Pēteris Vasks, discret, humble et ému

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Après une visite éclair au Mumons (le musée des « Sciences, Arts & Curiosités » de l’université consacre une exposition didactique à l’électricité – je n’y croise pas le Reddy Kilowatt de mon enfance), je m’attable, avec un ami, autour d’une burrata, gaiement fondante, issue de l’immigration ancienne de la région, et nous discutons projets et musiques avant de rejoindre Arsonic, où s’ouvre l’édition 2026 d’Ekinox (appellation rénovée du Festival Musical du Hainaut – le classique, accessible), pour un concert entièrement orienté par le feulement feutré des cordes.

A 80 ans, Pēteris Vasks, compositeur letton passé progressivement du modernisme d'avant-garde à une nouvelle simplicité nourrie d’accents spirituels et mélodiques proches de ceux de son voisin estonien Arvo Pärt, fournit les éléments d’un programme taillé sur mesure pour Jean-Paul Dessy, dont les gestes de direction de l’orchestre (les cordes de Musiques Nouvelles) se font ce soir encore plus déliés et imprégnés, comme éternels. Epifania, écrit en 2010, déploie, comme un moment calme et éphémère, un thème lyrique qui monte vers une exaltation contenue avant de revenir, en compagnie d’un ancien chant populaire letton : retour de ce qui était enfoui, mémoire qui réélabore ce qu’elle conserve – une piste pour la réponse à la réflexion initiale de Vasks sur « ce qui reste au terme d'une vie entièrement consacrée à la musique ».

Marek Janowski dirige une dernière fois à Monte-Carlo

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Marek Janowski a dirigé, pour la dernière fois de sa carrière, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dont il fut le directeur musical de 2000 à 2005. Un moment chargé d'émotion. À 87 ans, en pleine possession de ses moyens, le chef entreprend une tournée d'adieu.

Au programme, la Cinquième Symphonie de Bruckner, qu'il dirige sans partition. Cette œuvre exigeante fut composée durant une période de crise. Elle témoigne de la maîtrise technique du compositeur. Surnommée la « Symphonie catholique », c'est un ouvrage contrapuntique d'une réelle richesse et d'une grande subtilité. Bruckner a toujours cherché à suivre les traces de Bach, et cette symphonie est construite comme une cathédrale. Dès le début du premier mouvement, le chant du hautbois semble évoquer l'éternité.

L'orchestre se déploie pleinement. Les cordes évoluent dans un registre inhabituellement grave, passant sans cesse d'une note empreinte de nostalgie à une autre, porteuse d'espoir. Les solos du cor et de la flûte structurent la musique. Les fanfares et les passages choraux des trompettes et des trombones, soutenus par le tuba, encadrent ce mouvement solennel, qui atteint ensuite son point culminant dans un finale ponctué par l'intervention des timbales.

Les deux mouvements centraux présentent certaines faiblesses d'écriture, mais, sous la baguette de Janowski, l'orchestre maintient la tension et déploie une sonorité lumineuse, comme un coucher de soleil par une douce soirée d'automne.

L'Orchestre National de Lille au disque : cinquante ans, trois chefs, une signature

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Pour son cinquantenaire, l'Orchestre National de Lille retrouve son auditorium du Nouveau Siècle sous la baguette successive de ses trois directeurs musicaux — Jean-Claude Casadesus, chef fondateur, Alexandre Bloch, en poste de 2016 à 2024, et Joshua Weilerstein, arrivé en septembre 2024. Une occasion de relire ce que l'orchestre a inscrit au disque en un demi-siècle : une discographie qui, par son volume et par la cohérence de ses axes, dessine une identité éditoriale reconnaissable au sein du paysage orchestral français.

La musique française comme ADN

L'orientation est donnée dès les premières années. En 1980, chez Harmonia Mundi, Casadesus grave Shéhérazade, les Mélodies hébraïques, la Pavane pour une infante défunte et Daphnis et Chloé avec Nadine Denize. En 1981, la Symphonie fantastique de Berlioz au même label. En 1985, les Suites de Carmen et de L'Arlésienne chez Forlane. La signature française se construit par accumulation, sans effet de manche : ce qui compte, ce sont les œuvres publiées et la logique de catalogue régional autonome.

