Opera Rara ressuscite l'ultime Rondine, la plus tragique

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Giacomo Puccini (1858-1924) : La rondine, version finale de 1921 (édition d'exécution de Ditlev Rindom, orchestration reconstituée par Martin Fitzpatrick). Ermonela Jaho (Magda de Civry), Iván Ayón-Rivas (Ruggero Lastouc), Nicola Alaimo (Rambaldo Fernandez), Ellie Neate (Lisette), Juan Francisco Gatell (Prunier), Jessica Robinson, Julieth Lozano Rolong, Joanna Harries, Robert Lewis, David Shipley, William Thomas. BBC Singers ; BBC Symphony Orchestra, direction Carlo Rizzi. 2025. Notice en anglais. 2 CD Opera Rara ORC 66

Hymne à un joyeux anniversaire pour Jean-Claude Casadesus

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L'Orchestre national de Lille retrouvait pour la deuxième fois cet automne Jean-Claude Casadesus dans l'auditorium du Nouveau Siècle, fraîchement rouvert à l'issue de 18 mois de travaux.

Après une pièce de la compositrice Graciane Finzi suivie d’un long changement de plateau, l’orchestre put donner la mesure du talent mélodique de ses pupitres de bois et celle de sa qualité d’écoute harmonique dans le Concerto pour piano de Grieg. Placé à l’occasion du cinquantenaire de la formation sous la baguette de son chef fondateur Jean-Claude Casadesus, éternel jeune homme de 90 ans à l’énergie non feinte, l’orchestre fit des merveilles dans cette partition si célèbre. Une remarquable densité des cordes dans l'Allegro molto moderato initial, des couleurs chambristes parfaitement fondues et de beaux appuis des cuivres dans l'Adagio et une grande vigueur rythmique dans l'Allegro moderato molto e marcato offrirent l’accompagnement idéal à Nikola Meeuwsen.

Jeune pianiste néerlandais de 24 ans, Premier Prix du Concours Reine Élisabeth en 2025, il sut conquérir le public par un jeu simple, clair, ample et d’une grande robustesse. Dosant la puissance à propos, il garda une impressionnante marge d’expansion pour la vaste cadence qui conclut le Ier mouvement, dans laquelle il atteint un impressionnant niveau de projection et de puissance narrative. Ce côté crystal clear allié à une riche expressivité se retrouva aussi bien dans la douceur des phrases du mouvement lent que dans l'exultation du finale, confirmant les impressionnants  moyens de l’interprète et sa vision très transparente et architecturale de l’œuvre.

« Canta in Cumpagnia » : Une rencontre spirituelle humanisée entre tradition populaire et musique savante

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Canta in Cumpagnia : Traditionnels et pages de Landini (1335-1397), Philippe Verdelot (1480-1530), Jacopo da Bologna (1290-1360), Orlando di Lasso (1532-1594), Adriano Banchieri (1568-1634), Nando Acquaviva (1939-2025), Francisco Soto de Langa (1534-1619), Gherardello da Firenze (1320-1362), Jacques Arcadelt (1507-1568), Jean-Étienne Langianni (1959), Michele Paoli (1966), Anonymes ; Camerata Figarella – Textes de présentation en français et anglais – 64'08 – Carpe Diem Records

Hommage à Herbert Blomstedt (1927-2026)

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Le chef d’orchestre Herbert Blomstedt s’est éteint le 4 novembre 2026 à son domicile de Göteborg, entouré des siens, à l’âge de 99 ans. Avec lui disparaît l’un des derniers tenants d’une direction fondée sur l’effacement devant la partition — et une carrière dont la singularité tient à son couronnement tardif.

La destinée de Blomstedt aura été celle d’une reconnaissance venue sur le tard. Chef solidement installé dès les années 1950, titulaire des plus belles maisons scandinaves et allemandes, il n’accède pourtant au rang de figure vénérée, sollicitée par les premiers orchestres de la planète, que passé quatre-vingts ans. C’est au grand âge — quand la plupart de ses confrères ont depuis longtemps quitté le podium — qu’il a connu sa plus belle partie de carrière, invité fidèle et attendu du Philharmonique de Berlin, du Philharmonique de Vienne ou de l’Orchestre de Paris, où chacune de ses apparitions prenait l’allure d’un événement.

