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Le jury des International Classical Music Awards  a décerné le prix de l'Artiste de l'année 2022 au clarinettiste et chef d'orchestre suédois Martin Fröst pour sa carrière mondiale innovante, son impressionnante discographie et sa philanthropie. Alexandra Ivanoff, du média hongrois Papageno, a réalisé cet entretien avec le musicien

Que signifie pour vous le prix de l'artiste de l'année des International Classical Music Awards  ?

Cela signifie beaucoup, parce que l'histoire des représentations et des enregistrements est très spéciale dans la vie des musiciens. Et je pense que dans mon cas, il y a toujours eu un équilibre intéressant, parce que je voulais rendre le répertoire de base aussi bon que possible -quelque chose qui m'a toujours obsédé. En même temps, j'étais attiré par l'idée de développer quelque chose de nouveau dans la musique classique, de la présenter sous de nouvelles formes et d'enregistrer de la musique nouvelle. J'ai attendu longtemps avant de sortir des sentiers battus ; c'est pourquoi j'ai un catalogue d'enregistrements assez varié. C'est une partie importante de ma vie, surtout lorsque je propose des enregistrements de Messiaen, de Vivaldi, et des albums qui sortent des sentiers battus comme "Roots" et de "Night Passages". Ce sont  des disques si différents les uns des autres. Alors maintenant, je pense que je fais vraiment ce que je crois être mon meilleur travail.

Comment ces deux années de chaos covidien ont-elles affecté votre réalité et votre vision de l'avenir ?

Je dois être honnête avec vous, j'ai un problème d'oreille interne, une inflammation qui s'appelle la maladie de Ménière. C'est comme un vertige, un problème d'équilibre qui va et vient par épisodes. Tous les deux ans, j'avais un épisode : vous êtes totalement déséquilibré, vous perdez l'ouïe, vous êtes par terre avec des nausées, et le monde entier tourne autour de vous ! Mais, après ne pas l'avoir eu pendant quelques années, je ne l'ai eu que pendant six ou sept mois d'affilée pendant la pandémie. J'ai donc été alité pendant longtemps et je n'ai pas donné de concerts pendant cette période. D'une certaine manière, cela tombait bien, car je n'ai pas eu à annuler quoi que ce soit. Je me débats [encore] avec cela ; parfois, j'ai des malaises pendant un mois ou six mois, puis je suis à nouveau équilibré. Mais je suis toujours créatif, que je donne des concerts ou non. Pendant cette période, je souffrais donc davantage pour mes collègues, pour les danseurs et les acteurs, pour les techniciens et toutes les personnes liées aux arts qui ont vraiment souffert. J'ai souffert d'autres choses, mais pas tellement de la pandémie. J'ai pu rencontrer mon orchestre, et je leur ai dit et redit que cette époque allait apporter un changement. Ne vous préparez pas à revenir [à la situation antérieure] après trois semaines ou un mois ; nous devons nous forcer à ouvrir une nouvelle porte vers l'avenir. 

Ombres et lumière pour le Requiem de Frank Martin

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Frank Martin (1890-1974) : Requiem pour 4 solistes, choeur, orchestre et orgue. Leoš Janaček : Notre Père, pour ténor, chœur, orgue et harpe. Jane Marsh, soprano ; Ria Bollen, contralto ; Claes H. Ahnsjö, ténor ; Robert Holl, basse ; Chœur Wiener Jeunesse ; Rudolf Scholz, orgue ; Orchestre Symphonique de la radio autrichienne ORF (Frank Martin). Heinz Zednik, ténor ; Arcola Clark, harpe ; Chœur ORF ; direction Leif Segerstam. 1979 et 1987. Notice en allemand et en anglais. 60.59. Capriccio C5454.

