Passerelle conceptuelle entre Asie et Occident 

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Qigang Chen (né en 1951) : Wu Xing the Five Elements ; La joie de la Souffrance : concerto pour violon et orchestre ; Fritz Kreisler (1875-1962) : Tambourin Chinois ; Sergei Rachmaninov (1873-1943) : Danses symphoniques. Maxim Vengerov, violon ; Shanghai Symphony Orchestra, Long Yu. 2018-Livret en anglais et allemand-74’21-DGG-483 6606.

Un trop ignoré Dussek entre Mozart et Beethoven

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Jan Ladislav Dussek (1760-1812) : Concerto pour deux pianos en si bémol majeur, op. 63 ; Quintette pour piano, violon, alto, violoncelle et contrebasse en fa mineur, op. 41 ; Notturno concertant en mi bémol majeur, op.68. Olga Pashchenko, Alexei Lubimov, fortepianos - Finnish Baroque Orchestra.  DDD-2018-Notice en allemand, anglais et français. 86'57". Alpha-Classics, Alpha 416

https://breesechamber.org/mujeres-solteras-en-santiago-del-estero/

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Si l’on connaît bien la musique pour orchestre du grand compositeur franco-libanais Bechara El-Khoury, régulièrement programmée et enregistrée par des chefs comme Paavo Järvi, Daniele Gatti, Daniel Harding et bien d’autres, on connaît moins sa musique pour piano, pourtant essentielle dans son oeuvre. À l’occasion de la parution d’une anthologie, sous les doigts du pianiste Giacomo Scinardo (Naxos), Crescendo Magazine s’entretient avec le compositeur. 

On vous connaît plutôt comme compositeur de musique symphonique, mais la musique pour piano est également importante pour vous. Pourquoi ?

Depuis mon enfance, j'ai toujours été attiré par le grand orchestre symphonique ! Cela me faisait rêver et me procurait un plaisir inouï ! Bien sûr, j'aimais aussi beaucoup le piano car j'ai commencé à l'apprendre à l'âge de six ans. D'ailleurs, à douze ans j'avais écrit deux concertos pour piano et orchestre et quatre autres ont suivi jusqu'à l'âge de seize ans et bien entendu, ils ne sont pas repris dans mon catalogue, comme mes huit symphonies de l'époque.

Qu’est-ce que le piano peut rendre comme expression ou couleurs que  l’orchestre ne permet pas ?

Le piano solo est plus intime à mon avis et je constate qu'en général ma musique pour piano est parfois plus évoluée que ma musique pour orchestre !

La Salle Favart célèbre le 200e anniversaire d’Offenbach avec Madame Favart

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Madame Favart, l’opéra comique en trois actes d’Offenbach créé à la fin de sa vie en 1878 -il mourra en 1880- permit au compositeur d’origine allemande un retour « sur scène » après une période difficile suite à la défaite française face à la Prusse. C’est le dernier éclat de sa vie, le « dernier grand succès » selon le chef Laurent Campellone.
Mais notre impression sur cette production est mitigée : il est déconcertant de suivre constamment un mélange de musiques de styles tout azimut pendant 2 heures 30. Certes, Offenbach savait parfaitement comment fonctionnait le public et il a concocté une belle partition qui, à la fois, répondait aux attentes de ce dernier et le surprenait. Ainsi, à côté d’un joyeux ensemble pour l’Orphée aux enfers, on trouve des envolées lyriques très amples ou encore une tyrolienne. Aujourd’hui, pour nos oreilles qui ne sont pas (ou plus) habituées à ce genre de patchwork, la surprise agit autrement et il nous faut du temps pour pouvoir tout digérer… Au milieu de tout cela, cependant, un très bel air de Charles-Simons Favart dans l’acte III, justement surprenant dans sa facture (on frôle le music-hall !), montre le parfait savoir-faire de l’homme qui fut un temps le roi de l'opérette.

Apprendre à aimer le hip-hop: de l’intérêt d’une approche sociologique de la musique

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Nous sommes en direct des demi-finales du Concours Reine Elisabeth 2019. Une musicienne classique au micro de Camille de Rijck s’extasie devant la complexité technique d’une œuvre qui vient d’être interprétée en ajoutant : « Ah ça, ce n’est pas de la simple musique pop ! ». Le journaliste de la RTBF rattrape vite le coup en spécifiant « Oui, avec tout le respect que nous avons pour nos collègues du milieu de la pop. » Je suis très déçue de n’avoir pas pu remettre la main sur l’enregistrement de cet incident à la fois drôle et gênant auquel j’ai assisté en direct, tant il m’a frappé et tant j’aurais voulu le partager.

