Sylvia Huang à Bozar: enfin!

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On se souviendra que la violoniste Sylvia Huang, lauréate-surprise du Concours Reine Elisabeth 2019, récompensée également par les Prix du Public attribués par les auditeurs de Musiq’3 et de Klara, s’était également vue décerner la même année le Prix Caecilia du Jeune musicien de l’année par l’Union de la Presse musicale belge, traditionnellement concrétisé par un concert offert au lauréat par Bozar, en règle générale dans la saison qui suit. Entre-temps, le covid est passé par-là et les salles de spectacles ont été fermées si longtemps que cette première visite depuis octobre au Palais des Beaux-Arts -qui a eu depuis à subir les dégâts de l’incendie de janvier 2021- paraît presque irréelle.

Malgré un public masqué et en nombre restreint pour ce concert du dimanche matin inscrit dans la série Bozar Next Generation, ce retour à la musique apparaît presque comme un retour à la vie pour votre chroniqueur (et il n’aura certainement pas été le seul).

Misères et déboires du petit monde de l'opéra à Madrid : « Le convenienze ed inconvenienze teatrali » de Donizetti au Teatro Real

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Le Teatro Real vient de recevoir une série de reconnaissances des prestigieux International Opera Awards 2021 : meilleur théâtre, meilleur jeune chanteur à Xabier Anduaga, présent dans cette production, et il a été mentionné comme «exemple de résilience d'une maison d'opéra face à la pandémie», avec une reconnaissance aussi pour Carlos Alvarez, « mamma » de cette production. Ce qui est clair, c'est qu'une telle distinction ne peut être que le fruit d'un travail d'équipe vraiment exemplaire et le spectateur ressent cela à tous les niveaux, depuis l'accueil des personnes jusqu'aux détails le plus infimes des productions. Bravo, donc aux équipes motivées et compétentes de cette jeune maison qui n'a repris son activité qu'en 1987 après un silence long de plus de 50 ans.

Donizetti qui, tout comme Rossini quelques années auparavant, avait reçu pas mal de commandes de l'incroyable impresario milanais/napolitain Domenico Barbaja, écrivit plusieurs opéras comiques : D. Pasquale, La Fille du Régiment, Rita ou le mari battu, Il Campanello di notte ou L'Elisir d'amore constituent une partie non négligeable de sa production. Le convenienze ed inconvenienze teatrali fut créé à Milan en 1831, après une première version napolitaine, plus courte, en 1827. Vers 1965, le metteur en scène Helmut Käutner intitula sa reprise Viva la mamma avec un tel à propos que ce titre identifie la pièce maintenant.

Donizetti en écrivit lui-même le livret d'après une pièce à succès d'Antonio Sografi. Seuls ceux qui connaissent mal la vie d'un théâtre d'opéra pourront trouver le propos invraisemblable ou parodique. Lorsque Fellini présenta son film Prova d'orchestra, le public trouvait souvent les scènes exagérées ou hors contexte... mais pas le musiciens connaisseurs de la vraie vie d'un orchestre !

Martin Helmchen, Anna Prohaska, Christoph Eschenbach : on fête Weber à Berlin

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Carl Maria von Weber (1786-1826) : Le Maître des esprits, ouverture op. 27. Konzertstück pour piano et orchestre en fa mineur op. 79. Extraits du Freischütz, op. 77 : Ouverture, Airs « Einst traümte meiner sel’gen Base » et « Kommt ein schlanker Bursch gegangen ». Obéron : Ouverture. Martin Helmchen, piano ; Anna Prohaska, soprano ; Konzerthausorchester Berlin, direction Christoph Eschenbach. 2020/21. Notice en allemand et en anglais. Textes des airs vocaux en allemand avec traduction anglaise. 53.33. Alpha 744.

 A Amsterdam, Robert Carsen inverse l’ordre habituel de Pagliacci et Cavalleria rusticana

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Ruggero Leoncavallo  (1857-1919) : Pagliacci, opéra en un prologue et deux actes (1). Pietro Mascagni (1863-1945) : Cavalleria rusticana, opéra en un acte (2). Roman Burdenko (Prologue/Tonio) ; Ailyn Pérez (Nedda) ; Brandon Jovanovich (Canio) ; Marco Ciaponi (Peppe) ; Mattia Olivieri (Silvio). (1). Anita Rachvelishvili (Santuzza), Rihab Chaieb (Lola) ; Brian Jagde (Turiddu), Roman Burdenko (Alfio), Elena Zilio (Lucia). (2). Chœurs du Nederlandse Opera ; Nieuw Amsterdams Kinderchoor ; Netherlands Philharmonic Orchestra, direction Lorenzo Viotti. 2019. Notice en anglais, avec très brefs synopsis. Sous-titres en italien, anglais, français, allemand, japonais et coréen. 157.00. Un DVD Naxos 2.110670. Aussi disponible en Blu Ray.

