A Genève, le triomphe de Michael Sanderling et du Luzerner Sinfonieorchester
Au cours de chaque saison, l’Orchestre de la Suisse Romande invite l’Orchestre de Chambre de Lausanne une ou deux fois. Mais il est extrêmement rare que vienne le Luzerner Sinfonieorchester qui, fondé en 1805, est le plus vieil orchestre symphonique de Suisse et qui a à sa tête, depuis la saison 2021-2022, le chef berlinois Michael Sanderling.
Fils du grand maestro allemand Kurt Sanderling et d’une mère contrebassiste, Michael a commencé par étudier le violoncelle, a remporté divers prix avant de devenir le chef de pupitre soliste de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig. A partir de novembre 2000, il a fait ses débuts de chef d’orchestre en dirigeant le Kammerorchester de Berlin, alors qu’en 2010, il est devenu le chef principal de l’Orchestre Philharmonique de Dresde, fonction qu’il occupe à Lucerne depuis septembre 2021, en ayant pour but d’élargir ses horizons dans le répertoire du romantisme tardif des Bruckner, Mahler et Richard Strauss.
Mais son programme du 21 janvier 2026 au Victoria Hall commence par la première des Méphisto-Valse de Franz Liszt, second épisode du Faust de Lenau intitulé Der Tanz in der Dorfschenke (Danse dans l’auberge du village). Sur le même canevas que la célèbre version pour piano seul, nul ne sait laquelle des deux fut achevée en premier lieu. Mais sans le moindre remaniement, la page orchestrale fut créée à Weimar en 1861 sous la direction du compositeur lui-même. Michael Sanderling en aborde l’Allegro vivace en profitant de l’accentuation des premiers temps pour faire sourdre une tension qui s’enracinera dans le pupitre des violoncelles avant de gorger d’expressivité le cantabile des cordes évoquant les transports amoureux de Faust pour une villageoise. Mais les flûtes acides ramènent la présence démoniaque, tandis que les contrastes de phrasé traduisent l’antagonisme du bien et du mal jusqu’à un presto effréné détruisant tout sur son passage.
