L’œuvre pianistique inspirée d’Armande de Polignac

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Armande de Polignac (1876-1962) : Six Préludes ; Nocturne ; Pluie ; Berceuse, version révisée ; Échappées ; Cloches, pour piano à quatre mains ; Les Mille et une nuits, pour piano à quatre mains. Bruno Belthoise et João Costa Ferreira, pianos. 2024. Notice en anglais et en français. 72’ 32’’. Grand Piano GP954.

Jean Johnson et Steven Osborne dans un enchanteur récital de musique romantique allemande pour clarinette et piano

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Gustav Jenner (1865-1920) Sonate pour clarinette et piano en sol majeur, Op. 5 ; Robert Schumann (1818-1856) Trois Romances, Op. 94 ; Clara Schumann (1819-1896) Trois Romances, Op. 22 ; Carl Maria von Weber (1786-1826) Grand Duo concertant, Op. 48 Jean Johnson (clarinette), Steven Osborne (piano) 2026. Texte de présentation en anglais. 70'46''. Linn CKD 763

Concours Reine Elisabeth : Alvaro Lozano Cames et la finesse du trait révélateur

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Alvaro Lozano Cames (Espagne, 20 ans) est le benjamin de cette session violoncelle, ce qui ne l’empêche pas d’afficher à 20 ans un sacré palmarès. Etudes à la Fondation Barenboïm-Said à Séville, bachelor de l’Escuela superior de Musica Reina Sofia, master classes avec Helmerson, Maisky et Muller, il a déjà donné de nombreux concerts, notamment en formation de chambre.

Le candidat joue « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man avec la volonté de jouer dans des sonorités nettes et sensibles, tout en assumant des contrastes saisissants. Les moments apaisés n’en gardent pas moins la primeur même face à un orchestre particulièrement sonore dans l’été et le printemps. Le début de l’automne distille un climat aimablement transparent qui nous mène vers une fin interrogative.

Le concerto n°1 en mi bémol majeur op.107 de Chostakovitch commence d’une façon presque goguenarde. Le violoncelliste joue avec malice du caractère sautillant de l’allegretto auquel il insuffle un entrain émoustillant. Par contraste le ton se noircit dans le moderato d’abord phrasé avec une retenue engagée avant de prendre une dimension planante qui accentue l’impression d’intemporalité : beaucoup de pudeur dans ce chant profond, complexe mais plein d’une détresse humaine qui donne au propos une dimension presque tragique. Un climat d’inquiétude domine le début de la cadence mais il s’emballe ensuite d’une façon presque farouche vers un allegro con moto au pas solidement cadencé et qui frise le grotesque.

Concours Reine Elisabeth : Dilshod Narzillaev, un génial bâtisseur d’atmosphères

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Bachelor de l’International centre for music at Park University et master du conservatoire de New England, Dilshod Narzillaev (Ouzbékistan, 28 ans) se perfectionne actuellement à la Chapelle musicale Reine Elisabeth avec Gary Hoffman. Il aborde avec une belle retenue la cadence d’ouverture de « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man et conduit ensuite le dialogue avec l’orchestre avec un engagement mesuré. En fait, le candidat traite chaque ode comme un moment séparé auquel il attache une marque personnelle : tour à tour rêveuse et engagée, combattive ou éthérée. Méditative, elle inquiète ; virulente, elle interpelle.

Cette approche très diversifiée n’en implique pas moins une réelle cohérence, celle d’un musicien résolu à nous raconter une histoire et qui sait rendre l’exercice intéressant.

Le concerto n°1 en mi bémol majeur op.107 de Chostakovitch nous ramène dans un territoire plus connu. On réagit d’emblée au stimulus du thème claudiquant du début de l’allegretto, servi avec une verve décidée qui, pas à pas, fait monter le tonus général avec un enthousiasme bienvenu. Maintenu dans un tempo attentiste, le moderato retrouve ce style déclamatoire des grands mouvements lents de Chostakovitch où la force de conviction suffit, dans un contrôle absolu, à évoquer une impression d’immensité. Le concurrent y maintient une retenue émouvante qui donne toute sa portée à cette méditation hors norme. Ce moment d’exception se prolonge dans le début de la cadence qui nous emmène insensiblement aux bords du silence. Mais c’est pour mieux rebondir ensuite avec une vitalité acharnée qui fait littéralement exploser l’allegro con moto dans son insolente veine populaire. Un grand geste musical où l’imagination transcende la clarté maîtrisée de l’expression.

