L'âge d'or de la musique française s'exprime aussi dans l'opérette

par
Beydts

Louis BEYDTS
(1895 - 1953)
La S.A.D.M.P, comédie musicale
Isabelle DRUET (Elle), Jérôme BILLY (Henri Morin), Mathias VIDAL (le gros commerçant), Dominique COTE (un grand industriel), Thomas DOLIE (le comte Agénor de Machinski), Orchestre Régional Avignon-Provence, dir.: Samuel JEAN
2017 - 49' 26 '' - Notice en français - livret disponible sur www.orchestre-avignon.com ou sur www.klarthe.com - Klarthe KO40

La S.A.D.M.P ? Mais c'est la Société Anonyme Des Messieurs Prudents, voyons. Quatre hommes sont amoureux de la même femme. Pour partager les frais, ils vont fonder une société anonyme. Sur ce thème original, Sacha Guitry a bâti une comédie musicale très amusante, mise en musique en 1931 par Louis Beydts. Ce musicien, un peu tombé dans l'oubli, fut, dans les années 1930, l'heureux auteur de plusieurs opérettes, comme Moineau, ou A l'aimable Sabine, dans le style de ses maîtres André Messager et Reynaldo Hahn. Il fait partie de cette génération de compositeurs de l'entre-deux-guerres un peu oubliés, tels Emmanuel Bondeville, Marcel Delannoy ou Raymond Loucheur. Il écrivit des musiques de films pour les plus grands cinéastes de son temps (Allégret, Autant-Lara, Jean Delannoy, Feyder, Gance), et termina sa carrière en tant que directeur de l'Opéra-Comique. L'orchestre est de petite dimension, mais fort présent et agrémenté d'une importante partie de piano. On perçoit, dans l'écriture, des influences jazzy (avec force glissandi de cuivres), mais aussi du Satie de Parade tandis que les belles envolées lyriques peuvent évoquer celles de Mârouf, savetier du Caire, de Rabaud. L'opérette est truffée d'ensembles pour les quatre soupirants, très enlevés comme celui relatif aux frais qu'il faudra partager "au prorata" de leurs visites à la dame. Mathias Vidal, Dominique Côté et Thomas Dolié ont peu à chanter seuls mais forment un tir groupé étincelant. L'Henry Morin de Jérôme Billy bénéficie sans doute des préférences d'Elle, mais aussi de Beydts, qui lui réserve de jolis soli. L'opérette est pourtant dominée par la figure féminine d'Elle (on apprendra plus tard qu'elle se prénomme Germaine). Ce rôle essentiel fut créé par Yvonne Printemps, à l'époque épouse de Sacha Guitry. Son long air d'entrée "Sourire aux lèvres et nez au vent" donne le ton du personnage, brillantissime et féminin en diable. Mais elle peut s'abandonner à un lyrisme tendre dans l'air "Les Cartes à jouer sont de belles images". Isabelle Druet, ancienne lauréate du Concours Reine Elisabeth, maîtrise la situation avec art et élégance, et son caractère mutin fait mouche à chaque instant. Samuel Jean dirige tout ce petit monde avec entrain, et ne couvre jamais les chanteurs de sorte que l'auditeur puisse pleinement apprécier le texte de Guitry, parfois plus parlé que chanté, mais toujours désopilant. Si la notice de Christophe Mirambeau est excellente, le livret est à rechercher sur la Toile. Intéressante parution donc, qui redécouvre l'un des compositeurs les plus attachants de l'opérette de l'âge d'or de la musique française.
Bruno Peeters

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 9 - Interprétation 10

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>