Rapport Alloncle : la fusion des orchestres de Radio France, éternel serpent de mer

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Le rapport de la commission d'enquête parlementaire française sur l'audiovisuel public, rendu public le 5 mai 2026, glisse parmi ses 70 recommandations un dossier que la Cour des comptes ressort à intervalles réguliers depuis près de quarante ans : la fusion de l'Orchestre National de France et de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Une mesure chiffrée à 13 millions d'euros d'économies, qui ravive un débat dont l'argument central — la similitude des programmations des deux phalanges — n'a, lui, jamais cessé d'être pertinent.

Une recommandation parmi 70

Six mois de travaux, plus de 550 pages, 70 recommandations : le rapport rédigé par le député UDR Charles Alloncle au nom de la commission d'enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public » a été publié sur le site de l'Assemblée nationale le mardi 5 mai 2026, après une adoption serrée le 27 avril. Le texte vise plus d'un milliard d'euros d'économies sur les quatre milliards alloués chaque année par l'État à France Télévisions, Radio France et France Médias Monde.

Au cœur d'un dispositif où s'enchaînent suppressions de chaînes (France 4, Mouv', France TV Slash) et fusions diverses (France 2 et France 5, Franceinfo et France 24, France 3 Régions et ICI), une recommandation concerne directement le monde musical : la recommandation n° 52 propose de « rationaliser les formations musicales de Radio France en fusionnant les deux orchestres », pour une économie estimée à 13 millions d'euros.

Un serpent de mer de quarante ans

L'idée n'a, en réalité, rien de neuf — et c'est peut-être ce qui en fait la singularité dans le rapport Alloncle. Depuis la création même de l'Orchestre Philharmonique de Radio France en 1976, par fusion de plusieurs ensembles plus modestes de la maison ronde, la question de la cohabitation des deux symphoniques est posée. Pourquoi deux orchestres permanents au sein d'un même groupe public ? La Cour des comptes a fait de cette interrogation un leitmotiv de ses rapports successifs sur Radio France, à un rythme presque décennal, en s'appuyant sur les exemples allemand (regroupements opérés par les Rundfunk) et néerlandais (réforme drastique du Muziekcentrum van de Omroep en 2013).

À chaque alerte, le même scénario : la direction de Radio France et la tutelle ministérielle opposent une fin de non-recevoir, arguant de la mission patrimoniale spécifique des deux ensembles et de la nécessité de maintenir un effectif global d'environ 300 musiciens sur les quatre formations maison (Orchestre National, Orchestre Philharmonique, Chœur, Maîtrise). Le dossier rentre dans les tiroirs. Et il en ressort, immanquablement, à la faveur de la commission d'enquête suivante, du contrôle suivant de la Cour, du plan d'économies suivant.

La constance de l'argument budgétaire trouve sa contrepartie dans la constance de la défense institutionnelle : un statu quo négocié, jamais véritablement justifié sur le fond, qui finit par ressembler à une rente de situation.

Dans un entretien à Classica consacré à la saison 2026-2027, Michel Orier, directeur de la musique et de la création culturelle de Radio France, indiquait du reste que la fusion « n'est plus à l'ordre du jour », tout en concédant qu'« avant, chaque formation, notamment les deux orchestres, était dans son couloir sans voir ce qui se passait à côté », et qu'il avait fallu mettre sur pied un comité de programmation pour y remédier. L'aveu est intéressant : il reconnaît implicitement la critique principale formulée par les rapports successifs.

Des programmations qui se croisent plus qu'elles ne se distinguent

C'est en effet sur ce point que le débat est le plus difficile à esquiver. Les deux orchestres partagent le même Auditorium de la Maison de la radio et de la Musique, jouent devant le même public, sont diffusés sur la même antenne — France Musique — et investissent un répertoire qui se recoupe largement.

Le grand symphonique romantique et postromantique, de Brahms à Mahler en passant par Bruckner, Tchaïkovski et Strauss, constitue le cœur de saison des deux phalanges. La musique française, qui devrait logiquement revenir à l'Orchestre National, est en réalité régulièrement programmée par l'un et par l'autre, sans répartition lisible. Les grandes pages russes du XXᵉ siècle, le répertoire d'Europe centrale, les œuvres concertantes du grand répertoire international : tout cela traverse indifféremment les deux saisons.

