Linda Hedlund explore le répertoire finlandais méconnu du violon
Finnish Works for violin and orchestra. Selim Palmgren (1878-1951) : Fantaisie de concert op. 104. Väinö Haapalainen (1893-1945) : Näky (Vision). Aarre Merikanto (1893-1958) : Concerto pour violon n° 4. Väinö Raitio (1891-1945) : Légende, pour violon et orchestre ; Notturno pour violon et orchestre. Nils-Eric Fougstedt (1910-1961) : Concertino pour violon et orchestre. Marcus Eje, alias Einar Englund (1916-1999) : Romance. Linda Hedlund, violon ; La Tempesta Orchestra, direction József Hárs. 2024. Notice en anglais. 63’ 06’’. Naxos 8.579185.
La violoniste Linda Hedlund (°1976) a étudié à l’Université pour la Musique et les Arts du spectacle de Vienne et à l’Académie Sibelius d’Helsinki, ainsi qu’à l’Université Novia pour le violon baroque. Sa carrière se partage entre prestations solistes et musique de chambre. Après des gravures de sonates de Franck, Saint-Saëns et Debussy avec le pianiste Oliver Kern (Fuga, 2008) et un album Schubert, Bartók, Piazzolla avec le guitariste Otto Tolonen (Classic Concert Records, 2011), Linda Hedlund s’est lancée dans la réhabilitation de pages méconnues ou inédites du répertoire finlandais pour le violon. Un premier choix a fait l’objet du programme « Evening Dusk Serenade » (Naxos, 2021). Un deuxième est proposé aujourd’hui : sept partitions du XXe siècle, dont six sont des premières gravures mondiales. Un panorama que la soliste, dans une courte note, déclare être plein d’émotion, de couleur et d’inventivité.
La Fantaisie de concert (1944) de Selim Palmgren ouvre le programme. Ce pianiste et compositeur, appelé le Chopin et le Schumann du Nord, étudia notamment à Berlin avec Busoni et enseigna à Rochester, aux États-Unis, au cœur de la décennie 1920, avant d’être professeur à l’Académie Sibelius d’Helsinki, de 1936 à son décès. Il introduisit l’impressionnisme en Finlande. Cette page virtuose d’une douzaine de minutes, savamment orchestrée, se nourrit d’une inspiration postromantique chaleureuse. La brève Vision (Näky) du professeur et musicien d’orchestre Väinö Haapalainen a été créée en 1921 ; elle est rêveuse et romantique à souhait. On découvre ensuite deux partitions de Väinö Raitio des années 1930, elles aussi de style romantique. La Légende (1935), page devenue populaire avant de sombrer dans l’oubli, se déploie dans un climat de tension mystérieuse, tout comme le poétique Notturno (1938), qui ne connut pas le même succès. Raitio avait été attiré par le modernisme de Scriabine vers 1920 après avoir travaillé à Berlin et Paris, mais les deux œuvres présentées ici relèvent d’un langage suavement délicat.
Eric-Nils Fougstedt, qui étudia la composition à Helsinki, en Italie et à Berlin, dirigea l’Orchestre de la Radio finlandaise, de 1944 à son décès en 1961. Bien qu’il se soit intéressé au dodécaphonisme, son Concertino en trois mouvements (1955) est de réminiscence romantique, avec des éléments lyriques et rythmiques qui font bien chanter le violon. Le souvenir d’Einar Englund est évoqué par la brève Romance destinée au film Omena putoaa, une comédie réalisée en 1952 par Valentin Vaala, qui connut le succès. Pour l’occasion, Englund prit un pseudonyme : Marcus Eje. Ici aussi, la délicatesse est de mise pour cette pièce dont le contenu reflète bien l’intitulé.
On ne criera pas aux chefs-d’œuvre pour ces pages ressuscitées, toutes gravées pour la première fois, même si elles se révèlent pleines de charme et sont agréables à l’écoute. Linda Hedlund les interprète avec finesse et conviction. On aura par contre plus de considération pour le Concerto n° 4 (1954) d’Aarre Merikanto, œuvre d’une autre dimension, qu’une autre Finlandaise, Kaija Saarikettu (°1957), avec l’Orchestre philharmonique d’Helsinki dirigé par l’Américain James DePreist, avait fait connaître sous le label Finlandia en 1991. Après ses études à Helsinki où il est né, Merikanto, fils du très populaire compositeur Oskar Merikanto (1868-1924), se perfectionne à Leipzig avec Max Reger et à Moscou avec Sergueï Vasilenko, un élève de Taneïev. Après une phase moderniste mal accueillie dans les années 1920, il choisit de revenir à un mode plus traditionnel d’expression. Ce concerto en trois mouvements contient des éléments folkloriques dans les deux morceaux extrêmes, l’Allegro et l’Allegro giosamente, qui fait la part belle à la virtuosité dans un contexte de danses endiablées ; le Largo central a un côté hypnotique. Linda Hedlund en traduit bien les deux aspects, ludique et méditatif.
Tout au long de ce parcours dont on saluera l’originalité, la soliste affirme son intérêt pour ces pages finlandaises, qu’elle joue avec une assurance chaleureuse, l’Orchestre de chambre La Tempesta, fondé à Helsinki en 1997 et mené par József Hárs (°1976), un élève de Leif Segerstam, lui offrant une collaboration attentive, mais sans grand élan.
Son : 8 Notice : 7,5 Répertoire : 7,5 (9 pour Merikanto) Interprétation : 8,5
Jean Lacroix



