1 Degree Celsius de Sung Im Her à Avignon : une chorégraphie un brin réchauffée pour parler du réchauffement climatique

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La pièce a pour origine la tristesse du fils de Sung Im Her face au dérèglement climatique. La chorégraphe l’interroge sur le rôle qu’elle doit jouer, il répond “marcher plus”. La marche, le plus simple des mouvements sera donc la base de cette création pour 7 interprètes vêtus de costumes faits de matériaux de récupération. Les opercules de pots de yaourt sont ainsi réutilisés et déploient de très beaux reflets argentés. 

La chorégraphe coréenne formée à P.A.R.T.S, l’école d’Anne Teresa de Keersmaeker qui elle aussi travaille les déplacements, investit la cour du lycée Saint Joseph pour sa première en France avant un passage à Chaillot cet hiver. C’est elle qui ouvre le spectacle avant que les autres danseurs ne la rejoignent pour une marche et une course géométrique millimétrée où tous se frôlent sans se percuter. Chaque interprète explore un mouvement singulier composé d’appuis et de chutes jusqu’à ce qu’une forme de groupe se développe. Certains passages sont plus intéressants, à l’exemple de ce duo d’hommes tout en portés, trop vite interrompus par la marche répétitive ponctuée de roulades. 

Si la feuille de salle donne tous les éléments de compréhension et que le contexte de canicule parle de lui-même, la pièce reste assez abstraite et seule la lumière de plus en plus chaude et large, annoncée coordonnée en temps réel à la chaleur croissante de la Terre, donne une matérialité au propos. 

Le silence est souvent interrompu par la musique d’un autre spectacle ou d’un bar voisin, mais lorsque celle choisie par la chorégraphe retentit dans la cour, on découvre un beat entraînant créé à partir de données climatiques. La ferveur peine pourtant à se transmettre au public assis malgré l’énergie déployée par les danseurs. La chorégraphie et sa dramaturgie ne procurent que peu d'émotions, tandis qu’un sentiment de déjà-vu s’installe pour ceux habitués des pièces d’Anne Teresa de Keersmaeker. 

Crédits photographiques : Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

Festival de Musique La Chaux-de-Fonds : un lancement couronné de succès

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Préparée depuis trois ans par le pianiste argentin Nelson Goerner et l’équipe de la Société de Musique La Chaux-de-Fonds, la première édition du Festival de Musique La Chaux-de-Fonds s’est tenue du 7 au 12 juillet. Le public a chaleureusement accueilli ce nouveau rendez-vous estival, dont une deuxième édition est d’ores et déjà annoncée pour l’année prochaine. Nous avons assisté au concert de clôture.

Une semaine de musique réunissant des interprètes de renom et de jeunes talents autour de concerts de piano, de musique de chambre, de chœur et d’orchestre : l’occasion était idéale de profiter pleinement de ce nouvel événement dans la Salle de Musique, réputée pour son excellente acoustique. Pour cette première édition, on remarquait notamment la présence de l’orchestre de la Seiji Ozawa International Academy Switzerland sous la direction de Kazumi Yamada, de l’altiste Paul Zientara et du violoncelliste Krzysztof Michalski sous l’égide de Renaud Capuçon, ainsi que de l’orchestre Festival Strings Lucerne. Ce dernier assurait le concert de clôture, le 12 juillet, sous la direction de son premier violon solo Daniel Dodds, avec pour solistes la violoniste sud-coréenne Bomsori Kim, Martha Argerich et Nelson Goerner.

Les sonorités originales du Trio Les Heures Bleues

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Circa Diem. Virginie Tasset : Nuit profonde. Tomaso Albinoni (1671-1751) : Sonates en trio op. 1, n° 1, 6,  7 et 8. Virginie Tasset :  Nuit profonde. Max Charue (°1992) : L’Aube. Patrick Leterme (°1981) : Zénith. Jimmy Bonesso (°1991) : Pinkas (Heure Dorée). Muhiddin Dürrüoğlu (°1969) : To dusk and beyond (Crépuscule). Trio Les Heures Bleues. 2025. Notice en français et en anglais. 50’ 51’’. Cyprès CYP4672.

Bang Bang, un duo énergique aux Hivernales 

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Créé en 2017 sous la forme d’un solo, cette pièce physiquement éprouvante pour l’interprète mais jouissive pour le public a beaucoup voyagé au Canada mais aussi en Europe et en France. Le chorégraphe et interprète Manuel Roque décide de transmettre cette partition à Nils Levazeux pour la danser en duo. Proposée aux Hivernales à Avignon jusqu’au 20 juillet, cette pièce met en scène deux corps solidaires face à l’effort.  

