« Das Rheingold » à Marseille : un vrai moment de théâtre en musique

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Prologue de la Tétralogie de l’ « Anneau du Nibelung », « L’Or du Rhin » sert à la fois à planter les prémisses de l’action et à poser les enjeux futurs : désir de puissance, malédiction fatale de l’anneau, grandeur ou déchéance des dieux. Mais cet opéra est aussi habité d’un prodigieux sens de la narration. Il nous raconte bel et bien une histoire et c’est la vérité théâtrale du récit qui constitue le point fort de la mise en scène de Charles Roubaud.

Un récit d’une grande clarté

La première scène nous emmène dans la salle des coffres d’une « Rheinbank », trois employées désinvoltes agacent un Alberich nettoyeur d’entretien, lui révèlent un peu légèrement un amas de lingots d’or qui appartiendra à celui qui renoncera à l’amour. Le nain a le réflexe et s’enfuit avec le trésor. On aurait pu craindre une relecture déplacée. On est d’emblée inscrit au cœur du débat : l’appât des richesses qui détruit l’humain et déclenche les querelles de pouvoirs.     

On est alors pleinement en mesure de rejoindre sur terre les dieux plastronnant devant leur Walhalla sans savoir comment s’acquitter de leur dette envers les constructeurs de l’édifice, les géants. Loge leur révèle le triomphe d’Alberich dans son Nibelheim souterrain. Wotan y descend en sa compagnie, trompe la suffisance d’Alberich et ne lui rend sa liberté que contre livraison de ses trésors, y compris le casque magique qui permet de changer d’apparences et l’anneau qui donne le pouvoir absolu. Les géants les réclameront contre liberté de Freia qui leur offre la jeunesse avec ses pommes d’or : Wotan après une forte résistance consent, suite à l’intervention d’Erda, la prêtresse de l’éternel avenir, à céder l’anneau, maudit par Alberich au titre de vengeance. Sa malédiction opère immédiatement : les géants se disputent et Fafner tue Fasolt. Rassurés les dieux montent avec panache dans leur Walhalla tandis que Loge prend moralement ses distances.

Une théâtralité de chaque instant servi par un orchestre narratif

Ainsi contée, l’histoire coule de source comme un conte habilement monté. Mais c’est exactement ce que nous montre Charles Roubaud dans une mise en scène d’une grande lisibilité qui repose sur une très précise direction d’acteur où chacun campe sans ambiguïté son personnage : un Alberich crasseux et revendicateur, un Mime apeuré et fourbe, un Loge cauteleux et sournois qui suggère plus qu’il ne conseille, des géants alliant la force primate de Fasolt à la clairvoyance machiavélique de Fafner, une Fricka, digne gardienne des traités et du sens de la famille, un Wotan d’une superbe maîtrisée que traversent par instants les doutes. Toutes ces intentions sont rendues crédibles par des attitudes et des mouvements d’un naturel scénique performant. On ne s’ennuie pas un seul instant tout au long de ce récit de 2h20.

Et cela d’autant plus que dans la fosse, Michele Spotti sculpte l’action avec une vérité dramatique stupéfiante. Attentive à chaque sollicitation, il accompagne et commente la moindre intention des protagonistes tout en suscitant le commentaire discret d’un orchestre sans cesse révélateur. Voilà une direction qui ne se repose pas un seul instant et, pour cela même, dynamise le propos avec une insatiable variété de climats. Michele Spotti s’est jusqu’ici affirmé comme un grand chef d’opéra italien.  Cet « Or du Rhin » démontre qu’il est un grand chef tout court et Marseille a une sacrée chance de travailler avec un tel talent.

5 albums pour passer la semaine : romantisme tardif, grand opéra et patrimoine revisité :

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1. Joseph Marx : Symphonische Nachtmusik

Joseph Marx (1882-1964) : Symphonische Nachtmusik. Tonkünstler-Orchester ; Fabien Gabel, direction. Référence : 0051497515836.