Le partenariat avec Naxos qui s'installe dans les années 1990-2010 amplifie ce geste patrimonial. Casadesus enregistre les grandes fresques françaises attendues — Debussy (La Mer, Nocturnes, La Damoiselle élue), Poulenc (Suite française, Concert champêtre, Concerto pour orgue) — mais il grave surtout ce qui manquait au catalogue mondial. L'Enfance du Christ de Berlioz (Naxos, 1998) avec Michèle Lagrange, Jean-Luc Viala et Michel Piquemal. La cantate Clovis et Clotilde de Bizet, œuvre du Prix de Rome tombée dans l'oubli que Casadesus recrée mondialement à la cathédrale de Soissons en 1988 avant de l'enregistrer à deux reprises : chez Erato en 1990 avec Montserrat Caballé, puis chez Naxos en 2010.

Deux gestes discographiques restent en surplomb. D'abord les Cantates du Prix de Rome de Berlioz réunies chez Harmonia Mundi en 1996 (Herminie, La Mort de Cléopâtre, La Mort d'Orphée, La Mort de Sardanapale), avec Michèle Lagrange, Béatrice Uria-Monzon et Daniel Galvez-Vallejo. La Mort de Sardanapale n'existe à ce jour sous aucune autre gravure — l'ONL et Casadesus signent le seul enregistrement mondial d'un fragment que Berlioz lui-même croyait perdu. Ensuite, Les Mariés de la Tour Eiffel du Groupe des Six couplés au Bœuf sur le toit de Milhaud (Harmonia Mundi, 1993), captés en public à Lille les 15 et 16 avril de la même année, avec Daniel Mesguich et Hervé Furic aux récitations. C'est le même Mesguich qui prête sa voix, cette année-là encore, au Roi David d'Honegger que Casadesus grave chez EMI Classics avec Alessandra Marc, Sylvie Sullé, Laurence Dale et le Chœur du Festival de Saint-Denis, capté dans la Basilique Cathédrale de Saint-Denis. Trois disques en une saison, tous dédiés au répertoire français du premier XXᵉ siècle : la démonstration n'est pas fortuite.

Bloch reprend le flambeau français mais sur un tout autre régime. Là où Casadesus complétait un catalogue, Bloch se concentre sur certaines œuvres réunies autour d'une vision éditoriale. Chez Alpha, en 2020, La Valse et la Rapsodie espagnole de Ravel couplées au concerto pour serpent Adh-Dhohr de Benjamin Attahir avec Patrick Wibart — la juxtaposition d'un compositeur canonique et d'un compositeur en résidence, dans une éditorialisation soignée. À cet ensemble s'ajoute un Chausson également chez Alpha. Le contraste avec Casadesus est net : là où le fondateur enregistrait ce qui manquait au disque, Bloch propose des lectures ciselées, souvent d'une œuvre unique par disque, adossées à une politique de commande contemporaine.

La filiation française de l'ONL au disque s'est aussi poursuivie sous des chefs invités qui l'ont enrichie de leur propre lecture. Jun Märkl a gravé chez Naxos en 2017 des Poèmes symphoniques de Saint-Saëns (Le Rouet d'Omphale, Phaéton, La Danse macabre, La Jeunesse d'Hercule, Sarabande et Rigaudon). Le chef singapourien Darrell Ang, ancien lauréat du Concours de Besançon, aura été un partenaire particulièrement fidèle : Meyerbeer, Offenbach (La Fille du tambour-major, La Belle Hélène), d'Indy, Pierné (Ramuntcho et Cydalise et le Chèvre-pied en 2021). Autant de rendez-vous éditoriaux qui inscrivent la signature française de l'orchestre au-delà de la stricte succession de ses directeurs musicaux.

Aaron Pilsan — les Études de Chopin, après Bach

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Le pianiste autrichien Aaron Pilsan s'est très vite imposé parmi les voix marquantes de sa génération. Il avait frappé les esprits avec son enregistrement du Clavier bien tempéré chez Alpha Classics. On le retrouve aujourd'hui pour un album consacré aux Études de Chopin. Il revient sur ce chemin qui mène de la polyphonie de Bach à Chopin, sur le rôle de la main gauche et sur l'enregistrement.

Vous avez enregistré les deux livres du Clavier bien tempéré pour Alpha avant d'aborder Chopin. Le projet des Études devait-il toujours suivre Bach, ou est-ce votre travail sur Bach qui vous y a conduit ?

