Le Briefing classique de la semaine

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Chères et chers mélomanes,

Une semaine d'apothéose pour la planète classique, dominée par le sacre d'Ettore Pagano au Concours Reine Elisabeth, et ponctuée de nominations structurantes, de prises de position institutionnelles fortes, ainsi que d'hommages à plusieurs figures disparues. Tour d'horizon des faits qui ont rythmé nos scènes et nos studios, glanés du côté de nos confrères de Pizzicato, Scherzo, The Violin Channel et Slipped Disc, sans oublier notre propre Journal Crescendo.

À la une : Ettore Pagano remporte le Concours Reine Elisabeth

C'est l'événement bruxellois du printemps : le violoncelliste italien Ettore Pagano a été proclamé Premier Lauréat de l'édition 2026 du Concours Reine Elisabeth consacré au violoncelle, à l'issue d'une finale tenue à Bozar avec le Belgian National Orchestra dirigé par Antony Hermus. Le jeune musicien italien recevra, pour quatre années, le Goffriller de 1733 qui fut l'instrument personnel de Pablo Casals — geste patrimonial inédit pour cette édition particulièrement chargée en symboles (75ᵉ anniversaire du Concours, 150ᵉ de la naissance de la Reine Elisabeth et de Casals). Le palmarès, salué par la presse spécialisée, génère également un fort retentissement médiatique en Corée du Sud autour du candidat arrivé en deuxième position.

Nominations et mouvements de baguettes

La semaine a été particulièrement riche en annonces institutionnelles. Evan Rogister est nommé Generalmusikdirektor de la Deutsche Oper am Rhein, où il succédera dans une maison à forte tradition germanique. Étonnante précocité à Stuttgart : Omer Ein Zvi, vingt-et-un ans, devient Premier Kapellmeister du Staatsoper, signe d'une confiance rare accordée à un chef de cette génération. En Belgique, Benedikt Spierings prend la tête de l'ASOBV, la nouvelle institution issue de la fusion entre l'Opera Ballet Vlaanderen et l'Antwerp Symphony Orchestra — une recomposition qui dessine la nouvelle géographie lyrique et symphonique flamande.

La Belle au bois dormant de Charles Silver, enfin réveillée !

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Charles Silver (1868-1949) : La Belle au bois dormant, opéra en quatre actes et neuf tableaux, dont un prologue. Guylaine Girard (Aurore, La Reine), Julien Dran (Le Prince/Le Chevalier errant), Kate Aldrich (La Fée Urgèle/Dame Gudule), Thomas Dolié (Le Roi), Mathieu Lécroart (Barnabé), Clémence Tilquin (Jacotte/Le Page/La Fée Primevère), Adrien Fournaison (Éloi/Le Grand Sénéchal) ; Hungarian National Choir ; Hungarian National Philharmonic Orchestra, direction György Vashegyi. 2025. Documentation en anglais et en français. Livret en français, avec traduction anglaise. 128’ 57’’. Un livre-disque de deux CD Palazzetto Bru Zane BZ 1064. 

Roches, catacombes et marteaux-piqueurs : rencontre avec la compositrice Finola Merivale

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Nous avons rencontré la compositrice Finola Merivale à Paris, une semaine avant la fin officielle de sa résidence au Columbia University's Institute for Ideas and Imagination. Situé rue de Chevreuse, à deux pas de Montparnasse, l'Institut se distingue à peine des autres immeubles résidentiels. Pourtant, derrière sa porte, il abrite un jardin ombragé, une salle de concert et des espaces de travail pouvant accueillir les résidents, issus pour la plupart de la prestigieuse université Columbia de New York dont Finola Merivale qui, en 2023, a terminé son doctorat de composition.

Acclamée par la presse (Washington Post, New York Music Daily, The Wire), la musique de Finola Merivale est intense, immersive et audacieuse, mêlant énergie, cacophonie et méditation. Parmi ses distinctions récentes figurent les bourses de MacDowell (2025), de la Fondation Civitella Ranieri (2024), du Conseil des arts d'Irlande (2025), ainsi qu'un prix du Conseil des arts de New York. En 2021, Merivale et ses collaborateurs ont remporté le Fedora Digital Prize pour As an nGnách / Out of the Ordinary, un opéra communautaire en réalité virtuelle commandé par l'Irish National Opera. En 2022, elle collabore avec l'ensemble new-yorkais Desdemona pour son premier album-portrait, Tús, paru chez New Focus Recordings.