Encore faudrait-il, pour parler véritablement de défense du répertoire français, que les deux orchestres s'aventurent au-delà des quelques noms canoniques. Or la part française des saisons reste largement adossée aux mêmes valeurs sûres : Berlioz, Debussy, Ravel, ponctuellement Saint-Saëns, Fauré, Dutilleux. La grande part du XXᵉ siècle français — les figures que l'on dirait « patrimoniales » dans tout autre pays comparable — reste curieusement en marge des programmations de la maison ronde. Le récent disque Elsa Barraine publié par l'Orchestre National sous la direction de Cristian Măcelaru (Warner Classics, février 2026) en offre une illustration involontaire mais éloquente : présenté comme une redécouverte d'une compositrice française majeure du XXᵉ siècle — élève de Dukas, Prix de Rome 1929, résistante, ancienne chef de chant de l'Orchestre National de la Radio Française — il est arrivé en réalité quelques mois après la parution chez CPO, en juillet 2025, du disque d'Elena Schwarz à la tête du WDR Sinfonieorchester de Cologne, qui couplait les deux symphonies avec Pogromes et Musique funèbre. Comme l'a noté ResMusica avec une certaine sévérité, « il est dommage que les deux symphonies de Barraine paraissent tardivement avec l'Orchestre national de France, dont la vocation est précisément de faire connaître ce répertoire ». Un orchestre allemand, sous baguette suisse, sur étiquette allemande, devançant l'orchestre français sur la musique française : le symptôme parle de lui-même.

La distinction théorique — National pour le prestige international et la tradition, Philharmonique pour la création et le répertoire élargi — fonctionne dans les brochures, beaucoup moins dans le calendrier réel. Michel Orier annonce dans son entretien à Classica que le Philharmonique « reste très impliqué dans la création et va en assurer vingt-neuf premières » sur la saison 2026-2027, avec une part belle faite aux compositrices (Cassandra Miller, Édith Canat de Chizy, Gabriela Ortiz, Justė Janulytė, Diana Soh, Outi Tarkiainen, Unsuk Chin…) et la résidence du compositeur Philippe Manoury, qui présentera Anticipations sous la baguette de Markus Poschner. Mais le National n'est nullement absent du terrain de la création : dans le seul cadre du Festival Présences 2027, consacré à Arvo Pärt, il assure la création française d'Alter de Pascale Criton (soprano et orchestre) et la création mondiale du concerto pour violon d'Yves Chauris avec Renaud Capuçon. Cristian Măcelaru avait du reste déjà créé Manoury avec le National (États d'alerte, en 2022), et l'histoire de la phalange est jalonnée de créations majeures — du Soleil des eaux de Boulez aux Déserts de Varèse en passant par la création française de la Turangalîla de Messiaen. La distinction théorique ne tient donc pas davantage sur le terrain de la création que sur celui du grand symphonique.

Les solistes invités circulent eux-mêmes d'un orchestre à l'autre dans le cadre de « parcours » désormais conçus en commun, et les jeunes chefs invités illustrent bien cette logique de tests croisés. Le jeune chef allemand Thomas Guggeis dirige ainsi le National sur la fin de la saison 2025-2026 — un programme Mozart-Zemlinsky à l'Auditorium les 28 et 29 mai 2026, puis la Cinquième de Mahler au Festival Radio France Occitanie Montpellier le 18 juillet — avant de prendre la baguette du Philhar le 8 janvier 2027 à l'Auditorium. Soit la confirmation, par les faits, qu'il s'agit bel et bien de deux instruments largement interchangeables aux yeux du programmateur.

C'est précisément cette interchangeabilité, à effectif constant et à coût constant, qui rend la position de la maison ronde fragile dès lors qu'un parlementaire feuillette un budget.

Deux directeurs musicaux pour quels territoires ?

Le choix des deux directeurs musicaux désignés ne fait, à cet égard, qu'aiguiser la question. Jaap van Zweden a pris ses fonctions à la tête de l'Orchestre Philharmonique en 2025 ; Philippe Jordan succédera à Cristian Măcelaru au pupitre de l'Orchestre National à partir de la saison 2027-2028. Sans rien retirer aux qualités musicales de l'un et de l'autre — chefs aguerris, taillés pour les grands répertoires symphoniques, dotés d'une autorité incontestable sur leurs phalanges respectives — on peine à identifier précisément ce qui devrait fonder leur complémentarité au sein d'une même maison.

