Paolo Ghidoni en défenseur courageux d’un Paganini inédit et rare

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Nicolò Paganini (1770-1827) : Concerto pour violon N° 6 ; Sei Cantabili e Valtz. Paolo Ghidoni, violon – Gabriele Zanetti, guitare. 2019. 64’07. Livret en anglais. 1 CD Da Vinci Classics. C00242

À l’exception du Premier, de très loin le plus fréquenté de tous, et du Deuxième (avec sa fameuse Campanella), qui en est assez souvent le complément au disque, les concertos pour violon de Paganini sont assez mal connus. Si le Quatrième, à la suite d’Arthur Grumiaux, a trouvé quelques interprètes de réputation internationale, les Troisième, Cinquième et Sixième ne sont guère enregistrés que dans le cadre d’intégrales.

Le Sixième doit ce classement à sa découverte très tardive (en 1972), mais il est en réalité antérieur à tous les autres, et de ce fait parfois nommé « N° 0 ». Ce numéro, logique sur le plan chronologique (même s’il est possible que d’autres concertos aient précédé le N° 1), peut sembler peu flatteur. Il faut dire qu’il a une envergure sensiblement en-deçà de ses successeurs. Le jeune Paganini s’y montre encore très tributaire des compositeurs qui, avant lui, ont écrit exclusivement pour le violon, et dont les noms ne parlent plus guère qu’aux apprentis violonistes et à leurs professeurs (Viotti, Rode, Kreutzer, Rolla, Baillot). Paganini n’y expérimente pas encore les trouvailles techniques qui allaient révolutionner la virtuosité violonistique, et l’inspiration est encore bien timide.

La pochette annonce fièrement « premier enregistrement mondial de la version originale ». Peut-on vraiment appeler ainsi ce qui serait plutôt une version de travail ? Deux manuscrits ont été retrouvés : la partie de soliste, avec des indications pour l’orchestre, et l’accompagnement pour guitare, instrument que Paganini pratiquait couramment, et qu’il utilisait pour composer, de préférence au piano. Dès lors, nous pouvons penser que la partie d’orchestre de ce concerto a été perdue, et ne nous est parvenue que dans son premier état, provisoire. Une version originale supposerait que Paganini a d'abord considéré cet état comme abouti... 

Deux orchestrations ont été réalisées : par Federico Mompellio, puis par Francesco Fiore. La première est plus sophistiquée, avec une plus grande variété dans l’instrumentation et des contre-chants ajoutés. Elle peut avoir ses adeptes. La seconde est plus sobre, et plus proche de ce que proposait Paganini lui-même, qui avait une conception de l’orchestre tout à fait traditionnelle, peu friand d’effets de timbres particuliers.

Dès lors, l’orchestre est-il vraiment nécessaire ? Jouer avec seulement une guitare est-il pertinent ? Paganini a beaucoup écrit pour violon et guitare, et nous savons, au moins depuis Itzhak Perlman et John Williams en 1975, puis Gil Shaham et Goran Sollscher en 1994, qu’au disque cela peut être splendide. Mais sans orchestre, sans ce que cela induit comme mise en scène d’un soliste virtuose acclamé par la foule (et, dans le cas de Paganini, on sait comme il savait en jouer), il faut jouer une autre carte, plus intimiste, plus charmeuse, plus élégante. C’est qu’une guitare n’est pas non plus un piano. Difficile de se lancer dans de grandes envolées enflammées...

Dès le tout début de cette version du Concerto N° 6, nous entendons bien que ce n’est pas du tout la même histoire qu’avec orchestre. Le violon est obligé de faire lui-même le travail des cordes de l’orchestre, dans le tutti d’introduction. Dès lors, point de soliste, muet pendant que tout l’orchestre lui prépare un tapis rouge pour son entrée, face au public fébrile d’impatience. Ici, quand le soliste entre pour montrer tout ce qu’il sait faire... il avait déjà la parole.

Était-il possible d’aborder ce concerto autrement ? Davantage dans l’esprit de la musique de chambre ? L’œuvre s’y prêtait-elle ? Peut-être pas. Ce n’est en tout cas pas le choix des interprètes. Paolo Ghidoni propose un jeu très soliste ; on sent qu’il cherche à faire entendre toutes les intentions du compositeur, dans une attitude parfois presque démonstrative, comme s’il avait peur que l’auditeur ne s’ennuie avec une musique, il faut le dire, qui ne nous tient pas en haleine. Sa technique, sans être époustouflante, lui permet de se jouer des difficultés, réelles même si elles ne sont pas aussi redoutables que celles des concertos suivants. Il trouve de belles couleurs, qu’il sait varier en n’hésitant pas à déplacer son archet vers le chevalet ou au contraire sur la touche. Gabriele Zanetti, à la guitare, est un accompagnateur attentif, qui reste modestement dans ce rôle.

La seconde partie de cet enregistrement est consacrée à Sei Cantabili e Valtz que Paganini écrivit, dans un but pédagogique, pour Camillo Sivori, son élève et ami. En concert, le maître, à la guitare, accompagnait l’élève. Il y en avait douze à l’origine. La dernière était connue depuis longtemps. Les six premières, enregistrées ici, ont été retrouvées récemment. Les cinq autres ont semble-t-il disparu.

Il s’agit de courts diptyques, d’une difficulté technique tout à fait abordable. Le propos pédagogique vise davantage à l’expression qu’à la virtuosité pure. La première partie de chaque diptyque, plus longue que la seconde, est de caractère Cantabile (même si elle n’en a pas toujours le nom) et nous rappelle que Paganini était un Italien, la patrie de l’opéra. La seconde est une petite valse, charmante et gracieuse. Bien que l’état d’esprit soit tout à fait différent de celui du concerto qui précède dans l’enregistrement, le parti pris de Paolo Ghidoni est sensiblement le même. Les intentions musicales sont un peu « surjouées », et on retrouve la même recherche de variété dans les couleurs. Certains moments sont touchants de délicatesse mais, dans les passages plus tendus, la sonorité est parfois un peu dure. De ce point de vue, Stefano Delle Donne, dans son enregistrement avec Adriano Sebastiani (Naxos, repris dans l’intégrale Paganini en 40 CD), se montre, avec une justesse moins assurée, plus intérieur. 

Un enregistrement qui ne rehausse pas davantage la gloire, déjà bien établie, de Paganini, mais qui intéressera ses passionnés, sans doute plus pour ces charmants et méconnus Cantabili e Valtz que pour cette version du Sixième Concerto, dont l’intérêt est avant tout documentaire.

Son : 7 – Livret : 9 – Répertoire : 7 – Interprétation : 7 

Pierre Carrive 

 

 

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