Voyage romantique entre Rachmaninov et Rott à la Philharmonie de Luxembourg

par

Ce vendredi 6 février, le Luxembourg Philharmonic se produit à la Philharmonie de la capitale luxembourgeoise sous la direction du chef d’orchestre estonien Paavo Järvi. Deux œuvres sont au programme de la soirée : la Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43 de Rachmaninov, et la Première Symphonie en mi majeur de Hans Rott. Le pianiste canadien Bruce Liu est le soliste invité.

Le concert s’ouvre avec la Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43 de Rachmaninov, cycle de 24 variations inspirées du dernier thème des célèbres 24 Caprices pour violon seul, op. 1 de Paganini. Bruce Liu livre une très belle prestation, pleine de caractère et riche en nuances. Il allie virtuosité — la quinzième variation se révèle particulièrement impressionnante — et grande maîtrise musicale. Malgré quelques petites hésitations, l’orchestre se montre attentif au soliste dans une œuvre exigeant concentration et précision. Paavo Järvi assure avec clarté et musicalité le lien entre le piano et l’orchestre dans cette partition complexe. En bis, Bruce Liu propose une excellente version de la Fantaisie-Impromptu en do dièse mineur de Chopin, virtuose dans les sections externes et d’une grande expressivité dans la partie centrale.

Carlo Païta, l’étoffe du héros

par

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n°40 en sol majeur ; Richard Strauss (1864-1949) : Ein Heldenleben. Grand orchestre symphonique de la RTB-BRT, direction :  Carlo Païta. 1968 et 1969. LIvret en français et anglais. 72’20’’. Le Palais des Dégustateurs PDD050. 

Une « Boesmans Wave » déferle sur Bruxelles

par

Décédé à Bruxelles le 10 avril 2022, Philippe Boesmans aurait eu 90 ans le 17 Mai prochain. L’occasion de faire le point sur l’apport et la personnalité de celui qui demeure incontestablement le plus passionnant compositeur belge de l’après-guerre. Pour l’occasion, un solide quarteron de ses fidèles s’est rassemblé pour organiser ce qu’ils appellent eux même la « Boesmans Wave ». Une sacrée vague aussi riche que le jeu des marées tant ce compositeur a su habiter les facettes les plus diverses de l’activité de compositeur avec ce souci constant de faire quelque chose de nouveau dans la recherche du beau. Non pas comme le témoignage d’une avant-garde conquérante, une dialectique qu’il récusait régulièrement, non sans humour, : le concept d’ avant-garde ne m’intéresse pas. Après tout, je ne suis pas un militaire moi ! La modernité, elle, le passionnait : créer des choses nouvelles avec l’objectif de servir une beauté en constante mutation dont il allait chercher les ressorts dans la grande variété de son travail d’écriture, dans les œuvres en elles-mêmes bien sûr mais aussi dans les traces que laissaient en lui les restes d’un travail accompli qui fournissaient alors le matériau de nouveaux développements.

C’est ainsi que son œuvre demeure un impressionnant jeux de marées, toujours fondamentales mais toujours rénovées.

Un hommage chaleureux à Victor Aviat, trop tôt disparu

par

Victor Aviat. Un portrait. Robert Schumann (1810-1856) : Trois Romances op. 94 ; Fantasiestücke op. 73 ; Fünf Stücke im Volkston op. 102 ; Adagio et Allegro en la bémol majeur op. 70 ; Abendlied op. 85 n° 12. Victor Aviat (1982-2025) : 17 chansons. Victor Aviat, hautbois, hautbois d’amour, piano et chant ; Kim Barbier, piano ; Bruno Delepelaire, violoncelle ; Zoltán Szöke, cor ; Naomi Shaham, contrebasse. 2024. Notice en français et en anglais. Textes des chansons avec traduction anglaise. 120’ 30’’. Un coffret de deux CD Alpha 1232.

Piotr Anderszewski en maître de l'ultime, dans de poignants Brahms et Beethoven

par

Deux parties bien distinctes au programme de ce récital du rare et précieux pianiste polonais à la Philharmonie de Paris.

Tout d'abord, un choix des dernières pièces pour piano de Brahms. À la fin de sa vie, alors qu’il avait délaissé le piano depuis une bonne douzaine d’années (lui-même excellent pianiste avait beaucoup composé pour son instrument au début de sa carrière de compositeur), il écrit quatre cycles de courtes pièces. Il les appela « berceuses de ma douleur ». Elles constituent son testament pianistique (seules trois œuvres suivront : les Sonates pour clarinette et piano, les Quatre chants sérieux, et 11 Préludes de choral pour orgue).

Vingt pièces constituent ces quatre cycles (Op. 116 à 119). Au disque, la plupart des pianistes enregistrent l’ensemble : cela donne un CD cohérent, de la durée idéale (autour de 75 minutes) pour satisfaire le consommateur et le critique. Pour son récital, comme pour l’album qui sort simultanément, Piotr Anderszewski en a choisi douze. Il les joue dans un ordre qui n’appartient qu’à lui, les enchaînant parfois, y compris quand ils appartiennent à deux cycles différents (et parfois, alors que l’accord final n’a pas fini de résonner). C’est tout à fait dans sa nature de préférer la sélection à l’intégralité. Et de transformer ces courtes (deux à six minutes) pièces isolées en un long récit de trois quarts d’heure sans véritable interruption.