Plonger dans l'univers de Joseph Marx, c'est accepter de se laisser envoûter — et le mot n'est pas trop fort — par un romantisme tardif d'une richesse peu commune. Sous la baguette de Fabien Gabel, le Tonkünstler-Orchester déploie des couleurs orchestrales somptueuses au service de cette vaste fresque nocturne : une musique ensorcelante, qui enveloppe l'auditeur dans ses harmonies chatoyantes et ne le lâche plus. Une révélation pour qui ne connaît pas encore ce compositeur autrichien injustement méconnu.

2. R. Strauss : Eine Alpensinfonie, Der Bürger als Edelmann & Metamorphosen

Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie ; Der Bürger als Edelmann ; Metamorphosen. Munich Philharmonic Orchestra ; Rudolf Kempe, direction. Référence : 731788141998.

Certes, rien n'égalera jamais les légendaires gravures que Rudolf Kempe réalisa avec la Staatskapelle de Dresde — ces enregistrements restent une référence absolue dans la discographie straussienne. Mais cette version munichoise est du top level, et c'est peu dire. Car toute archive de Kempe est magique : la précision de la lecture, la chaleur des pupitres, la profondeur expressive — tout y est. La Symphonie Alpestre respire, les Metamorphosen méditent, le Bourgeois Gentilhomme sourit.

Mathieu Ganio : danseur et comédien dans Le rappel des oiseaux 

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Au théâtre des Gémeaux Parisiens se joue une pièce portée par Mathieu Ganio qui y révèle tout son talent. Une proposition audacieuse à retrouver dans le festival Off d’Avignon à La Factory. 

Orianne Moretti, personnalité aux multiples casquettes (dramaturge, metteuse en scène, 

historienne, artiste lyrique et danseuse formée à l’Ecole Nationale Supérieure de Marseille) crée en 2016 une adaptation de  la nouvelle de Gogol Journal d’un fou. Elle signe la mise en scène et fait appel à Bruno Bouché (désormais directeur du Ballet de l’Opéra national du Rhin) pour la chorégraphie. Pour raconter l’histoire de Poprichtchine tombé amoureux de la fille de son patron, devenu fou au point d’avoir l’impression que le chien lui parle, il fallait une proposition originale pour adapter à la scène ce journal intime.  

Guilhem Fabre au piano interprète des morceaux de Bach, Rameau, Couperin, plaisirs des oreilles qui rythment le spectacle. Le titre de la pièce est aussi le nom d’une œuvre de Couperin. Même si la musique porte le récit, il faut bien l'avouer, c'est vers Mathieu Ganio que se dirigent tous les regards. Le danseur étoile de l’Opéra de Paris, retraité depuis un an, nous manquait déjà. La chorégraphie intelligente de Bruno Bouché met en valeur les lignes de l’étoile, la précision de son bas de jambe et son port de tête si élégant. Les pas sont chargés d’émotion et dès les premières secondes on voit le terrain glissant de la folie s’incarner dans ses bras et ses yeux.

Rapport Alloncle : la fusion des orchestres de Radio France, éternel serpent de mer

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Le rapport de la commission d'enquête parlementaire française sur l'audiovisuel public, rendu public le 5 mai 2026, glisse parmi ses 70 recommandations un dossier que la Cour des comptes ressort à intervalles réguliers depuis près de quarante ans : la fusion de l'Orchestre National de France et de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Une mesure chiffrée à 13 millions d'euros d'économies, qui ravive un débat dont l'argument central — la similitude des programmations des deux phalanges — n'a, lui, jamais cessé d'être pertinent.

Une recommandation parmi 70

Six mois de travaux, plus de 550 pages, 70 recommandations : le rapport rédigé par le député UDR Charles Alloncle au nom de la commission d'enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public » a été publié sur le site de l'Assemblée nationale le mardi 5 mai 2026, après une adoption serrée le 27 avril. Le texte vise plus d'un milliard d'euros d'économies sur les quatre milliards alloués chaque année par l'État à France Télévisions, Radio France et France Médias Monde.