Lorsque j'ai commencé mes études, j'avais dressé une liste des œuvres que je voulais enregistrer, et le Clavier bien tempéré de Bach comme les Études de Chopin figuraient tous deux en tête de cette liste.

La musique de Bach m'a toujours fasciné. C'est même l'une des raisons pour lesquelles j'ai décidé de devenir musicien, à l'âge de huit ans. Les Études de Chopin sont venues bien plus tard. J'ai commencé à les travailler avec mon professeur, Karl-Heinz Kämmerling, qui leur accordait une grande importance parce qu'elles forgent une technique pianistique complète.

Avec le recul, je crois que mon travail sur Bach m'a très bien préparé à entrer plus profondément dans la musique de Chopin. Fréquenter la profondeur et la complexité de Bach m'a donné des fondations solides pour aborder l'univers des Études.

Vous dites que « Bach révèle la nature polyphonique de Chopin ». Quelle étude le montre le plus clairement à vos yeux, et comment cela change-t-il votre façon de la jouer ?

Il n'y a pas vraiment une étude dont la structure serait plus polyphonique que celle des autres. Dans l'Op. 25 n° 7, par exemple, la mélodie est à la main gauche, mais beaucoup d'autres études recèlent elles aussi de nombreuses voix cachées.

Il m'a toujours paru essentiel de ne pas me contenter de bien jouer les traits rapides et les passages difficiles, mais de comprendre l'ossature de chaque pièce et son architecture. Une fois qu'on la saisit, on peut vraiment faire ressortir les différentes voix et les différents plans de la musique.

Vous insistez sur le rôle harmonique et rythmique de la main gauche. Dans les Études*, l'attention va d'ordinaire à la main droite. Avez-vous reconstruit certaines de ces pièces en partant de la basse ?*

Je ne partage pas l'idée que la main droite serait toujours au centre. La plupart des Études sont bâties autour de la main gauche. C'est elle qui donne sa stabilité à la musique, et, dans bien des cas, suivre la main gauche de l'oreille est aussi décisif pour la technique.

Vous décrivez l'Op. 10 comme « direct, brillant, passionné, presque explosif » et l'Op. 25 comme « plus raffiné et introspectif ». Entendez-vous les deux livres comme deux facettes d'un même compositeur, ou comme une évolution dans le temps ?

Comme ces deux cycles n'ont été écrits qu'à quelques années d'intervalle, j'y vois davantage deux facettes d'un même compositeur qu'une évolution nette de l'un à l'autre. Ce sont pour moi deux cycles à la dramaturgie très différente.

L'Op. 10 débute de façon brillante et énergique, mais, à mesure qu'il progresse, il dévoile aussi des moments bien plus sombres. L'Op. 25, à l'inverse, s'ouvre de manière très poétique et introspective pour glisser peu à peu vers une fin d'un désespoir extrême.

Découvertes pour violoncelle

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Osons le dire, rares sont les découvertes majeures parmi les nombreuses exhumations d’œuvres de compositrices de toutes époques que nous connaissons depuis quelques années. Mais la remise à l’heure des compteurs a eu le mérite de changer les mentalités et de permettre à ces œuvres d’être jouées et entendues. Connaissiez-vous Henriëtte Bosmans ? À ne pas confondre avec son (presque) homonyme belge. Cette musicienne néerlandaise a vécu entre 1895 et 1952. Son père était violoncelle solo de l’Orchestre du Concertgebouw et elle a mené une double carrière de pianiste et de compositrice. 

La révélation que nous propose Henle est sa Sonate pour violoncelle et piano, une œuvre qu’elle composa en 1919, donc œuvre de jeunesse. Mais quelle maturité ! Héritage fauréen incontestable, métissé de Brahms pour la densité de l’écriture pianistique, avec un finale à cinq temps qui évoque les danses populaires. La carrière d’Henriëtte Bosmans fut brisée lors de la Seconde Guerre mondiale : sa mère étant juive, elle se retrouva privée d’exercer et sa musique mise à l’index. Sa sonate était encore disponible chez l’éditeur d’origine, Broekmann & Van Poppel, mais nul doute que cet urtext dû à Andreas Pernpeintner et la force de diffusion du catalogue Henle aidera à la faire connaître. Pour les curieux, sachez qu’Henriëtte Bosmans a aussi composé un concertino pour piano (qu’elle créa avec Pierre Monteux), un concertstück pour flûte, un autre pour violon, deux concertos pour violoncelle (joués régulièrement dans les années trente par Marix Loevensohn, le dédicataire de la sonate) et de la musique de chambre. 

