Apogée de la violence pour T’façon on est en 2012 de Loraine Dambermont 

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Créé en 2025, T’façon on est en 2012 est un trio qui cherche à questionner le phénomène des clash en ligne. Après Toujours de ¾ face !, le second opus de la trilogie mes années bagarre laisse un goût plus âpre. 

Tout commence par la retransmission audio d’extraits du “clash des Lopez” : un phénomène internet qui montre des membres d’une même famille s’insulter par vidéos interposées. Dans les sous titres projetés, certains mots sont tronqués pour nous éviter une violence langagière. Cela n'empêchera pas l’expression d’une grande violence physique. Trois silhouettes se dégagent en jogging noir dans une lumière presque toujours blanche. Les danseurs prennent des poses hachées nettes pour donner corps aux mots. Les mouvements se répètent puis s’accélèrent jusqu’à ce qu’un des danseurs prenne une chaîne pour fouetter le sol. Reste ensuite le silence glaçant, de ce qu’on peut interpréter comme une mise à mort. Puis l’action reprend et le son de plus en plus fort accompagne une lumière puissante qui nous fait face. Les trois interprètes avancent vers nous, on craint qu’ils descendent dans le public pour lui faire mal. 

Si l’on peut saluer le travail de coordination entre son et geste, ainsi que l’endurance des trois danseurs, on retient plutôt la démonstration de la violence qui met le public à rude épreuve plutôt que la dénonciation de la virilité toxique. 

Fabrice Lambert propose un voyage en eaux profondes aux Hivernales 

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Chorégraphe attentif depuis longtemps aux liens entre l’Homme et les éléments naturels, Fabrice Lambert s’inspire cette fois des mouvements de l’océan. Déclinaison de Renverse créée en 2025 pour 8 interprètes, La vitesse de l’eau est un trio brillant : à découvrir aux Hivernales à Avignon jusqu’au 20 juillet. 

A la baguette, le compositeur Patrick de Oliveira, habitué des collaborations chorégraphiques (avec Jann Gallois ou les frères Ben Aïm par exemple), signe une partition élaborée en même temps que la chorégraphie. Sur scène 3 interprètes : Eve Bouchelot, Elsa Dumontel et Agathe Thévenot entièrement dévouées à une écriture chorégraphique exigeante. On assiste donc à une version resserrée, mais non moins puissante. 

Tout commence par un bruissement de pieds qui laisse deviner le déplacement des trois danseuses dans l’obscurité. De dos d’abord, on les suit des yeux lorsqu’elles oscillent à une même fréquence. Tantôt à l’unisson, tantôt reliées par une vibration commune, les trois danseuses sont quasi perpétuellement en mouvement durant ces 50 minutes foudroyantes. Elles développent une grande puissance ponctuée de brefs instants de suspension. Parfois on ressent même l’ivresse d’une scène de battle lorsque tout devient plus circulaire et que des solos émergent. 

Les déplacements mettent la scène en mouvement et les compositions chorégraphiques explorent différents états de la mer. Nous sommes contemplatifs et fascinés devant cette houle faite de marche aux tempos divers qui se transforme en clapotis, plus courts et irréguliers, grâce à des roulades et quelques arabesques, puis c’est un remous qui prend forme avant un tumulte explosif où se dévoilent des renversés rapides et des mouvements de bras larges qui accentuent l’ampleur des tourbillons. 

Pärnu — Trois leçons de lumière avec l'Estonian Festival Orchestra et Paavo Järvi

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Le programme du 11 juillet au Festival de Pärnu se laissait lire comme une méditation sur la lumière : lumière méridionale filtrée par le voile symboliste de Fauré, lumière boréale — celle qui, en été estonien, ne se couche jamais tout à fait — dans la création de Tõnu Kõrvits, et lumière-paysage enfin, habitée, presque organique, dans la Sinfonia espansiva de Nielsen. Trois régimes de clarté, trois manières de faire chanter l'orchestre.

Fauré ouvre la soirée avec la Suite de Pelléas et Mélisande, choix qui rappelle d'emblée la maîtrise stylistique dont Paavo Järvi a laissé tant de grands enregistrements dans le répertoire français. Clarté d'énoncé qui refuse le voile, phrasé sculpté sans céder à l'ornement : la Sicilienne solaire ne vient pas écraser la pénombre symboliste du Prélude et de La mort de Mélisande. La Fileuse file sans mécanisme, portée par un legato de la petite harmonie qui vaut à lui seul le déplacement.