Bang Bang explore le double sens du mot performance : à la fois comme dépassement physique et comme représentation de ce travail. 

Tout commence par un squat répété dont le rebond se transmet aux pieds puis à l’ensemble du corps. Le son des pieds qui frappent le sol fait office de bande sonore. Tantôt à l'unisson, tantôt en réponse, les déclinaisons se poursuivent. Les danseurs sont d'une précision folle dans un spectacle où la moindre baisse de concentration ne leur permettrait plus de reprendre en rythme. 

Vive le sujet ! Tentatives réussies de Zoé Lakhnati et Nicole Genovese à Avignon 

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Ce programme historique pensé conjointement avec la SACD est un laboratoire de création qui commande à deux artistes une rencontre avec une personnalité de leur choix. Cela aboutit à deux formes de 30 minutes dans l’écrin du jardin de la vierge du lycée Saint Joseph. Ce concept créé en 1997, apparaît toujours comme un joyeux temps d’essais. 

Zoé Lakhnati, chorégraphe formée au CNSMD de Lyon puis à P.A.R.T.S, propose une rencontre avec Claudia Atletica, bodybuildeuse pour la pièce Claudia the Virgin. 

La chorégraphe se place au pied de la scène, en costume noir aux épaules larges avec lunettes de soleil et cheveux tirés inspectant les derniers spectateurs qui s’installent. Vigile attentive, elle reçoit des ordres de la sécurité en voix off. Tout est fin prêt pour l’apparition de la vierge. 

Vous avez bien lu, la vierge apparaît dans un immense drapé bleu pétrole et salue sa miniature blanche en ce lieu magnifique. Un autel se constitue à ses pieds, composé d’une statue d’athlète, de coupes de victoires sportives et de baskets dorées. Du tissu s’extrait Claudia Atletica et son corps veiné, aux muscles saillants. 

La rencontre opère quand la danseuse tombe à plat ventre, la bodybuildeuse se dresse alors debout sur son dos. Magie du spectacle vivant en extérieur, quelques gouttes de pluie tombent. Peu à peu les rôles s’estompent : elles jouent de leurs poids, contrepoids et de la gravité pour proposer des figures multiples avec différents points de contact et portés. C’est au moment où l’on s’interroge sur ce qui se joue que la voix off revient et se demande “qui protège qui ?”. 

Sonya Yoncheva et Leonardo García-Alarcón nous transportent dans un voyage imaginaire à travers les genres, les lieux et les temps

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Tout commence avec un air de Salome extrait du San Giovanni Battista d’Alessandro Stradella, réinventés par une chanteuse au sommet de ses moyens et un quarteron de cracks de la Cappella Mediterranea emmenés par Leonardo García-Alarcón.

Et le voyage de se poursuivre entre pièces instrumentales très typées (Monteverdi, Caldara, Cavalli, Ribayaz, Murcia, Diaz) et pages chantées d’origines diverses (air d’Adelanta dans Serse de Cavalli, madrigal de Monteverdi, air final de Dido & Aeneas de Purcell, chant traditionnel bulgare, air de la nourrice Arnalta dans l’Incoronazione di Poppea, air de Minerva dans El Prometeo complété par García Alarcón lui-même, madrigal de Dowland). La voix rayonne à son sommet : force nette des éclats aigus, sobre profondeur des graves, incroyable ductilité d’un medium capable d’absorber et d’accumuler les atmosphères les plus variées. Chaque instant devient alors un moment de poésie unique, relié entre eux avec un naturel subjuguant et, d’une page à l’autre, avec une diversité de climats affriolante. Le tout au travers d’un dialogue avec les instruments, tous solistes à leur tour, de la Cappella Mediterranea qui distillent des moments de joie, de tristesse ou de rêverie avec une santé inépuisable. On est bien là face à une musique de chambre au meilleur sens du terme où chaque page révèle des instants inattendus mais spécialement concentrés dans la démarche de chaque œuvre, les pages instrumentales constituant par ailleurs des enchainements percutants qui se fondent dans une aura quasi initiatique. Le bonheur est total et constant, sans aucun relâchement mais avec une complicité qui, au-delà du survol des contrées et des périodes, nous raconte une histoire.

