Kaija Saariaho, reflets multiples des temps
Kaija Saariaho (1952-2023) : Saarikoski Songs, Vista, Three Preludes.. Anu Komsi, soprano, Marzi Nyman, orgue. BBC Symphony Orchestra, Sakari Oramo. Livret en anglais. Ondine ODE 1512-2.
Kaija Saariaho (1952-2023) : Saarikoski Songs, Vista, Three Preludes.. Anu Komsi, soprano, Marzi Nyman, orgue. BBC Symphony Orchestra, Sakari Oramo. Livret en anglais. Ondine ODE 1512-2.
French Trios . Claude Debussy (1862-1918) : Sonate pour flûte, alto et harpe, CD 145 ; Prélude à l'après-midi d'un faune. Louis Vierne (1870-1937) : Deux Pièces pour piano et alto, op. 5. Jacques Ibert (1890-1962) : Deux Interludes pour flûte, violon et harpe. Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine en trio pour flûte, alto et harpe ; Ma mère l'Oye. Joseph Jongen (1873-1953) : Deux Pièces en trio, op. 80. Adam Walker, flûte ; Timothy Ridout, alto ; Anneleen Lenaerts, harpe. Texte de présentation en anglais, français et allemand. 76'30''. Warner Classics 1200214336233.
Heitor Villa-Lobos (1887-1959) : Bachianas brasileiras n°5. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : « Le Rossignol et la Rose », « Le Cygne ». Joseph Canteloube (1879-1957) : « Lou Coucut », « Malurous qu'ouno fenno », « Lo Fiolairé ». Richard Strauss (1864-1949) : « Kling ! ». Alberto Nepomuceno (1864-1920) : « As Uyaras ». George Gershwin (1898-1937) : « The Lorelei ». Maurice Ravel (1875-1937) : « Vocalise-étude en forme de habanera ». Enrique Granados (1867-1916) : « La maja y el ruiseñor ». Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : « Vocalise op. 34 n°14 ». Heinrich Proch (1809-1878) : Aria e Variazioni « Deh, torna mio bene ». Bruno de Sá, sopraniste ; Comunicantus Choir ; Opéra Orchestre Normandie Rouen, direction Pierre Dumoussaud. Texte de présentation en français, anglais et allemand. 59'00''. Erato 0827568014917.

Maurice Ravel (1875-1937) : Sites auriculaires (orchestration de Kenneth Hesketh) ; Une barque sur l'océan, Alborada del gracioso ; Deux mélodies hébraïques ; Chanson hébraïque ; Rapsodie espagnole ; Bolero. Rinat Shaham (mezzo-soprano) ; Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya, direction Ludovic Morlot. 2025 et 2026. Livret en anglais, français et catalan. 61'14''. L'Auditori
Ce lundi 19 octobre, la Sächsische Staatskapelle Dresden se produit au Semperoper de Dresde sous la direction de son chef principal, Daniele Gatti, en poste depuis la saison 2024-2025. Ce concert s’inscrit dans le cycle Mahler de la Staatskapelle, consacré cette saison à la question de l’adieu et aux œuvres tardives du compositeur.
La Dixième Symphonie en fa dièse majeur de Gustav Mahler occupe une place singulière dans l’histoire de la musique. Composée en 1910, durant une période de profonde crise personnelle, elle demeure inachevée à la mort du compositeur, en mai 1911. Seul le premier mouvement avait alors été entièrement orchestré. Les quatre autres mouvements nous sont parvenus sous différentes formes de manuscrits et d’esquisses.
La version proposée par la Sächsische Staatskapelle Dresden est celle élaborée par le musicologue britannique Deryck Cooke, qui s’est attaché à rendre l’œuvre jouable en complétant avec prudence les éléments manquants, sans prétendre remplacer le travail de Mahler. Devenue la plus célèbre des reconstitutions de cette symphonie, elle permet d’entendre les cinq mouvements dans leur continuité.
Ce vendredi 16 octobre, l’Orchestre de la Philharmonie de Dresde se produit dans cette même salle sous la direction de sa première cheffe invitée, la Norvégienne Tabita Berglund. Trois œuvres sont au programme de la soirée : la Passacaille pour orchestre de Ludvig Irgens-Jensen, la Symphonie concertante en mi bémol majeur pour violon, alto et orchestre, KV 364, de Wolfgang Amadeus Mozart, et la Symphonie en si mineur, D. 759, dite « Inachevée », de Franz Schubert. Les deux solistes du soir sont le violoniste tchèque Josef Špaček et l’altiste chinois Diyang Mei.