Les deux artistes partagent, dans les grandes lignes, un même cœur de répertoire : le grand symphonique austro-allemand, du romantisme au néo-romantisme. Beethoven, Brahms, Bruckner, Mahler, Strauss : c'est, peu ou prou, le terrain d'élection commun. Van Zweden, néerlandais formé au Concertgebouworkest d'Amsterdam, a fait toute sa carrière dans cet axe — d'Amsterdam à Hong Kong en passant par Dallas et le New York Philharmonic. Jordan, suisse de naissance mais de culture germanique, formé à Vienne et longtemps directeur musical de l'Opéra national de Paris puis du Wiener Staatsoper, en partage les fondamentaux par formation autant que par tempérament.

Mais la convergence va plus loin encore. Wagner, en particulier, constitue pour l'un comme pour l'autre un pilier de carrière, et même un véritable cœur d'identité musicale. Van Zweden a enregistré chez Naxos l'intégralité du Ring avec le Hong Kong Philharmonic — première intégrale wagnérienne d'un orchestre chinois, étalée sur quatre ans —, mais aussi Parsifal, Lohengrin, Die Meistersinger et Tristan und Isolde avec le Netherlands Radio Philharmonic. Son Parsifal lui a valu l'Edison Award 2012 du meilleur enregistrement d'opéra. Plus de cinq titres wagnériens à son catalogue : c'est une discographie de chef wagnérien à part entière. Jordan, de son côté, est l'un des grands wagnériens de sa génération — Ring mémorable à l'Opéra de Paris en 2010-2013, présence régulière à Vienne sur l'ensemble du corpus.

Confier à la même maison, dans le même Auditorium, deux wagnériens accomplis dont les répertoires de prédilection se superposent largement : la décision a sa cohérence sur le plan de l'excellence artistique individuelle, mais elle ne dessine aucun horizon de complémentarité institutionnelle. Le projet aurait pourtant pu épouser la logique d'une distinction explicite : confier à l'un le territoire français et latin (de Berlioz à Dutilleux, en passant par Debussy, Ravel, Roussel, Honegger), à l'autre le grand symphonique germanique ; ou bien dédier l'un à la création et au XXᵉ siècle radical, l'autre au cœur du répertoire. Tel n'a pas été le choix. Et c'est précisément cela que les rapports budgétaires successifs n'ont cessé de pointer.

Ce que font les autres capitales musicales

Il vaut la peine, à ce stade, de regarder ce que font les autres capitales musicales d'Europe — non pour singer leurs choix, mais pour mesurer où se situe précisément la spécificité parisienne.

À Londres, la BBC entretient bien deux orchestres permanents, mais leurs missions sont radicalement distinctes : le BBC Symphony Orchestra est l'orchestre symphonique « de plein exercice », pilier des Proms et acteur historique de la création contemporaine ; le BBC Concert Orchestra, lui, est dédié au répertoire léger, aux musiques de film, à la transcription, aux émissions de variétés musicales. Deux phalanges, deux territoires, deux publics, deux esthétiques.

À Munich, les deux orchestres de la radio bavaroise (Bayerischer Rundfunk) suivent la même logique de spécialisation : le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks est un grand orchestre symphonique de niveau international, là où le Münchner Rundfunkorchester se consacre à l'opérette, à l'opéra en concert et à un répertoire plus populaire. Là encore, la cohabitation a un sens parce qu'elle repose sur une partition assumée des missions.

À Berlin, la situation est plus proche de la configuration parisienne — et cela vaut la peine d'être relevé. Le Deutsches Symphonie-Orchester (DSO) et le Rundfunk-Sinfonieorchester (RSB) sont bien deux orchestres symphoniques à plein répertoire, regroupés depuis 1994, avec deux chœurs (Rundfunkchor Berlin et RIAS Kammerchor), au sein d'une même structure : la Rundfunk-Orchester und -Chöre gGmbH (ROC), financée conjointement par Deutschlandradio, l'État fédéral, le Land de Berlin et le Rundfunk Berlin-Brandenburg. Leur double existence trouve son origine dans la division de la ville (le RSB, fondé en 1923, était basé à Berlin-Est ; le DSO est issu du RIAS-Symphonie-Orchester créé en 1946 dans le secteur américain). Mais — et c'est le point qu'il faut souligner — la question de leur fusion s'est bel et bien posée à Berlin aussi : fin 2009, un projet de regroupement des deux orchestres pour la saison 2011-2012, avec Marek Janowski comme chef pressenti, a été élaboré avant d'être finalement abandonné. Berlin a donc connu son propre serpent de mer, et la solution actuelle relève moins d'une logique artistique parfaitement assumée que d'un compromis historico-politique.