Traverso, pianoforte et clavecin autour de J.S. Bach et ses fils

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J.S. Bach & Sons. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonate pour flûte et continuo en sol majeur Wq. 133. Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) : Sonate pour flûte et continuo en mi mineur FK. 52. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en mi bémol majeur BWV 1031 [Siciliano, arrgmt. W. Kempff]. Sonates pour flûte et continuo en la majeur BWV 1032. Sonate en ut majeur BWV 1033 [AdagioPresto]. Suite en ut mineur BWV 997. Anthony Romaniuk : Prélude. Toshiyuki Shibata, traverso. Anthony Romaniuk, clavecin, pianoforte. Livret en anglais, français, allemand. Mai 2024. 59’09’’. Channel Classics CCS 49725

BaroQuiales "Alexander's Feast

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Créé en 1998, le festival des BaroQuiales est devenu au fil des années un rendez-vous culturel incontournable dans les Alpes-Maritimes. Né à Sospel, il rayonne aujourd'hui à travers les communes de la Roya-Bévéra, un territoire au riche patrimoine où chapelles, églises, cathédrale, portes monumentales et monastère offrent un cadre exceptionnel aux concerts.

Pour cette édition, les BaroQuiales ont fait étape dans cinq communes de l'est des Alpes-Maritimes : Saorge, Sospel, Menton, Nice et La Trinité. La programmation s'articule autour de l'oratorio Alexander's Feast de Haendel, œuvre majeure du répertoire baroque.

Sous l'impulsion de la compagnie artistique et culturelle La Chambre et de son directeur artistique Jean-Sébastien Beauvais, le festival défend une approche qui mêle musique, transmission et création. Fidèle à son identité baroque, il encourage les projets originaux, accompagne les jeunes ensembles et développe des actions de médiation culturelle à travers des masterclasses et des projets pédagogiques destinés aux musiciens amateurs.

Cette volonté de transmission se concrétise cette année par un stage vocal de six jours. Des choristes venus de toute la France s'y retrouvent pour préparer l'œuvre avant de rejoindre les instrumentistes et les solistes lors du concert de clôture, donnant naissance à un chœur éphémère réuni autour d'un même projet artistique. Ce travail collectif trouve son aboutissement dans une interprétation d'une remarquable cohésion, où professionnels et choristes amateurs partagent la scène avec une même exigence artistique.

L'organisation du festival se révèle à la hauteur de ses ambitions artistiques. Portée par une équipe soudée, passionnée et particulièrement investie, elle contribue pleinement à la réussite des BaroQuiales et à l'accueil chaleureux réservé aux artistes comme au public.

Esther, l’opéra de Thomas de Hartmann d’après Jean Racine : première gravure mondiale

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Thomas Alexandrovitch de Hartmann (1885-1956) : Esther, opéra en trois actes. Corinne Winters (Esther), Yuriy Yurchuk (Assuérus), Andrew Foster-Williams (Mardochée), Bernard Richter (Aman), Olga Bezsmertna (Élise), Edwin Crossley-Mercer (Hydaspe/Asaph), Paul Appleby (Chantre) ; The Grange Festival Chorus ; Bournemouth Symphony Orchestra, direction Kirill Karabits. 2025. Notice et synopsis en anglais. Livret de l’opéra en français, avec traduction anglaise. 115’ 47’’. Un coffret de deux CD Pentatone PTC 5187 424.

Apogée de la violence pour T’façon on est en 2012 de Loraine Dambermont 

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Créé en 2025, T’façon on est en 2012 est un trio qui cherche à questionner le phénomène des clash en ligne. Après Toujours de ¾ face !, le second opus de la trilogie mes années bagarre laisse un goût plus âpre. 

Tout commence par la retransmission audio d’extraits du “clash des Lopez” : un phénomène internet qui montre des membres d’une même famille s’insulter par vidéos interposées. Dans les sous titres projetés, certains mots sont tronqués pour nous éviter une violence langagière. Cela n'empêchera pas l’expression d’une grande violence physique. Trois silhouettes se dégagent en jogging noir dans une lumière presque toujours blanche. Les danseurs prennent des poses hachées nettes pour donner corps aux mots. Les mouvements se répètent puis s’accélèrent jusqu’à ce qu’un des danseurs prenne une chaîne pour fouetter le sol. Reste ensuite le silence glaçant, de ce qu’on peut interpréter comme une mise à mort. Puis l’action reprend et le son de plus en plus fort accompagne une lumière puissante qui nous fait face. Les trois interprètes avancent vers nous, on craint qu’ils descendent dans le public pour lui faire mal. 

Si l’on peut saluer le travail de coordination entre son et geste, ainsi que l’endurance des trois danseurs, on retient plutôt la démonstration de la violence qui met le public à rude épreuve plutôt que la dénonciation de la virilité toxique. 

Si l’on peut saluer le travail de coordination entre son et geste, ainsi que l’endurance des trois danseurs, on retient plutôt la démonstration de la violence qui met le public et le corps des interprètes à rude épreuve plutôt que la dénonciation de la virilité toxique.