Moussorgski/Gergiev/Mariinsky Orchestra : l’évidence même !

par

0126_JOKERModest Moussorgsky (1839-1881)
Tableaux d’une exposition (orc. Ravel) – Chants et danses de la mort (orc. Chostakovitch) – Une Nuit sur le mont chauve
Mariinsky Orchestra, Valery Gergiev, direction – Ferrucio Furlanetto, basse
2014-SACD-68’28-Textes de présentation en français, allemand, russe et anglais-Mariinsky Label-MAR0553

Le Mariinsky Orchestra et son directeur Valery Gergiev nous livrent un enregistrement consacré à Modest Moussorgski. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la réussite est au rendez-vous. Non seulement par une maîtrise évidente et naturelle de ce répertoire mais surtout par une interprétation incroyablement humaine renforcée par des qualités et techniques instrumentales remarquables d’un orchestre majoritairement constitué de jeunes. Les Tableaux d’une exposition, que le compositeur destine au piano, naissent d’une visite d’une exposition consacrée à l’œuvre de Viktor Hartmann, architecte et ami proche du compositeur mort subitement à 39 ans. Dans une lettre adressée à Vladimir Stassov, organisateur de l’exposition, Moussorgski déclare : « Hartmann bouillonne comme bouillonnait Boris : des sons et des idées sont suspendus en l’air, je suis en train de les absorber et tout cela déborde, et je peux à peine griffonner sur le papier ». Œuvre à programme composée de dix pièces musicales dont la célèbre « Promenade » qui agit ici comme transition, on y retrouve des ambiances et couleurs nationales caractéristiques, notamment dans « Il Vecchio Castello » (Italie) ou encore « Bydlo » (Pologne). En 1922, Ravel décide d’en faire une version orchestrale, version qui allie orchestration raffinée à des techniques de jeu surprenantes. Moins connus, les Chants et danses de la mort sont entamées deux ans après la création des Tableaux. La mort hante le compositeur à tel point qu’il saisit et transcende ce thème. Sur des poèmes d’Arsène Golenichtchev-Koutouzov, le recueil est d’abord écrit pour voix et piano. Sur les douze pièces imaginées initialement, quatre seulement ont été composées. Chostakovitch en signe l’orchestration et ira jusqu’à réutiliser la thématique dans sa Symphonie n°14. A 21 ans, Moussorgski entreprend l’écriture d’une partition sur une pièce de Georges Mengden, Les Sorcières. N’ayant pas fait d’études au Conservatoire, le compositeur esquisse une œuvre très libre dont les couleurs russes et l’homogénéité des thèmes, motifs, modulations… sont remarquables. Une Nuit sur le mont chauve fait partie aujourd’hui des grandes pièces du répertoire.
Dans cet enregistrement, on reconnaît parfaitement le style très libre, mais précis, et chantant de Valery Gergiev. Le chef saisit l’opportunité de cet enregistrement pour offrir une lecture plus qu’éclairée et juste d’une musique dont le travail est trop souvent négligé. Les artistes imposent ici une ambiance et une qualité de son inspirantes. La basse Ferrucio Furlanetto chante les Chants et danses de la mort avec un timbre et une expression idéales. Dialogue clair avec l’orchestre qui ne dépasse à aucun moment malgré une masse imposante. La précision liée à une écoute constante entre les musiciens font de cet enregistrement, selon nous, l’un des meilleurs de l’année. Le Mariinsky transcende cette musique et la rend « vivante ».
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation – 10

 

 

Les commentaires sont clos.