Atelier Lyrique de Tourcoing : une autre façon d'être « ensemble »

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En prélude à une saison 2026-2027 qui s'annonce particulièrement dense et d'une riche diversité (100 artistes, 34 concerts, 6 opéras, 11 spectacles variés), l'Atelier Lyrique de Tourcoing accueillait, ce premier week-end d'octobre, portes grand ouvertes et en entrée gratuite sur réservation, son public fidèle et celui en devenir. Ça bruissait de partout, dans une atmosphère empreinte d'attente curieuse : plaisir des retrouvailles pour d'aucuns, franche découverte pour d'autres, simple bonheur d'être ensemble et de partager un peu de la beauté des choses pour tous. Un généreux soleil d'automne ajoutait sa note festive. Le programme, très éclectique — on en dira quelques mots ci-après —, en a surpris plus d'un, tant par la pluralité des écritures et la nouveauté de certaines d'entre elles que par la qualité des intervenants.

Cela commençait le vendredi, sur le coup de 17h, avec « Un Italien à Vienne », une suite de cantates (profanes) con istromenti d'Antonio Caldara, compositeur vénitien du XVIIIe siècle. Grand voyageur, il fit rayonner la musique italienne à la cour des Habsbourg, où il était fort apprécié. La jeune soprano Sarah Charles, issue de la première promotion de l'Académie royale de Versailles, était accompagnée par l'ensemble de cordes et clavecin de la Grande Écurie et la Chambre du Roy, placé sous la direction de Dominique Visse.

La tension un peu paralysante d'une « première » en ce lieu était palpable, mais le timbre chaleureux et singulièrement agile de la soprano prit toute son ampleur virtuose dès le « Ingrato, e perché mai lasciami — ingrat, pourquoi donc me quitter », entraînant tout l'ensemble instrumental dans une vive et contagieuse expression de la fureur et de la douleur de l'amante trahie ; la suite fut d'égale qualité. Ajoutons à cela le plaisir de retrouver Dominique Visse, que beaucoup d'entre nous ont connu dans ses rôles de contre-ténor de caractère, haut en couleurs comme en voix, compagnon de route et d'aventures musicales de Jean-Claude Malgoire dès l'origine de l'ATL.

Pierre Réach complète son intégrale des sonates pour piano de Beethoven

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour piano n° 3, op. 2 n° 3 en do majeur ; n° 6, op. 10 n° 2 en fa majeur ; n° 9, op. 14 n° 1 en mi majeur ; n° 11, op. 22 en si bémol majeur ; n° 13, op. 27 n° 1 en mi bémol majeur « Quasi una fantasia » ; n° 22, op. 54 en fa majeur ; n° 27, op. 90 en mi mineur ; n° 29 op. 106 « Hammerklavier ». Pierre Réach, piano. 2026. Notice en français, en anglais et en japonais. 156’ 42’’. 2 CD Anima Records ANM/260201.  

Le Barbier de Séville à Bastille ; pétillant millésime 2026

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Au fil des années, l'impératif de remplissage de l'Opéra Bastille se heurte toujours en septembre et en juillet à un public parisien peu enclin à aller à l'opéra. En résulte une tendance croissante à programmer les blockbusters de la Boutique en période de vache maigre pour garantir la jauge.

Il faut dire que la mise en scène dans un Séville version Movida de Damiano Michieletto n'a rien perdu de sa sémillance et continue d'offrir un joyeux fourmillement autour des élucubrations des protagonistes. Ces derniers trouvent d'ailleurs dans la fosse un soutien de taille en la personne de Jader Bignamini. La gestique est fluide et permet, dès l'introduction, de sculpter des attaques de cordes tout en finesse. Ayant débuté en décembre 2022 dans cette fosse, le maestro fête donc ses noces de cire avec l'orchestre et réussit à laisser respirer la phalange tout en conservant une attention particulière vis-à-vis du plateau.

