Aaron Pilsan — les Études de Chopin, après Bach

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Le pianiste autrichien Aaron Pilsan s'est très vite imposé parmi les voix marquantes de sa génération. Il avait frappé les esprits avec son enregistrement du Clavier bien tempéré chez Alpha Classics. On le retrouve aujourd'hui pour un album consacré aux Études de Chopin. Il revient sur ce chemin qui mène de la polyphonie de Bach à Chopin, sur le rôle de la main gauche et sur l'enregistrement.

Vous avez enregistré les deux livres du Clavier bien tempéré pour Alpha avant d'aborder Chopin. Le projet des Études devait-il toujours suivre Bach, ou est-ce votre travail sur Bach qui vous y a conduit ?

Lorsque j'ai commencé mes études, j'avais dressé une liste des œuvres que je voulais enregistrer, et le Clavier bien tempéré de Bach comme les Études de Chopin figuraient tous deux en tête de cette liste.

La musique de Bach m'a toujours fasciné. C'est même l'une des raisons pour lesquelles j'ai décidé de devenir musicien, à l'âge de huit ans. Les Études de Chopin sont venues bien plus tard. J'ai commencé à les travailler avec mon professeur, Karl-Heinz Kämmerling, qui leur accordait une grande importance parce qu'elles forgent une technique pianistique complète.

Avec le recul, je crois que mon travail sur Bach m'a très bien préparé à entrer plus profondément dans la musique de Chopin. Fréquenter la profondeur et la complexité de Bach m'a donné des fondations solides pour aborder l'univers des Études.

Vous dites que « Bach révèle la nature polyphonique de Chopin ». Quelle étude le montre le plus clairement à vos yeux, et comment cela change-t-il votre façon de la jouer ?

Il n'y a pas vraiment une étude dont la structure serait plus polyphonique que celle des autres. Dans l'Op. 25 n° 7, par exemple, la mélodie est à la main gauche, mais beaucoup d'autres études recèlent elles aussi de nombreuses voix cachées.

Il m'a toujours paru essentiel de ne pas me contenter de bien jouer les traits rapides et les passages difficiles, mais de comprendre l'ossature de chaque pièce et son architecture. Une fois qu'on la saisit, on peut vraiment faire ressortir les différentes voix et les différents plans de la musique.

Vous insistez sur le rôle harmonique et rythmique de la main gauche. Dans les Études*, l'attention va d'ordinaire à la main droite. Avez-vous reconstruit certaines de ces pièces en partant de la basse ?*

Je ne partage pas l'idée que la main droite serait toujours au centre. La plupart des Études sont bâties autour de la main gauche. C'est elle qui donne sa stabilité à la musique, et, dans bien des cas, suivre la main gauche de l'oreille est aussi décisif pour la technique.

Vous décrivez l'Op. 10 comme « direct, brillant, passionné, presque explosif » et l'Op. 25 comme « plus raffiné et introspectif ». Entendez-vous les deux livres comme deux facettes d'un même compositeur, ou comme une évolution dans le temps ?

Comme ces deux cycles n'ont été écrits qu'à quelques années d'intervalle, j'y vois davantage deux facettes d'un même compositeur qu'une évolution nette de l'un à l'autre. Ce sont pour moi deux cycles à la dramaturgie très différente.

L'Op. 10 débute de façon brillante et énergique, mais, à mesure qu'il progresse, il dévoile aussi des moments bien plus sombres. L'Op. 25, à l'inverse, s'ouvre de manière très poétique et introspective pour glisser peu à peu vers une fin d'un désespoir extrême.

Découvertes pour violoncelle

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Osons le dire, rares sont les découvertes majeures parmi les nombreuses exhumations d’œuvres de compositrices de toutes époques que nous connaissons depuis quelques années. Mais la remise à l’heure des compteurs a eu le mérite de changer les mentalités et de permettre à ces œuvres d’être jouées et entendues. Connaissiez-vous Henriëtte Bosmans ? À ne pas confondre avec son (presque) homonyme belge. Cette musicienne néerlandaise a vécu entre 1895 et 1952. Son père était violoncelle solo de l’Orchestre du Concertgebouw et elle a mené une double carrière de pianiste et de compositrice. 

La révélation que nous propose Henle est sa Sonate pour violoncelle et piano, une œuvre qu’elle composa en 1919, donc œuvre de jeunesse. Mais quelle maturité ! Héritage fauréen incontestable, métissé de Brahms pour la densité de l’écriture pianistique, avec un finale à cinq temps qui évoque les danses populaires. La carrière d’Henriëtte Bosmans fut brisée lors de la Seconde Guerre mondiale : sa mère étant juive, elle se retrouva privée d’exercer et sa musique mise à l’index. Sa sonate était encore disponible chez l’éditeur d’origine, Broekmann & Van Poppel, mais nul doute que cet urtext dû à Andreas Pernpeintner et la force de diffusion du catalogue Henle aidera à la faire connaître. Pour les curieux, sachez qu’Henriëtte Bosmans a aussi composé un concertino pour piano (qu’elle créa avec Pierre Monteux), un concertstück pour flûte, un autre pour violon, deux concertos pour violoncelle (joués régulièrement dans les années trente par Marix Loevensohn, le dédicataire de la sonate) et de la musique de chambre. 