Désignée comme l'une des « 23 compositrices à suivre en 2023 » par le Washington Post, Finola Merivale vient de sortir son nouveau disque Abhaile en collaboration avec la saxophoniste Catherine Sikora. Quelques jours après le concert de présentation organisé au Columbia University's Institute for Ideas and Imagination, elle s'apprêtait à partir pour l'Irlande, son pays natal, où ses œuvres étaient jouées au National Concert Hall de Dublin.

Entre création électronique, écriture et improvisation, ce nouvel album place sur un pied d'égalité compositrice et interprète, réunies autour d'une même esthétique et d'une même quête sonore. Intitulé Abhaile (« maison » en irlandais), il réunit trois pièces, chacune représentant une étape créative de la compositrice entre New York, Paris et l'ouest de l'Irlande. Dans sa musique, l'expérience personnelle et le vécu se transforment cependant en sensations universelles, où le bruit de la ville et les sons de la nature tissent des liens renforcés par le geste créatif.

Lors de notre entretien, nous avons évoqué la conception de certains morceaux du disque, le sentiment d'appartenance à un lieu ainsi que l'importance des rencontres dans le processus de création.

Mettre en scène une messe : la Missa da Requiem de Verdi à l’Opéra national de Nancy-Lorraine

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Mettre en scène une messe, et plus particulièrement celle du Requiem de Verdi ?

Une mise en scène a pour but de donner à voir, de mettre en images et en mouvements, de « réaliser », de concrétiser ce qui n’existe que dans des mots et des sons, que dans des évocations. Une bonne mise en scène achève une œuvre, l’accomplit – elle lui est alors fidèle - ; elle va même jusqu’à en faire apparaître des sens ou des prolongements inédits – lecture politique, psychanalytique, actualisée - ; elle se risque  parfois à des équivalences scéniques – avec des univers plastiques parallèles, comme chez Castellucci, par exemple, qui a si merveilleusement réussi son Requiem de Mozart.

Voilà qui se justifie très bien pour un opéra : des personnages plus que typés y sont confrontés à des passions, à des événements qui les révèlent. Ils aiment, détestent, trahissent, secourent, se consument et meurent ; ils sont nobles, naïfs, traîtres ou retors. Mais il advient toujours quelque chose sur une espèce de ligne du temps. Le récit progresse jusqu’à sa conclusion. La mise en scène, illustrant les faits et les états d’âme, progresse elle aussi.

Mais on a également souhaité mettre en scène des oratorios, qui sont, pour faire bref, des récits édifiants : on raconte, on distribue un peu la parole, mais les affrontements directs sont plus rares. Il y a quand même une progression du récit, ce qui rend possible, comme on l’a pas mal fait depuis un certain temps, la mise en scène de ces œuvres. En tenant compte en outre encore d’un désir de renouveler le corpus fermé du répertoire lyrique.

Mais mettre en scène une messe ?

Portrait musical d’Artemisia Gentileschi, avec l’ensemble Agamemnon

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Artemisia. Œuvres de Giovanni Battista Fontana (c1589-1630), Lucretia Orsina Vizana (1590-1662), Orazio Tarditi (1602-1677), Salomone Rossi (1570-1630), Domenico Mazzocchi (1592-1665), Girolamo Frescobaldi (1583-1643), Francesca Caccini (1587-1645), Ippolito Tartaglino (c1539-c1582), Orlando di Lasso (1532-1594), Alessandro Grandi (1590-1630). Ensemble Agamemnon. François Cardey, cornet. Amandine Trenc, soprano. Anaëlle Blanc-Verdin, violon. Sarah Van Oudenhove, basse de viole. Étienne Floutier, lirone. Louis Capeille, harpe triple. Mathieu Valfré, orgue, clavecin. Avril-mai 2024. Livret en français ; paroles traduites en français. Livret et traduction en anglais accessibles par code QR . 60’25’’ Seulétoile SE14