Reste donc Paris dans une position particulière. Le cas londonien et le cas munichois montrent qu'une cohabitation de deux orchestres radio dans une même capitale, lorsqu'elle s'adosse à une vraie différenciation des missions, n'a rien d'absurde. Le cas berlinois, lui, montre que même là où la configuration ressemble le plus à celle de Paris, la question de la fusion a été ouvertement posée — et reste, latente, dans les arrière-cours du débat. Ce qui rend la situation française moins une anomalie absolue qu'une variante particulièrement difficile à justifier : ni mission distincte clairement assumée comme à Londres ou Munich, ni racine historique aussi forte qu'à Berlin. C'est dans cet entre-deux que le rapport Alloncle, dossier après dossier, vient frapper.

Deux orchestres, deux histoires — mais un même Auditorium

Rappelons brièvement le périmètre. L'Orchestre National de France, fondé en 1934 sous l'égide de la Radiodiffusion française, est le plus ancien orchestre symphonique permanent du pays. Cristian Măcelaru en est directeur musical depuis 2020 ; il quittera ses fonctions à l'issue de la saison 2026-2027.

L'Orchestre Philharmonique de Radio France est plus récent : il naît en 1976, dans le sillage de la création de Radio France et de la réorganisation des formations héritées de l'ORTF.

Deux orchestres, deux directions musicales, deux administrations, deux délégations générales — pour une seule salle, un seul public d'abonnés et une seule grille de France Musique. C'est l'équation qui, depuis quarante ans, fait revenir le serpent de mer à la surface.

Une mesure isolée d'un rapport contesté

La recommandation n° 52 n'a pas été commentée en tant que telle par le ministère de la Culture ni par la direction de Radio France au moment de la publication du rapport. Le gouvernement a, sur le plan général, pris ses distances : le Premier ministre Sébastien Lecornu a parlé d'« occasion manquée », plaidant pour des réformes « sans démantèlement ni immobilisme ». La présidente de France Télévisions Delphine Ernotte a dénoncé un texte « à charge ». Le président de la commission d'enquête lui-même, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus, a joint au rapport un avant-propos très critique assorti de quarante contre-propositions — fait rarissime dans l'histoire parlementaire française.

Le sort législatif de l'ensemble est donc, à ce stade, des plus incertains. Mais la recommandation n° 52 a déjà fait son travail : elle a remis sur la table un dossier que la maison ronde espérait chaque fois enterrer un peu plus profondément. À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, les arbitrages budgétaires sur l'audiovisuel public seront scrutés ligne à ligne, et les formations musicales — moins défendues médiatiquement que les chaînes de télévision — sont une cible classique des coupes.

Que retenir, pour le mélomane ?

Le débat ne se résume pas à un face-à-face entre comptables et défenseurs du patrimoine. Mais il faut bien reconnaître que la maison ronde n'a, en quarante ans, jamais véritablement répondu à la question de fond : qu'est-ce qui distingue, artistiquement, l'Orchestre National de l'Orchestre Philharmonique au point de justifier leur cohabitation à coût plein ? Une identité sonore propre ? Une école d'interprétation ? Un répertoire d'élection clairement assumé ?

Tant que cette réponse ne sera pas formulée — autrement que par la défense d'un effectif global et la mise en avant d'un comité de programmation —, le serpent de mer ressurgira. Le rapport Alloncle, quels que soient ses biais et son sort législatif, aura au moins ce mérite : rappeler que le statu quo n'est pas, à lui seul, un projet artistique.


Pierre-Jean Tribot

La Calisto par Jetske Mijnssen : la Raison aux prises avec le Baroque

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Jupiter emprunte l’apparence de la déesse Diane afin de séduire une chaste nymphe de sa suite, Calisto. Junon se venge en transformant sa rivale en ourse, poursuivie par les Furies jusqu’aux Enfers. Pris de pitié, Jupiter déifie la nymphe sous la forme de la constellation de la Grande Ourse. Giovanni Faustini s’inspire de cet épisode des Métamorphoses d’Ovide pour fournir le livret d’un nouvel opéra à son ami vénitien Francesco Cavalli, dont le catalogue comptera plus de trente-sept ouvrages.

