Le Grand Manège inaugure son merveilleux orgue de scène

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Soucieux d'offrir un écrin idéal aux concerts qu'on y organise, le Grand Manège a, dès son ouverture, investi dans les moyens de donner à chaque événement le cadre qui lui convient. Un dispositif acoustique ingénieux permet d'adapter la résonance au type de concert, de la sécheresse d'une salle de château pour un récital de clavecin à l'opulence d'une cathédrale pour un concert vocal solennel.

Cinq ans après son ouverture, il affine son offre en se dotant d'un orgue de scène apte à rendre aux concerts vocaux le relief qui était le leur à l'origine, quand chanteurs et instrumentistes se disposaient autour de l'orgue pour l'exécution de la musique.

D'un grand positif à un véritable orgue

Le Grand Manège disposait d'un orgue positif, mais Jean-Marie Marchal souhaitait un positif plus complet et en passa commande à Étienne Debaisieux. C'est alors qu'au cours d'une discussion à bâtons rompus, Leonardo García Alarcón s'exclame soudain : « Pourquoi un orgue positif ? Nous en avons déjà un ! Construisons plutôt un orgue grand comme… » — et il écarte les bras.

La remarque est judicieuse et fait très vite l'unanimité : la commande est revue et agrandie, à la plus grande joie du facteur. « Pour moi qui chante depuis 34 ans dans le Chœur de chambre et côtoie régulièrement toute une série d'instruments, la présence d'un véritable orgue au concert en lieu et place du positif constituait une plus-value considérable, par ailleurs pleinement justifiée historiquement. »

Un bel instrument

Le choix s'est donc porté sur un orgue à la croisée du positif et de l'orgue de concert. Haut de 2,55 m et pesant quelque 400 kg, l'instrument dispose de douze registres qui conviennent aussi bien au continuo qu'au jeu soliste. Il peut être réglé sur quatre diapasons (392, 415, 440 et 465 Hz), ce qui lui permet de s'adapter aux choix des interprètes, selon les pratiques propres aux lieux et aux traditions d'exécution. Ajoutons que cet imposant instrument reste mobile grâce aux 27 roulettes intégrées à sa structure.

Son esthétique le rattache à l'Italie : il est doté de la fameuse voce umana, personnification même du chant. Aucun modèle précis n'a toutefois été fixé, l'objectif restant de répondre aux nombreuses sollicitations des instrumentistes et des ensembles qui se produisent au Grand Manège.

De même que la salle s'adapte aux exigences spatiales des œuvres jouées, l'orgue qui les accompagne pourra répondre à leurs sollicitations variées — une flexibilité dont peu de salles disposent actuellement. Le Grand Manège renforce ainsi encore son hospitalité envers les musiciens qui s'y produisent. La réponse n'a d'ailleurs pas tardé : la semaine précédant l'inauguration, Ricercar y a enregistré des cantates de David Pohle.

Une démonstration en concert

La première partie du concert se voulait didactique et exposait les possibilités de l'instrument à travers des pièces choisies par Cindy Castillo, organiste de Saint-Paul, et présentées par Jérôme Lejeune : une Toccata prima de Muffat sur les registres naturels, une Toccata per l'elevatione de Frescobaldi qui laisse libre cours à la ferveur de la voce umana, une Sonata per l'organo e violino de Biagio Marini, où deux solistes de l'Ensemble Clematis illustrent fort bien le potentiel de dialogue entre l'orgue et le violon, et enfin une Passacaglia de Muffat aux étonnantes variations d'atmosphère, qui mobilise toute la palette de couleurs de l'instrument. Une belle démonstration, signée Cindy Castillo.

Festival d’Ambronay : petit format, grande émotion

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Le Festival d’Ambronay se poursuit jusqu’au dimanche 27 septembre. Réduit à trois week-ends, le célèbre festival de musique baroque et ancienne offre toujours une programmation fort variée, avec une grande diversité de propositions et une qualité constante.

Requiem imaginaire pour Charles Quint par la compagnie La Tempête

Pour son premier concert à Ambronay, Simon-Pierre Bestion souhaitait mettre en lumière « un témoignage poétique et non exhaustif d’une Espagne à la charnière entre deux mondes », médiéval et de la Renaissance, en prenant pour prétexte la répétition des funérailles de Charles Quint, organisées par le souverain lui-même en 1558. Il s’agit d’une version légèrement remaniée du programme La Bomba Flamenca, dont l’enregistrement a été publié il y a quelques mois : « une sorte d’immersion dans l’environnement musical espagnol » de la Capilla flamenca, créée en 1515 par l’empereur, où régnait l’émulation très forte entre les plus grands musiciens flamands immigrés à la cour d’Espagne. D’où ce titre. Loin de toute reconstitution historique, Simon-Pierre Bestion laisse libre cours à son imagination, avec une spatialisation qui déplace les chanteurs et les instrumentistes à vent dans les nefs latérales. Les jeux de lumières participent également à cette mise en espace, notamment grâce à des lampes-encensoirs ajourées qui créent une sorte d’ombre chinoise ambulante. La musique mêle habilement des pièces issues de traditions occidentale et orientale. Pour ces dernières, les chanteurs utilisent parfois une voix de poitrine presque « brute », offrant un contraste saisissant. Comme toujours chez La Tempête, l’originalité des idées convainc autant musicalement que sur le plan du spectacle.

