Roméo et Juliette de Moricone à l’Opéra de Bordeaux : une entrée au répertoire qui permet de dévoiler les talents de la maison

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Des versions chorégraphiques du drame shakespearien, il y en a eu plusieurs, mais celle de Massimo Moricone, créé en 1991, n’avait jamais été montrée en France : manque comblé grâce à l’Opéra de Bordeaux qui présentait ce ballet pour les fêtes. 

Le ballet suit le destin des jeunes amants de Vérone. Le prologue, fidèle au récit, commence par une annonce de l’issue fatale de cette histoire : les fantômes de Roméo et de Juliette se font face dans un décor antique. 

Les scènes s'enchaînent pour mettre en place l’action jusqu’à la danse des chevaliers : les douze danseurs déploient une énergie communicative, soutenus par l’orchestre dynamique. Les costumes noirs et rouges et la chorégraphie d’ensemble avec des gestes de bras précis et anguleux donnent le ton. 

Puis viennent les instants tragiques des combats de Mercutio et Tybalt. Mercutio, interprété par Sachiya Takata si vif dans ses sauts, est un personnage attachant. Il fait croire à une farce avant qu’on comprenne que sa blessure va lui être fatale. Kylian Tilagone en Tybalt est si charismatique par sa taille et son costume noir qu’on pourrait croire que c’est lui qui va tuer Roméo. Il finit étouffé par ce dernier, nous serons donc privés de sa présence au troisième acte. Ces deux drames si rapides et si denses, sont accentués par une multitude de détails et les costumes des femmes, peut être trop colorés, détournent parfois l'œil du spectateur. 

Neujahrskonzert 2026. Yannick Nézet-Séguin, maître d’un renouveau straussien.

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Après un an d’attente, nos espérances étaient grandes à l’idée de voir Yannick Nézet-Séguin diriger ce Neujahrskonzert 2026. Le moins que l’on puisse dire est que le chef québécois a porté l’événement à un degré d’excellence inédit, conduisant même le Philharmonique de Vienne sans pupitre, dans la somptueuse Grande Salle dorée du Musikverein, pour un programme straussien audacieux et renouvelé.

Direction magistrale et innovations gestuelles.

Rompant avec cent quatre-vingt-deux ans de tradition, Nézet-Séguin a opté pour une direction de mémoire, libérée de tout support visuel. Cette liberté lui a permis des gestes amples et intuitifs, captivant tout à la fois l’orchestre et le public. Ses indications, d’une précision millimétrique dans les attaques des cuivres des galops — tels Malapou-Galop de Lanner ou Københavns Jernbane-Damp-Galop de Lumbye — s’alliaient à une souplesse aérienne dans les valses, révélant des phrasés oubliés : un legato diaphane dans Rosen aus dem Süden, un swing irrésistible dans la Olive Branch Waltz de Josef Strauss. Cette audace a insufflé un vent nouveau, transformant le concert en un dialogue vivant plutôt qu’en rituel touristique.

Un programme d’équilibre et d’ouverture sur le monde. 

Le programme intégrait deux premières mondiales pour ce concert : Sirenen Lieder de Josephine Weinlich, où harpe et vents tissaient une séduction mythologique envoûtante, et la Rainbow Waltz de Florence Price, dont les harmonies post-romantiques apportaient une tendresse émouvante — un véritable arc-en-ciel multiculturel au cœur du bal viennois. Encadrés par des classiques tels l’ouverture Indigo und die vierzig Räuber de Johann Strauss II ou Donausagen de Ziehrer, ces choix osaient l’inclusivité sans renoncer à l’élégance, portés par les cordes du Philharmonique, d’un velours somptueux dans les transitions les plus délicates.

Casse-Noisette au Capitole : une version vintage sauvée par des danseurs de talent 

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Le conte de Nöel par excellence est souvent repris pour être modernisé. Aux Etats Unis comme en France, les danses orientalistes du second acte sont de plus en plus souvent remplacées par des passages évoquant les douceurs sucrées de Noël (comme à Bordeaux l’an dernier dans la très belle version de Boyadjiev) tandis que d’autres font le choix de remodeler l’histoire (comme Kader Belarbi en 2017 pour ce même ballet du Capitole lorsqu’il en était directeur). La version proposée à Toulouse pour ces fêtes 2025 est celle créée par Michel Rahn en 2009. Cette production fait le choix de la tradition : les danses stéréotypées sont toujours là et le kitsch du ballet de Nöel se retrouve dans les décors du second acte ainsi que dans les projections vidéos. Mais les danseurs investis et les solistes d’exception font presque oublier ces clichés pour ne retenir que la féerie du ballet. 

Plusieurs plaisirs nous ancrent dans cette magie des fêtes de fin d’année. 

D’abord nous découvrons l’Orchestre national du Capitole et la maîtrise de l’opéra pour interpréter les tubes de Tchaïkovski. 

Ensuite nous retrouvons les merveilleux danseurs de l’opéra du Capitole. Lian Sánchez Castro, qu'on avait adorée dans le programme Balanchine, propose une Clara parfaite. Elle se confond d'abord avec les enfants avant de nous éblouir par sa précision et sa légèreté lors de ces apparitions solos. 

La version de Michel Rahn propose des scènes particulièrement réussies comme celle de l’automate (Aleksa Žikić en soldat de plomb) ou la mythique valse des flocons. Avec 12 danseuses, le chorégraphe parvient à créer un passage néo classique féérique.l’ensemble des danseuses respirant d'un même souffle.