Dans le sillage de Claudio Monteverdi, Cavalli compte parmi les principaux fondateurs de l’opéra baroque. L’influence décisive qu’il exerça sur la naissance de la tragédie lyrique française est beaucoup moins connue. En effet, Jules Mazarin, passionné d’opéra italien, fit venir à la cour du jeune Louis XIV nombre d’artistes transalpins de haut vol, dont Rossi et Cavalli. Le nozze di Teti e di Peleo, puis Ercole amante, y furent représentés lors du mariage du souverain. Le tout jeune Jean-Baptiste Lully, sollicité pour compléter les ballets, sut s’en souvenir au moment d’acclimater le bel canto au goût français. Ainsi, nombre de scènes et de situations — sommeils, lamentos, ensembles masculins des Furies — seront réinventées par son génie.

À travers les quatre siècles qui se sont écoulés depuis sa création mouvementée, La Calisto a laissé une trace moins marquante que d’autres chefs-d’œuvre du Vénitien, tels Giasone, Ormindo ou Pompeo Magno. Toutefois, depuis sa reprise au Glyndebourne Festival Opera en 1970, elle connaît une nouvelle faveur. La présente mise en scène a été confiée à la Néerlandaise Jetske Mijnssen, secondée par la scénographe Julia Katharina Berndt et la dramaturge Kathrin Brunner ; elle fut inaugurée lors du Festival d’Aix-en-Provence 2025. Bien accueillie, à quelques réserves près, la reprise au Théâtre des Champs-Élysées réjouit manifestement à son tour le public parisien.

Bang on a Can All-Stars play Ryuichi Sakamoto

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La retrouvaille au bistrot-d’en-face d’amis musiciens (la conversation porte, bien sûr, sur les projets, les envies, les idées en matière de musique) précède la redécouverte, à Bozar, de la Salle M, en rénovation pendant près d’un an, à l’acoustique ou la technique améliorées, de même qu’à la remise en valeur d’éléments structurels conçus à l’origine par Victor Horta : ça ne va pas jusqu’à sentir le neuf, mais le lieu a pris un coup de jeune, frais et bienvenu dans une époque à la subvention culturelle morose.

L’ensemble amplifié Bang on a Can All-Stars est une spin-off de l’organisation, (quasi) éponyme et new-yorkaise, fondée en 1987 par un trio de directeurs artistiques (Julia Wolfe, David Lang et Michael Gordon), centrée sur la création de nouvelles œuvres et connue pour ses concerts marathon ; l’ensemble naît en 1992, mélange allégrement les sources musicales (le classique côtoie chez eux l’expérimental, l’ambient, la world, le rock, le jazz) et collabore notamment avec Terry Riley ou Steve Reich, Louis Andriessen ou Ornette Coleman – mais pas Ryuichi Sakamoto (1952-2023).

Le programme consacré à l’artiste japonais s’inscrit dans cette largesse d’ouverture : très tôt inspiré, devant son piano, tant par Debussy et la musique impressionniste que par le rock des Beatles ou des Rolling Stones, il étudie à la fois la composition et les musiques électronique et ethnique – l'ethnomusicologie le mène aux sons africains et indiens, en plus de ceux de l’île Okinawa (lui-même est originaire de Tokyo), l’électricité aux synthétiseurs (Buchla, Moog, ARP). Il fusionne musique électronique et musique japonaise traditionnelle ou minimaliste, en même temps qu’il fonde le trio synth-pop Yellow Magic Orchestra, équivalent japonais du Kraftwerk allemand, avec lequel il connaît une première reconnaissance, nationale et internationale et qu’il travaille, peu après, des compositions dansantes parsemées de dub et d’afrobeat. L’écriture de la musique du film Furyo (de Nagisa Oshima), sur le plateau (il y tient également un rôle) duquel il rencontre David Bowie succède à une collaboration avec David Sylvian (du groupe Japan) et introduit Sakamoto dans le monde des bandes originales (Le dernier Empereur ou Un thé au Sahara de Bernardo Bertolucci), ce qui ne l’empêche pas d’explorer les genres, du rap et de la house à la bossa nova, avant de, en 1996, sur un album qui porte, nu, le nom du millésime, de reprendre certains morceaux de son répertoire (des musiques de films de différentes étapes de son parcours, mais pas que) dont il réduit la palette à trois instruments, exclusivement acoustiques : piano, violon et violoncelle – douze morceaux qui font l’objet du programme de Bang on a Can All-Stars, que le clarinettiste Ken Thomson arrange en y ajoutant contrebasse, guitare électrique, percussions et, bien sûr, clarinette, revenant parfois aux compositions originales ou à des versions préexistantes.

