Une intégrale de l'oeuvre pour piano de Ravel... une de plus ?

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Maurice RAVEL
(1875-1937)
Oeuvre pour piano intégrale
Bertrand CHAMAYOU (piano)
2016-DDD-70'51 et 66'10-Textes de présentation en français, anglais et allemand-Erato 825646 02681 (2 cd)

Maurice Ravel ayant eu la bonne idée de composer un corpus pianistique qui tient parfaitement sur deux disques, on ne s'étonnera pas de la prolifération des intégrales de l'oeuvre pour piano du compositeur du Boléro. Ces dernières années ont été riches en versions tout à fait remarquables, souvent dues à des doigts français: Jean-Efflam Bavouzet, Roger Muraro, Alexandre Tharaud, Alice Ader, Cédric Tiberghien, Abdel Rahman El Bacha, Dominique Merlet, Artur Pizzaro, Florian Uhlig... pour n'en citer que quelques-uns! Les grands anciens n'avaient du reste pas attendu l'émergence du cd pour proposer leur propre vision de ce magnifique univers: Robert Casadesus, Marcelle Meyer, Vlado Perlemuter, Monique Haas, Werner Haas, Samson François, Walter Gieseking, Abbey Simon et quelques autres. Même si le terme d'intégrale peut prêter à discussion, certaines pages présentes chez l'un ne l'étant pas nécessairement chez l'autre, on y retrouve bien sûr toujours les grands chefs-d'oeuvre : Jeux d'eau, Miroirs, Gaspard de la nuit, etc. Face à une telle abondance, on comprendra que le mélomane peut à bon droit se trouver exigeant et critique: ces joyaux ont tant été explorés, déjà, et sous toutes leurs facettes, qu'on en vient à se demander ce que de nouveaux venus peuvent encore nous y révéler. Les lectures de Bertrand Chamayou sont propres, délicates, étudiées, mais est-ce bien suffisant? On a souvent l'impression que, les yeux trop rivés sur la partition, il ne parvient guère à faire « décoller » son interprétation. Sans noter le moindre défaut de conception ou de goût, ce que nous propose le jeune pianiste ne suffit pas cependant à nous transporter. Son talent est indéniable: très belle sonorité, délicatesse de toucher, raffinement indéniable, mais le sens du conte, de la narration, de la capture de l'instant, la capacité à créer un climat, semblent encore lui faire quelque peu défaut, ce qui a pour résultat de mettre chaque pièce « au même niveau », sans grande différenciation de l'une à l'autre. La barque se balance mollement sur son océan, le gibet de Gaspard n'est guère inquiétant, les Valses ne possèdent pas le sarcasme attendu, plus sérieuses que nobles et guindées que sentimentales, l'Alborada ne semble guère émaner d'un bouffon, etc. Remarquons cependant l'originalité d'inclure au programme le A la manière de... Ravel par Alfredo Casella, évident clin d'oeil aux propres A la manière de... de Ravel par lesquels celui-ci honorait l'art de Chabrier et Borodine, ainsi que la transcription par Alexandre Siloti de Kaddisch, prenante mélodie hébraïque du compositeur. Notre pianiste est bien jeune encore; gageons que, d'ici quelques années, il revisitera ces partitions avec un regard moins lisse et plus convaincant.
Bernard Postiau

Son 9 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 7

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