La tradition du Masque anglais revisitée par Concerto Scirocco et The Theater of Music

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Music for the eyes. Masques and Fancies. John Hilton (1575-1628) : Fantazias I-V ; Preludio. Robert Johnson (1583-1633) : The Satyrs Masque. John Adson (1587-1640) : Courtly Masquing Ayres 16, 17, 20, 21. William Brade (1560-1630) : Paduana ; Der Pilligrienen Tanz ; Canzon XVI ; Coral. Hugh Ashton (1485-1558) – William Whytbroke (1500-1569) : Hugh Ashton’s Masque. William Byrd (c1539-1623) : Sermone Blando. Anthony Holborne (1545-1602) : Almaine The Night Watch. Anonymes : Johney Cock thy Beaver ; Division Woodycock ; A Division ; The Tempest. Concerto Scirocco. Giulia Genini, douçaine, flûte à bec. Alfia Bakieva, Johannes Frisch, violon. Krishna Nagaraja, alto. Amélie Chemin, viole de gambe. Luca Bandini, violone piccolo & grosso. Pietro Modesti, Marc Pauchard, cornet. Susanna Defendi, Nathaniel Wood, sacqueboute. Michele Vannelli, orgue, clavecin, virginal. Giovanni Bellini, luth, théorbe. Gabriele Miracle, percussion. Février 2021. Livret en français, anglais, italien. TT 63’50. Arcana A523

An Evening at the Theatre. Musique anglaise de scène et de danse. Œuvres de William Lawes (1602-1645), Nicola Matteis (c1644-1699), Jacob van Eyck (1590-1667), John Playford (1623-1686), Tobias Hume (c1579?-1645), Matthew Locke (1621-1677) et anonymes. The Theater of Music. Marion Fermé, flûte à bec et direction. Jeanne Zaepfel, soprano. Sandrine Dupé, violon. Isabelle Brouzes, viole de gambe. Victorien Disse, guitare et théorbe. Yvan Garcia, virginal. Nadja Benjaballah, percussion. Février 2020. Livret en anglais, allemand, français. Paroles des chants en anglais non traduit. TT 76’24. Ramée RAM 2002

Décès du compositeur Philippe Boesmans 

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Le monde musical belge et international a appris avec tristesse le décès de Philippe Boesmans, compositeur majeur et figure majeure de la vie artistique de notre pays. 

Né le 17 mai 1936 à Tongres, en Belgique, Philippe Boesmans étudie le  piano au Conservatoire de Liège, avant de de tâter la composition en autodidacte. S’il s’intéresse un temps au sérialisme alors très en vogue dans le monde de l’avant-garde, en particulier en Belgique, il s’en éloigne rapidement conscient des limites de ce langage. Choix courageux tant la doxa sérialiste a ses gardiens du temple en Belgique. 

Philippe Boesmans est désigné en 1985 compositeur en résidence à La Monnaie, maison qui accompagnera sa carrière et qui lui sera d’une fidélité absolue, y compris au fil des changements de direction. La liste de ses oeuvres liées à l’opéra bruxellois est longue : La Passion de Gilles (1983), les Trakl-lieder (1987), orchestration de L’Incoronazione di Poppea de Monteverdi (1989), Reigen (1993), Wintermärchen (1999), Julie (2005), Au Monde (2014). La France est également une terre d'accueil des opéras du musicien :  Yvonne, princesse de Bourgogne, commandée par Gérard Mortier, d’après la pièce est créée sur la scène de l’Opéra Garnier et Pinocchio est donné en première mondiale au  Festival d’Aix-en-Provence. Son opéra, On purge bébé est annoncé à Bruxelles et Lyon au cours de la saison 2022/2023. 

Stéphane Orlando et Henri Storck, le son et l’image d’une même relation

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Stéphane Orlando fréquente obstinément l’image animée (et muette) depuis une vingtaine d’années : à la Cinematek, il est pianiste et improvisateur et ce soir, deux pas plus loin, il prend la scène de la salle Henry Le Bœuf, à la tête de l’Ensemble Musiques Nouvelles (qui s’investit volontiers dans des projets mêlant les disciplines) et devant deux œuvres majeures d’Henri Storck, le père fondateur du documentaire en Belgique.