Yutaka Sado et Javier Perianes avec l'OPMC

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L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo invitait le chef d’orchestre japonais Yutaka Sado et le pianiste espagnol Javier Perianes. L’Auditorium Rainier III affichait presque complet pour ce concert symphonique qui réunissait le dynamisme et l’art du chef japonais à la sensibilité poétique du pianiste espagnol.

Le programme proposait des œuvres particulièrement appréciées du grand public. Il s’ouvrait avec L’Apprenti sorcier de Paul Dukas. Sado débute prudemment, soignant le ciselé instrumental — les flûtes notamment. Il sait ménager les surprises et faire monter progressivement la tension. On perçoit pleinement l’esprit du poème symphonique de Dukas : sa drôlerie, sa tendresse, mais aussi son inquiétude lorsque la machine se dérègle et s’emballe. La pulsation ne se relâche jamais, variant et relançant constamment les épisodes : timbales claquantes, moments d’effusion, basson goguenard, tempêtes de cordes… C’est drôle, coloré, imagé, d’une maîtrise instrumentale et d’une puissance d’évocation étourdissantes.

Javier Perianes arrive sur scène avec une énergie presque pugilistique et se précipite vers le piano. Une fois installé au clavier, Perianes joue avec affection, sensibilité, plaisir et une virtuosité toujours au service du Concerto d'Edvard Grieg, qu’il interprète avec fraîcheur et une éloquence profonde et authentique.

Yutaka Sado est reconnu pour son style de direction énergique et sa vision musicale claire, façonnant les œuvres avec précision et une grande maîtrise. Javier Perianes, de son côté, séduit par son toucher raffiné, son phrasé lyrique et sa profonde intelligence interprétative. Ensemble, ils proposent un voyage musical captivant et raffiné, jouant sans cesse sur le contraste entre grandeur orchestrale et intimité poétique.

L’Elixir d’amour à Vienne

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Ce 7 mai dernier, l’Opéra de Vienne reprenait sa production de L’Elisir d’amore de Donizetti dans la mise en scène d’Otto Schenk, cette fois avec le chef d’orchestre italien Gianluca Capuano.

Cette production en est à sa 283ème reprise. Elle est donc loin d’être neuve. Sent-elle le formol avec ses couleurs pastelles, et son village italien de carte postale où pas un grain de paille et de poussière, pas une éraflure sur les costumes et pas un muscle ne montre ni l’usure, ni le côté surnaturel sous-jacent à cet opéra d’apparence si simple ? Si formol il y a, il est peut-être justement dans cette aseptisation visuelle voulue par le décorateur et costumier allemand Jürgen Rose… Chacun en jugera…

Pour vivifier cette mise en scène, le metteur en scène autrichien fait fondre dans le jeu d’acteur le naturel et le caricatural, donnant des résultats plus qu’appréciables. L’Adina de la soprano sud-africaine Pretty Yende, comme la Giannetta de la soprano serbe Ana Garotić, est ici spontanée et sans chichis, en un mot d’une fraîcheur du meilleur aloi. Le Nemorino du ténor américain Michael Spyres allie parfaitement un jeu naturel avec sa *vis comica*, pour donner un paysan maladroit de naïveté.

Le comique, toujours difficile à manier pour éviter de tomber dans le trop caricaturalement bête et vulgaire, est ici très bien utilisé aussi par le baryton italien Ambrogio Maestri, qui campe un Dulcamara pas bien méchant. Par contre le Belcore du baryton autrichien Clemens Unterreiner, forçant aussi bien son jeu que dans son incarnation vocale, y parvient moins bien, et donc ressort un peu trop inconfortablement du plateau vocal.

Exaltation verdienne : Nabucco de Giuseppe Verdi au Grand Théâtre de Luxembourg

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Des réactions exaltées pour une proposition d’intense exaltation verdienne ! C’est en effet avec enthousiasme que le public luxembourgeois a salué, au Grand Théâtre, la représentation du Nabucco de Verdi. Une production déjà passée par Séville, Genève et Anvers.

Avant tout, il y a, bien sûr, la partition de Verdi, la façon dont elle exalte les péripéties et retournements de situations du livret de Temistocle Solera. Une œuvre conçue pourtant dans un contexte si difficile pour le maestro. Familialement avec les morts successives de sa fille en 1838, de son fils en 1839 et de sa femme en 1840. Lyriquement avec l’échec retentissant de son deuxième opéra, Un Giorno di regno, en septembre 1840.