Au cœur d'un dispositif où s'enchaînent suppressions de chaînes (France 4, Mouv', France TV Slash) et fusions diverses (France 2 et France 5, Franceinfo et France 24, France 3 Régions et ICI), une recommandation concerne directement le monde musical : la recommandation n° 52 propose de « rationaliser les formations musicales de Radio France en fusionnant les deux orchestres », pour une économie estimée à 13 millions d'euros.

Un serpent de mer de quarante ans

L'idée n'a, en réalité, rien de neuf — et c'est peut-être ce qui en fait la singularité dans le rapport Alloncle. Depuis la création même de l'Orchestre Philharmonique de Radio France en 1976, par fusion de plusieurs ensembles plus modestes de la maison ronde, la question de la cohabitation des deux symphoniques est posée. Pourquoi deux orchestres permanents au sein d'un même groupe public ? La Cour des comptes a fait de cette interrogation un leitmotiv de ses rapports successifs sur Radio France, à un rythme presque décennal, en s'appuyant sur les exemples allemand (regroupements opérés par les Rundfunk) et néerlandais (réforme drastique du Muziekcentrum van de Omroep en 2013).

À chaque alerte, le même scénario : la direction de Radio France et la tutelle ministérielle opposent une fin de non-recevoir, arguant de la mission patrimoniale spécifique des deux ensembles et de la nécessité de maintenir un effectif global d'environ 300 musiciens sur les quatre formations maison (Orchestre National, Orchestre Philharmonique, Chœur, Maîtrise). Le dossier rentre dans les tiroirs. Et il en ressort, immanquablement, à la faveur de la commission d'enquête suivante, du contrôle suivant de la Cour, du plan d'économies suivant.

La constance de l'argument budgétaire trouve sa contrepartie dans la constance de la défense institutionnelle : un statu quo négocié, jamais véritablement justifié sur le fond, qui finit par ressembler à une rente de situation.

Dans un entretien à Classica consacré à la saison 2026-2027, Michel Orier, directeur de la musique et de la création culturelle de Radio France, indiquait du reste que la fusion « n'est plus à l'ordre du jour », tout en concédant qu'« avant, chaque formation, notamment les deux orchestres, était dans son couloir sans voir ce qui se passait à côté », et qu'il avait fallu mettre sur pied un comité de programmation pour y remédier. L'aveu est intéressant : il reconnaît implicitement la critique principale formulée par les rapports successifs.

La Calisto par Jetske Mijnssen : la Raison aux prises avec le Baroque

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Jupiter emprunte l’apparence de la déesse Diane afin de séduire une chaste nymphe de sa suite, Calisto. Junon se venge en transformant sa rivale en ourse, poursuivie par les Furies jusqu’aux Enfers. Pris de pitié, Jupiter déifie la nymphe sous la forme de la constellation de la Grande Ourse. Giovanni Faustini s’inspire de cet épisode des Métamorphoses d’Ovide pour fournir le livret d’un nouvel opéra à son ami vénitien Francesco Cavalli, dont le catalogue comptera plus de trente-sept ouvrages.

Dans le sillage de Claudio Monteverdi, Cavalli compte parmi les principaux fondateurs de l’opéra baroque. L’influence décisive qu’il exerça sur la naissance de la tragédie lyrique française est beaucoup moins connue. En effet, Jules Mazarin, passionné d’opéra italien, fit venir à la cour du jeune Louis XIV nombre d’artistes transalpins de haut vol, dont Rossi et Cavalli. Le nozze di Teti e di Peleo, puis Ercole amante, y furent représentés lors du mariage du souverain. Le tout jeune Jean-Baptiste Lully, sollicité pour compléter les ballets, sut s’en souvenir au moment d’acclimater le bel canto au goût français. Ainsi, nombre de scènes et de situations — sommeils, lamentos, ensembles masculins des Furies — seront réinventées par son génie.

