Le War Requiem de B. Britten, 60 ans
Le War Requiem, requiem non liturgique composé par Benjamin Britten, fut créé le pour la reconstruction de la cathédrale de Coventry, détruite pendant la Seconde Guerre mondiale par des bombardements. La cathédrale avait été reconstruite sur un plan de Basil Spence et l'œuvre de Britten lui a été commandée pour la cérémonie d'inauguration de celle-ci. Pour cette même cérémonie, Michael Tippett écrivit un opéra : King Priam.
Il ne s'agissait pas pour Britten de réaliser une œuvre exaltant l'armée britannique victorieuse. Il y vit plutôt une occasion de manifester son rejet de la guerre et de ses atrocités. C'est ainsi qu'il eut l'idée brillante d'associer le cérémonial du Requiem romain à la poésie de Wilfred Owen. Ce dernier, poète bien plus connu en Angleterre qu'en Europe continentale, était un des mieux à même de témoigner de l'horreur de la guerre dans la mesure où, engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale, il avait eu à payer le plus lourd tribut à celle-ci. C'est dans les tranchées des Flandres qu'il écrira un texte d'une amertume cuisante sur ce qu'il vivait en tant que soldat de l'armée britannique, avant de mourir le , une semaine avant l'armistice.
La distribution prévue pour la création mérite d'être notée, car elle manifeste bien l'intention de Britten. Elle comprend trois des chanteurs les plus connus de l'époque : le baryton allemand Dietrich Fischer-Dieskau, la soprano russe Galina Vichnevskaïa, ainsi que l'interprète des œuvres de Britten et son compagnon, le ténor anglais Peter Pears. Conçu dans une ambition de réconciliation et de devoir commun de tous les peuples d'éviter la réitération d'un tel conflit, le War Requiem est une méditation, parfois extrêmement douloureuse, sur les pertes suscitées par les guerres.