Franck et Chostakovitch : un couplage réussi

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César FRANCK (1822-1890) : Sonate en la majeur pour violoncelle et piano (transcription de la Sonate en la majeur pour violon et piano). Dimitri CHOSTAKOVITCH (1906-1975) : Sonate en ré mineur pour violoncelle et piano op. 40. Bartosz KOZIAK (violoncelle), Justyna DANCZOWSKA (piano). DDD–2018–57’ 17’’–Textes de présentation en polonais et anglais–Sarton Records 032-2

L’ensemble Philomèle dépoussière Maurizio Cazzati et Carlo Donato Cossoni

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Carlo Donato COSSONI (1623-1700) : Extrait des “Terzo libro de motetti a voce sola Op. 12”, extraits du “Salve Regina”, extraits du “Primo libro delle canzonette amorose Op.7”. Maurizio CAZZATI (1616-1678) : Extraits de la “Suonate a due violini e basso continuo Op.18”, extraits des “Quinto libro delle canzonette a voce sola con violini a beneplacito Op.46”, extrait des “Diporti spirituali Op.49”, extrait des “Arie e cantate a voce sola Op.11” et extrait des “Quatro libro di canzonette a voce sola Op.43”. Textes de présentation en français, anglais et italien -  traductions en français et anglais – Claves Records SA 2018.

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À l’occasion de la sortie dans les bacs de son très bel album Chamber Music dont nous nous sommes fait l’écho par ailleurs, Camille Pépin nous a fait l’honneur de répondre à quelques questions. La jeune Française de 28 ans aux nombreuses récompenses n’est pas seulement une compositrice talentueuse ; c’est également une personnalité attachante, d’une spontanéité, d’une fraîcheur et d’une humilité désarmantes. Aussi rythmés et dansants que certaines de ses œuvres, ses propos sont ponctués de points d’exclamation qui trahissent un tempérament et un enthousiasme fulgurants. C’est peu dire que nous sommes tombés sous le charme de cette artiste dont nous serons sans aucun doute amenés à reparler…

Ce premier disque consacré à vos œuvres répond-t-il à l’idée que vous vous en faisiez? Comble-t-il toutes vos attentes?

Absolument ! Mais il faut dire qu’en tant que compositrice et productrice de l’album, j’étais à l’abri des mauvaises surprises. J'ai été présente à chaque étape : j'ai imaginé ce projet il y a maintenant deux ans, j'ai travaillé avec les musiciens qui me suivent depuis le début et qui ont créé les pièces, j'ai assuré la direction artistique de l'enregistrement et j’ai produit le disque. J'avais également choisi dès le départ mon ingénieur du son, Clément Gariel ; nous avions déjà travaillé ensemble et j'avais beaucoup aimé son travail. J'ai donc pu enregistrer en toute confiance avec mes interprètes et ingénieur du son de prédilection ! Le fait d'enregistrer à l'Ondif (Orchestre national d'Île-de-France) a été tout aussi important pour moi, car leur concours de composition Îles de Création a été un véritable tremplin dans ma carrière. Bref, j'ai été très heureuse de réaliser cet enregistrement "en famille" et n'ai aucun regret concernant ce disque. J'en suis même fière…! 

Pierre-Yves Pruvot, baryton et éditeur

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Le baryton Pierre-Yves Pruvot est bien connu du public belge. Finaliste du Concours Musical Reine-Elisabeth, il est un invité régulier de l’Opéra de Liège et d’autres scènes belges. On le retrouve en Golaud dans Impressions de Pelléas de Marius Constant (Fuga Libera), sujet de départ de cet entretien. Mais Pierre-Yves Pruvot est également le co-fondateur des éditions Symétrie de Lyon, l’une des plus belles réussites éditoriales dans le milieu de la musique.    

Vous avez participé à l’enregistrement  d’Impressions de Pelléas (rôle de Golaud), réinterprétation du Pelléas et Mélisande de Debussy  par le compositeur et chef d’orchestre français Marius Constant. Comment avez-vous découvert cette “version” si particulière ?