L'IA, les remix, le répertoire et les enjeux : du jardin clos à l'horizon

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Dans une tribune publiée le 26 mai dernier, l'excellent journaliste Philippe Astor — dont les analyses des industries musicales comptent parmi les plus rigoureuses du paysage francophone — alerte sur ce que l'accord conclu entre Spotify et Universal Music Group, annoncé cinq jours plus tôt, prépare pour la musique populaire : un jardin clos où l'intelligence artificielle musicale ne serait autorisée qu'à produire des dérivés licenciés d'œuvres dont les métriques d'engagement ont déjà été éprouvées. Philippe Astor mobilise une métaphore thermodynamique d'une grande justesse : les modèles génératifs entraînés sur des corpus déséquilibrés produisent ce que la topologie de leur espace latent rend stable. Les bassins majoritaires absorbent les trajectoires, les minorités stylistiques sont topologiquement marginalisées. Sans intervention morphogénétique délibérée, l'IA générative produit mécaniquement de la convergence culturelle.

Cette analyse est juste, et elle mérite d'être prolongée. Car ce que Philippe Astor décrit comme menace pour la musique populaire, le classique le subit déjà depuis dix ans — d'autant plus silencieusement qu'aucune tribune n'est venue le nommer.

Une marginalisation déjà accomplie

La musique classique représente entre 1 et 2 % des écoutes mondiales sur les plateformes de streaming. Ce chiffre, déjà modeste, ne dit pourtant pas grand-chose de la déformation interne du genre que ces mêmes plateformes ont opérée. À l'intérieur du segment classique, une hiérarchie algorithmique s'est imposée qui n'a plus aucun rapport avec la cartographie patrimoniale réelle du répertoire.

Les playlists classical relaxing, classical for studying, peaceful piano qui structurent l'entrée du classique dans le streaming sont saturées par une vingtaine d'œuvres et une dizaine de compositeurs : Vivaldi, Pachelbel, Einaudi, Yiruma, le Clair de lune de Debussy, l'Adagio d'Albinoni qui n'est pas d'Albinoni, quelques pages de Satie. Ces œuvres ne sont pas représentatives du répertoire ; elles sont représentatives de ce que les métriques d'écoute valorisent : la rétention sans interruption, l'absence d'aspérités, la compatibilité avec une écoute distraite.

Pendant ce temps, l'école viennoise post-1908, le baroque français hors Lully-Rameau-Charpentier, la musique ancienne médiévale, le contemporain non-occidental, les compositrices avant 1900, le lied allemand non-Schubert sont topologiquement marginalisés au sens exact que Philippe Astor donne à cette expression. Leur existence est cataloguée mais non circulante.

Chez Crescendo, notre base discographique Phono.Crescendo consolidée approche les 5 300 entrées critiques. Cette masse documente un répertoire vivant, alimenté par une centaine de labels indépendants qui font, dans les faits, l'essentiel du travail patrimonial — Alpha Classics, Ricercar, Glossa, Hyperion, Harmonia Mundi, et tant d'autres. Or rien de ce travail ne pèse mesurablement dans l'expérience streaming dominante, où le superfan-écouteur de Mozart se voit recommander Mozart, puis Mozart, puis ce qui ressemble à Mozart.

Étudiants non-européens : le tournant flamand et ses zones d'incertitude

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Pendant la semaine finale du Concours Reine Élisabeth, on a entendu, aux abords du Bozar, autre chose que les violoncelles des candidats. Des étudiants du Koninklijk Conservatorium Brussel (KCB) y jouaient en plein air, sur les marches du Cinémathèque royale et à l'entrée de la galerie Ravenstein, une action qu'ils ont baptisée « Requiem for culture ». L'objet de la mobilisation tient en un chiffre : leurs frais d'inscription, pour ceux qui viennent de pays hors Espace économique européen, passent de 9 000 à 17 500 euros par an. La mesure est entrée en vigueur immédiatement, y compris pour les étudiants déjà engagés dans un cursus.