Le premier grand moment du conert vient de la création mondiale du Concerto pour alto et orchestre « Secret Garden » de Tõnu Kõrvits, écrit pour Amihai Grosz. Kõrvits confirme cet art narratif qui lui est propre : un récit qui se déploie par échanges — sublimes — entre l'alto et un orchestre auquel il oppose une économie d'effets, un univers infini de nuances et une orchestration d'une maîtrise stupéfiante. La partition s'ouvre sur un dialogue avec les timbales et se referme sur ce même échange, refermant un arc dramaturgique d'une évidence rare. À l'exception du mouvement central — Song of the Light —, on n'entend que rarement la totalité de la masse orchestrale : Kõrvits privilégie des configurations chambristes finement pensées — trois clarinettes, un cor, un hautbois, un basson, une percussion contenue —, où chaque timbre trouve sa fonction narrative. Derrière cette retenue affleure une vraie beauté mélodique, servie par une science de l'orchestration qui donne à ce concerto tout pour s'imposer comme une grande référence du répertoire, encore peu fourni, de l'alto concertant.

Au théâtre élisabéthain de Hardelot, Le Lieu de nulle part par la jeune compagnie J’ai tué mon bouc

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Le théâtre élisabéthain, situé face au château de Hardelot et reconnu internationalement pour son architecture circulaire en bois et sa conception écologique, a célébré ses dix ans le 24 juin dernier. Pour l’occasion, le Midsummer Festival a passé commande à une compagnie implantée dans les Hauts-de‑France. Trois comédiens‑chanteurs et leur équipe y proposent un « cabaret élisabéthain », Le lieu de nulle part, présenté en création.

Le spectacle s’ouvre sur Here the deities approve de Purcell, chanté dans une atmosphère de recueillement par François Gardeil, contre‑ténor. Pourtant, on comprend très vite que l’on n’assistera pas à un théâtre « sérieux ». En effet, il réapparaît pour le chanter en brossant ses dents, avec des trilles en gargarisme… L’air revient d’ailleurs à plusieurs reprises, tel un leitmotiv ou un ground, chaque fois transformé. Tout oscille entre gravité et légèreté : les trois funambules théâtraux avancent sur des cordes de couleurs, hantés par le Berlin des années 1930 et par des scènes underground new‑yorkaises des années 1980. Dans ce mélange joyeux, ils convoquent Shakespeare, Ovide et d’autres figures fondatrices du théâtre, dans une marmite de fulgurances électriques. Le plateau, transfiguré, devient tour à tour cabaret, tréteau, laboratoire, lieu de résistance et de fête.

Paavo Järvi : ambitions festivalières à Pärnu

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Les journées de Paavo Järvi à Pärnu sont extrêmement chargées : répétitions avec l'orchestre, masterclasses de l'Académie, concerts en soirée. Il a néanmoins accepté de nous consacrer quelques instants pour évoquer le festival, l'Académie et ses ambitions pour celle-ci, la programmation 2026 et le futur.

Nous sommes à Pärnu, c'est votre festival, dont c'est la 16e édition. Pourquoi avoir décidé de créer un festival de musique classique ici, à Pärnu ?

Tout d'abord, la ville est très chère à mon cœur. Enfant, j'ai passé tous mes étés ici. Trois mois chaque année, nous étions à Pärnu. C'étaient des moments merveilleux parce qu'il y avait les vacances scolaires, on courait partout, on s'amusait, on était en famille ! Le bonheur de ces instants chéris dans l'insouciance de l'enfance !

Deuxièmement, bien sûr, dans toute l'histoire de Pärnu, il y a une tradition de festivals de musique qui date déjà de l'époque soviétique. Des gens comme Oïstrakh, Chostakovitch, Rojdestvenski, Kremer et d'autres venaient ici. C'était le lieu le plus occidental où l'on pouvait aller à l'intérieur de l'Union soviétique, sans quitter l'Union soviétique — parce que nous n'avions pas le droit de partir.

Et puis, bien sûr, la nécessité d'un festival avec de la musique classique. Il y avait un besoin. Mais pas un festival en plus siur la cartographie des manifestations musicales estivales avec les mêmes affiches interchangeables. Je voulais un festival avec un concept différent et original, un festival ancré dans son territoire.