À travers les quatre siècles qui se sont écoulés depuis sa création mouvementée, La Calisto a laissé une trace moins marquante que d’autres chefs-d’œuvre du Vénitien, tels Giasone, Ormindo ou Pompeo Magno. Toutefois, depuis sa reprise au Glyndebourne Festival Opera en 1970, elle connaît une nouvelle faveur. La présente mise en scène a été confiée à la Néerlandaise Jetske Mijnssen, secondée par la scénographe Julia Katharina Berndt et la dramaturge Kathrin Brunner ; elle fut inaugurée lors du Festival d’Aix-en-Provence 2025. Bien accueillie, à quelques réserves près, la reprise au Théâtre des Champs-Élysées réjouit manifestement à son tour le public parisien.

Bang on a Can All-Stars play Ryuichi Sakamoto

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La retrouvaille au bistrot-d’en-face d’amis musiciens (la conversation porte, bien sûr, sur les projets, les envies, les idées en matière de musique) précède la redécouverte, à Bozar, de la Salle M, en rénovation pendant près d’un an, à l’acoustique ou la technique améliorées, de même qu’à la remise en valeur d’éléments structurels conçus à l’origine par Victor Horta : ça ne va pas jusqu’à sentir le neuf, mais le lieu a pris un coup de jeune, frais et bienvenu dans une époque à la subvention culturelle morose.

L’ensemble amplifié Bang on a Can All-Stars est une spin-off de l’organisation, (quasi) éponyme et new-yorkaise, fondée en 1987 par un trio de directeurs artistiques (Julia Wolfe, David Lang et Michael Gordon), centrée sur la création de nouvelles œuvres et connue pour ses concerts marathon ; l’ensemble naît en 1992, mélange allégrement les sources musicales (le classique côtoie chez eux l’expérimental, l’ambient, la world, le rock, le jazz) et collabore notamment avec Terry Riley ou Steve Reich, Louis Andriessen ou Ornette Coleman – mais pas Ryuichi Sakamoto (1952-2023).

Le programme consacré à l’artiste japonais s’inscrit dans cette largesse d’ouverture : très tôt inspiré, devant son piano, tant par Debussy et la musique impressionniste que par le rock des Beatles ou des Rolling Stones, il étudie à la fois la composition et les musiques électronique et ethnique – l'ethnomusicologie le mène aux sons africains et indiens, en plus de ceux de l’île Okinawa (lui-même est originaire de Tokyo), l’électricité aux synthétiseurs (Buchla, Moog, ARP). Il fusionne musique électronique et musique japonaise traditionnelle ou minimaliste, en même temps qu’il fonde le trio synth-pop Yellow Magic Orchestra, équivalent japonais du Kraftwerk allemand, avec lequel il connaît une première reconnaissance, nationale et internationale et qu’il travaille, peu après, des compositions dansantes parsemées de dub et d’afrobeat. L’écriture de la musique du film Furyo (de Nagisa Oshima), sur le plateau (il y tient également un rôle) duquel il rencontre David Bowie succède à une collaboration avec David Sylvian (du groupe Japan) et introduit Sakamoto dans le monde des bandes originales (Le dernier Empereur ou Un thé au Sahara de Bernardo Bertolucci), ce qui ne l’empêche pas d’explorer les genres, du rap et de la house à la bossa nova, avant de, en 1996, sur un album qui porte, nu, le nom du millésime, de reprendre certains morceaux de son répertoire (des musiques de films de différentes étapes de son parcours, mais pas que) dont il réduit la palette à trois instruments, exclusivement acoustiques : piano, violon et violoncelle – douze morceaux qui font l’objet du programme de Bang on a Can All-Stars, que le clarinettiste Ken Thomson arrange en y ajoutant contrebasse, guitare électrique, percussions et, bien sûr, clarinette, revenant parfois aux compositions originales ou à des versions préexistantes.

