Éliane Radigue | Occam Océan à Luxembourg

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Un deuxième concert la même semaine, en cette période trouble, voilà de quoi être à la fête, d’autant plus que c’est l’occasion pour moi de découvrir ce « phare » du Kirchberg, fait de pierre de Bourgogne et de verre et né du crayon de Ieoh Ming Pei, l'architecte sino-américain de la pyramide du Louvre, spécialiste de la réconciliation du passé avec le futur.

C’est dans le cadre de l’exposition joints, voids and gaps, dédiée à l’artiste portugaise Leonor Antunes que prend place le concert (préférez le terme « sonic performance ») de ce dimanche, sous un soleil de printemps qui fait monter la température dans l’éclatante verrière du Henry J. and Erna D. Leir Pavilion, au Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean (préférez le terme « Mudam Luxembourg »). Le public est compté -prudence contaminante oblige-, disposé en cercles concentriques au sein même de l’installation (préférez le terme « expanded sculptural objects ») d’Antunes, faite de cordes de coton, d’acier, d’aluminium et de laiton -pas touche ! on évite d’emmêler les pinceaux - et s’évente, le regard circulaire et appréciateur, jusqu’à l’entrée sur scène (en fait, le devant de l’escalier) des Chevaliers d’Occam. Car c’est ainsi qu’Eliane Radigue (°1932) surnomme, avec une certaine affection, les instrumentistes qui, depuis dix ans maintenant, collaborent avec elle pour Occam Océan, vaste cycle d’œuvres instrumentales, inspiré initialement d’une imposante fresque murale accrochée au Los Angeles Museum of Natural History et qui figure, dans l’ordre décroissant, le spectre des ondes électromagnétiques connues.

Les Moreau dans Dvořák et Korngold, une fratrie à suivre

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« A Family Affair » : Anton Dvořák (1841-1904) : Bagatelles, Op. 47* ; Song to the Moon, ext. de Rusalka – Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Mariettas Lied, ext. de Die tote Stadt ; Suite Op. 23*. Jérémie Moreau, piano ; Edgar Moreau, violoncelle ; Raphaëlle et David Moreau, violons*. 2020. 65’18. Livret en français, en anglais et en allemand. 1 CD Erato 0190295241315. 

Hephzibah Menuhin, une musicienne incomparable et une femme admirable

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Hephzibah Menuhin : Homage. Wolfgang Amadeus Mozart (1956-1791) : Sonates pour violon et piano K. 376 et 526 ; Concertos pour piano n°10 (avec Jeremy Menuhin et l’Orchestre de Provence Côte d’Azur dirigé par Philippe Bender), 12 (avec l’Orchestre de Chambre de Moscou dirigé par Rudolf Barchaï), 14 et 19 ; Sonate pour deux pianos K. 448 (avec Louis Kentner) ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Sonate pour violon et clavier BWV 1016 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour violon et piano Nᵒˢ̊ 3 et 7 ; Sonate pour piano No 31 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Liebeslieder-Walzer, Op. 52 (avec April Cantelo, Janet Baker, Richard Lewis, Donald Bell et Louis Kentner) ; Sonate pour violon et piano N° 1 ; les deux Sonates pour clarinette et piano (avec George Pieterson) ; Concerto pour piano N° 1 (avec le Victoria Symphony Orchestra dirigé par Fernando Previtali) ; Robert Schumann (1810-1856) : Sonate pour violon et piano N° 2 ; Franz Schubert (1797-1828) : Rondeau brillant ; Quintette « La truite » (avec les membres du Quatuor Amadeus et James Edward Merret) ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Le Carnaval des Animaux (avec Abbey Simon, Raymond Clark et le Philharmonia Orchestra dirigé par Efrem Kurtz) ; Béla Bartók (1881-1945) : Sonate pour violon et piano N° 1 ; Claude Debussy : Sonate pour violon et piano ; George Enesco (1881-1955) : Sonate pour violon et piano N° 3 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Concerto pour piano, violon et cordes ; Juan José Castro (1895-1968) : Concerto pour piano (avec le Victoria Symphony Orchestra dirigé par Juan José Castro). Yehudi Menuhin, violon ; Orchestre du Festival Menuhin dirigé par Yehudi Menuhin. 1933 à 1980. 10h15’43’’. Livret en français, en anglais et en allemand. 9 CD Warner 0190295270315 (+ 2 DVD, env. 5 heures)