Né en 1927 dans le Massachusetts de parents suédois, revenu enfant en Suède, il bâtit d’abord sa réputation dans le Nord : Orchestre symphonique de Norrköping, Orchestre philharmonique d’Oslo (1962-1968), Radio danoise, Radio suédoise. Sa nomination à la tête de la Staatskapelle de Dresde (1975-1985), en pleine RDA, marque un tournant : il y affine une discipline sonore et une science de l’équilibre orchestral qui resteront sa signature. Suivent la direction musicale du San Francisco Symphony (1985-1995), un bref passage à la NDR de Hambourg (1996-1998), puis le poste de Gewandhauskapellmeister à Leipzig (1998-2005). Autant de maisons dont il demeurera le chef honoraire et l’hôte régulier sans pedre de vue ses liens étroites avec l'Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam ou les Berliner Philharmoniker.

Son répertoire fut d’une ampleur considérable, du baroque au XXe siècle. Interprète de premier ordre d’Arthur Honegger, il abordait avec la même autorité les pages les plus rares — on se souvient d’une Troisième Symphonie « Liturgique » couplée à la Troisième de Brahms au fil d’un même programme. Avec les années, il l’a resserré autour d’un socle : Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Bruckner surtout — dont il fut l’un des grands interprètes de sa génération — sans renoncer à quelques sommets mahlériens, telle cette Neuvième Symphonie qu’il dirigeait encore au printemps 2026, à l’orée de sa centième année.

On lui doit aussi d’avoir oeuvre comme peu de chefs pour la reconnaissance internationale Carl Nielsen. Deux intégrales symphoniques en témoignent : la première à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radio danoise (Warner), la seconde avec le San Francisco Symphony, magnifiée par une prise de son Decca qui fit date et contribua, autant que la direction, à la diffusion internationale du compositeur danois. Parmi les sommets d’une discographie considérable, on retiendra ses intégrales Beethoven et Schubert avec la Staatskapelle de Dresde (Eterna / Edel), Sibelius et Nielsen (Decca) avec le San Francisco Symphony, Brahms (Pentatone) et Bruckner (Accentus) avec le Gewandhaus de Leipzig.

A Genève, un duo hors normes, Sir Andras Schiff et Evgeny Kissin

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Pour ouvrir sa prestigieuse saison ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence de concerts Caecilia fait appel à deux pianistes de renom, Sir Andras Schiff et Evgeny Kissin, pour un récital à deux pianos et à quatre mains. Selon les dires du pianiste russe, les deux artistes se sont souvent croisés à Verbier et ailleurs, avant de jouer ensemble. En 2022, ils avaient pris part à l’exécution de la Sonate pour deux pianos et huit mains de Bedrich Smetana. Puis, à Andras Schiff, est venue l’idée de monter un programme où les œuvres choisies sont fixées d’un commun accord. Présenté une première fois à Genève puis dans divers festivals, dont celui de Verbier le 28 juillet dernier, ce programme vient d’être affiché au Victoria Hall de Genève le 28 octobre, devant une salle archi-comble où l’on s’est arraché jusqu’au dernier strapontin.

Côte à côte, trônent les deux Steinway. Pour la Sonate pour deux pianos en ré majeur K.448 de Mozart, achevée en 1781 et créée par le compositeur lui-même et son élève, Josepha Barbara von Auernhammer, Evgeny Kissin tient le premier piano, imposant une impétuosité brillante à l’Allegro con spirito, qu’Andras Schiff contrebalance par une sonorité feutrée qui se chargera de nostalgie dans un Andante irisé par la liquidité du trillo. Puis l’Allegro molto prendra un tour facétieux par l’échange de traits pimpants préfigurant les réparties de Ferrando et Guglielmo dans Così fan tutte.

Les rôles s’échangent ensuite pour une première page de Robert Schumann, l’Andante et Variations en si bémol majeur op.43 datant de 1843. Du second clavier, Evgeny Kissin imprègne le motif initial d’une mélancolie désabusée qu’Andras Schiff rendra éloquente par un subtil rubato implantant un lyrisme rasséréné. Un Più animato aux inflexions héroïques est rapidement neutralisé par une ornementation volubile se répandant tour à tour de chacun des pianos.

La seconde page de Schumann, Bilder aus Osten, composée en 1848 d’après les Magâmât du poète arabe Muhammad al-Qasim ibn Ali al-Hariri (1054-1122), a une tout autre saveur par ses audaces harmoniques suggérant l’orientalisme. Aux élans échevelés de la passion, Evgeny Kissin confère un caractère cinglant par un son anguleux qu’atténuera Andras Schiff par un chant éperdu prônant la nostalgie, sans parvenir à équilibrer les contrastes dans une conclusion en points de suspension interrogatifs.