Quelques jours plus tard, mon compagnon me montre un article croustillant trouvé sur Slipped Disc[1]. Sujet de l’article : L’attribution du prix Pulitzer (catégorie musique) au rappeur Kendrick Lamar en 2018. Son auteur, Norman Lebrecht, décrit cet événement comme « un sacré coup de poing dans la figure de la composition contemporaine ». Il poursuit en disant que « tout critique à moitié éveillé aurait pu nommer une douzaine de créations classiques récentes de compositeurs américains qui auraient mérité une considération sérieuse » et demande aux membres du jury s’ils pourraient expliquer leurs critères.

La vérité est que le seul critère est le suivant : la commission Pulitzer décerne chaque année le prix à « une composition musicale remarquable écrite par un Américain, créée ou enregistrée aux États-Unis pendant l’année ». A l’instar du prix Nobel de littérature octroyé à Bob Dylan, ce Pulitzer marque une première dans l’Histoire : aucun artiste de chanson populaire, encore moins de hip-hop, n’avait reçu cette récompense auparavant. Mais alors que même les fans de Dylan n’étaient pas tous sûrs que des chansons puissent être qualifiées de « littérature », DAMN., l’album pour lequel Lamar reçoit ce prix, est indéniablement une œuvre de musique contemporaine américaine. La seule règle que le jury ait enfreinte, c’est la règle implicite selon laquelle ce prix est réservé aux musiciens des sphères de la musique savante (à savoir, la musique écrite).

À Genève, une Belle au Bois Dormant par de jeunes Russes 

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Pour achever sa saison, le Grand-Théâtre de Genève invite le Ballet Yacobson de Saint-Pétersbourg pour quatre représentations de l’un des grands chefs-d’œuvre de Tchaikovsky, La Belle au bois Dormant.

Fondée en 1969 par le chorégraphe Leonid Yacobson, cette compagnie est totalement indépendante d’un théâtre et regroupe de jeunes danseurs constituant en fait le Ballet Académique National de Saint-Pétersbourg, avec actuellement à sa tête Andrian Fadeev, ex-danseur étoile devenu son directeur artistique depuis 2011. Elle est accompagnée par la formation qui collabore régulièrement à ses spectacles, l’Orchestre Symphonique National de Saint-Pétersbourg, placé sous la direction d’un chef chevronné, Alexander Titov.

La chorégraphie a été confiée à Jean-Guillaume Bart qui avait été promu danseur étoile à l’Opéra de Paris le 5 janvier 2000 lors d’une représentation de La Belle au Bois Dormant ; et maintenant c’est lui qui élabore sa propre version d’après celle de Marius Petipa qui en est la base historique. S’y dégage aussi l’influence de la production parisienne de Rudolf Nureyev que Jean-Guillaume Bart a dû danser maintes fois, en incorporant certaines de ses trouvailles comme la scène des tricoteuses du premier acte, l’intermède dansé dans la partie de chasse ou le voyage de la Fée des Lilas et du Prince dans une nacelle en forme de cygne. Dans le dernier tableau, il rétablit même, lors de l’évocation des contes de Perrault, la rencontre de Cendrillon et du fils du roi en quête de la pantoufle de vair. Et sa relecture est développée avec fluidité dans un décor sobre utilisant les intérieurs de palais et sous-bois tirés des cartons des Galli-Bibiena et des costumes tout aussi simples élaborés par Olga Shaishmelashvili sous de beaux éclairages dus à Evgeny Ganzburg.

« The Forest », le douloureux vitrail de Bryce Dessner à la Fondation Louis Vuitton

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Rendez-vous immanquable des amoureux du violoncelle, les récitals de la Classe d’Excellence de Gautier Capuçon à la Fondation Louis Vuitton à Paris sont aussi le creuset d’un nouveau répertoire pour ensemble de 7 violoncelles, frais et diversifié. Commandant à foison autant à Guillaume Connesson qu’à Matthias Pintscher, en passant par Bruno Mantovani et Salvatore Sciarrino, c’est aujourd’hui au compositeur américain Bryce Dessner de relever le défi.