La Messe à quatre chœurs de Charpentier, flagornée dans un décor ultramontain

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Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Messe à quatre chœurs H. 4. Domine Salvum fac Regem H. 285. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Deus in Auditorium ; Sonata sopra Sancta Maria ora pro nobis [Vespro della Beata Virgine]. Orazio Benevoli (1607-1672) : Dixit Dominus ; Secondo tono a XXIV voci ; Cioe Sei Cori. Giovanni Gabrieli (1557-1612) : In Ecclesius C. 78 ; Canzon per sonar quarti toni C. 185. Lodovico Agostini (1534-1590) : Magnificat a 20 voci a cinque cori. Pauline Gaillard, soprano. Attilà Varga-Toth, Léo Guillou-Kérédan, ténor. Halidou Nombre, baryton. Consort Musica Vera, direction Jean-Baptiste Nicolas. Chœur de l’Opéra Royal. Maîtrise de Paris, direction Edwige Parat. Livret en français, anglais. Novembre 2024. 69’01’’. Château de Versailles Spectacles CVS164

Artonov célèbre le Japon et creuse les limites de l’inouï

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Artonov n'est pas un festival comme les autres. Tout d'abord parce qu'il attache une importance essentielle à la recherche des lieux, comme l'exprime Vincenzo Casale, son fondateur et directeur : « Le lieu est une composante essentielle de la pratique artistique dans le rituel de la représentation. » Ensuite parce qu'il attache un grand intérêt au côté artisanal de la création : « une fois ce travail de conception et de mise en œuvre accompli, l'œuvre acquiert une vie propre qui évolue avec le temps. C'est ce travail sans cesse repensé que je veux magnifier. » Et cette double démarche l'amène naturellement à l'Art nouveau et à sa philosophie de mise en valeur du travail artisanal. Une conception qui inspire clairement le titre de cette 12e édition, « We do not work alone ».

Une édition centrée sur le Japon

Celle-ci se focalise sur le Japon, pas seulement en lui-même mais aussi dans la façon dont il parle, à travers le temps et l'espace, à divers courants artistiques et pratiques créatives. Ainsi de « Les dieux de la maison », l'exposition phare de 2026, qui réunit un ensemble de sculptures bouddhiques populaires du Tōhoku et des textiles boro.

Le titre provient du céramiste Kanjirō Kawai, artisan du mingei, un mouvement qui a remis à l'honneur les objets du quotidien et le travail des artistes anonymes. Ces sculptures ont été façonnées par des artisans pour veiller sur leurs maisons, leurs villages, leurs récoltes. Casale les a découvertes lors d'un séjour au Japon en 2023. Elles ont été réalisées par des gens qui ne cherchaient ni à vendre, ni à plaire. Chaque pièce ajoutée raconte un même rapport à la matière. L'exposition aura lieu au Lab Artonov, dans les locaux de l'ancienne Centrale for Contemporary Art qu'Artonov va investir pendant un mois avant que le lieu ne soit cédé à d'autres occupants. Le festival va ainsi jouir de plus de 1500 m² dans le centre de Bruxelles. Les pièces japonaises dialogueront avec trois artistes : Michiko Van de Velde, Asya Amosova, artisane d'instruments, et le sculpteur Peter Jacquemyn.

Crescendo Magazine lance Crescendo Tremplin

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Crescendo Magazine lance Crescendo Tremplin

Crescendo Magazine enrichit son écosystème éditorial d'un nouvel outil : Crescendo Tremplin, l'agenda éditorialisé des concours, académies, masterclasses et programmes de mentorat destinés aux jeunes musiciennes et musiciens classiques.

Pensé comme un guide d'orientation professionnelle et non comme un annuaire technique, Crescendo Tremplin réunit 394 opportunités — concours, académies, programmes de mentorat, masterclasses et stages — auxquelles s'ajoute une section distincte de dispositifs de financement : bourses d'études, aides à la création, prêts d'instruments précieux, mécénat privé et aides publiques.

Un projet éditorial

Là où les bases de données existantes se contentent d'aligner des annonces, Crescendo Tremplin fait trois choix assumés : sélectionner par un regard éditorial, contextualiser chaque institution par sa profondeur historique et artistique, et comparer par une donnée structurée homogène d'une fiche à l'autre. Chaque fiche a été lue, vérifiée et contextualisée.

Le périmètre privilégie l'espace francophone et ses zones d'influence — France, Belgique, Suisse, Québec, Maroc — tout en couvrant les grands rendez-vous internationaux régulièrement fréquentés par les jeunes francophones : Reine Élisabeth, ARD Munich, Chopin Varsovie, Long-Thibaud-Crespin, Genève, Cleveland, Van Cliburn. Le guide accorde par ailleurs une place inédite au réseau international de l'orgue, de Chartres à Séoul.