Longtemps resté méconnu en dehors de la Norvège, Ludvig Irgens-Jensen (1894-1969) signe, avec sa Passacaille pour orchestre (1928), une œuvre orchestrale ambitieuse, récompensée lors d’un concours organisé à l’occasion du centenaire de la mort de Schubert. Durant près de vingt minutes, le compositeur norvégien y déploie une architecture monumentale, entre variations, fugues et sombres éclats orchestraux. L’interprétation met en valeur les contrastes de l’œuvre, entre tension dramatique, puissance orchestrale et passages mystérieux. On peut toutefois regretter une balance sonore parfois inégale entre les pupitres. L’entrée de l’orgue dans le final fait néanmoins vibrer toute la salle dans un grand moment de gloire, avant que la musique ne s’éteigne progressivement dans un morendo aussi saisissant qu’incertain. En somme, cette œuvre constitue une très belle découverte pour le public, au sein d’un programme qui l’associe à deux pages célèbres de Mozart et de Schubert.
Baldassare Galuppi (1706-1785) : L'Uomo femina ; Eva Zaïcik (Cretidea), Lucile Richardot (Ramira), Victoire Bunel (Cassandra), Anas Seguin (Gelsomino), Victor Sicard (Roberto), François Rougier (Giannino), Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre. Texte de présentation en français et anglais – 109'00 – Château de Versailles
Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie, op. 64. Royal Philharmonic Orchestra, Vasily Petrenko, direction. 2026. Livret en français, anglais et allemand. 54'00. Harmonia Mundi HMM 902797.
Pour la sortie de leur album consacré aux deux immenses violoncellistes et compositeurs catalans, Valérie Aimard et Cédric Lorel avaient choisi le Studio Raspail, qui a réouvert il y a quelques semaines dans ce très bel immeuble Art Déco, bien connu des amateurs d’architecture, du quartier Montparnasse. La programmation de cette salle étant tournée vers le théâtre, ce concert était une première. Avec ses 246 places, partagées entre un parterre et un balcon, son très bon piano (un demi-queue Yamaha CF4), son acoustique précise et agréable, le Studio Raspail se prête parfaitement à la musique de chambre, et favorise, à tous points de vue, la communication verbale avec le public. Ce dont Valérie Aimard ne s’est pas privée, partageant de façon particulièrement vivante, et en experte du sujet, sa passion pour ces deux grandes figures du violoncelle et de la composition qu’étaient Pablo Casals et Gaspar Cassadó.
Il faut dire aussi qu’elle a des raisons très subjectives de les chérir, car son parcours d’élève puis de musicienne accomplie a croisé bien des fois des personnalités liées à ces deux figures majeures de la musique catalane. Il existe en particulier une émouvante filiation : Cassadó a été l’élève le plus assidu de Casals, avant de former – entre autres bien sûr – Marc Latarjet, lequel a été le premier professeur de Valérie Aimard au Conservatoire de Lyon. C’est tout le sens de cet album. D’autant que ces rapports entre les deux compositeurs ne sont pas aussi documentés qu’ils le méritent : ni Conversations avec Pablo Casals, de Josep Maria Corredor (1955), ni Pablo Casals, un musicien, une conscience de Jean-Jacques Bedu (2012), ne mentionnent le nom de Gaspar Cassadó. Le livret de l’album, écrit par Valérie Aimard, apporte de précieuses informations à ce sujet.
Le pianiste français Jean-Paul Gasparian s’est produit en récital à la Salle Gaveau, le 9 octobre dernier, dans le cadre de la saison de Philippe Maillard Production. Après une première partie consacrée à Chopin, il a proposé un programme de transcriptions pour piano de pages célèbres de Verdi par Franz Liszt, tirées de son dernier disque, A Night at the Opera.
La première partie du récital de Jean-Paul Gasparian, consacrée à Chopin, se distingue par une approche robuste, qui privilégie la densité sonore et l’affirmation du discours. Dans les Mazurkas, plutôt que de jouer sur les subtilités du rubato et les inflexions rythmiques caractéristiques de ces pièces, le pianiste choisit de donner à la sonorité un noyau dense, en faisant ressortir avec netteté certaines voix intérieures. Cette manière de construire le tissu musical, en soulignant les lignes qui le composent, confère à l’interprétation une assise solide, mais laisse moins de place à la souplesse rythmique et aux nuances de caractère qui participent à la singularité de ces pages.
La Troisième Ballade révèle, quant à elle, une remarquable aisance technique. La musique semble couler sans entrave, portée par une fluidité qui ne se dément jamais. Chaque phrasé est admirablement réalisé, sans effort apparent, avec une maîtrise qui permet aux difficultés de s’effacer derrière le mouvement musical. Mais cette qualité devient aussi une limite lorsque les phrases s’enchaînent sans arrêt, comme si le souci de préserver la continuité prenait systématiquement le pas sur celui de ménager des respirations. L’oreille, privée de ces moments de détente où le discours peut se déposer et retrouver son élan, finit par éprouver une forme de saturation, voire d’étouffement. La fluidité, pourtant si séduisante au départ, se transforme alors en un flux presque ininterrompu, qui laisse peu de place à la suspension, essentielle pour un espace sonore.