Verdi a raconté comment la découverte du livret l’avait littéralement happé et comment il n’avait eu de cesse de le concrétiser musicalement. La création en mars 1842 à La Scala de Milan est un triomphe.

Un triomphe pour cette histoire d’Hébreux captifs de Nabuchodonosor, roi de Babylone, un roi qui défie leur dieu, qui en sera puni, mais qui connaîtra la rédemption ; pour cette histoire d’ambitions terribles, celles d’Abigaille qui découvre qu’enfant d’esclaves, elle n’est pas la fille de Nabucco, et veut s’emparer du pouvoir ; pour cette histoire de rivalité amoureuse pour un ennemi, qui oppose Abigaille à sa « sœur » Fenena. Une histoire de sentiments exacerbés pour laquelle Verdi a composé une partition qui en multiplie l’intensité. Quels airs ! Des airs que la distribution réunie à Luxembourg a exaltés à son tour. La prétention, les provocations, la punition, la déréliction, le repentir, la conversion du Nabucco de Juan Jesus Rodriguez. La présence vocale et scénique si imposante du Zaccaria de Vittorio de Campo ; la fragilité bousculée de la Fenena de Lotte Verstaen ; les élans amoureux de l’Ismaele de Matteo Roma, et tout particulièrement les déferlements de l’Abigaille d’Ewa Vesin, aussi convaincante dans ses fureurs que dans son dernier chant d’adieu. Carmen Buendia-Anna, Hugo Kampschreur-Abdallo et Nika Guliashvili- Il Gran Sacerdote sont leurs justes comparses.

Mais une mention plus que particulière doit être faite du remarquable Choeur de l’Opera Ballet Vlaanderen, si bien préparé par Jan Schweiger, si déterminant dans cette œuvre qui lui fait la part si belle. Une puissance qui s’impose tout en restant nuancée.

Intégrale du Chansonnier de Louvain par l’Ensemble Sollazzo : magistral et déjà historique

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Leuven Chansonnier. Œuvres de Johannes Ockeghem (c1410-1497), Antoine Busnoys (c1430-1492), Gilles Binchois (c1400-1460), Firmin Caron (fl c1460-1475), Barbingant (fl c1445-1460), Robert Morton (c1430-1479), Walter Frye ( ?-c1475) etc & anonymes. Sollazzo Ensemble. Carine Tinney, Marie Théoleyre, Yukie Sato, Perrine Devillers, soprano. Andrew Hallock, contre-ténor. Jonatan Alvarado, Lior Leibovici, Vivien Simon, ténor. Johanna Bartz, traverso. Adrien Reboisson, chalémie, douçaine. Patrick Denecker, chalémie. Rémi Lécorché, sacqueboute. Sophia Danilevskaia, vielle. Filipa Meneses, Anna Danilevskaia, vihuela de arco. Franziska Fleischanderl, psalterio. Floris De Rycker, guiterne, luth. Lukas Henning, Jan Van Outryve, Christoph Sommer, luth. Livret en anglais, français, néerlandais ; paroles en langue originale, traduction en anglais et néerlandais. Janvier 2019 – juillet 2023 (rééd.). Digipack trois CDs 71’06’’ + 72’20’’ + 73’46’’. Passacaille 1150

Guide des Festivals 2026 : Crescendo Magazine présente sa sélection et ses 12 Coups de Cœur

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Avec le Guide des Festivals 2026, Crescendo Magazine lance un véritable compagnon de saison interactif. Carte interactive, filtres croisés, histogramme mensuel, badges thématiques et fiches éditoriales enrichies : un outil pensé pour les mélomanes et les professionnels, couronné par les 12 Coups de Cœur de la rédaction.

Un nouveau panorama des festivals classiques européens

L'été classique européen est devenu un continent à lui seul. Des grandes capitales lyriques aux abbayes médiévales, des manifestations centenaires aux jeunes festivals défricheurs, l'offre s'est multipliée au point de désorienter les plus passionnés. Avec le Guide des Festivals 2026, accessible à l'adresse festivals.crescendo-magazine.be, nous proposons un véritable outil éditorial — bien plus qu'un annuaire, un compagnon de saison interactif, vivant, mis à jour en continu.