L'événement, médiatique par son cadre, est en réalité le moment visible d'une décision plus large. La mesure découle du décret-programme budgétaire flamand pour 2026, qui réduit de quelque 30 millions d'euros le financement des étudiants non-EER, dans une coupe globale de plus de 80 millions sur l'enseignement supérieur. La mécanique est connue : le minerval des étudiants européens est verrouillé par décret, celui des extra-européens reste à la main des établissements ; la tutelle a donc invité ces derniers à relever ce qu'elle pouvait relever. La question qui se pose, par-delà la comptabilité, est celle de l'équation que cette décision crée pour les conservatoires.

Une décision qui touche bien au-delà du KCB

L'enseignement supérieur artistique flamand est entré en quelques mois dans un nouveau régime tarifaire. La hausse appliquée au KCB n'est qu'une déclinaison d'un mouvement plus large : la mode à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers passe de moins de 9 000 à 25 000 euros, la musique à la LUCA School of Arts d'environ 8 000 à près de 10 000, le KASK de Gand de moins de 3 500 à 8 800. Plusieurs établissements — VUB, RITCS, EhB — relèvent le tarif pour les étudiants extra-européens dans des proportions différentes.

Les institutions ont accompagné la mesure. L'Erasmushogeschool Brussel, dont relève le KCB, a décidé fin avril une mesure transitoire pour les étudiants non-EER déjà inscrits, ramenant le coût aux alentours de 11 000 euros le temps que la cohorte concernée termine sa formation. Le RITCS et le KCB ont lancé conjointement le Future Voices Fund, qui vise 50 000 euros d'ici fin juin pour ramener les droits à 5 000 euros par an pour deux étudiants sur la durée d'un master. La Fondation Roi Baudouin abrite une campagne de soutien. La direction du KCB rappelle que 70 % des étudiants sont étrangers, dont près de 10 % hors Union européenne, et insiste sur l'importance pédagogique de cette diversité dans une école d'art.

Concours Reine Elisabeth : une session de grande envergure

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Les lumières de la fête sont éteintes : nous sommes face à nos souvenirs. Ils s’agrègent et quelques observations s’imposent.

On commencera par saluer le haut niveau individuel des candidats : tous les finalistes méritaient bien leur qualification pour l’épreuve ultime. Avec un remarquable niveau d’excellence instrumentale . Une chose est sure : la jeune génération des violoncellistes est bien armée. D’autant plus que cette maîtrise technique se met au service d’une franche musicalité.  A un point tel qu’avec certains lauréats, en tout cas les quatre premiers classés), on assistait bel et bien à un concert plutôt qu’à une prestation de concours.

La jeunesse est par ailleurs dominante. La moyenne d’âge de ces finales était proche de 24 ans alors que celle des finalistes classés n’atteignaient que 22 ans et demi. Il est clair que, compte tenu du niveau technique des candidats, seule leur musicalité joue un rôle discriminant et la plupart des jeunes musiciens, s’ils ont réellement quelque chose à nous dire, le montrent très tôt dans leur développement individuel et en tout cas bien avant qu’ils n’atteignent 25 ans. Au point que l’on peut se demander ce qu’ils peuvent encore nous apporter de nouveau six à sept ans plus tard. Leland Ko, cinquième prix, est à ce titre une exception. Sa maturité est évidente mais il l’a met au service d’une inventivité décontractée qui ravit les auditeurs. Les autres aînés parmi les finalistes affichent un métier réfléchi mais sans cette pointe de créativité qui font les grands de demain.

Les deux cadets (un petit 20 ans) s’affirment en tout cas comme de solides musiciens : Alvaro Lozano Cames (5e) et, surtout Tae-Yeon Kim (2e) dont la prestation demeure un modèle d’inventivité respectueuse.