Festival de Pâques 2027 d'Aix-en-Provence : l’excellence tout azimut

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Le Festival de Pâques est une des premières institutions à annoncer son programme. Il reste cette année fidèle à sa tradition puisque son programme vient d'être publié et que la location est déjà ouverte.

On connaît maintenant fort bien son organisation, avec quelques repères fondamentaux : une Passion de Bach le Vendredi saint, un programme ouvert à la fois sur les musiques anciennes, symphoniques et chambristes, une ouverture aux jeunes et une implantation sociale majeure dans la région (nous y reviendrons au moment du festival). Autant de constantes que l'on retrouvera du 20 mars au 4 avril 2027.

Des anniversaires prestigieux (Beethoven et Glass)

Beethoven sera sans nul doute le point de rencontre privilégié de toutes les institutions soucieuses de commémorer le 200e anniversaire de sa mort. À Aix-en-Provence, l'hommage prendra des formes très variées :

  • le prestige tout d'abord, avec un Triple Concerto animé par Martha Argerich et les frères Capuçon avec l'Orchestre de Paris et Klaus Mäkelä (27.3) : un événement qui fera partie des dix rendez-vous européens de prestige d'Arte ;
  • les incontournables : la 9e symphonie, bien sûr, confiée à Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion (21.3), et les Trios avec piano à surnom (Gassenhauer, Les Esprits et L'Archiduc) par le Trio Wanderer (25.3) ;
  • l'ouverture aux jeunes, avec une intégrale des dix sonates pour piano et violon qui réunira autour de Renaud Capuçon neuf jeunes violonistes, dont la plupart se sont produits au fil des années dans Génération@Aix (29.3 à 15h et 19h) ;
  • et Beethoven réapparaîtra au détour d'autres manifestations, comme les récitals d'Hélène Grimaud (32e sonate, le 22.3) et d'Edgar Moreau et David Kadouch (Sonate pour violoncelle et piano n° 3, le 23.3).

Mais Aix fête aussi les anniversaires dans leur actualité, avec cette année les 90 ans de Philip Glass :

  • intégrale des 20 Études avec Célia Oneto Bensaid et Vanessa Wagner (le 30.3) ;
  • Quatuor à cordes n° 2 Company par le quatuor à cordes de la Philharmonie de Munich (3.4) ;
  • Concerto pour violon avec Renaud Capuçon et le même orchestre sous la direction de Lahav Shani (le 4.4).

Les grandes œuvres chorales

Outre la 9e de Beethoven déjà signalée, l'événement viendra de la Passion selon saint Matthieu, confiée cette année à Theodor Currentzis et ses ensembles Utopia, et du programme Consolations où Simon-Pierre Bestion et sa Tempête nous invitent à une réflexion sur le deuil qui va de Praetorius, Schütz, Buxtehude et Bach jusqu'à Mendelssohn et au Ein deutsches Requiem de Brahms. Deux propositions qui promettent de sortir des sentiers battus.

Les concerts symphoniques

Renaud Capuçon est omniprésent : à la baguette pour le concert d'ouverture de l'Orchestre de chambre de Lausanne (Mozart, Mendelssohn), en soliste avec l'Orchestre de Paris pour le Triple de Beethoven et avec le Philharmonique de Munich pour Glass.

Outre des animations dans divers endroits de la ville, ce dernier ensemble se produira sous la direction de son chef dans la 4e de Mahler (1.4) et la 4e de Bruckner (4.4), donnera des programmes d'orchestre de chambre (les Quatre Saisons de Vivaldi) et minimaliste (3.4).

En découverte, Christoph Koncz, ancien chef d'attaque des seconds violons des Wiener Philharmoniker, désormais à la tête de l'Orchestre symphonique de Mulhouse (24.3), avec en soliste Iris Scialom, une ancienne de Génération@Aix, dans le concerto de Mendelssohn.

Répertoire anglais pour orchestre à cordes avec John Wilson

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Benjamin Britten (1913-1976) : Sérénade pour ténor, cor et cordes, op. 31. Eugene Goossens (1893-1962) : By the Tarn, op. 15 n° 1. John Ireland (1879-1962) : Concertino pastorale. William Walton (1902-1983) : Sonate pour orchestre à cordes. Laurence Kilsby, ténor ; Christopher Parkes, cor ; Sinfonia of London, direction John Wilson. 2025-2026. Notice en anglais. 74'46''. Chandos CHSA 5392 (hybride SACD).