Une carte interactive pour explorer l'Europe musicale

Au cœur du dispositif : une carte interactive Leaflet qui géolocalise précisément chaque festival sur le territoire européen. D'un simple regard, on perçoit la géographie réelle d'une saison — concentrations urbaines, pôles régionaux, foyers de tradition. Le mode plein écran transforme cette consultation en expérience immersive, idéale pour préparer un voyage musical ou simplement rêver à la prochaine échappée.

Filtres croisés et histogramme mensuel

Les filtres croisés permettent de naviguer selon plusieurs entrées : pays, genre musical, mois de programmation, recherche libre par nom de festival, lieu ou artiste. L'amateur de musique baroque ne consulte pas un guide comme l'amateur de création contemporaine ou de grand répertoire symphonique : à chacun son chemin de traverse.

Innovation particulièrement utile, l'histogramme mensuel offre une visualisation graphique de la densité festivalière. Pics de juillet, périodes creuses du début de saison, chevauchements fatals pour les programmateurs et critiques : tout se lit d'un coup d'œil. Les festivals eux-mêmes y trouveront un outil de positionnement précieux.

Des badges thématiques pour une lecture instantanée

Les badges thématiques automatiques — Musique ancienne, Création contemporaine, Plein air, Voix, Festival historique, et bien d'autres — caractérisent chaque manifestation et permettent une lecture instantanée de son identité.

Des fiches éditoriales

Un outil n'est rien sans la parole. Chaque festival fait l'objet d'une fiche éditoriale enrichie. L'identité graphique a été soignée à proportion : palette or et ivoire, typographies Cormorant Garamond et Josefin Sans, dans la ligne éditoriale du magazine.

Les 12 Coups de Cœur Crescendo 2026

Au sein de cette sélection, la rédaction a souhaité distinguer douze festivals qui, par leur programmation, leur audace artistique, leur enracinement ou leur capacité à renouveler leur formule, retiennent particulièrement notre attention pour 2026. Ces Coups de Cœur sont signalés par un sticker dédié — que les festivals lauréats sont invités à reprendre librement sur leurs supports de communication.

Horst Stein, le Kapellmeister retrouvé

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concertos pour piano n° 1 à 5. ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n° 2 et n° 6 ; Luigi Cherubini (1760-1842) : Requiem en ut mineur ; Alexandre Glazounov (1865-1936) : Concerto pour violon op. 82 ; Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour violon n° 1 op. 19 ; Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n° 2 op. 43, Suite Lemminkäinen op. 22, Pelléas et Mélisande op. 46, La Tempête op. 109, Finlandia op. 26, Night Ride and Sunrise op. 55, La Fille de Pohjola op. 49, En Saga op. 9 ; Richard Wagner (1813-1883) : Ouvertures et Préludes ; Carl Maria von Weber (1786-1826) : Ouvertures, L'Invitation à la valse op. 65, Symphonie n° 1 ; Hugo Wolf (1860-1903) : Penthesilea, Der Corregidor (extraits). Airs d'opéra. Friedrich Gulda, piano ; Josef Sivó, violon ; Hilde Gueden, soprano ; Kim Borg, basse ; Wiener Philharmoniker, Orchestre de la Suisse romande, direction : Horst Stein. 1969-1981. Notice en anglais. 15 CD Decca Eloquence 484 4593.

Couperin à la madrilène, avec les clavecins de Christophe Rousset et Yago Mahúgo

par

François Couperin (1668-1733) : L’Art de toucher le clavecin. La Castellane ; Les Grâces naturéles ; La Monflambert ; La Favorite ; L’Antonine ; La Charoloise ; La Ménetou ; La Chazé ; La Princesse Marie ; La Bourbonnoise ; La Milordine ; La Verneüil ; La Verneüillétte ; La Régente ; La Villiers ; La Princesse de Sens ; La Princesse de Chabeüil ou La Muse de Monaco ; La Raphaéle ; La Morinete ; La Bersan ; La Boulonoise [Livres de pièces de clavecin I-IV]. Christophe Rousset, clavecin. Janvier 2025. Livret en anglais et espagnol. 72’52’’. MarchVivo MV013

François Couperin (1668-1733) : Premier Livre de pièces de clavecin. Louis Couperin (1626-1661) : Préludes en sol, fa ré, do, la. Yago Mahúgo, clavecin. 2023-2024. Livret en anglais et espagnol à télécharger. Coffret trois CDs 64’06’’ + 58’52’’ + 79’47’’. CMY 7007