Ivan Repusic, chef d’orchestre 

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Le chef d’orchestre croate Ivan Repusic est le récipiendaire d’un International Classical Music Award, dans la catégorie musique chorale, pour son enregistrement de l’émouvant Requiem glagolitique croate d'Igor Kuljeric et de l'Hymne à la liberté de Jakov Gotovac, publié par BR Klassik. Sanda Vojkovic, membre du jury, a rencontré ce musicien au curriculum impressionnant : chef de l'Orchestre de la Radio de Munich (Münchner Rundfunkorchester) et de l’Orchestre de Chambre de Zadar, et chef invité du Deutsche Oper Berlin,

Vous êtes à la fois le responsable éditorial et le chef d’orchestre de cet album consacré à des oeuvres de Kuljeric et Gotovac. Que représente ce prix des ICMA pour vous ? 

Le prix apporte avant tout un sentiment de satisfaction et de fierté, mais pas tant une fierté personnelle que la fierté que deux compositions vocales croates aient remporté ce prix, et dans une interprétation internationale, ce qui lui donne une importance particulière et me procure un immense plaisir. 

D'autre part, c'est aussi le résultat d'une coopération réussie entre la radio bavaroise, le Ministère de la Culture et des Médias de la République de Croatie, la ville de Zagreb et la salle de concert Vatroslav Lisinski, car le projet a été introduit à Munich et à Zagreb à l'époque où la Croatie présidait le Conseil de l'Union européenne.

Pourquoi avez-vous choisi le Requiem glagolitique croate de Kuljeric ? Que signifie cette oeuvre pour vous en tant qu'artiste ?

Pour moi, le choix de cette oeuvre a été très émotionnel car je connaissais Igor Kuljeric et sa famille et, quand j'étais enfant, je suis allé à la première à Zadar. Pendant la préparation de cet enregistrement, j'ai communiqué en permanence avec Vanja Kuljeric, la femme d'Igor. Je suis aussi allé au Monastère de Saint-Michel où Antun Dolicki a trouvé un vieux texte croate du requiem dont Kuljeric s'est inspiré pour la composition. Je voulais être extrêmement bien préparé pour donner une interprétation exemplaire de cette étonnante composition.

Dossier Puccini (I) : la modernité du compositeur

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Crescendo Magazine poursuit la reprise de ses anciens dossiers. Nous vous proposons ainsi la première étape d'une série d'articles consacrée au compositeur italien : Giacomo Puccini.

Le 1er avril 1924, dans la Salle Blanche du Palais Pitti de Florence, Arnold Schoenberg dirige la première audition en Italie de son Pierrot lunaire. Au premier rang, on peut voir Giacomo Puccini, la partition (prêtée par le compositeur) ouverte sur ses genoux, suivre l’exécution avec la plus vive attention. À la fin, au milieu des huées et des quolibets de la majorité du public, il se dirige vers Schoenberg et s’entretient longuement et amicalement avec lui, s’en faisant expliquer le système d’écriture, et déclarant par la suite à un ami avoir trouvé l’œuvre “très intéressante”. Le jeune Luigi Dallapiccola, âgé de 20 ans, était présent. Puccini se bat alors avec le troisième acte de Turandot, qui demeurera inachevé lorsqu’il mourra à Bruxelles huit mois plus tard.

Cet événement est souvent cité pour témoigner de l’ouverture d’esprit du compositeur et de sa modernité. Fidèle et orthodoxe disciple de Schönberg, René Leibowitz, dans plusieurs de ses livres (dans Le compositeur et son double de 1971 à propos de La Bohème, mais aussi dans Le fantôme de l’opéra) cautionnera ce point de vue de tout son poids d’écrivain “radical” à une époque, pourtant postérieure de près d’un demi-siècle à la disparition de Puccini, où il n’était guère répandu.

A plus de cent ans de distance de l’activité créatrice de l’auteur de Tosca, il importe, avant de lui accorder ou non l’étiquette de “moderne”, de se demander ce que ce terme signifiait à l’époque et signifie de nos jours et, s’agissant d’un compositeur exclusivement voué à la scène lyrique, de l’examiner à la fois quant à la conception théâtrale et son langage musical, celui-ci étant au service de celle-là. Pour cela, il sera nécessaire de le situer par rapport à ses contemporains, principalement à ceux qui ont mis l’Opéra au centre de leur activité créatrice.

