sonorité s’est élargie, l’expression s’est assouplie et enrichie de nuances plus colorées. Les trois petites pièces de caractère de Tailleferre — Prélude, Sicilienne et Les Filles de La Rochelle — évoquent des images comme des pages d’un livre de contes. Elles s’enchaînent naturellement à la Pavane pour une infante défunte de Ravel, dont la délicatesse trouve ici un écho poétique. Les cordes, soyeuses, dessinent avec justesse la silhouette fragile de cette princesse éternellement endormie.

Vient ensuite le Concerto en sol, avec au piano Nikolaï Lugansky. Interpréter Ravel n’est pas si courant chez ce pianiste, et l’occasion attire à juste titre l’attention. Dès le premier mouvement, sa précision et son sens du rythme imposent l’écoute. Le final, d’une énergie maîtrisée, témoigne d’une parfaite cohésion entre le soliste et l’orchestre. Mais c’est surtout le mouvement lent qui retient l’émotion : dans la rigueur du cadre rythmique, Lugansky laisse respirer la musique avec de subtiles inflexions de tempo, sans la moindre emphase romantique. Le bis — Jardins sous la pluie de Debussy — confirme cette élégance distante, presque ascétique, mais d’une beauté souveraine. On notera aussi son attitude sur scène : lorsque le chef présente chaque pupitre, il salue avec lui les musiciens par un signe de main ; on perçoit un véritable respect et une complicité rare entre les artistes.

Anatoli Liadov ou l’art de la miniature à la russe.  

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Anatoli Liadov (1855 – 1914) : Trois morceaux, Opus 11 ; Prélude Pastorale; Deux Mazurkas, Opus 15; Etude, opus 37 ; Deux Bagatelles, opus 17 ; Barcarolle, Opus 44 ; Deux morceaux, Opus 24 ; Trois Préludes, Opus 36 ; Deux morceaux, Opus 31 ; Trois morceaux, Opus 33 ; Mazurka, Opus 38 ; Idylle, Opus 25 ; Trois Morceaux, Opus 57. Billy Eidi, piano. 2024. Livret en français et, anglais . 63’43''. Le Palais des dégustateurs PDD047.

Rencontre avec Eve-Maud Hubeaux, mezzo-soprano  adoubée 

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La mezzo-soprano franco-suisse Eve-Maud Hubeaux, s’est imposée comme l’une des grandes chanteuses de notre temps, passant avec aisance du répertoire baroque à Wagner, sans perdre de vue les grands rôles verdiens. Alors qu’elle vient de triompher dans Aïda à l’Opéra de Paris, elle s’apprête à chanter Fricka dans Die Walküre, également sur la scène de l’ONP

Nous avons pu vous voir à l’Opéra national de Paris dans un panel de rôles assez large, de Doña Prouheze (dans Le Soulier de satin de Dalbavie) à la Grande Vestale (dans La Vestale de Spontini), en passant par Gertrude (dans Hamlet de Thomas), Amneris (dans Aïda de Verdi) ou encore Fricka (dans Rheingold et Walküre de Wagner). Qu’est-ce qui a motivé cette pluralité à ce stade de votre carrière ?

Effectivement, je fête mes dix ans à l’Opéra de Paris cette saison. Je ne trouve pas que cela soit si divers que cela ; cela pourrait l’être davantage au regard du répertoire que je chante. À titre d’exemple, après La Walkyrie, je serai dans une production de Castor et Pollux à Genève, ce qui sort du répertoire du XIXᵉ siècle. La création contemporaine m’intéresse également beaucoup.

L’éclectisme vient peut-être du fait que j’aime cultiver cette pluralité, qui me semble saine vocalement, notamment dans le répertoire classique et baroque, car il permet de ne pas trop alourdir la voix. En outre, cette diversité permet aussi d’aborder des rôles différents, car l’on observe tout de même une dramaturgie assez typée selon les époques.

Forcément, plus la carrière avance, plus les rôles se resserrent, car l’on finit par être demandée dans certains répertoires particuliers. Mais j’ai toujours à cœur de cultiver cette pluralité, et je m’efforce, avec mon agence, de la conserver chaque saison, en maintenant un équilibre entre les rôles romantiques — souvent assez lourds — du XIXᵉ siècle, et le reste : on met une Carmen, une Amneris et une Eboli maximum, puis l’on complète avec des choses plus légères. J’ai également beaucoup de plaisir à interpréter des rôles comiques, qui m’amusent énormément.

Un rôle ou un opéra qui vous ferait rêver ?

Je n’ai pas vraiment de rôle ou de maison d’opéra où je rêverais de chanter. Mon but est surtout de profiter de mon ascension pour m’enrichir artistiquement des gens avec qui je travaille.

La chance, lorsque l’on est dans de grandes maisons lyriques, réside aussi dans le fait que l’on est entouré de collègues chanteurs de haut niveau, ce qui crée une belle émulation technique et vocale, mais aussi de metteurs en scène ayant une certaine radicalité dans leurs points de vue — même si ce n’est pas toujours évident pour le public.

J’ai fait une rencontre incroyable avec Krzysztof Warlikowski à Paris sur Hamlet. En tant que femme, indépendamment de ma vie d’artiste, cela a été bouleversant dans les discussions que nous avons eues ; et je me dis qu’il y a peu de métiers où l’on peut vivre un pareil enrichissement. C’est certainement cela que je recherche dans ma vie, au-delà de la musique. En réalité, j’ai énormément de chance, car j’ai globalement déjà réalisé tous mes rêves.