Vous avez également voulu un festival avec un volet pédagogique ?

L'idée était aussi de démarrer un programme de direction d'orchestre, parce que quelqu'un m'a enseigné : mon père m'a enseigné, j'ai eu de très bons professeurs plus tard dans d'autres écoles, au Curtis Institure de Philadelphie, et puis j'ai commencé à collaborer avec Leonard Bernstein. Je suis donc bénéficiaire de grands musiciens qui ont partagé leurs connaissances avec moi tout au long de ma vie. Et je pense que c'est le moment de renvoyer l'ascenseur. Cela fait maintenant quarante ans que je dirige — en 1985, c'était mon premier concert professionnel, à Trondheim en Norvège.

Et même si cela peut sembler un peu sévère — ce n'est pas mon intention — je constate qu'il n'y a pas assez de chefs de premier plan aujourd'hui. Il y a beaucoup de jeunes talents qui parviennent à construire une carrière tout à fait honorable, mais leur parcours est fragilisé par un déficit de préparation technique. Le métier est devenu davantage un jeu de personnalité : il faut être une personnalité singulière pour émerger. Et une fois qu'on est remarqué, la compétence technique redevient essentielle : il faut comprendre comment faire répéter l'orchestre, comment amener un accelerando ou un rallentando sans devoir arrêter les musiciens pour leur expliquer. Il y a aussi tout un travail sur la dimension visuelle du geste, qui est fondamentale. À l'opéra en particulier, vous devez pouvoir avancer dans le travail de répétition et tout organiser presque sans parler. Cette capacité-là doit vraiment être nourrie aujourd'hui. Il y a beaucoup de musiciens accomplis, mais qui n'ont pas encore une vision claire de ce qu'est réellement une technique de direction.

Sur l'Académie de direction, le programme est très riche et il y a de la musique estonienne : Pärt, Tüür et Eller. Est-ce important pour vous d'aider les jeunes chefs à découvrir la musique estonienne ?

C'est très important ! Je veux qu'ils connaissent ces noms, qu'ils commencent peut-être à aimer cette musique, qu'ils puissent peut-être la programmer ailleurs.

Quelle est la qualité centrale pour un jeune chef ou une jeune cheffe en devenir ?

La curiosité ! Il y a certaines choses qui restent prioritaires, comme Mozart, Beethoven, Brahms et le répertoire standard. Mais c'est le début d'une sorte de prise de conscience : vous devez être curieux si vous êtes chef. Vous devez connaître davantage de répertoire. Vous n'avez pas besoin de le diriger, vous devez juste connaître beaucoup de choses. Vous devez lire, vous devez écouter, vous devez avoir des opinions différentes sur l'interprétation — j'aime cette version plus, cette version moins, pourquoi j'aime celle-ci davantage. C'est bien plus impliqué que juste « oh, vous savez, j'aime la musique, donc je pense que j'ai commencé à diriger ». Il n'y a aucun sens à être chef si vous vous en tenez au minimum. Vous devez passer les nuits à écouter de la musique et à en discuter. C'était génial. C'est comme cela que nous avons grandi.

Certes, j'ai eu la chance d'avoir un père passionné par la découverte. Une semaine à la maison, on disait que Glazounov était à connaître et à étudier, puis Kurt Atterberg ou Franz Schmidt, c'était fantastique. Chaque semaine, il y avait un autre compositeur ! Il est essentiel pour les jeunes chefs de développer cette curiosité.

Sarah Adjou mène sa revue au théâtre du Train Bleu 

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Sarah Adjou, danseuse et chorégraphe, a créé ce troisième solo en 2025 : un petit bijou qui se joue jusqu’au 22 juillet à 11h les jours pairs au Théâtre du Train Bleu à Avignon. 

La chorégraphe utilise la forme de la revue et propose une dizaine de tableaux revisités entre humour et émotion avec un grain de folie. Elle choisit les hits du genre comme lorsqu’elle interprète en playback “je veux un millionnaire” de Mistinguett mais elle en propose un détournement habile quand elle finit par s’étouffer dans sa robe à froufrous. D’autres moments sont plus intimes : on la découvre juste avant l’entrée en scène, en train de se maquiller, assaillie de doutes ou au bord d’une route bruyante à rêver de rôles.  

