Shostakovich et la musique de chambre

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Dmitri Shostakovich (1906-1975) : Trio avec piano n°1 Op. 8 – Quintette avec piano Op. 57 – Sonate pour violon et piano Op. 134 - Modérato pour violoncelle et piano – Sonate pour violoncelle et piano Op. 40 – Trio avec piano n°2 Op. 67 – Sonate pour alto et piano Op. 147. DSCH – Shostakovich Ensemble : Filipe Pinto-Ribeiro, piano – Corey Cerovsek, violon – Cerys Jones, violon – Isabel Charisius, alto – Adrian Brendel, violoncelle. 2018-DDD-CD1 71’56 CD2 78’45-Textes de présentation en anglais, français et espagnol-Paraty-718232

A Genève, une pianiste phénoménale, Beatrice Rana

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Au cours d’une saison, la série ’Les Grands Interprètes’,  organisée par l’Agence Caecilia, permet parfois de découvrir un jeune artiste dans la phase ascendante d'une prestigieuse carrière. Ce fut le cas le 6 février  au Victoria Hall de Genève avec une pianiste de vingt-six ans, Beatrice Rana, née à Copertino dans la province de Lecce. Au clavier dès l’âge de quatre ans, jouant avec orchestre le Concerto en fa mineur de Bach à neuf ans, elle devient élève de Benedetto Lupo au Conservatoire ‘Nino Rota’ de Monopoli et décroche, en juin 2013, la médaille d’argent et le prix du public au Concours Van Cliburn de Fort Worth au Texas. Et son récital à Genève révèle un talent hors du commun.

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C’est à une soirée instructive que nous conviaient, ce 30 janvier au Senghor, Annette Vande Gorne et le Centre Musiques et Recherches, à l’occasion de la Semaine du Son.
Compositrice dont la renommée dépasse de loin nos frontières, Vande Gorne est également Professeur honoraire de composition électroacoustique du Conservatoire Royal de Mons/Arts2. Et donc une pédagogue chevronnée ! Il n’en fallait pas moins pour rassembler un auditoire attentif autour d’un programme d’œuvres de musique acousmatique, articulé autour du thème intemporel des rapports entre musique et texte. Au fil de ce concert-causerie, Vande Gorne nous a donné à entendre, et surtout à comprendre, comment les musiciens acousmatiques conçoivent ce tissage complexe et varié des mots et des sons.

Jodie Devos, colorature, Offenbach

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En marge de la sortie du CD Colorature, nous avons pu nous entretenir avec Jodie Devos, la soprano belge qui met le monde de la musique à ses pieds. 

Jodie Devos, avant de parler de votre actualité et du CD consacré à Offenbach, quels sont les trois événements marquants pour l’année 2018 ?

Cette année a été particulièrement riche mais je citerais tout d’abord l’enregistrement du CD Colorature qui est un grand souvenir. Cette session d’enregistrement fut intense et passionnante.

Ensuite je pense tout particulièrement au rôle de Susanna dans les Noces de Figaro mis en scène à Liège par Émilio Sagi et sous la direction de Christophe Rousset que j’apprécie tout particulièrement. Le rôle de Susanna ne présente pas les caractéristiques d’une voix colorature mais ce rôle me convient bien et je crois que j’aimerai le chanter tout au long de ma carrière. Enfin, je citerais mon rôle d’Arthur dans La Nonne Sanglante de Charles Gounod que j’ai eu l’occasion de chanter à l’Opéra Comique à Paris. C’était une résurrection pour cette œuvre qui n’avait plus été mise en scène en France depuis près d’un siècle. C’était très émouvant !

Jodie Devos fête Offenbach

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Jacques OFFENBACH (1819-1880) : Colorature. Extraits : Boule de Neige, Vert-Vert, Orphée aux Enfers, Un Mari à la Porte, Fantasio, Les Bavards, Mesdames de la Halle, Le Roi Carotte, Les Bergers, Fantasio, Les Contes D’Hoffmann, Robinson Crusoé, Boule de Neige, Boule de Neige,  Le Voyage dans la Lune. Jodie Devos, soprano, Adèle Charvet, mezzo-soprano.  Münchner Rundfunkorchester, Laurent Campellone, direction. 2018. 60’59’’, Livret de présentation en Français, en Anglais et en Allemand. 1 CD  ALPHA 437.

Editorial : Huawei égale Schubert ?

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Tombé en milieu de la semaine dernière, le communiqué de presse de la firme technologique chinoise Huawei a interpellé : l’intelligence artificielle d’un de ses nouveaux smartphones va “terminer” la symphonie n°8 “Inachevée” de Franz Schubert, laissée à l’état de deux mouvements par le compositeur ! Qu’un téléphone qui loge dans la poche “termine” cette partition mythique, c’est certes une performance technologique ! Qu’elle soit réalisable par un smartphone chinois, voilà qui affirme l’Empire du milieu comme un leader incontournable de la technologie et du Soft Power ! Si la nouvelle a fait le tour des grands médias et des sites technophiles, elle est restée peu commentée chez les professionnels de la musique et les mélomanes.

