Tout le génie de Rameau servi avec excellence

par

http://www.donjupp.de/Jean-Philippe RAMEAU
(1683-1764)
Dardanus
Bernard RICHTER (Dardanus), Gaëlle ARQUEZ (Iphise), Benoît ARNOULD (Anténor), Joao FERNANDES (Isménor), Alain BUET (Teucer), Romain CHAMPION (Arcas), Sabine DEVIEILHE (Vénus, une Phrygienne), Emmanuelle DE NEGRI (Amour, une Phrygienne)
2016-DDD-145'13-Textes de présentation et livret en français et anglais-Alpha 964 (2 cd)

Jean-Philippe Rameau n'a abordé que fort tard l'art lyrique. Ce n'est en effet qu'à l'âge de 50 ans qu'il produisit son premier ouvrage théâtral, Hyppolyte et Aricie, « coup d'envoi » d'une production abondante, une veine que rien n'arrêtera plus et qui verra naître quelques-uns des plus merveilleux joyaux du 18ème siècle français. Dardanus est le cinquième de ceux-ci; Rameau a alors 56 ans. La genèse de l'ouvrage fut quelque peu difficile, le livret, simplement inepte, étant pour beaucoup dans la nécessité d'une révision en profondeur, sans pour autant parvenir à un résultat tout à fait satisfaisant sur le plan dramatique. Encore Rameau réussira-t-il à imposer son génie et à s'affranchir, surtout dans les trois derniers actes, de l'indigne librettiste, en faisant triompher la magie de sa musique. Assez mal accueilli à sa création en 1739, l'opéra fut l'objet d'un nouvel épisode de la guerre que se livraient les partisans de Lully et de Rameau: la scène des songes fut jugée... soporifique par ses détracteurs et Jean-Baptiste Rousseau y alla d'un « Baroque ! » promis à une grande destinée, lancé à la tête d'un Rameau qu'on imagine médusé par l'insulte. Cette somptueuse fresque ne fut pas beaucoup plus appréciée lors de la reprise de 1744 et elle ne recevra la faveur du public, enfin, qu'en 1760, grâce entre autres au talent des interprètes. Elle fut encore reprise, avec des adaptations, en 1761, 1764, 1768 et 1770, pour être finalement « mise au rebut » de l'Histoire à la création du Dardanus de Sacchini en 1784. Il faudra attendre Vincent d'Indy et 1907 pour assister à une renaissance... sans lendemain car l'interprétation fut, paraît-il, exécrable. Raymond Leppard tentera sa chance en 1979 en proposant une combinaison embarrassée des versions de 1739 et 1744. Ce n'est donc qu'en 1998 que Marc Minkowski viendra mettre bon ordre en proposant, dans des conditions parfaites, la version originale de 1739. L'enregistrement de Romain Champion, déjà publié en 2013 et réédité aujourd'hui par Alpha, vient combler un vide en proposant la seconde version de l'ouvrage, mais en gardant certaines pages de 1739, supprimées en 1744, tel le magnifique air d'Iphise qui ouvre le 3ème acte, et en incluant également certains des apports de 1760. L'auditeur de 2016 sera toujours surpris par la richesse inouïe de cette musique magnifique d'un bout à l'autre et ira d'émerveillement en émerveillement avec des actes 4 et 5 qui touchent au sublime. Comme toujours chez Rameau, l'orchestre a une place prépondérante et les musiciens de l'Ensemble Pygmalion, tout comme le choeur, sont simplement parfaits. Les chanteurs, parfois un peu « dans les cordes », légèrement guindés ou, au contraire, quelque peu débraillés ici et là, sont très honorables cependant et on aurait mauvaise grâce à faire la fine bouche. Cette représentation fut captée en public au château de Versailles en 2012; sans doute la magie du lieu est-elle pour quelque chose dans la magnificence de ce qui nous donné d'entendre dans ces deux superbes disques.
Bernard Postiau

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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