Atelier Lyrique de Tourcoing : une autre façon d'être « ensemble »

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En prélude à une saison 2026-2027 qui s'annonce particulièrement dense et d'une riche diversité (100 artistes, 34 concerts, 6 opéras, 11 spectacles variés), l'Atelier Lyrique de Tourcoing accueillait, ce premier week-end d'octobre, portes grand ouvertes et en entrée gratuite sur réservation, son public fidèle et celui en devenir. Ça bruissait de partout, dans une atmosphère empreinte d'attente curieuse : plaisir des retrouvailles pour d'aucuns, franche découverte pour d'autres, simple bonheur d'être ensemble et de partager un peu de la beauté des choses pour tous. Un généreux soleil d'automne ajoutait sa note festive. Le programme, très éclectique — on en dira quelques mots ci-après —, en a surpris plus d'un, tant par la pluralité des écritures et la nouveauté de certaines d'entre elles que par la qualité des intervenants.

Cela commençait le vendredi, sur le coup de 17h, avec « Un Italien à Vienne », une suite de cantates (profanes) con istromenti d'Antonio Caldara, compositeur vénitien du XVIIIe siècle. Grand voyageur, il fit rayonner la musique italienne à la cour des Habsbourg, où il était fort apprécié. La jeune soprano Sarah Charles, issue de la première promotion de l'Académie royale de Versailles, était accompagnée par l'ensemble de cordes et clavecin de la Grande Écurie et la Chambre du Roy, placé sous la direction de Dominique Visse.

La tension un peu paralysante d'une « première » en ce lieu était palpable, mais le timbre chaleureux et singulièrement agile de la soprano prit toute son ampleur virtuose dès le « Ingrato, e perché mai lasciami — ingrat, pourquoi donc me quitter », entraînant tout l'ensemble instrumental dans une vive et contagieuse expression de la fureur et de la douleur de l'amante trahie ; la suite fut d'égale qualité. Ajoutons à cela le plaisir de retrouver Dominique Visse, que beaucoup d'entre nous ont connu dans ses rôles de contre-ténor de caractère, haut en couleurs comme en voix, compagnon de route et d'aventures musicales de Jean-Claude Malgoire dès l'origine de l'ATL.

Pierre Réach complète son intégrale des sonates pour piano de Beethoven

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour piano n° 3, op. 2 n° 3 en do majeur ; n° 6, op. 10 n° 2 en fa majeur ; n° 9, op. 14 n° 1 en mi majeur ; n° 11, op. 22 en si bémol majeur ; n° 13, op. 27 n° 1 en mi bémol majeur « Quasi una fantasia » ; n° 22, op. 54 en fa majeur ; n° 27, op. 90 en mi mineur ; n° 29 op. 106 « Hammerklavier ». Pierre Réach, piano. 2026. Notice en français, en anglais et en japonais. 156’ 42’’. 2 CD Anima Records ANM/260201.  

Le Barbier de Séville à Bastille ; pétillant millésime 2026

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Au fil des années, l'impératif de remplissage de l'Opéra Bastille se heurte toujours en septembre et en juillet à un public parisien peu enclin à aller à l'opéra. En résulte une tendance croissante à programmer les blockbusters de la Boutique en période de vache maigre pour garantir la jauge.

Il faut dire que la mise en scène dans un Séville version Movida de Damiano Michieletto n'a rien perdu de sa sémillance et continue d'offrir un joyeux fourmillement autour des élucubrations des protagonistes. Ces derniers trouvent d'ailleurs dans la fosse un soutien de taille en la personne de Jader Bignamini. La gestique est fluide et permet, dès l'introduction, de sculpter des attaques de cordes tout en finesse. Ayant débuté en décembre 2022 dans cette fosse, le maestro fête donc ses noces de cire avec l'orchestre et réussit à laisser respirer la phalange tout en conservant une attention particulière vis-à-vis du plateau.

Ce dernier se distingue ce soir par une conception pour le moins libérale des temps, l'accent étant particulièrement mis avec cette distribution sur les aspects comiques, quitte à flirter avec le pantomime. Au panthéon des truculents, supplément guitariste, figure ainsi en bonne place le Figaro de Huw Montague Rendall. La projection est très bonne dès les premières notes hors plateau et la présence scénique qui s'ensuit est incontestable. On note cependant une tendance à légèrement précéder les tempi du chef ainsi qu'une articulation certes solide mais ébranlée par la mitraille verbeuse de la fin du « Largo al factotum ».