Constant a réussi le tour de force de « concentrer » le chef d’œuvre de Debussy en le réduisant environ d’un tiers de sa longueur. Non pas que l’opéra soit trop long, mais il s’agit plutôt ici de présenter l’ouvrage dans une forme plus intime : les personnages secondaires et le chœur disparaissent ainsi que certaines scènes, d’autres passages sont raccourcis, et la version de Constant débute avec la lecture de la lettre par Geneviève, comme une sorte de flashback. D’autre part, Constant utilise ici deux pianos seulement, qui ne cherchent bien sûr pas à se substituer à la richesse de l’orchestre debussyste, mais qui contribuent cependant à donner une dimension à la fois intime et riche de la partition de Debussy. Je connaissais l’existence de cette version réduite mais je n’avais pas eu l’occasion de m’y plonger avant la proposition que m’ont faite Inge Spinette et Jan Michiels, les deux merveilleux pianistes belges instigateurs de ce projet.

Salonen et le Philharmonia : l'indéniable qualité d’un orchestre et de son chef  

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En 1947, Dinu Lipatti, établi à Genève où il avait accepté une charge d’enseignement au Conservatoire, devenait l’un des patients du Dr Henri Dubois-Ferrière, pionnier du développement de l’hématologie en Suisse. Au sommet de ses moyens, l’artiste poursuivait une carrière internationale, même si son état de santé allait en se dégradant. Main dans la main, les deux hommes, qui étaient unis par une profonde amitié, décidèrent  de lutter contre l’inéluctable. Mais, pratiquement, à bout de forces, le pianiste donna un ultime récital le 16 septembre 1950 lors du Festival de Besançon puis s’éteignit à Genève le 2 décembre. Vingt ans plus tard, son médecin, victime d’un cancer, le suivait dans la tombe le 8 juillet 1970. Dès ce moment-là, les proches songèrent à établir une fondation portant leurs deux noms, fondation qui, aujourd’hui encore, tente de réunir des fonds en organisant un concert de gala, ce qui fut le cas le 1er mars au Victoria Hall. Grâce à l’aide de généreux donateurs, le premier montant récolté est estimé à plus d’un demi-million de francs suisses, montant qui permettra le développement de thérapies cellulaires innovantes pour les enfants atteints de leucémie ou de lymphome.

Premier enregistrement consacré aux œuvres de la jeune compositrice française Camille Pépin !

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Camille PÉPIN (*1990): Chamber Music, Lyrae, Indra, Luna, Kono-Hana. Raphaëlle Moreau, Louisa Salmona, violon; Léa Hennino, alto; Natacha Colmez-Collard, violoncelle; Célia Oneto Bensaïd, piano; Anaëlle Tourret, harpe; Thibault Lepri, percussions; Fiona McGown, mezzo-soprano. Ensemble Polygones, dir. Léo Margue. 2019-72’32"-Textes de présentation et textes chantés en français et anglais-NoMadMusic NMM057

Assister à la floraison d’une œuvre d’art digne de ce nom est toujours source d’un bonheur indicible. Mais il n’est pas de plus grande béatitude que de contempler l’éclosion d’un véritable artiste ! Face à la myopie et à l’opportunisme des populismes qui gangrènent actuellement nos démocraties occidentales, à l’égocentrisme et à la haine de ceux qui les plébiscitent, il n’y a plus guère que l’artiste pour porter à bout de bras la flamme vacillante de l’espérance, pour raviver en l’Homme une étincelle d’humanité, un feu de compassion, des éruptions de joie.

Aïda de Verdi à l'Opéra de Liège

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Depuis sa double création triomphale au Caire puis à La Scala de Milan en 1871-72, Aïda fait partie des opéras les plus joués dans le monde entier.