Concours Reine Elisabeth : Clara Dietlin, un esprit de finesse poussé dans ses derniers retranchements

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Après une licence et un master au conservatoire supérieur de Paris, Clara Dietlin (France, 24 ans) se perfectionne désormais à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth avec Jeroen Reuling et Gary Hoffman.

Dans « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man, elle joue la carte de la discrétion avec un automne très impressionniste en dépit de son fracas final et un hiver très diffus face à la densité de l’orchestre. Entre les deux, un été tourbillonnant où elle ne tient pas tout-à-fait le choc de l’orchestre et un printemps en suspension. Le tout donnant une sensation de dispersion qui laisse l’œuvre singulièrement fragmentée.

On la retrouve ensuite, elle aussi, dans la symphonie concertante op.125 de Prokofiev, un page décidément fort en vogue puisque nous l’aurons entendue trois fois au cours de la finale. On se demandait comment la candidate française allait pouvoir adapter sa sonorité assez fine avec les grands élans expressifs de l’écriture de Prokofiev. L’attaque de l’andante est sur ce point plutôt éloquente d’autant plus qu’elle se poursuit dans un moment plutôt rêveur et que la concurrente s’efforce à maintenir cette intensité tout au long du mouvement tout en négociant des moments d’une belle fraicheur. Elle se lance ensuite dans la course folle d’un allegro giusto très enlevé, soutenu par une rythmique obsédante qui contraste fort avec le chant inspiré mais discret de la section centrale. Elle sait raison garder dans la cadence et termine ce long mouvement avec un sain engagement. Le procédé fonctionne sans doute moins bien dans les sollicitations variées du finale qui se dilue un peu trop. Il n’empêche qu’avec une belle élégance, Clara Dietlin nous fait apprécier une lecture moins généreuse de cette œuvre monumentale mais pas inintéressante.

Concours Reine Elisabeth : le lyrisme évolué d’Ettore Pagano

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Après des études en Italie (Stauffer Center for strings de Crémone, Conservatoire Santa Cecilia à Rome), Ettore Pagano (Italie, 23 ans) termine sa formation à l’Université des Arts de Berlin auprès de J.P.Maintz. Tout comme Lionel Martin le premier soir, Ettore Pagano impose une vision globale de « Four Odes  to the Tidings of Flowers » .Parti des passages les plus tonitruants et accidentés, il dépouille peu à peu l’œuvre jusqu’à une quasi abstraction : virtuosité énergique dans ses confrontations avec l’orchestre de l’hiver, caractère obstiné de l’été traité en scherzo, sérénité tourmentée de l’automne, recherche d’une immanence dans la complainte répétitive du printemps. Clairement, il y a un concept dans cette interprétation et il est bien défendu.

On retrouve ensuite le concurrent italien dans la symphonie concertante op.125 de Prokofiev qui fit l’objet de discussions entre Prokofiev et Rostropovitch. L’influence de ce dernier sur le répertoire de son instrument est colossale et ne cesse de s’affirmer au fil du temps. Ainsi, 10 des 12 œuvres concertantes jouées lors des finales du Reine Elisabeth cette année sont-elles dues aux interventions du violoncelliste russe !

Dès l’attaque de l’andante initial s’impose un beau chant, à la fois ample et large. Il traverse tout l’allegro giusto au travers des multiples sollicitations atmosphériques qu’accumule le compositeur. Le soliste conduit sa vision de l’œuvre là où Kitamura semblait la subir. Cette maîtrise délibérée habite un finale particulièrement actif où le soliste joue le jeu des sollicitations, parfois ironiques, souvent dérangeantes du compositeur. Le patchwork fonctionne bien. Il est l’œuvre d’un musicien raffiné.

La Dame aux camélias de retour à Garnier après sept ans d'absence

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Alors que Giselle refait surface sur les planches de Garnier tous les dix-huit mois, le retour, après une longue absence, de ce bijou chorégraphique de John Neumeier — d'après le roman éponyme d'Alexandre Dumas fils, aux fortes résonances autobiographiques — est d'autant plus bienvenu, nonobstant une série de représentations altérée par les grèves.