Yutaka Sado et Javier Perianes avec l'OPMC

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L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo invitait le chef d’orchestre japonais Yutaka Sado et le pianiste espagnol Javier Perianes. L’Auditorium Rainier III affichait presque complet pour ce concert symphonique qui réunissait le dynamisme et l’art du chef japonais à la sensibilité poétique du pianiste espagnol.

Le programme proposait des œuvres particulièrement appréciées du grand public. Il s’ouvrait avec L’Apprenti sorcier de Paul Dukas. Sado débute prudemment, soignant le ciselé instrumental — les flûtes notamment. Il sait ménager les surprises et faire monter progressivement la tension. On perçoit pleinement l’esprit du poème symphonique de Dukas : sa drôlerie, sa tendresse, mais aussi son inquiétude lorsque la machine se dérègle et s’emballe. La pulsation ne se relâche jamais, variant et relançant constamment les épisodes : timbales claquantes, moments d’effusion, basson goguenard, tempêtes de cordes… C’est drôle, coloré, imagé, d’une maîtrise instrumentale et d’une puissance d’évocation étourdissantes.

Javier Perianes arrive sur scène avec une énergie presque pugilistique et se précipite vers le piano. Une fois installé au clavier, Perianes joue avec affection, sensibilité, plaisir et une virtuosité toujours au service du Concerto d'Edvard Grieg, qu’il interprète avec fraîcheur et une éloquence profonde et authentique.

Yutaka Sado est reconnu pour son style de direction énergique et sa vision musicale claire, façonnant les œuvres avec précision et une grande maîtrise. Javier Perianes, de son côté, séduit par son toucher raffiné, son phrasé lyrique et sa profonde intelligence interprétative. Ensemble, ils proposent un voyage musical captivant et raffiné, jouant sans cesse sur le contraste entre grandeur orchestrale et intimité poétique.

L’Elixir d’amour à Vienne

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Ce 7 mai dernier, l’Opéra de Vienne reprenait sa production de L’Elisir d’amore de Donizetti dans la mise en scène d’Otto Schenk, cette fois avec le chef d’orchestre italien Gianluca Capuano.

Cette production en est à sa 283ème reprise. Elle est donc loin d’être neuve. Sent-elle le formol avec ses couleurs pastelles, et son village italien de carte postale où pas un grain de paille et de poussière, pas une éraflure sur les costumes et pas un muscle ne montre ni l’usure, ni le côté surnaturel sous-jacent à cet opéra d’apparence si simple ? Si formol il y a, il est peut-être justement dans cette aseptisation visuelle voulue par le décorateur et costumier allemand Jürgen Rose… Chacun en jugera…

Pour vivifier cette mise en scène, le metteur en scène autrichien fait fondre dans le jeu d’acteur le naturel et le caricatural, donnant des résultats plus qu’appréciables. L’Adina de la soprano sud-africaine Pretty Yende, comme la Giannetta de la soprano serbe Ana Garotić, est ici spontanée et sans chichis, en un mot d’une fraîcheur du meilleur aloi. Le Nemorino du ténor américain Michael Spyres allie parfaitement un jeu naturel avec sa *vis comica*, pour donner un paysan maladroit de naïveté.

Le comique, toujours difficile à manier pour éviter de tomber dans le trop caricaturalement bête et vulgaire, est ici très bien utilisé aussi par le baryton italien Ambrogio Maestri, qui campe un Dulcamara pas bien méchant. Par contre le Belcore du baryton autrichien Clemens Unterreiner, forçant aussi bien son jeu que dans son incarnation vocale, y parvient moins bien, et donc ressort un peu trop inconfortablement du plateau vocal.