Les transitions sont soignées et bien articulées, passant du cabaret au tango toujours avec une empreinte contemporaine. On découvre que tous les styles vont comme un gant à cette danseuse hors norme. Son corps est capable de se désarticuler, ses mains sont comme un deuxième personnage indépendant : intrusives d’abord en la grattant, créatrices ensuite dans leurs gants rouges. Sarah Adjou se révèle être une technicienne brillante mais sa souplesse et ses capacités indéniables ne sont jamais démonstratives. Ses choix de formation (workshops de compagnies comme la Veronal, Peeping Tom ou Batsheva) lui ont permis de développer l’aspect loufoque de son travail.

Le décor est un cube aux arêtes arrondies et métalliques qui remplit différentes fonctions : partenaire pour le tango, petite loge, comptoir de bar… Cette structure de moins d’un mètre de haut se révèle pour finir un peu encombrante. On lui a préféré les éléments du costume d’abord suspendu, qui prennent peu à peu la lumière et accompagnent le corps de la danseuse (jupe, gants, chaussures). La musique parfois trop illustrative n’est pas à la hauteur de la poésie du mouvement qui se suffirait à lui-même. 

Solstice à Pärnu : Kristjan Järvi, Sibelius en sédiment

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Kristjan Järvi et son Nordic Pulse Orchestra présentaient ce vendredi 10 juillet, en double session au Pärnu Concert Hall, un programme baptisé Solstice, un voyage innatendu comme sait le créer ce musicien qui aime casser les codes et transcender l"expérience du concert.

On aurait tort de réduire Kristjan Järvi à une seule case. Le cadet des Järvi est un chef de la grande tradition : ses années à Umeå, au Tonkünstler de Vienne, puis au MDR de Leipzig l'ont installé dans le répertoire canonique — Haydn (son intégrale des "Parisiennes" est l'un des sommets de la discographie), Bernstein, les symphonistes nordiques, Steve Reich, Philip Glass.... Il est aussi, depuis toujours, un expérimentateur : fondateur en 1993 de l'Absolute Ensemble, du Baltic Sea Philharmonic en 2011, créateur de Pärt, Tüür, Gelgotas, complice de Max Richter dont il a dirigé Exiles chez Deutsche Grammophon. Il a fondé en 2016 sa société Sunbeam Productions, signé chez BMG Modern Recordings, enregistré à Tallinn la bande originale de Das Licht de Tom Tykwer, film d'ouverture de la Mostra 2025. Le Nordic Pulse Orchestra qu'il a réuni pour Solstice n'est pas un orchestre au sens institutionnel — Järvi lui-même parle d'un band — mais un collectif à géométrie variable, ancré dans cet écosystème et composé de musiciens fidèles.

La salle s'éteint. Ce qui commence n'a pas la forme d'un concert classique. Une nappe s'installe, et dans cette nappe surgissent les premières mesures des cordes de Sibelius, tenues, étirées, traversées d'un remix signé East Forest — l'un des producteurs américains les plus associés à la scène de la ceremony music. Ce qui suit se déploie sur près de quatre-vingts minutes sans interruption : vingt-deux stations en quatre actes — Letting Go, Transformation, Acceptance, Afterglow — reliées par des transitions improvisées. Chaque piste porte deux titres : une intitulé fonctionnel (« Open yourself to your truth », « Lighting of the eternal fire ») et un titre musical, presque toujours un « Nordic Pulse Remix » d'un morceau de Jon Hopkins, m83, Moby, Max Cooper, John Metcalfe ou Julianna Barwick, aux côtés des Estoniens Sander Mölder et Toivo Kurmet. Les voix — Elina Nechayeva en tête, la soprano Eurovision 2018 — flottent, amplifiées, dans une esthétique éloignée du lyrique. Les cordes n'exposent pas la ligne : elles habitent le mix.

Le violoncelle à l’honneur au Festival international de Colmar

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Le mardi 7 juillet 2026 fut un jour particulier pour les amateurs de violoncelle au Festival international de Colmar. Après la venue d’Edgar Moreau le soir précédent, c’est au tour d’Anastasia Kobekina de briller sur la scène de l'église Saint-Matthieu, tandis que le groupe Ô-Celli a investi le Théâtre municipal. 