Lorin Maazel au fil du temps

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Lorin Maazel : The Complete Warner Edition. Œuvres de Bruckner, Brahms, Tchaïkovski, Prokofiev, Dvořák, Debussy, Moussorgski, Richard Strauss, Ravel, Bartók, John Adams, Verdi, Bizet et Massenet. Sviatoslav Richter, Emil Gilels, Jean-Philippe Collard (piano) ; Frank Peter Zimmermann (violon) ; Beverly Sills, Katia Ricciarelli, Julia Migenes, Plácido Domingo, Sherrill Milnes, Justino Díaz, Ruggero Raimondi, Nicolai Gedda (chant). Philharmonia Orchestra, New Philharmonia Orchestra, Berliner Philharmoniker, Orchestre de Paris, London Symphony Orchestra, Orchestre National de France, Orchestra del Teatro alla Scala et New York Philharmonic, direction Lorin Maazel. Enregistrements 1962-2002. Notice en anglais. 18 CD. Warner Classics 2685492780.

A l’Opéra de Lausanne, une fascinante Mireille en ouverture de saison

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Pour ouvrir sa troisième saison à l’Opéra de Lausanne, Claude Cortese, son directeur, a la judicieuse idée de choisir Mireille, le chef-d’œuvre trop peu prisé de Charles Gounod, dont la création au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864 fut un échec retentissant.

Comme les deux années précédentes, la mise en scène en est confiée à Bruno Ravella qui avait connu le succès avec ses productions de Guillaume Tell et de Don Quichotte. Dans la Note d’intention du programme, celui-ci écrit : « Dans Mireille, la Provence façonne ceux qui l’habitent, leur travail, leurs rites, leurs croyances et leur imaginaire. Pour évoquer cet univers sans en faire une carte postale, ma scénographe, Barbara de Limburg, a très vite trouvé notre langage visuel dans le tissage. Le tissage et la vannerie appartiennent naturellement à l’œuvre, Vincent étant lui-même vannier, mais ils permettent aussi de transformer des images familières en quelque chose de plus élémentaire ». Dès le lever de rideau, le regard se porte sur un gigantesque soleil en paille surplombant trois paniers de magnanarelles tout aussi démesurés, laissant s’écouler les cueilleuses de ver à soie suivies par les moissonneurs habillés simplement comme des ouvriers par Gabrielle Dalton. De leur rang se dégage un Vincent, de noir vêtu, coiffant casquette de débardeur, qui s’approche de Mireille, toute de blanc parée, rehaussant son corsage d’une flanelle parsemée de fleurs. Ourrias, l’éleveur de taureaux, porte velours noir et hampe d’hast, alors que Maître Ramon se singularise par son costume de riche métayer face à un Maître Ambroise qui se veut digne dans sa condition précaire de vannier. La pseudo sorcière Taven devient ici l’une de ces femmes roms de Camargue qui s’enveloppera d’une aura mystérieuse dans la scène du Val d’Enfer dont l’accès est obstrué par un entrelacs de branches gigantesques. Les lumières de François Thouret produisent un effet saisissant dans le tableau des abords du Rhône où apparaissent les Trèves voilées précédant la barque de ce Passeur aussi sinistre que le nocher des Enfers. Un simple portique évoque tant le Mas des Micocouliers dominé par un mannequin en paille de Saint Jean que l’entrée de l’Eglise des Saintes-Maries-de-la-Mer que réussira à atteindre une Mireille à demi morte. Sous un soleil aux dimensions impressionnantes, le désert de la Crau préfigure le dénouement où la malheureuse est attirée par cette aveuglante lumière de l’au-delà qui lui permettra de trouver le repos éternel. En résumé, du grand art dans cette mise en scène qui va à l’essentiel en bannissant tout pittoresque de pacotille.

Moments suspendus à l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg. 

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En ce début de mois d’octobre, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg et leur chef Aziz Shokhakimov nous ont proposé un concert tout en textures et douces couleurs. Consacrée aux toutes dernières années du 19ème siècle, cette soirée fut l’occasion d’entendre des œuvres de Claude Debussy, Richard Strauss et Gustav Mahler. 