L’intérêt des jeunes violoncellistes pour le répertoire moderne est évident : onze finalistes ont présenté un concerto écrit au 20e siècle, seul un Dvořák représentant l’ère romantique. Le goût évolue entrainant dans cet effort un public visiblement conquis. Le timbre du violoncelle est par essence celui de la voix humaine : les compositeurs de l’ère moderne ont su lui conserver son expressivité chaleureuse. Une remarque qu’explique aussi la personnalité de Rostropovitch, associé à 10 des 12 concertos entendus cette semaine.

Un classement logique

Ce sérail de très bons musiciens rendait le choix entre les finalistes complexe. Six d’entre eux méritaient de se trouver parmi les Premiers Prix et cinq s’y retrouvent. On ne regrette donc qu’un seul absent, Lionel Martin qui avait littéralement révélé dès le lundi soir le vrai potentiel de l’imposé allant d’offrir un fier panache au concerto de Dvořák. Le jury lui a préféré Maria Zaitseva, le type même de la bonne élève consciencieuse mais qui reste un peu trop dans sa rectitude littérale.

Pour le reste, les deux premiers prix s’imposaient. Ettore Pagano est un musicien racé, servi par une sonorité généreuse et un impressionnant sens de la construction sans que ces qualités restreignent un franc naturel libérateur. Tae-Yeon Kim affiche un sacré tempérament qui donne forme aux structures les plus compliquées (son imposé est d’une implacable logique) et qui est servi par une sonorité, à la fois ferme et ample. Celle-ci lui permet d’affronter avec un engagement révélateur le concerto de Lutoslawski qui, après Hayoun Choi en 2022, propulse une nouvelle fois une candidate déterminée vers les hautes sphères. D’une volonté ardente mise au service d’un dialogue fertile avec l’orchestre, sa lecture du Lutoslawski restera un moment majeur de l’édition 2026.

Concours Reine Elisabeth ; Tae-Yeon Kim, une énergie conquérante

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Bachelor of Music du Curtis Institute où elle a étudié avec Gary Hoffmaan et Peter Wiley avec une bourse de la Jacqueline du Pré Memorial Fellowship, Tae-Yeon Kim  (Corée, 20 ans)nous arrive, malgré son jeune âge, bardée d’une belle collection de prix et de concerts.

D’emblée, elle pose sa marque sur l’imposé. Une cadence d’entrée engagée, une ode hivernal énergique où la concurrente lutte littéralement avec l’orchestre : Tae-Yeon Kim a décidé d’empoigner « Four Odes to the Tidings of Flowers » de Fang Man et de le mener à bon port sans fléchissement. Par contraste, le printemps devient une véritable réflexion, directe, sans détours mais qui laisse chanter les belles sonorités du violoncelle. La soliste maintient une démarche combative tout au long de l’été. L’automne développe pour sa part une chaude complicité avec l’orchestre. La vision de la concurrente prêche un fort appétit de vie : à la fin d’une semaine de doutes, c’est revigorant.

A entendre son exécution de l’imposé, on comprend que Tae-Yeon Kim ait choisi le concerto de Lutoslawski. Conçue comme un conflit entre le violoncelle et l’orchestre, l’œuvre fut écrite à la demande de Rostropovitch qui le créa à Londres en 1970. Sa femme, Galina Vichnevskaïa le décrivait d’ailleurs comme un « Don Quichotte du 20e siècle ». L’œuvre est jouée d’un seul tenant avec quatre épisodes entouré d’une introduction et d’une cantilène et finale. Comme on pouvait s’y attendre l’attaque solo, savamment cadencée, de l’introduction crée un obsédant climat d’attente. Quelques brefs appels de trompette et les cuivres s’emballent sans rien faire perdre à la soliste de son self control : elle développe au contraire un puissant soliloque face à l’effervescence d’un orchestre agité. Elle mène le jeu avec une ténacité implacable, entraine l’orchestre dans un tourbillon sonore et affirme une liberté revendiquée dans le quatrième épisode. La cantilène est habitée d’une incontestable force de conviction, celle d’un chant humaniste revendiqué qui s’engouffre dans un finale militant où la soliste domine toutes les sollicitations de l’orchestre. Une sacrée performance. Rappelons que c’est avec ce même concerto que Choi avait gagné la précédente session du Reine Elisabeth.