En effet, le combat homme/machine n’est pas neuf et on se souvient des “unes” hébétées quand l’ordinateur Deep Blue d’IBM battit le champion du monde d’échecs Garry Kasparov, en 1997. De plus, “terminer” la symphonie inachevée n’est pas une première. Depuis le début du XXe siècle, plusieurs tentatives ont été menées par des compositeurs, des musicologues ou des chefs d’orchestre. Parmi celles-ci, on relève le concours organisé en 1928 par la Columbia Gramophone Company et gagné par le très oublié Franck Merrick, ou le récent essai du brillant chef suisse Mario Venzago qui livre sa complétion au pupitre de son orchestre de chambre bâlois (Sony). D’autres musicologues ou compositeurs se sont penchés sur la partition, mais au final aucune de ces tentatives émérites ne s’est universellement imposée…!

Beethoven : une intégrale d’envergure pour le Cuarteto Casals

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuors à cordes n° 1, 3, 4 (op. 18), 7 (op. 59 n° 1), 12 (op. 127) et 16 (op. 135) – Sonate pour piano n°9 (op. 14 n° 1).  Cuarteto Casals. 2018 – 3h01’22’’ – Textes de présentation en français, anglais et allemand – Harmonia Mundi HMM902400.02

En 2017, le Cuarteto Casals offrait au public de Barcelone une intégrale des quatuors de Beethoven en 6 concerts, puis exportait ce programme dans les plus grandes salles d’Europe et au Japon, afin de célébrer son 20e anniversaire.

Une émouvante ANNA BOLENA  à Lausanne

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En fond de scène, une longue paroi de bois finement ouvragée, deux ou trois portiques à chambranle que l’on déplace pour suggérer un couloir de palais ou une salle de tribunal, sur la gauche, un lit à baldaquin où le roi se livre à une partie de plaisir torride avec sa nouvelle maîtresse, voilà planté le décor somptueux imaginé par Gary McCann pour la nouvelle production que Stefano Mazzonis di Pralafera a conçue pour Anna Bolena, le trentième ouvrage de Gaetano Donizetti créé au Teatro Carcano de Milan le 26 décembre 1830. Dans une note du programme, il affirme : « J’ai souhaité respecter les intentions du compositeur et de son librettiste en ne perdant pas de vue l’atmosphère et le contexte historique des derniers jours et du destin tragique d’Anne Boleyn ».

Stéréotypes : les transcender ou non

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La Gioconda d’Amilcare Ponchielli dirigée par Paolo Carignani et mise en scène par Olivier Py

Presque universellement et intemporellement, pour la grande masse de ceux qui l’aiment, l’opéra, quelles que soient ses multiples concrétisations (baroque, vériste, wagnérienne, contemporaine), se cristallise en une sorte de forme-stéréotype qui fonde leur passion. Une forme qui confronte ses interprètes à un défi : réussir (ou non) à transcender le stéréotype. A La Monnaie, La Gioconda d’Amilcare Ponchielli en est une remarquable démonstration.

Il convient d’abord que le livret, à la lecture préalable de son intrigue, apparaisse quasi incompréhensible ou plus que sollicité dans ses rebondissements. Ainsi celui-ci d’Arrigo Boito : la Gioconda, une chanteuse des rues aimant-pas aimée ou pas par celui qu’elle voudrait ; la Cieca, sa mère aveugle ; Enzo Grimaldo, un prince exilé ; Barnaba, un espion malfaisant ; Laura Adorno, une femme mariée aimée-n’aimant plus-aimant ; Alvise Badoero, un mari trompé, institutionnellement tout-puissant et jaloux à tuer ; et des figurants Venise-carte postale. Voilà de quoi multiplier les « grandes scènes » : incompréhensions, sentiments exacerbés, douleurs incommensurables, cris de trahison et de vengeance… dague et poison… et narcotique de substitution si besoin en est.

Il Primo Omicidio d’Alessandro Scarlatti, l'utilité (ou pas) de mettre en scène un oratorio

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Parallèlement aux Troyens de Berlioz qui célèbrent l’année anniversaire du compositeur et les 30 ans de l’Opéra Bastille, l’Opéra Garnier présente actuellement (jusqu’au 23 février) Il Primo Omicidio (Le Premier Homicide), un oratorio méconnu d’Alessandro Scarlatti (1660-1725), dans une mise en scène de Romeo Castellucci très stylisée. Dans la fosse, René Jacobs fait (enfin !) ses débuts à l’Opéra de Paris en dirigeant le B’Rock Orchestra.

Le genre Oratorio est avant tout destiné à être exécuté dans un espace dédié, initialement un cadre intime d’oratoire. Même si, par la suite, l’oratorio profane pour des représentations en concert a été inventé, l’époque où vécut le compositeur ne connaissait pas encore cette adaptation, encore moins la grande salle du Palais Garnier. D’où une sensation bancale : l’espace et l’œuvre ne font pas bon ménage !