Exaltation verdienne : Nabucco de Giuseppe Verdi au Grand Théâtre de Luxembourg

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Des réactions exaltées pour une proposition d’intense exaltation verdienne ! C’est en effet avec enthousiasme que le public luxembourgeois a salué, au Grand Théâtre, la représentation du Nabucco de Verdi. Une production déjà passée par Séville, Genève et Anvers.

Avant tout, il y a, bien sûr, la partition de Verdi, la façon dont elle exalte les péripéties et retournements de situations du livret de Temistocle Solera. Une œuvre conçue pourtant dans un contexte si difficile pour le maestro. Familialement avec les morts successives de sa fille en 1838, de son fils en 1839 et de sa femme en 1840. Lyriquement avec l’échec retentissant de son deuxième opéra, Un Giorno di regno, en septembre 1840.

Verdi a raconté comment la découverte du livret l’avait littéralement happé et comment il n’avait eu de cesse de le concrétiser musicalement. La création en mars 1842 à La Scala de Milan est un triomphe.

Un triomphe pour cette histoire d’Hébreux captifs de Nabuchodonosor, roi de Babylone, un roi qui défie leur dieu, qui en sera puni, mais qui connaîtra la rédemption ; pour cette histoire d’ambitions terribles, celles d’Abigaille qui découvre qu’enfant d’esclaves, elle n’est pas la fille de Nabucco, et veut s’emparer du pouvoir ; pour cette histoire de rivalité amoureuse pour un ennemi, qui oppose Abigaille à sa « sœur » Fenena. Une histoire de sentiments exacerbés pour laquelle Verdi a composé une partition qui en multiplie l’intensité. Quels airs ! Des airs que la distribution réunie à Luxembourg a exaltés à son tour. La prétention, les provocations, la punition, la déréliction, le repentir, la conversion du Nabucco de Juan Jesus Rodriguez. La présence vocale et scénique si imposante du Zaccaria de Vittorio de Campo ; la fragilité bousculée de la Fenena de Lotte Verstaen ; les élans amoureux de l’Ismaele de Matteo Roma, et tout particulièrement les déferlements de l’Abigaille d’Ewa Vesin, aussi convaincante dans ses fureurs que dans son dernier chant d’adieu. Carmen Buendia-Anna, Hugo Kampschreur-Abdallo et Nika Guliashvili- Il Gran Sacerdote sont leurs justes comparses.

Mais une mention plus que particulière doit être faite du remarquable Choeur de l’Opera Ballet Vlaanderen, si bien préparé par Jan Schweiger, si déterminant dans cette œuvre qui lui fait la part si belle. Une puissance qui s’impose tout en restant nuancée.

Intégrale du Chansonnier de Louvain par l’Ensemble Sollazzo : magistral et déjà historique

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Leuven Chansonnier. Œuvres de Johannes Ockeghem (c1410-1497), Antoine Busnoys (c1430-1492), Gilles Binchois (c1400-1460), Firmin Caron (fl c1460-1475), Barbingant (fl c1445-1460), Robert Morton (c1430-1479), Walter Frye ( ?-c1475) etc & anonymes. Sollazzo Ensemble. Carine Tinney, Marie Théoleyre, Yukie Sato, Perrine Devillers, soprano. Andrew Hallock, contre-ténor. Jonatan Alvarado, Lior Leibovici, Vivien Simon, ténor. Johanna Bartz, traverso. Adrien Reboisson, chalémie, douçaine. Patrick Denecker, chalémie. Rémi Lécorché, sacqueboute. Sophia Danilevskaia, vielle. Filipa Meneses, Anna Danilevskaia, vihuela de arco. Franziska Fleischanderl, psalterio. Floris De Rycker, guiterne, luth. Lukas Henning, Jan Van Outryve, Christoph Sommer, luth. Livret en anglais, français, néerlandais ; paroles en langue originale, traduction en anglais et néerlandais. Janvier 2019 – juillet 2023 (rééd.). Digipack trois CDs 71’06’’ + 72’20’’ + 73’46’’. Passacaille 1150