A Genève, un phénoménal Arcadi Volodos
Arcadi Volodos
Photo: Marco Borggreve
Pour achever la prestigieuse saison 2025-2026 dédiée aux Grands Interprètes, l’Agence de concerts Caecilia invite à nouveau le grandi pianiste Arcadi Volodos, natif de Saint- Pétersbourg, qui ayant passé le cap de la cinquantaine, laisse de côté la virtuosité pure pour se tourner vers un répertoire plus sobre et plus émouvant.
C’est pourquoi la première partie de son récital du 8 juin est consacrée à la Vingtième Sonate en sol majeur D 894 de Franz Schubert. Dans un tempo extrêmement lent, il en aborde le Molto moderato e cantabile afin de conférer une sérénité extatique à la succession d’accords en pianissimo, tout en imprégnant la ligne de basse d’un indicible mystère, alors que l’aigu a une délicatesse cristalline. Le développement prend une dimension dramatique par des octaves détachées osant la dureté, avant de se diluer pour renouer avec l’atmosphère rêveuse du début. L’Andante est l’expression d’un profond recueillement auquel s’opposera un lyrisme passionné quelque peu oratoire, tandis que le Menuetto s’assimile à l’une de ces Valses nobles à la bravoure farouche qu’atténuera le trio par la suavité rêveuse de ses épanchements. L’Allegro final tient de la badinerie enjouée qui s’interrompt, le temps d’une méditation, pour conclure par la reprise du motif initial qui finira par s’évanouir en un pianissimo voilé d’étrangeté.
En seconde partie, Arcadi Volodos propose plusieurs pages de Fryderik Chopin en commençant par trois des Mazurkas. Par un usage savant du rubato, il nimbe d’une indicible nostalgie la ligne de chant de l’opus 33 n.4 en si mineur, avant de lui prêter une vigueur altière qui s’estompera avec le trio médian en si majeur et le soliloque de la main gauche ramenant une dernière fois le motif du début. L’opus 41 n.2 en mi mineur est ici expression d’une tristesse lancinante qui semble ne pas trouver de réconfort, tandis que l’opus 63 n.2 en fa mineur ressemble à la confidence que l’on murmure au fil d’une valse élégiaque, à peine troublée par quelques vigoureuses envolées. S’y enchaîne le prélude isolé qu’est l’opus 45 en ut dièse mineur qu’il développe comme une libre improvisation se jouant des audaces harmoniques pour parvenir à une cadenza à la légèreté volubile suivie d’une péroraison tout aussi évanescente.