Créé à Stuttgart en 1978, La Dame aux camélias n'a fait son entrée au répertoire du Ballet de l'Opéra de Paris qu'en 2006 et fut, dans un premier temps, très régulièrement repris : cinq fois en sept ans. Force est d'ailleurs de reconnaître que cet ouvrage a particulièrement bien résisté aux patines du temps, grâce notamment à une dramaturgie fort intelligente ainsi qu'à un rythme exceptionnel.

Dans le rôle de Marguerite, Bleuenn Battistoni démontre que son impact dans le ballet va au-delà d'une technicité redoutable : très convaincante dans le rôle de la demi-mondaine adulée au premier acte, elle n'en est pas moins touchante dans ses supplications du second, avant que l'ultime acte ne laisse entrevoir des qualités de tragédienne encore teintées d'une certaine retenue, mais particulièrement prometteuses pour la suite.

À l'inverse, il convient de rappeler que, si La Dame aux camélias possède une intrigue fort proche de Manon Lescaut, le protagoniste masculin sacrifie son rang à sa passion dans l'œuvre de l'abbé Prévost, alors que, chez Dumas, c'est la courtisane qui se sacrifie. Toutefois, Germain Louvet campe un Armand Duval ayant davantage des allures d'un jeune Lucien de Rubempré. La présence scénique est incontestable, mais la construction dramaturgique du personnage tire sensiblement vers une timide préciosité. Sans être véritablement explosifs, ses solos du premier acte sont cependant particulièrement réussis. Les portés, en revanche, sont bien laborieux. Logiquement, la rage de la fin du deuxième acte n'est pas vraiment crédible. C'est finalement davantage dans les aspects purement chorégraphiques, et notamment dans les plus redoutables, qu'il marque l'auditoire au troisième acte.

Concours Reine Elisabeth : Ivan Sendetsky, un maître de l’intimisme

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Bien que de nationalité russe, Ivan Sendetsky (29 ans, il fêtera ses 30 ans le 4 juin prochain) a conduit l’essentiel de sa formation en Occident. Gradué du New England Conservatory, il a étudié à la Royal Academy of Music (Londres) ainsi qu’aux Hochschule für Musik Hanns Eisler (Berlin) et de Bâle.

Dans « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man, Ivan Sendetsky tire parti d’une technique raffinée pour construire des moments sonores d’une belle intimité. Dans ses choix d’ordre de passage ; il enchaîne les passages aux effets identiques, notamment les longs glissandi du violoncelle proches de la cadence ou les pianissimi ténus en contraste avec un orchestre éructant. Sa lecture de l’imposé devient ainsi un recueil de sensations variées, d’instants subtils mais dépourvus d’une ligne conductrice, renforçant ainsi le caractère disparate de cet imposé.

Il s’attaquait ensuite au concerto princeps pour violoncelle du 20e siècle, le n°1 en mi bémol majeur op.107 de Chostakovitch que l’on entendra d’ailleurs quatre fois au cours de cette épreuve finale. D’emblée, l’attaque sautillante de l’allegretto initial impose une vitalité allègre, un côté quasi caricatural qui dissimule un réel foisonnement sonore. On retrouve dans la sérénité du moderato le beau souci d’intimisme du concurrent dans une longue mélopée savamment construite : un beau moment de temps suspendu. C’est d’ailleurs dans la continuité de cette profonde méditation que le soliste va construire avec une rare subtilité sa cadence dont le côté franchement implorant va déboucher avec une verdeur populaire dans un cinglant allegro con moto.

Alessandro Scarlatti : un programme « ad tenebras per lucem », tendu vers le Stabat Mater

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Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Stabat Mater. Jam Sole Clarior. Infirmata, Vulnerata. Sonata a quattro no 1 en fa mineur. Emmanuelle De Negri, soprano. Paul Figuier, contreténor. Les Accents. Thibault Noally, Mario Konaka, violon. Patricia Gagnon, alto. Emanuele Abete, violoncelle. Christian Staude, contrebasse. Violaine Cochard, clavecin. Mathieu Dupouy, orgue. Claire Antonini, théorbe. Livret en anglais, français, allemand. Mai 2025. 73’21’’. Alpha 1179