Un dialogue au sommet, Martha Argerich – Antonio Pappano

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Pour la troisième fois depuis avril 2013, l’Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia di Roma se produit sous la direction de son chef titulaire, Sir Antonio Pappano, dans le cadre d’une tournée suisse organisée par le Service Culturel Migros. 

À Genève, le 7 novembre, dès les premières mesures de l’ouverture d’Euryanthe de Weber, l’on est impressionné par la parfaite cohésion des pupitres dans ce début en fanfare où se révèle le brillant des cordes avant que les vents ne profitent d’un rallentando pour chanter le motif d’amour du chevalier Adolar. En un frémissement presque imperceptible, violons et alti en sourdines évoquent le monde des esprits que dissipera le dessin précis des cordes graves proclamant fièrement l’union de l’héroïsme et de la passion.

A Genève, un nouveau Léman Lyriques Festival 

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A En ces jours-ci prend forme un nouveau festival, le Léman Lyriques Festival qui, en l’espace de quatre jours, se déroule entre Genève et Evian. Et son infatigable promoteur, le chef d’orchestre Daniel Kawka, dédie la première édition à Richard Wagner dont plusieurs pages sont mises en perspective avec la création contemporaine. L’ambition de transmettre un héritage aux jeunes générations fait naître aussi un partage culturel transfrontalier, car trente-quatre étudiants de la Haute Ecole de Musique (HEMU) de Genève viennent compléter les rangs de ‘Ose !’, l’orchestre symphonique de quatre-vingts jeunes musiciens professionnels français créé en 2013 par Daniel Kawka. Et le premier concert de cette double formation a eu lieu au Victoria Hall de Genève ce mercredi 6 novembre en présentant une création récente de Michael Jarrell encadrée par deux longues scènes de Tristan und Isolde et de Siegfried.

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Vantardises d’Hercule suivi d’un chien-monstre verdâtre, éclosion de Vénus au milieu d’une fleur géante, facéties des pages, pleurs de Déjanire prolongés d’une interminable traîne, tout ce que l’on voit prête à rire. Vols planés, plongées sous terre, vagues de carton... dès le premier tableau du Prologue où seuls les visages dorés des choristes apparaissent dans les rayons du soleil, le public est pantois. Il le restera jusqu’au final où dieux, astres, roi Louis XIV et sa future épouse -pour lesquels l’œuvre avait été commandée à Cavalli par Mazarin- scintillent en une pyrotechnie formidablement réglée. L’ingéniosité règne, l’humour également, bon enfant, loin de la parodie ou de la dérision. D’autant plus efficace qu’un plateau agile, familier du style baroque, dirigé de main de maître par les metteurs en scène Valérie Lesort et Christian Hecq, s’approprie ce ton léger, ces blagues juvéniles, sans jamais négliger de servir la musique.

Crescendo, fréquentation, déclinaison des jokers et digital 

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En octobre, vous avez été 38 976 à lire Crescendo Magazine, il s’agit d’un record de fréquentation sur le site, un chiffre qui témoigne de l’intérêt croissant pour nos parutions. Nous tenons à vous remercier de votre fidélité et vos retours positifs sur nos publications. Si la France, la Belgique et la Suisse composent le trio de tête du lectorat, les Etats-Unis et l’Allemagne complètent ce top 5, preuve d’un intérêt au-delà des mers et de la langue française pour les actualités liées à la musique classique. 

Depuis la rentrée, plusieurs rédactrices et rédacteurs ont publiés leurs premiers articles sur le site. Nous souhaitons la bienvenue à Clara Inglese, Gabriele Slizyte, Jean Lacroix, Carlo Schreiber, Jean-Pierre Saussus. D’autres nouveaux rédacteurs vont également nous rejoindre et vous pourrez les lire en ce mois de novembre. Il nous tient particulièrement à coeur de renforcer notre équipe de rédaction et l’appel à candidats lancé en septembre est toujours d’actualité. 

Dans le prolongement de l’évolution récente de notre logo, nous sommes heureux de vous proposer une déclinaison des jokers pour affiner l’identification des parutions méritantes qui se détachent de l’intarissable torrent des nouveautés. Le Joker de Crescendo est désormais décliné en trois catégories : 

Gaetan Le Divelec, agent artistique 

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Gaetan Le Divelec est l’un des hauts responsables de l’agence artistique londonienne Askonas Holt, l’une des majors internationales du management artistique. Hautboïste de formation, ce natif de Nantes évoque pour Crescendo son parcours, les évolutions du marché de la musique et le Brexit et ses conséquences. 

La première question est simple. Qu’est-ce qui vous a orienté vers le management d'artistes ? 

En 1989, alors que je terminais mes études à la Royal Academy of Music, j’ai eu la chance de rejoindre les rangs d’un orchestre de chambre constitué de jeunes musiciens de mon âge, le Parnassus Ensemble. C’était un ensemble dynamique, qui surfait sur la vague de libéralisation qui venait d’être déclenchée par le gouvernement de Margaret Thatcher (que par ailleurs j’abhorrais !) : l’auto-entreprise était encouragée, les contraintes administratives quasi-inexistantes. Parnassus était depuis sa création un orchestre en autogestion, et j’ai vite rejoint l’équipe de 4 ou 5 de mes collègues qui assurait l’organisation des activités de l’orchestre, tout en y jouant. Le plus vieux d’entre nous avait probablement 25 ans, nous avons enregistré, tourné jusqu’au Japon, sommes devenus l’orchestre privilégié de Hans Werner Henze qui nous invitait à tous les festivals où sa musique était mise en avant. Les Cantiere Internazionale d’Arte de Montepulciano sont devenus notre résidence estivale. Mon rôle était focalisé sur l’organisation de nos tournées en Europe. Ce fut ma première opportunité de m’essayer au management artistique, et j’aimais ce rôle de facilitateur : je prenais plaisir à apporter aux publics une musique en laquelle je croyais, et je prenais plaisir également dans le fait que mon travail contribuait à aider les jeunes musiciens talentueux qui m’entouraient à générer un peu de revenus supplémentaires. Nous étions tous free-lance, un concept relativement nouveau à l’époque, et chaque livre sterling, chaque concert, chaque tournée comptait. 