Christian Ferras : le violon d'Icare

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Le 14 septembre 1982, le grand violoniste français Christian Ferras, âgé de 49 ans, mettait fin à ses jours en se jetant dans le vide depuis l’appartement du dixième étage qu’il habitait à Paris au numéro 4 de la Place de Barcelone.

Bien que la musique perdît à cet instant l’un de ses plus formidables instrumentistes, la disparition de Ferras est passée quasi inaperçue dans les médias, pour deux raisons principalement. D’abord, comme pour Prokofiev dont le décès a été éclipsé par celui de Staline, la mort de Ferras a été occultée, le jour même, par celle d’une personnalité étatique: la Princesse Grace de Monaco. Ensuite, par dépit, le monde musical s’était progressivement détaché de son prodige. En effet, l’acte irréversible de Ferras achevait une quinzaine d’années de souffrances dues à l’interaction d’un profond désespoir et d’un lourd alcoolisme. Durant ce lent déclin, le jeu s’était un peu fané et la technique n’avait plus affiché autant de sûreté. La maladie avait terrassé l’ardent soliste et broyé l’homme. Ferras était devenu un artiste dont on se souvenait, mais une personne que, par précaution, pudeur, voire hypocrisie, il fallait plutôt éviter, hormis pour de rares proches ou amis.

C’est bien d’un avènement qu’il s’agit en octobre 1946 lorsqu’à 13 ans, comme une incarnation de l’espoir au sortir du conflit mondial, celui que l’on appelle parfois “Le second Menuhin” triomphe pour ses grands débuts à Paris dans la Symphonie espagnole de Lalo et le Concerto de Beethoven. Cet enfant prodigieux est déjà couvert de lauriers : Premier Prix d’Excellence de violon et Premier Prix de musique de chambre du Conservatoire de Nice, Prix d’Honneur de la Ville de Nice, Premier Prix de musique de chambre et Premier Prix de violon, premier nommé à l’unanimité, du Conservatoire National de Paris. Né au Touquet le 17 juin 1933, Christian est le troisième enfant d’Antoinette et Robert, hôteliers qui exercent durant la saison propice dans le Pas-de-Calais, mais vivent le reste de l’année à Nice. Il débute le violon avec son père et, en 1941,entre au Conservatoire de Nice dans la classe de Charles Bistesi qui a étudié chez César Thomson à Bruxelles. Au mois d’août 1944, dans une France en lutte pour sa libération, les Ferras entreprennent un voyage épique afin de se rendre à Paris et d’y inscrire le benjamin de la famille au fameux Conservatoire de la rue de Madrid. Mais la situation militaire les retient à Mâcon. C’est seulement en octobre qu’ils arrivent enfin dans la capitale où Christian est admis dans les classes de René Benedetti pour le violon et de Joseph Calvet pour la musique de chambre. Deux années d’études lui suffisent pour remporter tous les prix en juillet 1946. A la suite de ces succès, dirigé par ses parents, Ferras commence sa carrière. Il va en jouer le jeu avec enthousiasme et abnégation, longtemps préservé par sa juvénile insouciance.

Streamings de la semaine : Liège, Paris, Londres Milan et Mons

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Cette sélection streaming de la semaine commence par l’hommage musical de l’Opéra de Liège à son regretté directeur Stefano Mazzonis di Pralafera. Speranza Scappucci est au pupitre des forces chorales et instrumentales de l’Opéra royal de Wallonie-Liège et des solistes instrumentaux et vocaux participent également à cet émouvant moment de musique. 

A Paris, le talentueux Julien Masmondet retrouvait l’Orchestre de Paris pour un programme intégralement dévolu à Camille Saint-Saëns

On passe ensuite la Manche pour un superbe concert Stravinsky du London Symphony Orchestra sous la baguette de Sir Simon  Rattle.

A La Scala de Milan, le baryton Ludovic Tézier était en récital avec la pianiste Thuy-Anh Vuong.

A Mons, la soprano Clara Inglese et le pianiste Charly Delbecq étaient invités dans le cadre de le semaine de la voix pour interpréter Robert  Schumann et Adrien Tsilogiannis.

Lalo Schifrin et la mandoline

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Lalo Schifrin (1932) et Nicolas Mazmanian (1973) : Créations pour mandoline, piano et accordéon.  Vincent Beer-Demander : mandoline  ;  Nicolas Mazmanian : piano  ; Grégory Daltin: accordéon. 2020.2019 et 2020. Livret en français et en anglais.  60'07.  Label Maison Bleue