Harry Bicket, excellence à l’anglaise 

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Le chef d’orchestre anglais Harry Bicket fait l'événement avec la parution d’un nouvel enregistrement de Rodelinda de Haendel. Au pupitre du The English Concert, l’un des plus importants ensembles britanniques, il livre une interprétation magistrale de ce chef d’oeuvre de Haendel. Rencontre avec un artiste qui va toujours de l’avant. 

 Votre nouvel enregistrement avec The English Concert est consacré à Rodelinda de Haendel. Comment situez-vous cet opéra dans l'œuvre complète du compositeur ?

Il fait partie d'une remarquable trilogie d'opéras que Haendel a écrits au cours d'une saison et, surtout, avec des distributions qui se chevauchent. Cela signifie qu'ils jouaient un opéra tout en répétant un autre, ce qui donnait à Haendel le luxe de pouvoir expérimenter et explorer en détail les forces des chanteurs. Rodelinda possède un arc psychologique et émotionnel inhabituel dans les opéras de cette période, et contient des arias ravissantes avec une orchestration extraordinaire, comme Haendel en a rarement retrouvé.

Quels sont les défis interprétatifs et stylistiques à relever pour diriger les opéras de Haendel ?

L'Opera Seria, avec son flot d'arias solo Da Capo, peut sembler peu théâtral aux oreilles modernes, et l'action se déroule à un rythme plus lent que, par exemple, un opéra de Puccini. Cependant, il s'agit de pièces qui explorent les émotions humaines en temps réel plutôt que de les faire avancer rapidement de peur de perdre l'attention du public. Le défi consiste à attirer l'oreille de l'auditeur dans ce monde, à permettre à son imagination d'être stimulée et à reconnaître ses propres sentiments dans les émotions des personnages dépeints. Une grande partie du succès de ces pièces vient aussi de la contribution de l'orchestre, qui doit être un autre membre de la distribution, commentant, propulsant et augmentant la tension du drame.

Thomas Van Haeperen, explorateur contemporain 

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Le chef d’orchestre Thomas Van Haeperen est le fondateur et le directeur musical de l'Ensemble Sturm und Klang. Au pupitre de ses brillants musiciens, il est l’un des infatigables et essentiels animateurs de la scène belge de la musique contemporaine. Alors que sort un album consacré à Jacques Lenot et que s’annonce un concert à la Maison de Peuple de Saint-Gilles, le chef d’orchestre répond à nos questions. 

 Votre nouvel album est consacré aux Propos recueillis de Jacques Lenot. Pouvez-vous nous le présenter ? Qu’est-ce qui vous a poussé à enregistrer ce cycle ? 

Les Propos recueillis de Jacques Lenot sont un cycle de douze pièces pour ensemble instrumental de douze musiciens où le compositeur propose un essai de transcription et d’orchestration d’un cahier de Lieder pour voix d’alto et piano, trois pièces pour piano, et d’un autre cahier pour violon et piano. 

Des poèmes souvent sombres et exaltés d’Else Lasker-Schüler, grande figure de l’expressionnisme allemand du début du 20e siècle, ont inspiré la majorité des pièces, ainsi que ceux de Hölderlin et de Faulkner. Chaque Propos, tel un lied sans parole, développe un univers d’une grande intériorité et d’une forte concentration, à travers une écriture ciselée.

J'ai rencontré Jacques Lenot en 2015, sa démarche artistique et sa personnalité authentique m'ont tout de suite intéressé. Ayant consulté son catalogue, j'ai été surpris de constater qu'un grand nombre de ses œuvres n'avait pas encore été créé. Beaucoup de compositeurs actuels n'écrivent que sur commande, ce n'est pas le cas de Jacques. Ses Propos recueillis me semblaient sa partition la plus adaptée à Sturm und Klang par son instrumentation et ses dimensions pour un projet de concert, puis d'enregistrement.

 L'instrumentation de ce cycle d'une heure comprend le quintette à cordes, les bois (avec une grande variété de timbres : la flûte joue aussi le piccolo, la flûte alto et la flûte basse, le hautbois joue aussi le hautbois d'amour et le cor anglais, la clarinette joue les clarinettes en sib, mib et la, la clarinette basse et le cor de basset) et trois cuivres (cor, trompette, trombone), soit une formation d'ensemble large assez classique, où chaque instrument a un rôle soliste. Cette partition permettait de mobiliser les musiciens de Sturm und Klang dans un projet exigeant.