Sa pièce The Forest est un douloureux vitrail construit tout en symboles.
En tant que citoyen du centre de Paris depuis quelques années désormais, c’est en voisin que Bryce Dessner a décidé de consacrer une œuvre à la blessure qu’a représenté il y a quelques semaines l’incendie de la Cathédrale Notre-Dame, et surtout de sa « forêt », charpente millénaire qui contient l’Histoire à elle seule.

Pour ce faire, le compositeur a utilisé pour support de courts fragments du célèbre organum Viderunt Omnes de Pérotin (1160-1230). Ainsi, The Forest est traversée de véritables samples-souvenirs de cette Ars Antiqua fondatrice. L’œuvre apparaît donc comme irriguée de l’intérieur par la Cathédrale elle-même, avec ses réminiscences de Pérotin qui chantent au travers des flammes, comme les bribes calcinées et vigoureuses du passé.

 Le luth enchanteur de Thomas Dunford

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Johann Sebastian BACH (1685-1750) : Suite pour violoncelle n° 1 en sol majeur – Suite pour luth en sol mineur (arrangée par Bach d’après la suite pour violoncelle n°5 en do mineur) – Chaconne de la Partita pour violon n°2 en ré mineur . Thomas Dunford (luth).2018 – 56’16’’ – Textes de présentation en français, anglais et allemand – Alpha 361

Lille Piano(s) Festival, grands moments du piano

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L’édition 2019 de Lille Piano(s) Festival fut la dernière concoctée par son fondateur Jean-Claude Casadesus. En effet, le père de l’Orchestre National de Lille, qui demeurait le directeur artistique du Festival, va finalement passer la main dès l’édition prochaine. Pour illustrer cette année-clef, la programmation était particulièrement remarquable avec, notamment, l’entrée de l’orgue dans la programmation.

Récitals d’orgue

C’est à la Cathédrale Notre-Dame de la Treille que les trois récitals d’orgue se sont déroulés. La construction de l’édifice de style néo-gothique mais se servant de technique et de matériel moderne, a débuté en 1854 pour ne se terminer qu’en 1999. La cathédrale possède deux orgues : l’orgue de chœur dû à Cavaillé-Col et date de 1869 et le grand orgue, inauguré en juin 2007 par Jean Gillou. Il s’agit de l’instrument qui se trouvait au studio 104 de la Maison de la Radio à Paris, c'est l’un des plus importants orgues européens. Les récitals ont été donnés sur le grand orgue, tandis que les « préludes » par des élèves du Conservatoire se passaient sur le Cavaillé-Col.

Le 14 juin, Thierry Escaich donne un programme sous le signe de l’improvisation. Son Ouverture improvisée, utilisant des notes rappelant le nom de Chostakovitch, annonce d’emblée la teneur du concert : clarté et virtuosité. Quelques changements au programme permettent d’insérer une improvisation de plus, celle sur le thème initial du Concerto pour violon de Mendelssohn. Celle-ci est merveilleusement… mendelssohnienne, avec toutes les caractéristiques du compositeur comme une figue à veine romantique, des cantilènes à l’instar de Romances sans paroles ou encore un scherzo final et ce, en passant par différentes couleurs instrumentales et orchestrales. Ses idées musicales, d’une richesse impressionnante, s’enchainent de façon si naturelle et si fluide que l’improvisation semble sa langue maternelle. Ses commentaires ponctuent le concert et attirent davantage l’attention de l’auditoire. Après le récital de Ghislain Leroy (titulaire des orgues de Notre-Dame de la Treille) le 16 juin, auquel nous n’avons pas pu assisté, l’un des organistes de Notre-Dame de Paris, Olivier Latry, présente un concert commenté sous le thème de « Bach et les Romantiques ». Son programme est en grande partie constitué de transcriptions, de Schumann, Widor, Liszt, Gigout et, surtout, la Fantaisie et fugue en sol mineur BWV 542 de Bach d’après la version de piano de Liszt réadaptée pour orgue par Olivier Latry. Son interprétation, solennelle, est d'une grande rigueur malgré la fantaisie et le spectaculaire qui caractérisent l’œuvre de Liszt.