« Un ciné-concert, c’est toujours un moment, unique et vivant, où des musiciens, d’aujourd’hui, font revivre un moment, unique du passé ». L’exercice est ambivalent : quelle place tient la musique par rapport à l’écran ? Quel sens (l’ouïe, la vue) le public privilégie-t-il ? D’ailleurs, s’agit-il de spectateurs ou d’auditeurs ? Comment les musiciens se connectent-ils à l’histoire qui se déroule dans leur dos ? A quoi veille le chef : à l’orchestre, à la projection, à l’interaction entre les deux ? La musique se cantonne-t-elle à un décor sonore ? Ajoute-t-elle une signification à la narration ? En dérive-t-elle le cours ?

Au fond, improviser devant l’image ou écrire pour elle, en quoi la mission diffère-t-elle pour le compositeur ? La réponse, aujourd’hui à Bozar, dans cette belle acoustique d’un Victor Horta qui, de retour des Etats-Unis, fait évoluer son Art nouveau vers un Art déco plus monumental et géométrique, semble ne pas laisser de place au doute : « l’intention est la même, créer une relation entre les images et le public ».

Un portrait du violoniste Jean Fournier rappelle son élégante musicalité 

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Œuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Igor Strawinsky (1882-1971), Ernest Bloch (1880-1959), Jean Martinon (1910-1976), Josef Suk (1874-1935), Claude Debussy (1862-1958), Gabriel Fauré (1845-1924), Joseph Haydn (1732-1809), Franz Schubert (1797-1828), Johannes Brahms (1833-1897), Antonín Dvořák (1841-1904), Fritz Kreisler (1875-1962), Christoph Willibald Gluck (1714-1787), Manuel de Falla (1876-1946) et Isaac Albéniz (1860-1909). Jean Fournier, violon ; Ginette Doyen, Paul Badura-Skoda, André Collard et Jacques Février, piano ; Antonio Janigro et Pierre Fournier, violoncelle ; Orchestre de l’Opéra d’État de Vienne, direction Milan Horvat et Hermann Scherchen. 1952-1957. Notice en allemand et en anglais. Environ onze heures de musique. Un coffret de 10 CD Profil Hänssler PH22003.

A Genève, un sublime Grigory Sokolov

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Pour sa prestigieuse saison ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence de concerts Caecilia invite une fois de plus le grand pianiste Grigory Sokolov au Victoria Hall de Genève le jeudi 7 avril.

Devant une salle comble, l’artiste présente un programme Beethoven – Brahms – Schumann en commençant par une page moins connue du maître de Bonn, les Quinze Variations et Fugue en mi bémol majeur op.35 dites Variations Eroica. Le thème figurant dans le ballet Die Geschöpfe des Prometheus puis repris dans le final de la Symphonie Héroïque, Grigory Sokolov l’expose pianissimo à la basse tout en martelant les si bémol aigus qui le concluent, avant de développer l’introduction en étirant chaque ligne avec une extrême précision. En une architecture rigoureuse, il enchaîne les variations en répondant à une main gauche vrombissante par des traits de la droite parsemés d’acciaccature agressives. Et la Fugue conclusive bénéficie d’un jeu articulé qui clarifie l’entrelacs mélodique.

Les Trois Intermezzi op.117 de Johannes Brahms impressionnent par leur sonorité décharnée. Le Premier en mi bémol majeur, à fleur de clavier, n’est que tristesse résignée, alors que le Deuxième en si bémol mineur est enveloppé de volubiles demi-teintes laissant affleurer d’anxieuses interrogations. Le Troisième en ut dièse mineur s’étire en une progression tourmentée qui devient pathétique, mais qui laisse les voix intérieures imposer peu à peu un réconfort apparent.

Maria-João Pires à Monte-Carlo avec l'OPMC

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La pianiste Maria-João Pires était l’invitée de prestige de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo sous la direction de Kazuki Yamada, son directeur musical et artistique pour des concerts à l’Auditorium Rainier III de Monaco et au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. 

Le public retrouve la pianiste dans le Concerto n°9 "Jeunehomme" de Mozart, l’un de ses favoris. Pires capture l'esprit du compositeur comme personne. Chacun de ses doigts est possédé comme par des anges, c'est un don qui ne s'apprend pas. Elle a un phrasé unique, une qualité de pianissimo, legato et staccato sublime, tout coule de source.  Le public lui réserve un triomphe et Pires prolonge le bonheur avec un bis : le célèbre Clair de lune de Debussy.