Wolfgang ou Amadeus ?

par

Conversation de comptoir :

  • T’as vu ? Il paraît que le petit prodige de la musique, c’est un vieux ronchon qui l’a assassiné.
  • Non ! Comment t’as su ?
  • C’est un type qui a écrit une pièce là-dessus, et puis on avait fait un film aussi. Et on rejoue la pièce maintenant.
  • Pour confirmer qu’il a vraiment été assassiné ?
  • ‘sais pas.
  • Mais attends, cette histoire, elle date pas d’hier. Il leur a fallu si longtemps pour découvrir la vérité ?
  • Tu parles, au moins deux siècles.
  • Alors, y’a prespcrik, preskr… j’y arrive jamais à l’dire.
  • Pres-crip-tion.
  • C’est ça.

Conversation de salon :

  • Vous avez vu la nouvelle production d’Amadeus à Marigny ?
  • Oui, mon cher. Et je suis tombé de haut.
  • Que vous est-il arrivé ?
  • Ce langage, cette vulgarité, comment imaginer que ce petit trésor de Mozart ait pu s’exprimer ainsi ? 
  • Il semble pourtant que ce soit fondé.
  • Vous voulez rire, mon cher. Pardon, pas comme ce petit garnement bien sûr. Vous conviendrez que la musique d’un compositeur est évidemment le reflet de sa personnalité, de son éducation, de sa culture. Ce n’est pas un petit voyou comme on nous le présente qui aurait pu écrire l’Andante du concerto pour piano en Ut majeur, K 467, ou le sublime air de la Comtesse dans les Nozzzzi di Figarro. Non, je ne vous suis pas sur ce terrain.

Retour au comptoir :

  • Ceci dit, le p’tit prodige, il avait pas sa langue dans sa poche.
  • Ah bon ?
  • On dit qu’en matière scato, il était très fort.
  • Scato ? tu veux dire staccato ?
  • Non, scato, comme les gosses.
  • T’en as vu un bout au JT ?
  • Ouais, c’est pas triste, Il parle pas comme ceux de la haute, j’peux t’dire. Ça fait bizarre avec toutes ces perruques et plein de musique pas très Johnny comme style.

A Lausanne, d'émouvantes Carmélites

par

Pour la première fois dans son histoire, l’Opéra de Lausanne présente Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc. Et son directeur, Claude Cortese, reprend la production qu’Olivier Py avait conçue pour le Théâtre des Champs-Elysées en novembre 2013, avant de la présenter à la Monnaie de Bruxelles en décembre 2017. Prenant en considération la pièce de Georges Bernanos jouée en traduction allemande à Zürich en 1951 puis au Théâtre Hébertot l’année suivante, le régisseur prend à son compte le concept que Dieu est mort sur la croix et que le matérialisme règne en nous interdisant une foi qui ferait de Lui une consolation ou une règle morale. S’Il manque dans le siècle, du moins ce manque témoigne pour Lui en devenant la seule preuve de l’existence d’un dieu d’amour.

C’est pourquoi Olivier Py détache sa production du fait historique du 17 juillet 1794 où les seize religieuses du Carmel de Compiègne ont été décapitées sur l’actuelle Place de la Nation à Paris. Il la transpose dans ce XXe siècle marqué par les horreurs d’Auschwitz et d’Hiroshima. Comme il le notait dans le programme de salle du Théâtre des Champs-Elysées, il n’y a « nul besoin de guillotine pour sentir sur leur nuque et au fond de leur âme le couperet du monde matérialiste et agnostique, l’hiver et la nuit épouvantable d’un monde qui ne croit plus et ne connaît de lui-même que le dégoût et l’effroi ».

Sous des éclairages de Bertrand Killy, aussi oppressants que la trame, les décors de Pierre-André Weitz se limitent à quelques parois coulissantes s’entrouvrant pour former une croix en laissant apparaître une clairière d’arbres décharnés par le gel et quelques éléments religieux en bois blanc que transportent les sœurs. Ses costumes sont d’une extrême sobriété, tant pour les Carmélites que pour le Marquis de la Force et son fils vêtus en bourgeois XIXe ou pour les gens du peuple hébétés au pied de l’échafaud.

La trompette de Hardenberger et le piano de Pöntinen pour un voyage automnal 

par

Autumn Aubade. ahbez, eden (1908-1995) : Nature Boy. Mark-Anthony Turnage (°1960) : Autumn Aubade, pour bugle et piano. HK (Heinz Karl) Gruber (°1943) : Bossa nova, extrait des ‘3 MOB Pieces’ op. 21e. Roland Pöntinen (°1963) : Bluebird Dream. ; Prélude d’automne, pour piano.  George Enescu (1881-1955) : Légende. Frédéric Chopin : Prélude pour piano op. 28 n° 2. Staffan Storm (°1964) : Three Autumns. Ornette Coleman (1930-2015) : Chanting. Jimmy Van Heusen (1913-1990) : The September of my Years. Håkan Hardenberger, trompette et bugle ; Roland Pöntinen, piano. 2024. Notice en anglais, en allemand et en français. 68’ 44’’. SACD BIS-2723.