Un outil, pas une simple liste

Au-delà de la consultation, Crescendo Tremplin accompagne la décision et la préparation. Un profil facultatif signale, sur chaque fiche, son degré d'adéquation avec l'instrument, l'âge et le niveau du candidat. Un simulateur de saison permet de composer son calendrier de candidatures sur douze mois, en repérant les échéances qui se télescopent. Un comparateur met plusieurs concours en regard sur une grille homogène. Une recherche par répertoire permet de partir d'une œuvre ou d'un compositeur pour trouver les concours concernés. Le calendrier des échéances peut être exporté, et suivi par un abonnement qui se met à jour automatiquement. Un module d'intégration permet enfin aux professeurs et aux écoles d'afficher une sélection à jour sur leur propre site.

L'outil s'installe sur téléphone comme une application et reste consultable hors connexion.

Actéon, de Marc-Antoine Charpentier : deux pastorales pour une tragédie miniature

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Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Actéon. Pastorale en Musique H.481 ; Actéon changé en biche. Pastorale en Musique H. 481a. Pierre Derhet, ténor (Actéon H.481), Wei-Lian Huang, soprano (Aréthuze, Actéon H. 481a), Morgane Heyse, soprano (Diane, Chasseur), Luciana Mancini, mezzo-soprano (Junon, Hyale), Sojeong Im, soprano (Daphné, Chasseur), Andrea Gavagnin, contreténor (Chasseur, Nymphe), Emanuele Petracco, ténor (Chasseur, Nymphe), Andrés Soler Castaño, basse (Chasseur). Scherzi musicali, direction artistique et clavecin : Nicolas Achten. 2025. Notice en anglais et en français. Textes chantés reproduits, avec version anglaise. 78’ 42’’. Ricercar RIC487.

Jeanne d'Arc au bûcher de Honegger à Prague

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Arthur Honegger (1892-1955) : Jeanne d'Arc au bûcher, oratorio dramatique sur un livret de Paul Claudel. Audrey Bonnet (Jeanne d'Arc) et Sébastien Dutrieux (Frère Dominique), récitants ; solistes ; Chœur philharmonique de Prague ; Chœur d'enfants philharmonique de Prague ; Philharmonie tchèque, direction Lukáš Vasilek. 2025. Livret en tchèque et en anglais. Animal Music ANI 153.

Colin Currie Group, 20 ans, sublime Steve Reich, 90 ans

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Un détour par la gare pour accueillir un ami venu de Bruxelles, un verre en terrasse à la Place de Paris avant de grignoter un sandwich au foyer de la Philharmonie – dont je laisse découvrir l’architecture intérieure, à la fois imposante et ludique – et nous nous installons dans le Grand Auditorium, occupé par des curieux ou des connaisseurs de l’œuvre du compositeur américain : à 90 ans Steve Reich garde sa réputation de pionnier novateur intacte.

En pièce d’ouverture, Music for Pieces of Wood, qui partage avec Clapping Music la volonté de faire surgir une musicalité à partir d’instruments particulièrement simples, met en œuvre cinq claves (deux courts bâtons cylindriques de bois dur que l’on frappe l’un contre l’autre), choisies pour la richesse du timbre et de hauteurs différentes : le rythme est exposé, nu et mystérieux à la fois ; un premier instrument assure la pulsation (le fil rouge indéfectible), les autres s’emparent progressivement des interstices silencieux et bâtissent puis détricotent des figures selon un mouvement symétrique, en forme d’arche. La partition est dépouillée, le procédé visible – et la précision de l’interprétation (le Colin Currie Group, né en 2006 à l’occasion de l’interprétation de Drumming aux BBC Proms, centre son répertoire sur les œuvres de Steve Reich) telle que l’auditeur laisse aller le mécanisme, le suit et l’oublie pour s’absorber dans la perception des minuscules différences de hauteur et de densité.

Alice Ader, un juste hommage discographique

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A Musical Journey with Alice Ader. Œuvres de Domenico Scarlatti (1685-1757), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Franz Schubert (1797-1828), Frédéric Chopin (1810-1849), Robert Schumann (1810-1856), Modeste Moussorgski (1839-1881), Gabriel Fauré (1845-1924), Claude Debussy (1862-1918), Maurice Ravel (1875-1937), Manuel de Falla (1876-1946), Igor Stravinsky (1882-1971), Olivier Messiaen (1908-1992), Arvo Pärt (né en 1935), Philippe Hersant (né en 1948), Olivier Greif (1950-2000), Emmanuel Nunes (1941-2012), parmi trente-huit compositeurs représentés. Alice Ader, piano. Ensemble Ader, Rachel Yakar, Bernarda Fink, James Oxley, Suzanne Bernhard, Matthieu Lécroart, Stephen Salters, Jérôme Comte, Quatuor Renoir, Ensemble Musique Oblique, Simon Lebens. Danish National Symphony Orchestra, direction Thomas Dausgaard ; Orchester der Akademie für darstellende Kunst, direction Aleksandr Dmitriyev. Enregistré entre 1980 et 2025. Livret en français et en anglais. 1 coffret de 34 CD ARTALINNA ATL-C001.