Ce dernier se distingue ce soir par une conception pour le moins libérale des temps, l'accent étant particulièrement mis avec cette distribution sur les aspects comiques, quitte à flirter avec le pantomime. Au panthéon des truculents, supplément guitariste, figure ainsi en bonne place le Figaro de Huw Montague Rendall. La projection est très bonne dès les premières notes hors plateau et la présence scénique qui s'ensuit est incontestable. On note cependant une tendance à légèrement précéder les tempi du chef ainsi qu'une articulation certes solide mais ébranlée par la mitraille verbeuse de la fin du « Largo al factotum ».

Lorin Maazel au fil du temps

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Lorin Maazel : The Complete Warner Edition. Œuvres de Bruckner, Brahms, Tchaïkovski, Prokofiev, Dvořák, Debussy, Moussorgski, Richard Strauss, Ravel, Bartók, John Adams, Verdi, Bizet et Massenet. Sviatoslav Richter, Emil Gilels, Jean-Philippe Collard (piano) ; Frank Peter Zimmermann (violon) ; Beverly Sills, Katia Ricciarelli, Julia Migenes, Plácido Domingo, Sherrill Milnes, Justino Díaz, Ruggero Raimondi, Nicolai Gedda (chant). Philharmonia Orchestra, New Philharmonia Orchestra, Berliner Philharmoniker, Orchestre de Paris, London Symphony Orchestra, Orchestre National de France, Orchestra del Teatro alla Scala et New York Philharmonic, direction Lorin Maazel. Enregistrements 1962-2002. Notice en anglais. 18 CD. Warner Classics 2685492780.

A l’Opéra de Lausanne, une fascinante Mireille en ouverture de saison

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Pour ouvrir sa troisième saison à l’Opéra de Lausanne, Claude Cortese, son directeur, a la judicieuse idée de choisir Mireille, le chef-d’œuvre trop peu prisé de Charles Gounod, dont la création au Théâtre-Lyrique de Paris le 19 mars 1864 fut un échec retentissant.

Comme les deux années précédentes, la mise en scène en est confiée à Bruno Ravella qui avait connu le succès avec ses productions de Guillaume Tell et de Don Quichotte. Dans la Note d’intention du programme, celui-ci écrit : « Dans Mireille, la Provence façonne ceux qui l’habitent, leur travail, leurs rites, leurs croyances et leur imaginaire. Pour évoquer cet univers sans en faire une carte postale, ma scénographe, Barbara de Limburg, a très vite trouvé notre langage visuel dans le tissage. Le tissage et la vannerie appartiennent naturellement à l’œuvre, Vincent étant lui-même vannier, mais ils permettent aussi de transformer des images familières en quelque chose de plus élémentaire ». Dès le lever de rideau, le regard se porte sur un gigantesque soleil en paille surplombant trois paniers de magnanarelles tout aussi démesurés, laissant s’écouler les cueilleuses de ver à soie suivies par les moissonneurs habillés simplement comme des ouvriers par Gabrielle Dalton. De leur rang se dégage un Vincent, de noir vêtu, coiffant casquette de débardeur, qui s’approche de Mireille, toute de blanc parée, rehaussant son corsage d’une flanelle parsemée de fleurs. Ourrias, l’éleveur de taureaux, porte velours noir et hampe d’hast, alors que Maître Ramon se singularise par son costume de riche métayer face à un Maître Ambroise qui se veut digne dans sa condition précaire de vannier. La pseudo sorcière Taven devient ici l’une de ces femmes roms de Camargue qui s’enveloppera d’une aura mystérieuse dans la scène du Val d’Enfer dont l’accès est obstrué par un entrelacs de branches gigantesques. Les lumières de François Thouret produisent un effet saisissant dans le tableau des abords du Rhône où apparaissent les Trèves voilées précédant la barque de ce Passeur aussi sinistre que le nocher des Enfers. Un simple portique évoque tant le Mas des Micocouliers dominé par un mannequin en paille de Saint Jean que l’entrée de l’Eglise des Saintes-Maries-de-la-Mer que réussira à atteindre une Mireille à demi morte. Sous un soleil aux dimensions impressionnantes, le désert de la Crau préfigure le dénouement où la malheureuse est attirée par cette aveuglante lumière de l’au-delà qui lui permettra de trouver le repos éternel. En résumé, du grand art dans cette mise en scène qui va à l’essentiel en bannissant tout pittoresque de pacotille.