Accompagnés par les dames du Chœur Philharmonique de Strasbourg et leur cheffe de chœur Catherine Bolzinger, les musiciens strasbourgeois nous ont tout d’abord interprété les Nocturnes de Claude Debussy. Composés entre 1897 et 1899, ils s’inspirent d’une série de tableaux du peintre anglais Whistler. Dès la première partie, Nuages, l’interprétation de l’orchestre frappe par sa précision, sa texture soyeuse et sa clarté. Chaque intervention nous emmène plus profondément dans ce tableau dépeint par le compositeur français. La harpe, mise à l’honneur dans tout le répertoire du soir, une fois n’est pas coutume, se fond dans le son de la flûte lors de leur duo envoûtant, tandis que le son sourd de l’orage mourant est parfaitement rendu par les timbales. La deuxième partie, Fêtes, continue sur cette lancée. Les couleurs de l'orchestre se déploient l’une après l’autre, sublimant chaque notes de cette pièce. Pour clôturer ce triptyque, nous avons pu entendre Sirènes, avec les dames du chœur strasbourgeois. Parfois légèrement trop en dehors du son de l’orchestre, les chanteuses ont ensuite entièrement fusionné avec les musiciens, leurs voix se mêlant aux instruments et créant un univers chimérique captivant. 

Une tragédie tranquillisée

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Voilà un titre dont il convient d’expliciter le paradoxe à propos du Roméo et Juliette de Charles Gounod actuellement représenté à La Monnaie.

Tragédie il y a, celle de ces deux jeunes gens dont on ne cesse de reprendre ou de décliner la terrible histoire. Leurs familles se haïssent, ils s’aiment, ils en mourront. Avec évidemment quelques-unes de ces péripéties et de ces coups du sort nécessaires au drame. Roméo tue Tybalt qui a tué son ami Mercutio ; il croit Juliette morte et se tue ; elle le rejoint dans la mort. C’est évidemment Shakespeare qui a porté la tragédie en son plus haut degré d’incandescence. Quelle exacerbation des passions, quelle poésie des dialogues amoureux, quelle fatalité exaltée !

Cette terrible tragédie, Charles Gounod l’a reprise, mais il l’a, pour moi, tranquillisée, il en a fait un ravissant objet musical. Ah ! comme elle est belle cette musique, comme ils sont beaux ces airs, comme il chante l’orchestre dans les délicatesses de l’orchestration. Mais manquent l’âpreté, l’urgence, la violence. On est séduits, on n’est pas interpellés, on n’est pas bouleversés.

Cette partition, Valentina Peleggi l’a servie au mieux, et – je pouvais la voir diriger - de façon très concentrée, très sérieuse, sans grandes démonstrations, à l’image de la représentation.

Cette terrible tragédie, Julia Burbach l’a, elle aussi, tranquillisée, dans sa mise en scène. Contrairement à ce que nous vivons plus que régulièrement à La Monnaie, rien dans cette mise en scène ne vient nous surprendre, nous interloquer, nous choquer, nous laisser perplexes. Non, dans un grand décor abstrait de Cécile Trémolières (un monticule blanc et des espèces de colonnes et portiques transparents qui descendent des cintres – mais pourquoi le plan d’eau ?), Julia Burbach fait se succéder des tableaux animés ou en arrêts sur image. C’est très beau, d’autant plus que les costumes (eux aussi de Cécile Trémolières) sont magnifiques. Mais cela reste très statique. Avec ce moment de grâce d’une Juliette suspendue dans les airs lors de la fameuse « scène du balcon ».

Riccardo Chailly dans des "Roméo et Juliette" plus maîtrisés qu’émouvants, avec l’Orchestre de Paris

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Pour son retour à la tête de l’Orchestre de Paris, qu’il n’avait plus dirigé depuis 2020, Riccardo Chailly avait choisi un programme, présenté chronologiquement, inspiré par le drame de Shakespeare Roméo et Juliette, soit dans la lettre, explicitement (Tchaïkovski et Prokofiev) ou implicitement (Bernstein), soit dans l’esprit (Barber).

Pour commencer, l’Ouverture-fantaisie de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Composée principalement en 1869, c’est la première des œuvres inspirées par des pièces de Shakespeare au compositeur, qui y reviendra plusieurs fois, En effet, les deux artistes, malgré les trois siècles qui les séparent, partagent de nombreuses préoccupations, parmi lesquelles les destins contrariés et les amours impossibles tels qu’on les trouve dans Roméo et Juliette.

Dans la première partie, introductive, Riccardo Chailly cherche à dégager des atmosphères davantage qu’à exprimer des émotions. Quant à la partie principale, elle frappe par sa belle énergie conquérante. L’équilibre de l’Orchestre de Paris est meilleur que celui de la Scala, l’année dernière, dans la même salle et avec le même chef : les cordes sont puissantes, les bois incisifs, les cuivres disciplinés et les percussions contenues. Dans cette vision outrageusement romantique qu’avait ce compositeur de cette pièce, l’interprète n’en rajoute pas dans la séduction, mais fait preuve de raffinement. La fin tragique est écrasante.