Pas de violoncelle au programme du premier concert de la journée, mais bien un duo piano - voix. Accompagnée de Louis Dechambre, la mezzo-soprano Léontine Maridat-Zimmerlin a livré une prestation très convaincante autour du thème de l’amour. Variant les styles et les atmosphères, n’hésitant pas à ajouter une pointe d’humour et à mettre en contexte les chants avant de les interpréter, la chanteuse a démontré une capacité d’appropriation des œuvres assez impressionnante. Douée d’une présence scénique remarquable, elle nous a fait voyager parmi les textes en les personnifiant entièrement. Nous avons également pu profiter du jeu très à propos du pianiste Louis Dechambre, toujours attentif au moindre changement de nuances ou de tempo de sa comparse et prêt à prendre une place plus soliste quand il le fallait. Il a ainsi notamment pu démontrer son talent et sa sensibilité lors de deux pièces solistes de transition. Nous avons pu entendre des œuvres de Gabriel Fauré, Clara Schumann, Piotr Illitch Tchaïkovsky, Alberto Ginastera ainsi que Georges Enesco. 

À Pärnu, une journée avec l'Académie de direction Järvi

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Au Pärnu Music Festival, les académies structurent l'ossature pédagogique du festival : d'un côté, l'académie destinée aux instrumentistes, avec des cours dispensés par des mentors et la participation à l'orchestre de l'Académie qui donnait le concert d'ouverture ; de l'autre, la Järvi Academy consacrée à la direction d'orchestre, animée par Neeme, Paavo et Kristjan Järvi avec la complicité de Leonid Grin. Ce dispositif pédagogique constitue l'un des jalons centraux du festival, et sans doute son legs le plus discrètement stratégique : c'est là que passent, chaque été, quelques-uns des jeunes chefs appelés à faire carrière sur les grandes scènes européennes dans les décennies à venir.

Pour cette édition 2026, vingt-et-un musiciennes et musiciens ont été sélectionnés, venus de quinze pays, de la Mongolie à l'Australie, de la Slovénie à la Grèce. La cohorte frappe aussi par son amplitude générationnelle : les plus jeunes sont nés en 2006 ou 2007, quand les plus âgés approchent la quarantaine, voire la dépassent — c'est presque une génération entière qui sépare les extrêmes du groupe, signe que la Järvi Academy ne se conçoit pas comme un simple viaduc post-conservatoire, mais bien comme un lieu de passage à toutes les étapes de la trajectoire d'un chef. Le programme des cours est intensif, avec une part large donnée au répertoire, articulé autour de deux programmes d'ensemble : un premier axé Pärt-Eller-Haydn-Schubert, un second réunissant Tüür, Mozart, Liszt et Schumann. Des classiques, des chefs d'oeuvres romantiques et de la musique estonienne, un menu de choix pour se parfaite et développer son répertoire.

Cet après-midi, nous avons pu assister à une séance de travail consacrée à L'ombra della croce d'Erkki-Sven Tüür, pièce inscrite au second programme, avec le concours du Pärnu City Orchestra. L'intérêt de la séance tenait précisément à la fausse facilité de cette partition : sous une apparence dépouillée et économe de notes, l'œuvre exige un travail minutieux de la masse sonore et de l'amplitude dynamique, et c'est très précisément sur ces deux dimensions que les conseils de Neeme et Paavo Järvi ont porté — faire entendre les strates, calibrer les paliers, ne pas confondre l'immobilité apparente avec le relâchement du geste. Fait toujours fascinant que celui de voir de jeunes musiciens se frotter à la vue de chefs hautement capés, tellement soucieux de partager leur savoir et de les aider à trouver leur geste propre — non pas à imiter, mais à comprendre par où entrer dans une partition. Le travail se déploie avec une réelle empathie : ce sont des collègues expérimentés qui donnent des conseils à d'autres collègues, et la dynamique de la salle en tire une qualité rare. On observe par ailleurs une très bonne entente entre les étudiants eux-mêmes, que ce soit sur scène pendant les séances de travail ou en dehors, lorsqu'on les croise après les concerts : il règne au sein de la promotion un esprit de camaraderie collaborative qui contribue sans doute pour beaucoup à la qualité de ce que l'Académie parvient à produire chaque été.