Verdi, pourtant, s’est tout d’abord montré circonspect à propos de ce sujet exotique qui lui a été proposé alors qu’il avait déjà refusé de composer une œuvre de circonstance à destination du nouvel Opéra du Caire, à l’occasion des festivités qui entouraient l’inauguration du Canal de Suez. Ce n’est que sous la pression de quelques amis influents qu’il va se laisser bientôt tenter, mettant dès lors le meilleur de son talent au service d’un livret qui n’est pas sans failles ni incohérences, tant dans le déroulé des événements que dans le profil psychologique des protagonistes. Ainsi par exemple, comment comprendre que la fille du Pharaon accepte de rivaliser avec son esclave dans la conquête du cœur du héros, alors qu’il lui suffit de trucider sa rivale, selon les mœurs de l’époque… ? Vous me direz que dans ce cas il n’y a plus d’histoire à raconter, et vous aurez raison…

Boesmans et Ravel avec l'OPRL sous la baguette de Gergely Madaras

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Événement pour l’Orchestre philharmonique royal de Liège qui se produisait à Liège et Bruxelles sous la baguette de son directeur musical désigné : Gergely Madaras et dans un programme qui illustrait bien son ADN : une création mondiale et une grand pièce de Maurice Ravel, compositeur qu’il sert toujours si bien. Ce concert était également une belle rampe de lancement pour Gergely Madaras qui succédera, dès septembre 2019, à Christian Arming au poste de Directeur musical de la phalange liégeoise.

Un opéra de Franz Liszt

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Franz LISZT (1811-1886) : Sardanapalo–MazeppaJoyce EL-KHOURY (soprano), Airam HERNANDEZ (ténor), Oleksandr PUSHNIAK (baryton basse), Damen des Opernchores des Deutschen Nationaltheaters Weimar, Staatskapelle Weimar, dir. Kirill KARABITS. DDD–2019–67’ 01’’–Textes de présentation en allemand et anglais–Audite 97.764

Franz Liszt a laissé inachevées une vingtaine d’œuvres, parmi lesquelles figurent un concerto pour violon, une symphonie dite révolutionnaire et un opéra italien intitulé Sardanapalo. Inspiré de Lord Byron et écrit entre 1846 et 1851, cet opéra couvre tout de même cent onze pages manuscrites et contient notamment un prélude et quinze airs, qui ont été édités et orchestrés par le musicologue britannique David Trippett, et dont le label discographique allemand Audite vient de donner le premier enregistrement mondial. Il ressortit à ce qu’on a parfois appelé la « veine sensationnelle » du théâtre lyrique du XIXe siècle, dans le style de Vincenzo Bellini, Giacomo Meyerbeer et du Richard Wagner de Rienzi.

Avec ces fragments (cinquante minutes de musique tout de même), on est à la fois au cœur du romantisme byronien et dans l’univers sonore de Franz Liszt – le Franz Liszt des poèmes symphoniques. On peut du reste les mettre en parallèle avec Mazeppa, qui a été composé à leu près à la même époque d’après un poème de Victor Hugo  et pour l’orchestration duquel Joachim Raff a apporté son concours. Non, Sardanapalo n’est pas un chef-d’œuvre, mais il ne manque pas par moments de puissance et montre en tout cas à quel point Franz Liszt a toujours été un musicien inspiré, c’est-à-dire un artiste animé d’un extraordinaire souffle créateur. Une très intéressante découverte.

Jean-Baptiste Baronian

Son  9 – Livret  5 – Répertoire  8 – Interprétation  9

Gustavo Gimeno à Genève

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Gustavo Gimenez/conductor
Photo: Marco Borggreve

Durant sa saison, l’Orchestre de la Suisse Romande organise deux ou trois concerts ‘extraordinaires’, souvent subventionnés par une banque. Ainsi, le 27 février, le Crédit Suisse a contribué à la venue du chef espagnol Gustavo Gimeno et du pianiste français François-Frédéric Guy. Agé de quarante-trois ans, le maestro a derrière lui une longue expérience, puisqu’il a été percussionniste au Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam dès avril 2002 avant de devenir l’assistant de Mariss Jansons ; il a aussi travaillé avec Bernard Haitink et Claudio Abbado qu’il a aidé lors de la formation de l’Orchestre Mozart de Bologne et de celui du Festival de Lucerne. Depuis la saison 2015-16, il est le directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Luxembourg ; et il occupera le même poste auprès de l’Orchestre Symphonique de Toronto à partir de septembre 2020.