Requiem de Mozart par Teodor Currentzis : une théâtralisation du sacré

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Le dimanche 27 octobre, le Théâtre du Châtelet qui, un mois à peine auparavant, venait de rouvrir ses portes après deux ans et demi de travaux, accueillait son deuxième concert de la musique classique (le premier étant le déjeuner-concert de l’Orchestre de Chambre de Paris le 18 octobre). Et le théâtre a frappé fort : le Requiem de Mozart par l’Orchestre et le Chœur MusicAeterna et le Chœur MusicAeterna byzantina, dirigés par le chef charismatique Teodor Currentzis.

Le fait est bien connu, le chef attire autant d’admirateurs que de railleurs, pour ou contre son idée et son interprétation toujours très originales. Ce jour-là, la salle était remplie d’inconditionnels -voire fanatiques, parmi lesquels de nombreux russes. Ont-ils pris la peine de venir de Russie et d’autres pays et région d’Europe à la rencontre de leurs idoles ? Une ovation debout du public surexcité et un nombre inhabituel de cars stationnés devant le théâtre renforcent cette hypothèse. D’ailleurs, une musicienne russe croisée après le concert nous a confirmé que dans son pays, il est impossible d’obtenir des billets tellement ils partent à la vitesse de l’éclair.

Œuvres vocales de György Kurtág

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György Kurtág  (né en 1926) : Scènes d’un roman op. 19–Trois inscriptions anciennes op. 25–SK bruit souvenir op. 12–Fragments d’Attila Jozsef op. 20–Sept chants op. 22–Requiem pour un ami op. 26–En souvenir d’un soir d’hiver op. 8. Susan NARUCKI (soprano), Donald BERMAN (piano), Curtis MACOMBER (violon), Nicholas TOLLE (cymbalum), Kathryn SCHULMEISTER (double basse). DDD–2019–65’–Textes de présentation en anglais, allemand et français–AVIE AV2408

A Genève, un duo d’exception, Renaud Capuçon – Nelson Goerner

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Pour chacune de ses saisons, l’Agence Caecilia organise deux séries de concerts, une première qui a lieu au Victoria Hall comportant récitals de piano et soirées symphoniques et une seconde se déroulant à la Salle Centrale dédiée à la musique de chambre. Et c’est donc dans cette catégorie que s’est inscrite, vendredi 1er novembre, la rencontre mémorable de deux artistes talentueux, le violoniste Renaud Capuçon dialoguant avec le pianiste Nelson Goerner.

La première partie est consacrée à Mozart et à l’une de ses sonates écrite à Mannheim en février 1788, la Cinquième en la majeur K.305, n’incluant que deux mouvements. Avec une énergie roborative, le piano développe l’Allegro di molto où le violon glisse une note de mélancolie avant de laisser à son partenaire le soin d’exposer le thème élégant, suscitant de brillantes variations à la saveur primesautière. Puis est présentée la Sonate en si bémol majeur K.454, composée en avril 1784 pour la virtuose italienne Regina Strinasacchi, que Mozart lui-même accompagnera le 29 en jouant de mémoire sa partie qu’il n’avait pas eu le temps de rédiger ! Au Largo initial, violon et piano prêtent un coloris mordoré que l’Allegro innervera d’élans fougueux en articulant soigneusement chaque phrasé. L’Andante livre un intimisme au bord des larmes, s’assombrissant pour laisser échapper un cri du cœur, vite réprimé par une aspiration à la sérénité qu’octroiera le Finale avec une légèreté de touche apparemment enjouée.

L’Orchestre Symphonique de la Radio bavaroise triomphe à Anvers

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C’est avec plus qu’un peu d’impatience que l’on attendait la trop rare venue en nos contrées de l’Orchestre Symphonique de la Radio bavaroise dans la belle Salle Reine Elisabeth d’Anvers, dans un programme qui avait tout pour mettre la prestigieuse phalange munichoise en valeur sous la direction son directeur musical Mariss Jansons, certainement l’un des meilleurs chefs d’orchestre de l’heure.

Mais une désagréable surprise attendait les mélomanes, puisque le programme annonçait que le chef se voyait contraint d’annuler pour raisons de santé les trois derniers concerts de sa tournée européenne et qu’il serait remplacé par Daniel Harding qui avait également légèrement modifié le programme annoncé, remplaçant les Quatre interludes symphoniques d’Intermezzo de Richard Strauss initialement prévus par le Todtenfeier (1888) de Mahler, morceau symphonique qui deviendra le premier mouvement de la Deuxième symphonie du compositeur.

Finzi : musique chorale des îles britanniques

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Gérald FINZI (1901-1956) : Oeuvres chorales : Magnificat, Welcome sweet and sacred feast, My lovely one, God is gone up, Nunc dimittis, White-flowering days, All this night, Seven Poems of Robert Bridges et Lo, the full, final sacrifice. The Choir of Trinity College Cambridge, Trinity Brass, Alexander Hamilton et Asher Oliver, orgue ; direction : Stephen Layton. 2019. Livret en anglais. 74.22. Hypérion CDA68222.