John Ogdon, les enregistrements Argo
John Ogdon. The Argo Years. Oeuvres de : Felix Mendelssohn (1809-1847), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1792), Franz Liszt (1811-1886), Robert Schumann (1810-1856), Igor Stravinsky (1882-1971), Dimitri Shostakovitch (1906-1975), Olivier Messiaen (1908-1992). Derek Wickens, hautbois ; Robert Hill, clarinette ; Martin Gatt, basson ; Barry Tuckwell, cor ; John Ogdon et Brenda Lucas, pianos ; Academy of St Martins in the Fields, direction : Sir Neville Marriner. 1969-1983. Livret en anglais. 6 CD Decca Eloquence 484-6430
Ce coffret Decca Eloquence rend hommage à l’un des talents les plus extraordinaires et les plus singuliers de l’histoire de la musique : le pianiste anglais John Ogdon (1937-1989), un artiste décédé prématurément dont la carrière fut marquée par la maladie.
John Ogdon c’est une carrière fulgurante : premier prix au concours Liszt de Londres en 1961, il est classé premier ex aequo avec Vladimir Ashkenazy au concours Tchaïkovski de Moscou en 1962. Le pianiste avait des moyens pianistiques extraordinaires capables de transcender les pièces les plus difficiles mais il se caractérisait par une capacité d'assimilation stupéfiante de toute nouvelle partition, y compris les plus difficiles techniquement après seulement une lecture !
Sa curiosité était sans limite : il fut le premier à enregistrer le redoutable Concerto pour piano, choeur d'hommes et orchestre de Busoni. Son répertoire était immense, des grands classiques, jusqu’aux répertoires contemporains pour lesquels il avait une appétence depuis sa jeunesse, en passant par des œuvres plus rares d’Alkan ou de Sorabji. Il était également proche de la musique française, affrontant la redoutable Sonate de Paul Dukas ou la richesse des timbres de celle de Dutilleux.
Le legs de John Ogdon est principalement lié à HMV (Warner), cependant il enregistra simultanément pour plusieurs labels : RCA, Classic for pleasure (filiale d’HMV) ou Argo (filiale de Decca). Dès lors, la quasi-totalité des enregistrements Argo reproduits ici furent réalisés entre 1969 et 1973, soit en solo ou avec son épouse Brenda Luca. On place d’emblée aux sommets les enregistrements consacrés aux grands cycles de Messiaen : les Vingt-regards sur l’enfant jésus et les Visions de l’amen. On apprécie ici la digité fabuleuse et une hauteur de vue qui transcende la construction de ces artisans. Il faut également saluer le sens des couleurs qui montre une grande appropriation de l’univers de Messiaen Les interprétations de ces deux cycles restent des références incontournables.
La flexibilité stylistique de John Ogdon lui permet de s’affirmer avec autant de brio dans le Capriccio de Stravinsky que dans le Concerto n°1 pour piano, trompette et cordes de Chostakovitch, parfaitement secondé par un Sir Neville Marriner au pupitre de son Academy of St Martin in the Fields. Cette double confrontation, virtuose, élégante est cernée avec ce qu'il faut d’humour et de second degré ; elle s’impose également comme une référence à connaître.
D’autres galettes montrent également la force de la vision de l’artiste, que ce soit dans l’élégance racée et bondissante des Concertos de Mendelssohn ou dans les ténèbres du redoutable Concerto pathétique de Liszt ou dans la force évocatrice de Schumann (Andante et Variations pour deux pianos et les Études en formes canoniques).
Enfin, un seul enregistrement de musique de chambre est proposé : le Quintette pour piano et vents de Mozart, enregistré en 1983, et où John Ogdon est entouré d’une dream team de solistes : Derek Wickens au hautbois, Robert Hill à la clarinette, Martin Gatt au basson et Barry Tuckwell au cor. Cet aréopage de musiciens d’exception, enregistré pour Decca, est évidemment magistral dans le dialogue chambriste.
Un coffret de très haut vol, qui rend justice à un immense artiste, bien trop oublié !
Note globale : 9



